Altars of Fab' Death

Edge Of Sanity : Crimson

Edge Of Sanity : Crimson

Deux années après l’excellent Purgatory Afterglow, tandis que Katatonia et Opeth s’apprêtent à sortir les incontournables Brave Murder Day et Morningrise en cette année 1996, Edge Of Sanity revient quant à lui avec son cinquième album, le très ambitieux Crimson, en pariant périlleusement sur un unique morceau de 40 minutes. Dès le mois de janvier, le quintette investit alors les Unisound Studios de son leader Dan Swanö, lieux à la notoriété sans cesse grandissante au fil des années. L’album sort ainsi au printemps, sous couverture du label Blackmark Productions de Börje Forsberg, écurie plus discrete dans la paysage extrême en cette seconde partie des années 90.

Crimson débute sur un riff terriblement lourd et brutal, renforcé par le chant guttural de Dan Swanö, montrant d’entrée toute la puissance d’Edge Of Sanity, parfaitement captée dans les studios du leader. Mais rapidement le ton devient plus moelleux dès l’arrivée de passages acoustiques pleins de sensibilité et de la voix de Dan Swanö devenue suave, annonçant toute la richesse et la générosité à venir.

Crimson est en effet construit sur une alternance d’instants puissants et nerveux à d’autres d’une très grande finesse, évoluant subtilement depuis des structures deathmetal vers des consonances heavymetal & gothiques judicieuses, et opposant les growls de Dan Swanö et de Mickael Akerfeldt (Opeth) à des chants clairs de toutes beauté. Une écoute attentive permet également de savourer toute l’épaisseur des jeux de guitares d’Andreas Axelsson et Sami Nerberg, qui se livrent nombre de duels mélodiques imparables, confèrant une nuance toute particulière à cet unique morceau.

Edge of Sanity évite par ailleurs le piège d’un alignement de 40 minutes qui pourrait rapidement se solder par un empilage de riffs indigeste, apportant non seulement beaucoup de variété au coeur de son oeuvre, mais s’attachant également à poser de nombreux repères qui reviennent régulièrement au fil de l’avancée et donnent une grande cohérence et une parfaite fluidité à l’ensemble.

Brillamment mis en valeur par la production profonde et cristalline de Dan Swanö, Crimson est ainsi une vraie réussite, pleine de feeling, incroyablement variée et pourtant si cohérente, dépassant les limites de la raison et explosant les limites du deathmetal, tout en conservant un noyau central relativement puissant et brutal. Si le pari était fichtrement risqué, le quintette suédois montre une fois encore une maîtrise désarmante et toute l’étendue de son talent, et confirme sans conteste sa place parmi les leaders de la scène death mélodique scandinave de l’époque en cette année 1996.

Fabien.

> - Les chroniques -, Edge Of Sanity — admin @ 2:00

5 novembre 2007

Edge Of Sanity : Purgatory Afterglow

Toujours aussi insatiable et productif, Edge Of Sanity poursuit son rythme d’enfer d’un album par an. A défaut d’avoir frappé un grand coup, The Spectral Sorrows a prouvé une certaine emprise sur le death mélodique Scandinave, ainsi que l’esprit pionnier et visionnaire de son leader Dan Swanö. Mais ses lacunes et sa versatilité ont engendré une certaine frustration. La confirmation tant attendue du potentiel d’Edge Of Sanity devient plus que nécessaire.

Et comment ! D’entrée, le légendaire Twilight dissipe toutes les interrogations en quelques secondes. Introduction aérienne, chant clair et mélodieux, puis ces premiers riffs célèbres, d’une harmonie extrême, d’une finesse exquise, s’appuyant sur un son colossal, épais et abrasif, peut-être le plus abouti du death Suédois…Twilight ne s’emballe jamais, alternant avec délice ses mélodies et ses riffs tranchants sur un rythme mid-tempo, magnifiquement interrompu par un interlude où voix chuchotée et claviers administrent une dose supplémentaire d’émotion et de grandeur à ce bijou de presque huit minutes. Non moins légendaire, le redoutable Of Darksome Origin, merveille de death metal où les lignes mélodiques des guitares, élégantes et incisives, s’en donnent à cœur joie au milieu de cette alternance de tempêtes véhémentes, où les blastbeats sont de sortie, et de passages plus lents tout aussi prenants. En deux morceaux, Edge Of Sanity a réussi à réunir toutes les facettes de sa musique, entre ses racines les plus brutales, son cœur mélodique et ses aspirations progressives, dans un tout cohérent et artistiquement très abouti.

Et seconde bonne surprise, cette homogénéité est constante tout au long de l’album. Cette patte typique marquée par la puissance des guitares, donnant en permanence de l’épaisseur par leurs riffs roulants au son dévastateur, se fait toujours sentir, dans les titres les plus rapides et virulents (Silent, Elegy, Enter Chaos, autant de moments jouissifs de death scandinave) comme dans les morceaux plus nuancés, allant chercher des sources heavy ou progressives. Ainsi l’enthousiaste Black Tears, avec son riff sautillant très rock et son chant clair, prend néanmoins de l’ampleur grâce au soutien rythmique sans faille et au coffre des guitares.

Bien entendu, Dan Swarnö n’a pas pour autant bridé sa créativité débordante, et Purgatory Afterglow ne peut pas être taxé d’être trop linéaire. Si la teinte globale de l’album est clairement tournée vers un death mélodique rapide et technique, on a le droit à quelques moments magistraux où la musique d’Edge Of Sanity prend une tournure plus monumentale, comme avec le long et imposant Velvet Dreams, un très lourd The Sinner And The Sadness où le très déhanché Blood-Covered, morceau heavy-death direct et accrocheur, décalé mais imposant et respectable. Le disque finit même sur un morceau presque conventionnel, et plutôt réussi, Song Of Sirens, où Edge Of Sanity s’essaie au death-indus avec beaucoup de percutant…

Mission réussie donc pour Edge Of Sanity : en ayant –enfin- assumé ses orientations stylistiques vers le death mélodique pur et dur, ce qui est pour le moins légitime pour quand on est l’un de ses créateurs, le groupe Suédois a réglé son problème de dispersion et d’hétérogénéité artistique. Bénéficiant en outre d’une production impressionnante et d’un son colossal, les compositions de Swarnö atteignent une maturité qui leur donne un volume et une consistance remarquables. On peut ainsi raisonnablement considérer Purgatory Afterglow comme l’une des plus grandes œuvres du death mélodique Suédois.

Eulmatt (www.spirit-of-metal.com)

Après un Unorthodox monumental et un Spectral mitigé, Edge Of Sanity revient avec un Purgatory prodigieux, opposant cette fois brillamment son death puissant à des accents mélodiques & heavy imparables, à l’image de l’excellent Twilight, équilibre parfait entre douceur et brutalité. Seul fausse note à mon sens, Song Of Sirens, qui ne présente que l’avantage d’être placé en dernière position, et de ne pas dégrader ainsi l’essence et la pureté de Purgatory en pleine ascendance.  Fabien.

> - Les guests -, Edge Of Sanity — fabien @ 9:30

4 novembre 2007

Edge Of Sanity : The Spectral Sorrows

L’heure du death mélodique Suédois a désormais sonné. Le terrible Dan Swanö et sa bande ayant clairement marqué son territoire avec Unorthodox, l’heure est venue d’enfoncer le clou.
Le leader d’Edge Of Sanity, insatiable compositeur, bat le fer tant qu’il est chaud et balance The Spectral Sorrows dès 1993. Il ne fallait certes pas attendre, tant ce cru 93 est celui de l’avènement du death mélodique non seulement en Scandinavie, mais aussi en Angleterre où le terrifiant Carcass accouche d’un monstre.

The Spectral Sorrows réussit convenablement à tenir son rang. On pût espérer le meilleur –le sublime- en découvrant l’impressionnante introduction instrumentale, qui amène sur un plateau Dark Day, ce que l’on pourrait peut-être considérer comme le premier pur morceau de death mélodique à la sauce Göteborg : tous les ingrédients sont réunis…un son au grain marqué, des riffs énergiques et rapides alternant jeu grave et puissant et lignes plus mélodiques, un rythme enlevé. Ajoutez la patte personnelle Edge Of Sanity, avec ses tendances progressives, et vous obtenez un morceau franchement culte.
Livin’hell tient plutôt bien son rang, même si il est de facture plus conventionnel et ne rompt pas avec des références old school (quelques passages font planer l’ombre d’Entombed…).
Sans préjuger de rien, il faut bien admettre que le reste de l’album n’est pas franchement pourvu en autres brûlots issus du même moule stylistique. On citera le nerveux Jesus Cries, ou On The Other Side parfait exemple de transition maîtrisée entre les deux écoles du death Suédois.

A part cela, les pulsions progressives de Swanö ressurgissent fréquemment, de manière parfois radicale. Sur Lost ou Across The Fields Of Forever, il s’essaie avec un death lent, alternant passages musclés avec d’autres mélodiques et aériens. Sur le second cité, le résultat est assez remarquable d’ailleurs. Il va même jusqu’à employer un chant clair et lyrique sur le curieux Blood Of My Enemy, certes osé, mais pas convaincant. Pourtant l’audace de Swalnö n’a pas de limites, quand avec Sacrified il nous sert une sorte de pop-rock-goth-new-wave-metal franchement affligeant.

Troisième visage de The Spectral Sorrows, le bon vieux death old school des familles, flirtant entre le bon (The Masque) et le passable (Waiting To Die). La difficulté d’Edge Of Sanity pour rompre radicalement avec ces influences passées paraît claire tout au long de l’album. Ce référentiel n’est pas préjudiciable quand il est intégré à des morceaux plus mélodiques et progressifs, cela est nettement plus contrariant quand l’impression d’hétérogénéité et d’anachronisme vient casser le dynamisme du disque.

Il y a donc deux façons d’appréhender le troisième album d’Edge Of Sanity : soit mettre en avant les quelques morceaux phares de pur death mélodique, affichant une maturité et une maîtrise qu’aucun de ses concurrents n’avaient encore atteintes ; le son légendaire des guitares, donnant une profondeur terrible aux compos (dommage que la caisse claire de la batterie soit si désagréable); où encore le talent indiscutable et pluriel de Dan Swarnö. Soit considérer l’album dans sa globalité, et de fait regretter l’hétérogénéité artistique, voire l’incohérence de certains choix ; ou carrément le préjudice causé par certains titres dispensables qui ternissent l’album. A ce propos, je vois une similitude entre Swarnö et Tägtgren d’Hypocrisy : ces deux génies Suédois, au talent prolifique indiscutable, ont le même défaut. A fourmiller d’idées et à vouloir exprimer toutes leurs facettes créatives, leurs œuvres souffrent au final de cohérence et laissent un goût d’inachevé.

A chacun de juger, pour ma part je persiste à mettre en avant le formidable impact de Dark Day, qui légitime à lui seul la place de pionnier d’Edge Of Sanity. Et je ne peux faire autrement que d’y associer l’éternelle frustration qu’une bonne partie du reste de l’album génère…

Eulmatt (www.spirit-of-metal.com).

Edge Of Sanity est un excellent groupe, visionnaire de surcroît, dont la qualité varie malheureusement selon les albums. A mon sens, Unorthodox, Purgatory & Crimson font vraiment la différence. Spectral fait partie de ces réalisations en demi-teinte, faute d’une part à sa caisse claire creuse, et d’autre part à son manque d’homogénéité, passant d’un death mélodique délicieux jusqu’à des morceaux datés, sans compter les indigestes Blood Of My Enemies (Manowar), Sacrificied et Feedin The Charlatan, aux accents power ou gothiques assez maladroits. Fabien.

> - Les guests -, Edge Of Sanity — fabien @ 15:15

3 novembre 2007

Edge Of Sanity : Nothing But Death Remains

Edge Of Sanity : Nothing But Death RemainsFormé en 1989 autour du célèbre Dan Swanö, dont les qualités de compositeur, chanteur, instrumentiste et ingénieur du son ne sont désormais plus à démontrer, Edge Of Sanity débarque avec son premier full lenght en mai 1991, après seulement deux ans d’existence. A l’époque, le death metal scandinave est encore à ses débuts, ne comptant seulement que quelques albums à son actif, comme Awakening, Left Hand Path ou Dark Recollections, respectivement de Merciless, Entombed & Carnage.

Nothing But Death Remains débute par le très bon Tales, avec son intro fine aux claviers, qui cède rapidement la place aux guitares lourdes d’Andreas Axelsson et Sami Nerberg. Le couple de gratteux assène alors des riffs brutaux et accrocheurs, sur la voix bourrine de Swanö, à l’image des redoutables Maze Of Existence & Immortal Souls. Par ailleurs, Edge Of Sanity complète judicieusement le tableau par quelques touches de claviers, comme celles de l’excellent The Dead, lui conférant de suite une atmosphère plus profonde, à la manière des Consuming Impulse & Eternal Fall de Pestilence & Morgoth.

Or, malgré les morceaux précités réussis, la qualité de Nothing But Death Remains reste inégale, proposant des riffs, transitions ou rythmiques parfois trop simples, manquant avant tout de maturité. L’album bénéficie par ailleurs d’une production certes correcte, mais toutefois au son un peu creux, au niveau de la caisse claire notamment, et comportant de surcroît quelques variations de volume, faisant dès lors perdre une certaine intensité à l’ensemble.

Edge Of Sanity, certes quelques peu inexpérimenté, mais largement excusé par la relative jeunesse de la scène death scandinave, parvient néanmoins à convaincre avec un Nothing But Death Remains inspiré et spontané. Grâce à son potentiel indéniable, sortant de surcroît son premier album à une période clé, Edge Of Sanity parvient dès lors à effectuer une entrée remarquée au sein de la scène death metal.

Fabien.

> - Les chroniques -, Edge Of Sanity — admin @ 2:00

10 septembre 2007

Edge Of Sanity : Unorthodox

Edge Of Sanity : UnorthodoxUn an après la sortie de Nothing But Death Remains, bon album de deathmetal mais encore conventionnel et moyennement enregistré par Rex Gilssen, Edge Of Sanity maîtrise désormais impeccablement son sujet et sait parfaitement où il veut en venir. La bande de Dan Swanö se métamorphose ainsi en juillet 1992 lors la sortie d’Unorthodox en une formation bien plus ambitieuse et d’avant-garde, ajoutant une dimension épique, mélodique et progressive à son deathmetal, pour le doter d’une richesse et d’une singularité insoupçonnées.

Enigma, premier morceau d’ouverture dépassant les sept minutes, reste l’un des moments les plus audacieux d’Unorthodox, débutant sur une courte introduction au violoncelle puis s’enchainant dans un parfait mélange de finesse et de brutalité, où se mêle les vocaux foncièrement gutturaux de Dan Swanö et ses quelques interventions au chant clair, pratique quasiment inédite en deathmetal à cette époque.

Par la suite, Unorthodox se joue sur un équilibre étonnant, marqué par des instants de grande furie à l’image des riffs acérés et tout en puissance des redoutables Darker than Black & Everlasting, s’opposant à de nombreux passages subtils, comme les touches parcimonieuses aux claviers de l’indétrônable The Day Of Maturity, pour connaître enfin des moments de pure accalmie comme l’interlude acoustique Requiscon By Pace. Et que dire de When All Is Said, ce formidable titre final qui clôture l’oeuvre sur un ton deathdoom mélancolique, aux rythmes lents et aux atmosphères sombres, divinement retranscrites par le piano de Swanö.

En outre, Edge of Sanity gagne en puissance, bénéficiant cette fois d’un enregistrement lui apportant enfin la profondeur et le calibre nécessaires, tout en conservant son grain de guitares si caractéristique qui le démarque immédiatement de ses confrères. Plus expérimenté et déterminé, Dan Swanö prend en effet les choses en main au Montezuma Studios, laissant Rex Gilssen dans un rôle secondaire et montrant déjà son immense talent en tant que futur ingénieur du son.

Durant 57 minutes variées et pleine d’audace, Unorthodox s’impose ainsi directement comme un album clé dans la carrière d’Edge of Sanity, qui parvient à mener son deathmetal vers des contrées épiques et mélodiques pratiquement vierges en cette année 1992, paysage dans lequel nous retrouverons les brillantes oeuvres North From Here, The Karelian Isthmus et Skydancer (Sentenced, Amorphis, Dark Tranquillity) dès l’année suivante.

La moyenne d’âge du groupe avoisinant les 18 ans à l’époque, on ne peut que plus respecter sa maturité et son côté visionnaire. Dan Swanö avouera par la suite qu’il savait combien rien ne serait plus comme avant à sa sortie des Montezuma Studios, expliquant son rapide désir d’innovation et d’épanouissement dans d’autres projets en dehors d’Edge of Sanity, au sein duquel il pensait déjà avoir tout donné sur cet inestimable Unorthodox.

Fabien.

> - Les chroniques -, Edge Of Sanity — admin @ 2:00

16 août 2007