Altars of Fab' Death

Deathevokation : Chalice Of Ages

Pas de suspense : cet album est ma révélation Death Metal Old School de 2007, voire des années 2000. Ou comment perpétrer avec brio un style en perdition depuis quelques années, loin de toute cette surenchère de production et de technique dans le style qui nous intéresse. Voire même de le faire renaître, aussi pur et attractif qu’aux premiers jours, comme une résurrection, ou un album qui aurait traversé les troubles années 90 pour nous parvenir tel quel, intact. Rien que ca.

L’histoire de Deathevokation est assez atypique. Elle tourne autour de Gotz Vogelsang, Allemand expatrié au pays de l’Oncle W, passionné de Death Metal des origines. Il suffit de jeter un œil sur le site du groupe, conçu comme un vieux fanzine Death de la fin des années 80, avec vieilles affiches d’époque exhibées comme des reliques. Ca plante le décor, on a affaire à un fanatique qui aime porter de vieux T Shirts de Morgoth de 1992.

Après un début de parcours classiquement difficile, avec quelques changements de line up à la clé, Deathevokation se stabilise et signe sur le label espagnol XTreem Music de Rotten (Avulsed), autre fondu de vieilleries Death. Après un EP passé relativement inaperçu, Deathevokation sort donc son premier essai, le ci présent “The Chalice of Ages“, à la pochette dans une certaine tradition indéfinissable qui fait qu’on sait en gros à quoi on va avoir affaire.

Après une courte intro lugubre, l’évidence vient aux oreilles du connaisseur : Bolt Thrower ! Même son profond, même lenteur d’exécution, même voix caverneuse, mêmes riffs simples mais néanmoins accrocheurs. Point alors un début de déception. Quel intérêt que ce simple ersatz ? La suite s’avère bien plus heureuse. Sans manquer de respect aux maîtres Anglais, la bande à Gotz varie bien plus son jeu. Les minutes passent, et l’impression première s’estompe, hormis le chant qui reste tout de même très proche de Karl Willetts.

Et Deathevokation nous gâte ! On sent que l’album a été pensé comme un ensemble, ne serait ce déjà que par les interludes macabres et atmosphériques qui forment comme un fil conducteur, à la manière d’un Cause Of Death d’Obituary. Pas de blancs ici, pas de bête suite de chansons empilées tant bien que mal. C’est stratégique, du travail bien fait. Et quand on n’est pas fanatique de ce genre de productions, cette heure de musique peut être assez longue à digérer.

Plus d’une heure de musique, 9 titres, les morceaux sont bien développés, tournant souvent dans les 7/8 minutes. Deathevokation ne rechigne pas aux intros monoriffiques pesantes accompagnés de jolis arpèges et aux outros acoustiques remplis de mélancolie. Le tout ornant cet éternel Death sombre et rugueux. Et c’est quand on rentre plus profondément dans la musique, d’un pur aspect mélomane, qu’on est ébloui. Non seulement l’ambiance est présente, mais l’inspiration est au plus haut point, sans exagérer. Ca fourmille littéralement d’idées. Structures, accélérations, breaks, petites touches qui font la différence, tout est parfait, comme un groupe atteint par la grâce, une divine inspiration venu des grands anciens des années 1989/1993. Enfin, sans parler d’originalité, on peut dire que Deathevokation possède déjà sa patte. Vraiment hallucinant. Il va sans dire que les musiciens sont impeccables, mention spéciale au guitariste soliste qui trouve toujours des petits plans accrocheurs, et des mélodies qui restent bien dans le crâne.

Je ne sais trop par quoi commencer, tant tout y est alléchant. Peut être l’intro jouissive du titre éponyme, ce son si particulier, bien audible tout en gardant ce cachet un peu underground, cette distorsion nous ramenant réellement 15 ans en arrière, avec bonheur. Ou bien ces petits passages plus mélodiques, rappelant parfois le meilleur de la scène scandinave. Tout y est digéré avec maestria, exploité et interprété avec conviction. A tel point que ca devient évident, Deathevokation a emprunté ces touches diverses afin de se les approprier avec génie. Comme une sorte de maelström de tout ce que le Death Metal a pu faire de mieux en 20 ans qui se mue en un bloc invincible, cohérent et compact. Morgoth, Bolt Thrower (surtout), Morbid Angel, Entombed, Unleashed, Benediction, Asphyx, ils sont tous là, mais ca reste avant tout Deathevokation ! Plusieurs écoutes sont fortement recommandées, et des écoutes sérieuses !

Au-delà de ce mur Death Metal infranchissable, quelques spécificités sont tout de même à noter. A commencer par cette reprise de Anthropomorphia, “Chunks Of Meat”, un obscur groupe Hollandais de Death/Gore splitté depuis un moment. Je ne connais pas l’original, mais Deathevokation, encore, s’approprie cet obscur morceau tiré d’une démo avec un talent certain, à tel point que j’ai d’abord cru à une compo originale.

Enfin, ce superbe morceau de fin, As My Soul Gazes Skyward, longue pièce Death Doom comme n’en fait plus My Dying Bride et comme n’en fera jamais Shape Of Despair. Et là, les mots me manquent. C’est plus que la cerise sur le gâteau, ce morceau donne à lui seul une âme à l’album. Après ce déferlement de Death Metal malsain et macabre, j’ai été ébloui par ce joyau de mélancolie. Cette mélodie, ce tempo monolithique, cette voix sépulcrale figée dans le granit, cet interlude au piano accompagnée d’un texte déclamé avec sobriété mais conviction, tout appelle à la nostalgie, au spleen triste mais beau, tout simplement. Oui, oui, dans un disque de pur Death Metal ! Une incroyable montée en puissance, frissons garantis. Une chanson à part mais qui montre, si besoin était, le potentiel effarant des ces 4 mecs.

Alors, Deathevokation, un groupe arrivé trop tard ? Peut-être plutôt un élément déclencheur d’un revival plus qu’attendu. Mes espoirs sont peut être un peu trop grands. Que Gotz et sa bande se contentent alors de nous servir des œuvres de cette qualité. Si le destin veut que de la musique de cette envergure reste dans un certain anonymat, qu’il en soit ainsi.

Cet album se doit d’être écouté par tout amateur de bon vieux Death Metal, déjà. Faites cet effort, vous ne le regretterez pas, promis. Die Alte Schule ! Et comme il est écrit sur le livret: “Music that doesn’t follow trends is meant for the ages !”. Rien de plus vrai en ce qui les concerne. Pour ma part, on peut déjà parler de classique. 18/20 avec une putain de ferveur ! Death Metal Supremacy ! Et désolé pour cette profusion de superlatifs, la “cause” la mérite amplement…

Sargeist (www.spirit-of-metal.com)

Chalice Of Ages dépasse effectivement le simple plagiat des réalisations britanniques tels que The Grand Leveller & As The Flower Withers (Benediction, My Dying Bride). Deathevokation en extrait certes l’essence, mais la restitue avec beaucoup de talent, de sobriété et de personnalité. L’atmosphère dégagée par son death doom atemporel est à la fois brutale, sombre, pure & mélancolique, atteignant alors son apogée sur le superbe morceau As My Soul. Du très grand art. Fabien.

> - Les guests -, Deathevokation — fabien @ 5:30

23 janvier 2007