Altars of Fab' Death

Dødheimsgard : Monumental Possession

Dødheimsgard : Monumental PossessionEnregistrant en février 1995 volontairement un disque de blackmetal classique mais si hypnotique, Dødheimsgard semblait ainsi être le groupe norvégien type comme Darkthrone ou Gorgoroth, que l’on percevait avant tout comme un gardien du temple, un groupe figé et garant d’une certaine tradition. Pourtant, ses leaders Aldrahn et Vicotnik, désormais entourés d’Alver et Apollyon, qui officient parallèlement au sein d’Emperor et Aura Noir, nous réservent une sacrée surprise lors de leur retour en studio en décembre 1995, à l’occasion des sessions de leur second album Monumental Possession, seulement dix mois après l’immortalisation de Kronet til Konge.

Concept satanique en avant, gravures moyenâgeuses hérétiques du peintre Hieronymous Bosch (1453-1516) en support, Monumental Possession marque déjà le pas par rapport à son prédécesseur, impression confirmée dès le morceau Utopia Running Scarlet en ouverture. Le titre débute sur les rythmes de batterie de Vicotnik complètement déchainés, notre homme nous lâchant une série de blast-beats suivis d’une double pédale meurtrière, sans compter son chant criard totalement possédé. Et puis déboule ce riff typiquement thrashmetal en pleine tête, tout droit tiré du meilleur des allemands de Destruction, suivi d’un two-beats renversant puis du retour de cette double pédale aussi fracassante. Bref, un premier morceau surprenant de Dødheimsgard, mais si proche de racines thrashmetal fièrement assumées et si bien intégrées. On retrouve alors ce chant démentiel de Vicotnik sur les excellents Fluency et Lost in Faces, deux pièces tout aussi apocalyptiques, où le quatuor surprend encore par sa capacité d’accélération alors que le rythme infligé paraît déjà effréné. Impossible de parer non plus ces breaks qui arrivent tel des missiles, ni de résister à ce dosage explosif entre black et thrashmetal.

Quant à Aldrahn, chanteur et guitariste sur Kronet til Konge, s’il est désormais épaulé par Alver à la six cordes, il assure le chant sur trois morceaux. Son timbre plus crasseux se marie idéalement à une tonalité thrash qui semble encore plus présente, à l’image du déboitant The Crystal Specter, cette version turbo d’Hellhammer où Dødheimsgard martèle, relance et accélère sans relâche. Le quatuor donne alors un peu plus de répit sur Angel Death et le titre éponyme, où il se rapproche encore plus des eighties, tout en gardant ce riffing si tranchant et quelques accélérations tout aussi folles. Du côté d’Apollyon, notre troisième et dernier hurleur sur cet incroyable Monumental Possession, on retrouve cette crasse et cette rage perceptibles dans la voix, qui sert impeccablement l’intense Bluebell Heart et le terrible The Ultimate Reflection en clôture, cet hommage à peine voilé envers Sodom et Destruction. Apollyon nous renvoie parallèlement du côté de son autre groupe Aura Noir partagé avec son ami Aggressor, également signé chez Malicious Records et auteur du génial album Black Thrash Attack paru la même année, portant un titre si évocateur qu’il n’exige aucun dessin.

Jonction idéale entre blackmetal norvégien et thrashmetal plus particulièrement suisse ou allemand, Monumental Possession est un album d’une sacrée trempe, plaçant Dødheimsgard sur un axe là où on ne l’attendait pas, et permettant à chacun de nous en cette année 1996 de comprendre plus que jamais combien le thrashmetal des années 80 fait partie de notre culture. Moins rétrograde qu’un Black Thrash Attack plus scolairement tourné vers ce style, le second album de Vicotnik et Aldrahn reste aussi une œuvre qui renferme sur plusieurs titres une rapidité affolante et un niveau de violence inouïe, l’apocalypse n’ayant jamais été aussi proche sur ces instants démentiels, frappés d’une folie pure et d’un pouvoir sacrément hypnotique. Comment se renouveler tout en affichant clairement ses racines, la réponse tient en 8 titres et 37 minutes.

Fabien.

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13 février 2012

Dødheimsgard : Kronet til Konge

Dødheimsgard : Kronet til KongeSous l’impulsion de Mayhem, Darkthrone, Burzum, Immortal, Emperor ou Satyricon, le blackmetal norvégien bat son plein en cette année 1994, lâchant tant de sorties de qualité et de nouveaux groupes que son vivier semble alors inépuisable. Cette année, c’est aussi l’arrivée de la marque « true norvegian blackmetal » inscrite au dos de l’inénarrable Transilvanian Hunger de Darkthrone, label sous-entendant un code musical précis, une pureté black et une absence totale de concession, auxquels on peut aussi volontiers rattacher le terrible Pentagram, le premier album de Gorgoroth paru cette même année.

Fondé en 1994 autour de Vitcotnik et Aldrahn, respectivement batteur et guitariste/chanteur, Dødheimsgard s’affiche clairement dans cette mouvance intransigeante durant ses premières années, désireux selon les propres termes de ses interprètes de créer un blackmetal dans la plus parfaite tradition du style, sans recherche d’originalité mais avant tout guidé vers cette quête de la noirceur. Le duo s’entoure d’ailleurs de Fenriz en tant que bassiste, le fameux batteur de Darkthrone, ayant certainement vécu ses années musicales les plus fermées, mais aussi les plus intenses, lors de la période d’Under a Funeral Moon et Transilvanian Hunger.

Notre trio signe alors avec la petite écurie Malicious Records qui semble suivre de près ce style en Norvège, et qui ralliera rapidement sous sa bannière d’autres groupes comme Zyklon-B, Gorgoroth, Borknagar, Kampfar ou Aura Noir, autant de formations gravitant souvent autour des mêmes protagonistes. Capturé en février 1995 et paru durant le second semestre, le premier album de Dødheimsgard baptisé Kronet til Konge arbore ainsi une illustration minimaliste en noir & blanc, symbole de cette volonté d’épuration et d’absence d’esthétique, le tout avec une revendication relativement claire de ses racines, qui passe par un chant majoritairement norvégien.

Sombre, violent et parfois chaotique, Kronet til Konge lâche effectivement un blackmetal sans concession, idéalement retranscrit sur ses morceaux A Skalte Gud et En Krig A Seire en ouverture. Si la technicité et la recherche d’une production limpide ne sont bien sûr pas les moteurs premiers de Dødheimsgard, les compositions du trio sont bien moins simples qu’en apparence, chaque titre renfermant de nombreuses idées et un vrai travail de mise en place, tant et si bien que chaque écoute apporte des éléments nouveaux et relance l’intérêt de l’opus.

Au-delà de cette intégrité qui ne peut être prise en défaut, Kronet til Konge tire également sa force dans son atmosphère sombre et dans l’intensité de ses riffs, à l’image du fabuleux titre Midnattskogens Sorte Kjerne montant idéalement au fil de son avancée, du tout aussi saisissant Kuldeblest Over Evig, ou encore de Når Vi Har Dolket Guds Hjerte où tant d’émotions se succèdent, chacun dominé par une rage de tout instant. Arme imparable, le chant charbonneux d’Aldrahn si singulier complète idéalement ce tableau noir dressé par Dødheimsgard.

Si Kronet til Konge n’a pas la prétention d’être une œuvre originale, reprenant volontairement les principaux codes du blackmetal norvégien dans sa première définition, il n’en reste pas moins un album singulier, grâce au talent et à la personnalité de ses trois interprètes. Dødheimsgard façonne en cette année 1995 un album envoutant, à l’éclat toujours aussi noir les années passant, et si emblématique de cette époque où le blackmetal nordique, encore exempt des ravages du business, possédait encore une signification et semblait être un puits aux ressources intarissables.

Fabien.

> - Les chroniques -, Dodheimsgard — admin @ 19:56

10 février 2012