Altars of Fab' Death

Concrete Sox : Heresy – Concrete Sox

Concrete Sox : Heresy - Concrete SoxFormé dès 1983 autour de Vic Croll et Lesly Duly, Concrete Sox figure parmi les premiers groupes anglais ayant mêlé hardcore/punk avec une bonne dose de thrashmetal, aux côtés d’autres pionniers du pays comme Sacrilege, Onslaught ou Deviated Instinct. Influencé par Discharge et les groupes de hardcore nord américains les plus extrêmes comme Siege ou DRI, Heresy apparait quant à lui deux années plus tard, porté par son batteur Steve Charlesworth, le frappeur le plus rapide du circuit anglais pour un temps, avant d’être détrôné par la tornade Mick Harris (Extreme Noise Terror / Napalm Death). Ce mélange de HC et de metal rassemble rapidement punkers et metalheads dans les même salles britanniques, et particulièrement au fameux pub Mermaid à Birmingham, où Heresy et Napalm Death se livrent notamment à des compétitions amicales pour désigner le groupe qui joue le plus vite et le plus fort, grâce à la puissance et la vélocité de leur batteur respectif. C’est précisément à cet endroit que le grindcore ‘made in England’ voir le jour, lieu d’une escalade vers l’extrémisme musical où Mick Harris met au point son fameux mitraillage sur la caisse claire qu’il nomme le rythme explosif (blast-beat), et invente le terme grindcore ayant survécu à d’autre appellations plus éphémères comme le fastcore (HC hyper rapide) ou le britcore (britsh-core).

Tandis que Concrete Sox a déjà à son actif son premier album Your Turn Next paru chez Manic Ears début 86 (modestement enregistré en novembre 85 avec une console 8 pistes analogique), Heresy sort toute juste le flexi-EP Never Healed la même année, constituant la toute première production du label Earache Records (EAR1) dirigé par Dig Pearson. Ce dernier contacte les deux groupes pour la mise en place d’un split-album, conjointement enregistré aux fameux studios Rich Bitch où se succèdent un sacré paquet de formations comme Napalm Death ou Carcass, parallèlement aux Birdsong Studios qui accueilleront ND, ENT ou Defecation. Le split-LP paraît en vinyle en début d’année 1987 et, bien que la partie d’Heresy est initialement capturée avec Steeve Reevsy au chant et à la guitare, le groupe choisit au dernier moment de réenregistrer la voix, confiée à John March. L’ancien batteur de Concrete Sox devenu désormais nouveau frontman d’Heresy possède non seulement un timbre vocal en parfaite adéquation avec son crust/grind explosif, mais encore ses sauts hallucinants sur scène créent le spectacle à chaque concert.

Au discours foncièrement contestataire, le hardcore-metal de Concrete Sox a gagné en dimension depuis le premier album, non seulement grâce à l’arrivée de son nouveau chanteur Sean Cook, mais aussi grâce à une maitrise plus précise et un meilleur enregistrement. Tour à tour tapageur, pour citer les passages explosifs de Key to the Door, crusty & mélancolique à l’image de l’introduction de False Insight, notre quatuor reste aussi foncièrement entrainant, Speak Siberian or Die ou la version revisitée de Sustain the Orgy étant les meilleurs exemples de cette fougue débordante et de cette attitude tellement punk-bristish. On retrouve aussi une bonne dose thrashmetal dans le jeu lourd et rapide de Vic Croll qui, s’il possède les cheveux en épi de rigueur chez les punkers, n’en oublie pas les bracelets à clous ou autres tee-shirt de Venom & Metallica, trahissant aussi ses influences metal.

Heresy, c’est un cran au dessus en termes de brutalité et de rapidité sur ce split-album, passerelle la plus représentative entre le HC-metal énergique de Concrete Sox et le grindcore apocalyptique de Napalm Death sur ses deux premiers disques à venir. Les courts et explosifs Genocide, Belief, Vision of Fear et Nausea sont autant de morceaux d’une rapidité affolante (à l’heure où les triggs n’existent pas), instants où la scène bristish-grind prend tout son sens. Plus longs et plus entrainants, figurant à mon sens parmi les meilleurs titres de la formation, Nausea et In Silence possède quant à eux leur lot de riffs mémorables, notre batteur Steve Charlesworth accélérant aussi régulièrement la cadence pour quelques passages de folie, en pleine osmose avec le chant survitaminé et totalement HC de Sean Cook.

Paru avant les premiers albums respectifs de Napalm Death, Unseen Terror ou Carcass sur le même label (MOSH3, MOSH4, MOSH6), le split-LP Heresy – Concrete Sox (MOSH2) figure parmi les disques clés des premières heures du label Earache Records, brillant témoignage de ces années de folie HC/crust/grind entre 85 et 87, où tant de talents ont émergé au départ d’écuries comme Earache, Peaceville, Manic Ears ou Children of the Revolution. Sans compter la licence accordée au label nippon Toy’s Factory pour la partie d’Heresy, on peut se demander pourquoi Dig Pearson n’a jamais jugé utile la réédition de ce split-LP depuis le premier pressage en vinyle début 1987. Il fait à mon sens partie intégrante de l’histoire du label.

Fabien.

> - Les chroniques -, Concrete Sox, Heresy — admin @ 20:51

11 janvier 2013