Altars of Fab' Death

Filthy Christians : Nailed

Filthy Christians : NailedLe rapprochement de Filthy Christians en 1989/90 avec le label Earache n’ayant pas porté ses fruits, notre quintette suédois se retrouve rapidement en roue libre tandis que le label anglais focalise toute son attention sur Morbid Angel, Napalm Death, Entombed, Carcass ou Bolt Thrower. Son premier album Mean paru dès avril 1990 n’a en effet rencontré qu’un succès limité, faute à un grindcore d’assez bonne facture mais supportant difficilement la comparaison face aux poids lourds présents à l’époque dans le catalogue de la célèbre écurie britannique.

Par ailleurs, Filthy Christians se retrouve pour un temps sous forme de trio autour de Per Thunell, Ola Strålin et Daniel Hammere (growls, batterie, guitares), avant d’embaucher un bassiste et un second guitariste pour regarnir ses rangs. Afin de démarcher un nouveau label, le quintette enfin reconstitué décide d’enregistrer d’une démo-tape 5 titres en mai 1992, et choisit pour cela un lieu professionnel en optant pour les fameux Sunlight Studios de Stockholm sous la houlette de l’inévitable Tomas Skogsberg, notre ingénieur ayant déjà vu défiler un nombre incalculable de formations depuis cet automne 1988 où il avait successivement accueilli les gars de Morbid, Treblinka et Nihilist pour l’enregistrement de leur démo-tape respectives The Last Supper, Crawling in Vomits et Only Shreds Remain. Notre groupe ne survit hélas pas très longtemps, se séparant peu de temps après la sortie de son ultime démo.

Ce dernier enregistrement, baptisé Nailed au passage et flanqué d’une pochette assez inexpressive, refait toutefois surface en 94 grâce à la volonté de We Bite Records, écurie allemande pourtant plus manifestement tournée vers des formations HC & crossover que du côté de la scène death. De deathmetal, il est en justement question sur ce mini-CD, puisque Filthy Christians a complètement changé son fusil d’épaule entre temps, délaissant son grindcore originel pour s’orienter pleinement du côté d’Entombed, qui a influencé tant de formations depuis l’atemporel Left Hand Path lâché en juin 1990.

Nailed ne comporte que trois morceaux repris de la démo-tape de 1992, Thoughts, Psychopathia Sexualis et la piste éponyme, tandis que Sane et Immolate sont étrangement passés à la trappe, ce qui nous donne à l’arrivée seulement 13 minutes de deathmetal à titre posthume. A l’image du bon titre Thoughts aux rythmes variés et aux riffs & soli incisifs tout aussi nombreux, chaque titre vaut toutefois le détour, bénéficiant d’une articulation & d’une interprétation remarquables, et d’un enregistrement tout aussi professionnel. Difficile en revanche de faire abstraction de Left Hand Path et des productions Sunlight, tant Nailed est calqué sur les modèles d’Entombed & Dismember, aussi bien dans la construction des morceaux que dans la granularité du son si typique. Oublions aussi les growls terriblement gras de Per Thunell sur le premier album de la bande, son timbre se rapprochant désormais volontiers de celui de LG Petrov ou d’Orvar Safstrom (Entombed, Nirvana 2002).

Si Nailed ne représente rien de franchement indispensable faute à sa courte durée et son copier-coller des leaders swedish-death du moment, alors que Filthy Christians parfois maladroit possédait pourtant une vraie personnalité durant la seconde pzrtie des années 80, il faut toutefois reconnaitre combien le groupe a progressé en terme de composition et d’interprétation, pour nous livrer tardivement quelques titres supplémentaires impeccablement ficelés, qui sauront satisfaire les inconditionnels de Left Hand Path et de Like an Ever Flowing Stream.

Fabien.

28 août 2012

Filthy Christians : Mean

Filthy Christians : MeanPionnier du grindcore suédois, mais aussi premier groupe scandinave signé chez Earache, avant même Entombed, Filthy Christians se forme en 1985. Après un split EP remarqué avec ses confrères de G-Anx, ainsi que quelques dates européennes en support des redoutables Napalm Death, le groupe attire alors l’attention du célèbre label britannique, se concrétisant par la sortie de Mean, son premier et unique album.

Avec le sceau Earache et sa pochette choc, montrant un individu à la santé visiblement critique, Mean attise inévitablement la curiosité du métalleux, du moins celui ayant la chance de trouver le disque dans les bacs ; l’album est en effet très mal distribué par rapport aux Altars Of Madness, Realm Of Chaos ou Symphonies Of Sickness, qui cartonnent en ces temps.

En 19 titres s’étalant sur 35 minutes, Filthy Christians balance un Mean nerveux et spontané, distillant par ailleurs quelques accents rock de-ci de-là. L’album frappe au premier abord par sa brutalité, servi par des rythmes de batterie souvent effrénés, ainsi que d’un mur de guitares d’une lourdeur incroyable, du moins pour l’époque. Pour compléter le tableau, Per Thunnel éructe des vocaux gras et gutturaux particulièrement terrifiants, abordant divers sujets de société, assez niaisement faut-il l’avouer.

Pour l’auditeur patient, plein de bons riffs et de bonnes idées se découvrent au-delà de ce boxon apparent, à l’image des entraînants Obey To Get Independence et The Scene. Malgré tout, Mean est rempli de maladresses, comme certains rythmes trop simples, plusieurs longueurs ou riffs dispensables, pardonnées par l’immaturité du groupe, mais aussi par la jeunesse de la scène grind de cette époque, quasi inexistante hors des frontières britanniques et US.

Assurément moins percutant que les illustres Mentally Murdered, Horrified ou World Downfall, Mean ne rencontre dès lors qu’un succès très limité, ayant raison du groupe, qui disparaît prématurément après la sortie du EP Nailed en 1994. Mean reste néanmoins un album grind brutal très sympathique, représentant aujourd’hui un témoignage authentique des balbutiements de la scène grindcore scandinave.

Fabien.

31 août 2007