Altars of Fab' Death

Death : Human

Death : HumanEn 1990, la sortie de Spiritual Healing est rapidement suivie de désordres au sein de Death, dus au caractère entier de Chuck Schuldiner. James Murphy est le premier à partir, remplacé par Walter Trachsler sur la tournée nord américaine. Jugeant ensuite les conditions du tour européen insuffisantes, Chuck refuse la traversée, laissant ses collègues dans l’embarras, qui recrutent en urgence Louie Carrisalez pour les concerts sur le vieux continent. De retour en Floride, l’équipe explose fatalement, Bill Andrews & Terry Butler rejoignant Rick Rozz & Kam Lee du groupe rival Massacre, laissant Chuck seul à ses méditations.

Le jeune leader ne tarde pas à remettre un line-up sur pied, que d’aucuns considèrent comme le plus prestigieux de la carrière de Death, alignant le batteur Sean Reinert et le guitariste Paul Masvidal de Cynic, ainsi que le bassiste Steve Digiorgio de Sadus. Chuck retrouve alors Scott Burns aux Morrisound Studios, pour les sessions de Human, son quatrième effort. L’album sort en octobre 1991 chez Relativity / Roadrunner, succédant de peu au From Beyond de Massacre, avec lequel Death est désormais rentré dans une féroce compétition.

Présentant son logo épuré et une illustration de René Miville qui s’oppose aux traditionnels dessins d’Edward Repka, Death entre dans une nouvelle ère, confirmant son détachement au death gore de ses débuts, déjà amorcé sur Spiritual Healing. Les paroles de Chuck sont encore plus intimes, abordant des sujets délicats comme le divorce sur “Lack of Comprehension”. Musicalement, Human marque par ailleurs une césure nette avec la première trilogie de Chuck, distillant désormais un death complexe et progressif.

La perfection technique du couple basse batterie de Reinert & Digiorgio (parmi les meilleurs musiciens de la scène extrême du moment), permet en outre la mise en place d’une rythmique architecturée, servant de véritable tremplin aux riffs nuancés de l’excellent tandem Masvidal / Schuldiner, et à ses soli éclatants, à l’instar des duels de “Flattening of Emotions” & “Vacant Planets”. Chaque titre possède ainsi sa propre coloration, depuis l’agressivité de “Together as One”, jusqu’à la finesse de “Secret Faces” et “Suicide Machine”, en passant par l’apaisement instrumental de “Cosmic Sea”, apportant à lui seul une lumière formidable.

En cette année 1991, tandis que ses anciens acolytes assurent un death direct et sans fioriture au sein de Massacre, Chuck sort quant à lui son album le plus complexe et parmi les plus raffinés à ce jour. A l’instar de Morbid Angel, Carcass, Atheist ou Pestilence, Death possède en effet une pureté, une justesse, une technique et une vision incroyables, lui permettant de repousser sans cesse les limites du genre, et de conserver ainsi sa place parmi les formations deathmetal les plus influentes et les plus respectées.

Fabien.

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18 avril 2008

Death : Spiritual Healing

Death : Spiritual HealingL’association entre Rick Rozz et Chuck Schuldiner n’a été que de courte durée, faute au caractère entier des deux personnages. Viré de Death, Rozz rejoint ainsi Kam Lee, pour redonner vie à Massacre, tandis que James Murphy le remplace au pied levé, participant alors à l’écriture de quelques morceaux avec Terry Butler, bien que l’immense majorité des compositions revienne encore à Chuck, le leader incontesté. Fin prêt, le quatuor retourne aux Morrisound Studios fin 1989, pour les sessions de Spiritual Healing, en compagnie de Scott Burns, devenu désormais incontournable depuis ses enregistrements d’Obituary, Sepultura et Terrorizer.

Alors que les ténors du deathmetal au début des nineties comme Deicide ou Entombed n’ont pas encore sorti leur premier album, Death aligne déjà son troisième effort, commercialisé en mars 1990 pour le compte de la célèbre écurie Combat. Mais, l’avance continuelle du groupe floridien ne s’arrête pas là, puisqu’à l’inverse des groupes nageant encore dans une imagerie morbide, gore ou sataniste, Death aborde déjà divers sujets de société, comme la drogue, l’avortement ou le télé évangélisme états-unien, commandant dès lors une pochette plus sobre au grand Edouard Repka, qui conserve impeccablement une douce cruauté dans sa nouvelle illustration.

Côté musique, Death marque également le pas, adoucissant nettement son style, subissant alors la critique de quelques confrères intolérants, taxant le groupe d’un certain opportunisme. Spiritual Healing garde en effet une approche deathmetal caractérisque, mais élimine en contrepartie les passages tapageurs, délivrant des morceaux plus aérés, sur un rythme résolument middle tempo, permettant la mise en place de duels de guitares mémorables entre Schuldiner et Murphy, l’une des grande réussite de l’album. En outre, maintenant un chant guttural, Chuck module incroyablement sa voix, désormais beaucoup plus compréhensible et abordable.

Les huit titres de Spiritual Healing dégagent ainsi un équilibre et une atmosphère magnifique, transcendés par l’excellence de ses interprètes. Le couple basse batterie de Butler & Andrews est parfaitement calé, supportant les jeux de guitares fluides de Schuldiner et Murphy, qui rivalisent alors d’ingéniosité pour apporter une couleur, un relief et une épaisseur exceptionnelles à l’ensemble. Ainsi, les classiques s’enchainent, à l’image de Living Monstrosity et ses riffs entrainants, Killing Spree et ses soli hallucinants, Spiritual Healing et son break somptueux, ou encore Within The Mind et son final époustouflant.

Conservant l’agressivité et le son caractéristiques de Death, Spiritual Healing offre en revanche un death limpide et plus posé, d’une musicalité et d’une sobriété remarquables, divinement mis en valeur par la production soignée du grand Scott Burns. En ce début d’année 1990, le groupe floridien survole une fois encore la scène deathmetal, grâce à son inspiration et sa technique lui permettant de se renouveler sans aucun problème, maintenant immuablement cette longueur d’avance sur ses concurrents, et confirmant dès lors sa suprématie parmi les leaders incontestés du style. Du grand art !

Fabien.

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27 février 2008

Death : Leprosy

Death : LeprosyPeu après l’enregistrement de Scream Bloody Gore en Californie, Chuck Schuldiner prend de mal du pays, désireux de regagner sa Floride natale. Avant de partir, il propose le voyage à Chris Reifert qui, préférant rester sur ses terres, fonde dans la foulée Autopsy aux côtés d’Eric Cutler. De retour à Tampa, Chuck débauche la quasi intégralité des membres de Massacre, Rick Rozz, Bill Andrews & Terry Butler, laissant alors Kam Lee et son groupe sur la touche, pendant près de trois années.

Rompant avec son habitude de composer seul, le jeune leader signe alors cinq nouveaux titres avec Rick, ainsi que deux en solitaire, tandis que son acolyte apporte un tout dernier morceau. Fin prêt, le quatuor rejoint les Morrisound Studios en été 1988, sous la houlette de Dan Johnson assisté du jeune Scott Burns, pour les sessions de son second album. Leprosy sort ainsi en novembre de la même année (en même temps que Blood Fire Death de Bathory), brillamment illustré par le maître Ed Repka, qui signe l’un de ses travaux les plus remarquables. En outre, le disque est impeccablement couvert par Combat Records, dont le passage sous la coupe de Relativity permet une distribution mondiale, notamment en Europe grâce au renouvellement précieux de l’association avec Under One Flag.

Les moyens mis en oeuvre valent largement la chandelle, Leprosy surpasse en effet son aîné en terme de lourdeur et de puissance, affichant des titres désormais plus longs et plus travaillés. L’album subjugue dès son premier titre, l’intemporel Leprosy, servi par les rythmiques de Bill d’une lourdeur encore inédite, et par les lignes de basse fouillées de Chuck (en lieu et place de Terry), servant de véritable moteur à des rafales de riffs fracassants. Le guttural effroyable de Chuck, plus imposant qu’auparavant, ainsi que les duels de soli entre Chuck et Rizz, aux jeux très différents, épaississent alors considérablement les compositions et décuplent littéralement leur puissance.

Ainsi, depuis les riffs redoutables de Pull the Plug & Choke On It jusqu’aux tempi percutants de Born Dead & Forgotten Past, en passant par les soli somptueux de Left to Die et les rythmiques tapageuses & écrasantes de l’impitoyable Open Casket, Leprosy impressionne autant par sa brutalité pure et son côté gore, que par sa finesse et son étonnante variété. La production de Dan Johnson enfonce alors le clou, dotant l’ensemble d’une profondeur et une clarté incroyables pour l’époque, notamment grâce au son si imposant offert à la batterie. Rien ne vient décidément tenir ce joyau, à l’exception d’un plus linéaire Primitive Ways, le seul morceau signé en intégralité par Rick Rozz, ou encore les coups de vibrato du guitariste sans commune mesure avec les leads articulées et intenses et Chuck Schuldiner, bien que le contraste entre leur soli soit parallèlement une arme imparable.

Plus mature et plus massif que son prédécesseur, culte à en mourir, Leprosy rencontre un succès retentissant, apportant au deathmetal toutes ses lettres de noblesse en cette année 1988. Il confirme ainsi la force et l’avenir de ce style désormais incontournable, offrant une véritable alternative au thrashmetal Bay Area maintes fois rabâché à cette époque. Grâce aux étonnants moyens déployés par son label, bénéficiant alors d’interview et de chroniques sur les grands magazines metal du moment, ainsi que d’une insertion remarquée sur la terrible compilation Speed Kills Vol.IV d’Under One Flag aux côtés d’Exodus, Nuclear Assault, Possessed, Forbidden, Dark Angel ou Bathory, Death connaît dès lors une consécration planétaire, parfaitement justifiée.

Fabien.

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26 février 2008

Death : Scream Bloody Gore

Death : Scream Bloody GoreMantas démarre en Floride en 1983, autour de Kam Lee et Rick Rozz, rapidement rejoints par Chuck Schuldiner. Subissant l’influence de Mötörhead et Venom dans ses premières années, le groupe change véritablement son approche fin 1984, lorsque Chuck débarque avec la démo de Possessed sobrement intitulée Death Metal. Séduit par la lourdeur et la brutalité inédite du combo californien, le trio change son patronyme en Death, bien décidé à jouer ce style à l’appellation sans équivoque.

Mais, faute au leadership de Chuck sans cesse croissant, Kam & Rick quittent le groupe, se consacrant peu de temps après à Massacre, le rival de Death. Chuck voyage alors entre la Floride, la Californie et le Canada, à la recherche des bons musiciens, s’associant tour à tour avec Eric Brecht (ex-DRI), Matt Olivo et Scott Carlson (Repulsion), ou encore avec le team de Slaughter, qui impressionne le jeune leader avec le thrash rapide et intraitable de sa démo Surrender Or Die.

Chuck trouve enfin son âme soeur en 1986, s’associant en Californie avec le batteur Chris Reifert. Le duo enregistre en mars la redoutable démo Mutilation, qui lui vaut enfin la signature du contrat tant recherché, avec le jeune label Combat, à l’origine de la sortie du culte Seven Churches de Possessed. Rapidement, Le duo s’embarque en Floride pour les sessions de son premier album, mais devant le désastre accompli, retourne finalement en Californie en novembre 1986, pour de nouvelles sessions aux Music Grinder Studios, sous la houlette du fameux Randy Burns (Possessed). Scream Bloody Gore est enfin né, prêt à répandre son deathmetal en mai de l’année suivante.

Impeccablement mis en valeur par la pochette d’Edouard Repka (Megadeth), Death délivre un death gore sans compromis, marquant cette fois une césure nette avec le thrashmetal, scène avec laquelle Possessed ne s’est jamais pleinement affranchi. Sur les rythmiques lourdes et tapageuses de Reifert, les riffs de Chuck sont simples, mais suffisamment techniques pour rendre la galette parfaitement crédible. Ses vocaux sont en outre d’un guttural effrayant, lâchant des paroles ouvertement gores, en opposition totale avec les propos sataniques de Venom, Slayer ou Possessed.

Si certains titres de Scream Bloody Gore restent basiques, à l’image d’Infernal Death, d’autres sont en revanche plus recherchés, à l’instar de l’intemporel Zombie Ritual ou des incisifs Sacrificial et Baptized In Blood, montrant déjà tout le potentiel de son jeune compositeur, et sa capacité à effectuer des soli aussi tranchants que personnels. Enfin, la production de Randy Burns complète brillamment le tableau, apportant une puissance toute particulière aux guitares, et mixant l’ensemble avec beaucoup de clarté.

Alors que Seven Churches impressionne en octobre 1985, posant les bases du deathmetal, Scream Bloody Gore enfonce littéralement le clou un an et demi plus tard, alourdissant considérablement le style, et le transformant en une machine gore effroyable, servie par le guttural terrifiant de Schuldiner. Grâce au contrat de Combat Records, l’album s’impose en véritable détonateur de cette scène extrême, répandant son death gore aux quatre coins de la planète, et suscitant dès lors un nombre de vocations désormais incalculable.

Fabien.

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25 février 2008