Altars of Fab' Death

Enslaved : Eld

On peut dire sans jeu de mots qu’Enslaved souffle le chaud et le froid. Après Frost, qui était un hommage au froid nordique allié des vikings, Grutle Kjellson et Ivar Bjornson ont composé là un album en l’honneur du feu (Eld = le feu), celui sacré de la bataille sans aucun doute. D’ailleurs quoi de mieux sur une pochette que de s’afficher fièrement assis sur son trône de chêne quand on joue (et qu’on a contribué à créer) du Viking Metal ? C’est donc le sieur Grutle qui s’y colle, nous toisant tel un roi envers ses vassaux.

Tous les ingrédients semblent donc réunis pour que les adorateurs de Vikinglir’s Veldi et Frost se jètent sur Eld, d’autant plus qu’il a été mis en boîte au même endroit que son prédécesseur : au célèbre Grieghallen Studio.
En fait on ne retrouvera bien les éléments ayant fait le succès des deux premiers mais les norvégiens ont apporté sur Eld quelques touches progressives assez marquées.

Le pavé de 16 minutes qui ouvre l’album est la meilleure preuve de cette ouverture, 793 (Slaget Of Lindsfarne) conte les mésaventures de chrétiens ayant voulus se frotter aux fiers Vikings, je ne connais pas cette bataille historique mais apparemment les pauvres chrétiens ont pris une bonne dérouillée. L’introduction du titre va crescendo, lentement mais sûrement à l’image d’une armée marchant vers les troupes ennemies au soleil levant, et au plus fort de la bataille (8:22) on retrouve le Enslaved incisif et ses accélérations meurtrières, un titre tiroir étonnant allant encore plus loin que l’excellent Svarte Vidder de Frost.

Cependant les autres chansons de Eld ne sont pas toutes aussi expérimentales : Hordalendingen renoue avec des riffs agressifs dans la tradition de leur Viking Black Metal, Grutle y alterne d’ailleurs un chant criard très efficace avec ses fameuses incantations vikings.

Le génial Trym Torson a quitté le navire pour aller enregistrer Anthems To The Welkin At Dusk avec Emperor, c’est Harald Helgeson qui reprend les baguettes, et même si celui si fait un boulot tout à fait correct on regrette un peu les blast hallucinant de Trym. La batterie d’ailleurs sonne plus sèche et rentre dedans que sur Frost, tout comme la guitare d’ailleurs, plus tranchante.

Les norvégiens ont à la fois poussé l’exploration musicale et renforcé la brutalité de leur style, certains titres sont réellement apocalyptiques (Kvasirs Blod) tant grâce aux riffs débridés et acérées d’Ivar qu’avec cette production faisant claquer chaque note et chaque coup et les soli, limite stridents, amplifient cette impression de chaos. Enslaved n’est pas tombé dans le piège qui consistait à reprendre un à un les ingrédients qui ont fait le succès de Frost, ils ont su ainsi accoucher d’un disque singulier, mais toujours avec une patte reconnaissable.

Lorsque l’intro se fait presque folklorique (For Lengen Siden) c’est pour mieux placer une guitare Thrashy derrière et partir en blast sur un des linéaire Black, malgré donc la longueur importante des titres (entre 6 et 8 minutes, 793 étant hors catégorie) la lassitude ne se fait sentir que très rarement. Malgré tout une légère impression de déjà entendu commence à poindre à l’approche des derniers titres et des plans guitare se ressemblant un peu. Heureusement Ensalved n’est pas né de la dernière pluie et a gardé sous le coude deux bons titres pour la fin : -Glemt, ses linéaires très accrocheurs, sa furie orchestré par une voix écorchée et vindicative de Grutle aidé par le phrasé martial de sa langue maternelle. -Eld, aux ambiances guerrières et Viking, malgré son riff final déjà entendu 3 fois sur d’autres morceaux de l’album.

Enslaved a donc à la fois brutalisé ses morceaux et tenté une ouverture du côté du progressif, surtout sur le premier titre, on en est encore loin mais ceci préfigure sans doute de leurs sorties plus récentes (Below The Light, Isa,…).

Eld est donc un album réussi, même si certains riffs et titres sont peut-être de trop et que les 58 minutes sont un poil lourdes à digérer. Un petit cran en dessous de Frost donc, mais indispensable pour les amateurs de Viking / Black, dont ils ont contribué à populariser le style, qui a ma foi pas mal dérivé depuis… mais c’est un autre débat.

BG (www.spirit-of-metal.com).

Bien que moins marquant que l’eurent été Vikingligr et Frost à leur sortie, j’ai toujours accordé une grande part affective à Eld. Je lui trouve cette odeur de terroir, percevant ces virées viking en mer froide (793 et son ambiance brumeuse) et ce retour au village (For Lenge Siden et sa basse cour), lui conférant un côté très affectif. J’aime cette juxtaposition de moments calmes puis guerriers, à l’image du précieux Glemt. Enfin, bien qu’Harald Helgeson ne puisse être comparé à Trym, j’apprécie néanmoins son jeu de batterie, très sec et claquant, renforçant le côté organique de l’oeuvre. Eld dégage ainsi une chaleur toute particulière. Fabien.

> - Les guests -, Enslaved — fabien @ 20:24

16 septembre 2008

Enslaved : Frost

Fort de son premier album sorti en ce début 94, et d’une renommée qui s’affirme depuis le fameux split avec Emperor l’année précédente, le trio de jeunes Norvégiens figure désormais en bonne place au sein de la scène black metal de Bergen, qui en cette période particulière est au centre des attentions. La créativité d’Ivar et de Grutle apparaît débordante, certainement pas rassassiée par un Vikingligr Veldi fort seulement de cinq morceaux. Les jeunes vikings retournent donc dès le mois de juin 1994 au studios Grieghallen pour mettre en boîte un second album plus consistant prénommé Frost.

La ligne de consuite d’Enslaved ne dévie pas d’un iota: bien que très proche du noyau dur du black norvégien, le groupe affiche son indépendance au travers de son attachement à des thématiques qui n’ont rien d’occultes. Enslaved joue du viking metal, comme il l’affiche clairement dans le livret du disque. Poussant le concept jusqu’au bout, ils s’affichent fièrement arborés de costumes vikings, cote de maille et casque vissé sur le crâne. Le chant en norvégien est bien entendu plus que jamais de rigueur.

Côté musical, Enslaved confirme également les promesses entrevues depuis deux ans. Attaquant le disque par une relativement longue introduction instrumentale, où froid et neige viennent immédiatement s’incruster dans le paysage (Frost), Loke vient frapper un premier grand coup de hache. Délivrant un black épique et guerrier où le talentueux Trym déroule son jeu galopant, avec les riffs tranchants relativement haut perchés d’Ivar, ce morceau témoigne comme quelques autres (le furieux Jotunblod notamment) de l’appartenance claire d’Enslaved à la scène de Bergen d’alors, en allant jusqu’à parfois batailler sur des territoires pas si éloignés que cela de l’Immortal de l’époque (les membres des deux formations sont d’ailleurs très proches). Le caractère martial du metal d’Enslaved, si il est une constante tout au long de l’album, se présente toutefois sous différentes formes, ce tend à confirmer le visage à la fois varié et cohérent de Frost.

Le style caractéristique d’Enslaved prend réellement corps dans Fenris : plus long, plus travaillé, ce morceau débute d’abord par un metal viking mid-tempo, avec toujours ce mur de riff très acérés (et très inspirés) accompagnant les hurlements rageurs de Grutle, puis s’accélère pour donner une teinte plus martiale au morceau, qui immerge de manière imparable l’auditeur dans un univers de bataille, de haches et d’épées. Un black/viking de haute volée, que l’on retrouve (peut être un peu moins inspiré) sur Gylfaginning ou Wotan par exemple.

Frost prend encore de l’altitude avec le magnifique Svarte Vidder, titre composé en 92, très dépouillé de par sa structure minimaliste, et pourtant d’une force mystique considérable. Véritable travail hypnotique, la répétition de ce riff basique et lancinant, inlassablement soutenu par un chant féroce et une solide rythmique, provoquant lors des quelques breaks superbes d’émotions un effet époustouflant. Presque neuf minutes d’une atmosphère austère mais vraiment magique. L’effet est d’ailleurs renforcé grâce à l’enchaînement d’Yggdrasil, balade semi-acoustique où la beauté rugueuse du chant norvégien renforce un peu l’authenticité de l’atmosphère, et où les touches folkloriques ne sont jamais loin. Cette bouffée d’air pur tout droit sorti des fjords, resservi sur un autre morceau aérien en final (Isoders Dronning), permet de donner encore un peu plus de relief à l’album, dont on doit reconnaître un enchaînement de morceaux particuluièrement équilibré et pertinent. Son écoute en est d’autant plus plaisante que la rudesse, voire l’austérité glaciale des parties les plus furieuses de Frost peuvent facilement mettre en difficulté un auditeur peu rôdé à cet univers spartiate…

L’album se fait donc fort d’une identité forte, à l’atmosphère médiévale et guerrière indéniable, tout en s’appuyant sur des inspirations musicales variées, entre la vitesse du black metal, le lyrisme d’un viking metal où l’inspiration du grand Quorthon n’est jamais loin, et les touches progressives quand guitare acoustique et claviers viennent nuancer la froideur martiale du disque. Il augure en fait parfaitement du devenir d’Enslaved, et incarne ainsi sa véritable naissance artistique, même si Frost reste un disque de son temps, avec ses qualités (la pureté et la vigueur d’un black metal vivace tout au long du disque), mais aussi ses limites.
La première – de taille- concerne la faiblesse du son mis à disposition d’Enslaved. Sans doute le disque le plus mal produit de la discographie des Norvégiens, le manque de puissance des guitares ou l’écho monstrueux venant amplifier le chant étant symptômatiques des maux frappant de nombreuses production de l’époque. Pourtant, alors que cela n’est pas vraiment préjudiciable pour les groupes jouant un black metal cru et primitif, le black/viking d’Enslaved, plus subtil et plus travaillé, souffre certainement davantage de ces faiblesses et perd de fait une partie de son impact, même si la froideur incisive qui se dégage sauve l’essentiel.
Autre léger point noir de l’album: l’emploi pas toujours opportun des claviers, dont les sons frisent par moment le kitsch, avec des interventions dispensables et peu judicieuses (comme sur la fin de Fenris). On mettra ces maladresses sur le compte de la naïveté juvénile d’Enslaved ; elles ne pèsent de toute façon pas bien lourd à l’heure du bilan, tant le talent des Norvégiens éclate sur le disque.

A la fois acte de naissance artistique d’Enslaved, qui parvient à affirmer avec force son épanouissement dans un style – le viking metal – qui diverge de la mouvance norvégienne d’alors, et pour autant symbole de son attachement héréditaire à cette même scène black metal, Frost est un disque essentiel à plus d’un titre. Et au delà de son importance historique, il demeure un bien bel album, notamment grâce à la force de son atmosphère glaciale, épique mais jamais dénuée de subtilité et de magie.

Eulmatt (www.metal-blogs.com/eulmatt).

Enslaved se démarque définitivement du black de ses homonymes avec Frost, sorti fin 1994, créant quasiment un concept viking à part entière. L’album comporte toutefois pas mal d’imperfections, mais reste en tout cas très authentique, dégageant une atmosphère nordique formidable. Reste sa production moyenne, à laquelle j’ai toujours autant de mal m’habituer. Fabien.

> - Les guests -, Enslaved — fabien @ 7:12

15 septembre 2007

Enslaved (NOR) : Vikingligr Veldi

Enslaved (NOR) : Vikingligr Veldi

Fort de l’héritage de Bathory et de l’influence de Mayhem, plusieurs groupes norvégiens entendent bien rallumer la flamme du black metal, à l’instar d’Emperor, Darkhrone, Burzum, Immortal, ou encore du jeune Holocaust, formé quant à lui en 1991 autour de Bergen. Un an après le split CD culte aux côté d’Emperor, le trio norvégien revient en février de cette terrible année 1994 avec Vikingligr Veldi, son premier album sorti chez l’emblématique écurie DSP du défunt Oystein Aarseth (Euronymous). Nés respectivement en 1973 et 1978, Grutle Kjellson et Ivar Bjornson sont adolescents lors de la parution de l’album, Ivar n’étant âgé que de 14/15 ans lors de la compositions des morceaux.

Vikingligr est partagé en cinq titres, d’une longueur moyenne de 10 minutes, se clôturant par Norvegr, un instrumental mid tempo particulièrement apaIsant. Le style de l’album est résolument black, empreint d’une atmosphère sombre et d’une fureur indéniable, divinement mise en valeur par les blasts de Trym Torson, les riffs prenants d’Ivar, et la voix black éraillée de Grutle, comme le redoutable titre Heimdallr. Mais parallèlement, les parties black cèdent judicieusement leur place à des touches plus progressives, aux nombreux passages acoustiques, nappes de claviers et passages instrumentaux, à l’image du magnifique Midgards Eldar.

Enregistré de surcroît aux mythiques Grieghallen studios sous la houlette d’Eirik Hundvin (Pytten), Vikingligr possède un son d’une froideur incroyable, aux accents nordiques rappelant les fjords de ces belles contrées. Enfin, les paroles de Grutle, uniquement hurlées en langue natale, témoignent du passé viking et des dieux de ces terres scandinaves, apportant un cachet supplémentaire au concept développé par le groupe, loin des stéréotypes impersonnels, gores ou sataniques, de l’époque.

Signant un premier album d’une intensité notable, aux ambiances les plus black de sa carrière, Holocaust force l’admiration par sa maturité déjà remarquable, malgré la relative jeunesse de ses membres, mais aussi de la scène black metal de l’époque. A l’instar d’A Blaze, Det Som Engang, Pure Holocaust, Dark Medieval Times, De Mysteriis et Nightside Eclipse, peut être un peu moins culte que les joyaux précités, Vikingligr Veldi est un témoignage authentique des premières années du revival black norvégien, figurant parmi les albums essentiels au départ de cette scène ô combien fructueuse.

Fabien.

> - Les chroniques -, Enslaved — fabien @ 13:00

14 septembre 2007