Altars of Fab' Death

Engaged In Mutilating : Population: Zero

Engaged In Mutilating : Population: ZeroRécemment formé en 2006 à San Antonio dans l’état nord américain du Texas, Engaged in Mutilating ne répond pas au doux appel slamdeath de l’école voisine Devourment, mais lâche en revanche un brutaldeath technique à la sauce californienne, proche de ses homonymes Odious Mortem et Severed Savior, le guttural d’Aaron Mendiola fleuretant d’ailleurs de près avec le timbre de son confrère Antonio Trapani des deux formations.

La seule démo The Process of Human Extinction parue en 2008 suffit à attirer l’attention du label brutaldeath Comatose Music, qui ajoute Engaged in Mutilating à son catalogue aux côtés de l’hollandais Supreme Pain et de l’italien Blasphemer. Mis en boite entre 2008 et 2009, Population: Zero, premier album du texan, bénéficie d’un enregistrement professionnel, notamment grâce à son mastering confié aux mains expertes du célèbre James Murphy. La couverture est également réussie, signée par le fameux Marco Hasmann (Blasphemer), auteur des dernières illustrations pour Fleshgod Apocalypse, Vomit The Soul, Embryonic Depravity ou encore du superbe dessin pour Septycal Gorge.

Le deathmetal de Population: Zero reste fidèle au contenant. Engaged in Mutilating lâche en effet un brutaldeath conventionnel, mais suffisamment complexe et appliqué pour bénéficier d’une attention particulière. Sans s’inscrire parmi les meilleurs batteurs de sa génération, Del possède un blast-beat et un double pédalage précis, supportant le riffing assez technique d’Anthony Guerrero et d’Eddie Blanquiz, et le guttural monocorde de leur growler.

Après un départ sur deux morceaux relativement brutaux (hors intro), Engaged in Mutilating calme le jeu et devient du coup plus percutant. Sphere of Deception et Perverse Influx contiennent en effet une variété et un équilibre leur conférant beaucoup d’attrait. Puis, si la suite de Population: Zero se poursuit sans histoire, le bon Reversion of Perversion rappelle à nouveau combien le groupe peut être dangereux lorsqu’il croise ses riffs sur un middle tempo millimétré.

Le résultat global de Population: Zero reste tout de même assez académique. Engaged in Mutilating emprunte d’une part les codes de la scène brutaldeath ouest états-unienne sans les transcender, mais manque d’autre part d’éléments lui permettant une meilleur distinction, comme quelques acoustiques ou soli bien sentis. Le deathster appréciera toutefois le clin d’oeil adressé à Pestilence sur la reprise cachée Out of the Body (Consuming Impulse), où Tom Stevens de Nokturnel (l’un de mes maîtres) vient lâcher quelques backings, sans que l’hommage reste aussi saisissant que l’original (eh oui, les soli de la paire Mameli / Uterwijk restent inimitables).

Loin d’une scène slamdeath texane souvent primaire et caricaturale, Engaged in Mutilating possède de sérieuses cartes en main malgré sa jeunesse, devant toutefois se forger une plus forte identité technique et musicale pour l’affirmation de son brutaldeath, déjà dangereux. D’une durée conséquente, son premier album Population: Zero se hisse actuellement parmi les réalisations les plus encourageantes et les moins grossières de l’écurie Comatose Music.

Fabien.

4 décembre 2009