Altars of Fab' Death

Compilations : Hardcore Holocaust II

Compilations : Hardcore Holocaust IIDeux années après la terrible compilation Hardcore Holocaust, qui regroupait une partie du gratin de la scène crust / HC / grind britannique de passage dans les locaux de la BBC, à l’occasion d’enregistrements live durant les fameuses Peel Sessions (émission radiophonique culte de John Peel sur BBC Radio 1), le label Strange Fruit remet le couvert avec une suite parue en fin d’année 1990. Cette suite n’est pas franchement nouvelle puisque d’une part seuls Carcass, Prong, Deviated Instinct et Prophecy of Doom étaient absents de la première sélection, et d’autre part seules les sessions de Doom et Extreme Noise Terror diffèrent des précédentes, étrange lorsque l’on sait que Napalm Death a par exemple envahi 3 fois les locaux de la BBC entre 1998 et 1990.

Du côté de The Stupids, Electro Hippies, Bolt Thrower, Intense Degree, Unseen Terror et Napalm Death, on retrouve donc les mêmes sessions que celles présentées sur la première compilation Hardcore Holocaust, des enregistrements datant de 1987 à 1988, le choix des titres étant bien sûr différent cette fois-ci. Si l’intérêt de ressortir de vieux morceaux est relatif, il faut toutefois avouer combien cette seconde sélection est judicieuse. Pour Napalm Death, on exhume par exemple Walls et Raging in Hell, deux reprises sauvages des nord-américains de Siege (Drop Dead -1984) et des nippons de SOB (Don’t Be Swindle -1987), groupes de HC/grind fondateurs, nous éclairant un peu plus sur les influences de nos brutes de Birmingham. Tandis que pour The Stupids, on retrouve à mon sens le meilleur titre jamais composé par le trio HC, le génial Life’s A Drag clôturant son debut-album Peruvian Vacation (1985), Doctor and the Crippens est quant à lui tout aussi idéalement mis en valeur sur cette sélection avec les mémorables Don’t Look In The Freezer et Mindsurf, morceaux de choix de son premier album Fired from the Circus (1988). En revanche, pas de surprise particulière du côté d’Electro Hippies, Bolt Thrower, Intense Degree et Unseen Terror, si ce n’est la joie d’écouter d’autres morceaux de leur même session, notamment la prestation impeccable de Bolt Thrower à l’occasion du titre Forgotten Existence présent en version studio sur son premier album.

Côté nouveautés, on a droit à un titre ou deux issus du nouveau passage à la BBC des crusties de Doom et des crustgrinders d’Extreme Noise Terror. Ce dernier à d’ailleurs beaucoup changé entre ses premières sessions de décembre 1987 et les toutes fraiches de mars 1990. Moins choatique, le style des brutes d’Ipswich est bien plus affirmé, très proche du split-LP avec Filthkick (1989) ou du tout aussi terrible EP Phonophobia à paraître en 1991. La différence est moins flagrante du côté de Doom, ses premières sessions à la BBC en juin 1988 étant très proches des nouvelles de mars 1989, pour lesquelles on retrouve deux extraits présents en version studio sur le LP War Crimes (1988) et le split-LP Bury the Debt avec No Security (1989).

Quatre nouveaux venus sont ainsi présents sur cette seconde compilation, l’absence des anglais d’Heresy, l’une des formations les plus rapides à l’époque aux côtés de Napalm Death, étant quant à elle intolérable, le groupe ayant pourtant foulé à plusieurs reprises les locaux de Radio 1 à l’occasion des Peel Sessions. Carcass marque cette nouvelle sélection de son sceau avec le titre Cadaveric Incubator capturé en janvier 1989 à la BBC, à paraitre sur l’impitoyable Symphonies of Sickness que le trio n’a pas encore enregistré. Le morceau est d’ailleurs fort intéressant historiquement, à mi-chemin entre ses deux premiers albums, renfermant à la fois le côté sauvage du premier et l’assise structurée du second. Deviated Instinct se situe quant à lui directement au sein de la scène crust, son guitariste Mid signant par ailleurs l’illustration d’Hardcore Holocaust II. On est ici assez proche d’Amebix, Hellbastard (early) et Axegrinder, entre HC et Thrashmetal, avec cette rage et cette désillusion propres au mouvement crust de l’époque. Prophecy of Doom est déjà plus lourd et tapageur, calé entre HC/grind et deathmetal, avec une batterie et des guitares massives, sans compter les vocaux de Shrew relativement gutturaux. La plus grande surprise vient de Prong, seule formation non britannique de cette compilation, et venue tout droit de New York sur invitation de John Peel pour des sessions live à Radio 1. Le trio ne dépareille pas un instant dans cette sélection, le morceau In my Veins repris de son EP Primitive Origin (1987) donnant carrément dans un HC/Thrash virulent, loin de l’orientation plus groovy puis industrielle prise par la suite.

Moins marquante que son ainée qui se revendiquait à juste titre comme la compilation la plus lourde et la plus rapide de son époque, et proposant autant de nouveautés que de ‘vieilleries’, Hardcore Holocaust II n’en reste pas moins une suite réjouissante et relativement complémentaire. Entendre les prestations live à la BBC de Carcass, Deviated Instinct, Prophecy of Doom et Prong représente déjà un plus par rapport à la première sélection, sans compter les terribles morceaux d’Extreme Noise Terror, Napalm Death, Bolt Thrower, The Stupids ou Doctor and the Crippens, de sacrés moments d’anthologie, si représentatifs de la scène extrême britannique des eighties, inventive, furieuse et débordante d’énergie.

Fabien.

19 octobre 2012

Hardcore Holocaust : The Peel Sessions 87-88

Compilations : Hardcore HolocaustDurant les années 80’s, le HC au sens large était sans conteste la scène la plus débridée, la plus folle et la plus extrême, en témoigne les premières réalisations cultes de Discharge, DRI, Siege ou Antisect, parue entre 1982 et 1984, pour citer Hear Nothing, Dirty Rotten LP, Drop Dead et In Darkness there is no Choice. Influencé par ces formations premières, à des degrés différents selon les nouveaux prétendants, qui ajoutaient en fonction une dose de metal à la Celtic Frost ou de crust à la Amebix, le Royaume-Uni a été l’une des scènes la plus riche et prolifique durant la seconde partie de la décennie, repoussant sans cesse dans l’urgence les limites de la lourdeur et de la rapidité.

Ce phénomène extrême grandissant comptant des foyers prolifiques autour de Londres, Ipswich, Birmingham ou Nottingham s’est aussi développé sous l’impulsion de protagonistes comme Dig Pearson ou Hammy, ayant rapidement mis sur pied les labels Earache et Peaceville pour promouvoir les groupes tantôt plus HC, crust ou grind de leur contrées, sans occulter quelques écuries de moindre envergure comme Manic Ears ou Head Eruption ayant elles aussi joué un rôle non négligeable, tous ces labels regroupant de sacrées formations comme Extreme Noise Terror, Napalm Death, Heresy, Doom, Deviated Instinct, Concrete Sox, Intense Degree, Unseen Terror, Hellbastard, Axegrinder, Electro Hippies, Ripcord, Carcass ou Bolt Thrower.

Il ne faut pas non plus oublier le rôle primordial du célèbre DJ John Peel, animateur radio à la BBC et découvreur de talents depuis la fin des sixties, s’étant intéressé de près à ce phénomène extrême durant la seconde partie des années 80, subjugué par la folie incontrôlable de Napalm Death ou Extreme Noise Terror, puis par le phénomène Carcass en 1988. Quasiment tous ces jeunes groupes puissants et novateurs ont alors atterri dans les locaux de la BBC sous la coupe de l’ingénieur du son Dale Griffin, pour immortaliser leurs meilleurs titres en condition live, ressortant avec leurs fameuses Peel Sessions en main, distribuées par Strange Fruit Records. Hardcore Holocaust, c’est justement un best-of de ces sessions d’enfer, reprenant quelques morceaux de ces sacrés enregistrements.

Très HC/punk et relativement conventionnels, les trois titres de Doctor And The Crippens sont peut-être les plus anecdotiques de la compilation, tandis que dans la même veine, Stupids (le groupe se prenant ici-même le moins au sérieux) joue avec une efficacité toute particulière sur deux morceaux, à coup de riffs mémorables et percutants. On gravit un échelon dans la vitesse et la brutalité avec Intense Degree et Electro Hippies, formations HC/grind que l’on retrouve dans les plus vieilles pages des catalogues Earache et Peaceville avec les albums War in my Head et The Only good Punk is a Dead One, Electro Hippies nous gratifiant du génial morceau Mother, aussi entrainant à son début que chaotique en tirant sur sa fin.

Hardcore Holocaust prend aussi une couleur totalement crust lors des deux morceaux de Doom, les géniaux Exploitation et No Religion, dans une version plus corrosive que sur l’album War Crimes paru chez Peaceville, avec le timbre de voix si crasseux de Jon Pickering. Un pas de plus dans la lourdeur est encore franchi sur le morceau Voice your Opinion d’Unseen Terror, qui comprend notamment durant ces sessions Shane Embury à la batterie et Mick Harris au chant, le leader de Napalm Death n’éructant pas sur l’album Human Error paru chez Earache quelques mois auparavant.

La palme du groupe le plus lourd revient bien sûr à Bolt Thrower, qui n’a toutefois pas encore intégré son fabuleux growler Karl Willets, ni enregistré son premier album In Battle There is no Law pour le compte de Vinyl Solution. Le groupe de Gavin Ward et Barry Thompson ne possède pas encore les caractéristiques deathmetal plus marquées sur son premier disque, étant encore relativement ancré du côté des crusties de Sacrilege, auteurs de l’incontournable Behind the Realms of Madness en 1985. A ce titre, l’écoute des versions BBC d’Attack In The Aftermath et Psychological Warfare aux thèmes guerriers, s’avère sacrément intéressante pour comprendre l’évolution considérable du son de Bolt Thrower en deux petites années.

Hardcore Holocaust ne serait bien sûr pas aussi culte sans la présence d’Extreme Noise Terror et du phénomène Napalm Death, les deux formations les plus extrêmes du moment, qui comprennent toutes deux durant les sessions à la BBC l’impitoyable Mick Harris derrière les fûts, le batteur le plus rapide de l’époque, fort de son mitraillage révolutionnaire sur la caisse claire, et inventeur des termes blast-beats et grindcore que nous chérissons tous. La puissance de feu phénoménale du batteur, associée à la prestation totalement folle des deux groupes en condition live, nous donnent le cocktail le plus rapide et le plus brutal jamais entendu à cette période, une version complètement débridée des fameux albums Scum et A Holocaust in your Head parus chez Earache et Head Eruption. A ce titre, on peut regretter l’absence des crust/grinders d’Heresy, dont la vélocité de leur batteur Stephen Charlesworth valait elle aussi le détour, les deux frappeurs étant un temps rentrés en compétition amicale au fameux pub Mermaid de Birmingham, lieu mythique où ce HC féroce a progressivement évolué en grind.

A l’instar de sa citation « Probably the loudest record you’ll ever own! », Hardcore Holocaust est au delà d’une simple compilation la meilleure synthèse de ces années démentielles 87-88 en Grande-Bretagne, lorsque la scène crust-HC-grind était lancée dans une course effrénée vers toujours plus de rage, de vitesse et de lourdeur, dressant déjà plusieurs passerelles vers le deathmetal pour citer Bolt Thrower ou l’impitoyable Napalm Death. Tous ces groupes ne jouaient pas exactement le même style, mais avançaient en tous cas dans la même direction. Enfin, ceux regrettant l’absence de Carcass, Deviated Instinct ou Prophecy of Doom durant cette première vague de sessions à la BBC, pourront compter sur la suite Hardcore Holocaust II de 1990, bien que la scène eût déjà perdu une partie de son insouciance et de la folie communicative de ses jeunes années.

Fabien.

9 août 2012