Altars of Fab' Death

Hexen : State of Insurgency

Bon, après les Fueled By Fire, Bonded By Blood, Merciless Death et les autres que j’oublie, sans parler de la très prolifique scène brésilienne actuelle, quel groupe allait encore arriver sur une scène revival thrash sentant de plus en plus la saturation à pleine narine? On se croirait revenu dans les eighties alors que la première armada émergeait un peu partout dans le monde. A peine le temps d’écouter une galette que dix nouveaux combos sortent de terre vous scrutant avec leurs p’tits yeux rouges et vous soufflent sournoisement des “chronique moi, chronique moi, chronique moi”. Ce nouveau groupe s’appelle Hexen et nous vient tout droit de la mère patrie thrash, les USA.

Hexen se forme en 2003 à Glendale dans la sainte Californie et fait dans le thrash old school à l’instar de ses jeunes et nombreux frères d’armes. Après avoir été légèrement déçu par les précités Fueled By Fire et Bonded By Blood qui personnellement, ne m’avaient pas emballé plus que ça en se hissant difficilement au genou d’un Municipal Waste ou d’un Warbringer avec un thrash des plus conventionnel, que pouvait-je attendre d’Hexen? Encore un de ceux qui prétendent faire revivre une époque en or, fanfaronnant avec vestes à patch, T-shirt d’Exodus et jean’s moule burnes. Ne jugeons pas hâtivement…

Le groupe a eu pour commencer le privilège de voir sa pochette dessinée par le maître Ed Repka, où l’on voit un quidam détonateur à la main, en train de faire un beau feu de joie en plein centre ville. Pour la p’tite histoire, John, sexagénaire harassé par tant d’années de travail à la centrale électrique du coin, gavé de débilités télévisuelles et partageant sa morne existence avec sa Margaret chérie, laquelle, poids des années obligent, ressemble désormais plus à un shar pei qu’autre chose, a coulé une bielle et décide de se refaire un épisode de Speed. Manque de chance, Keanu Reeves était à ce moment là occupé à lire son Star Mag préféré, ça sent le grisou…

“IT’S A BOMB!” Grosse déflagration, vitres qui volent en éclats, membres roussis, cris de panique, parfum de nitroglycérine et odeur de mort. Ambiance Gaza garantie. Le décor est posé sur une intro détonante. La bien nommée Blast Radius ouvre l’album sur un mid tempo léger et riff thrashy efficace, accompagné de la voix puissante et très légèrement écorchée de André Hartoonian, pas démonstrative, simple mais accrocheuse, pile poil dans le ton. Hexen mise avant tout sur l’harmonie de ses compos avec des mélodies recherchées et pratique autant la grande vitesse que le middle tempo, laissant ainsi libre cours aux guitaristes de s’exprimer pleinement en lâchant de nombreux solis de toute beauté et une basse terriblement cinglante qui flagelle l’auditeur de ses lignes acérées. On passe d’une violente Gas Chamber dans la grande tradition thrash à une sublime et calme Desolate Horizons en passant par Chaos Agressor et son intro de guitare acoustique virant assez vite dans un heavy thrash massif avec envolées de six cordes éblouissantes d’une maitrise impressionnante.

C’est bien là ce qui frappe immédiatement sur cet album, la maitrise technique dont font preuve les californiens, jouant sur des structures à plusieurs tiroirs, sur des rythmiques d’une infinie précision, alternant les plans avec une facilité déconcertante, le tout parsemé de solis finement ciselés et avec un sens de la mélodie incroyable, qui n’est pas sans rappeler par moments le Megadeth des grandes heures, époque RIP. Le groupe distille un thrash à la fois énervé, mélodieux, fin et élégant. Le titre State of Insurgency est un bijou en soi, réunissant tout les ingrédients d’un thrash diablement redoutable ; rythme enfiévré, breaks déboulonnants, riffs aiguisés et solis joués incroyablement vite. Un florilège musical. L’album se clôt finalement sur une outro de toute beauté, une perle acoustique de mélancolie et une fois de plus, on ne peux s’empêcher de penser au roux le plus mal aimé du thrash. Les paroles d’ailleurs se rapprochent du discours de Mustaine sur un Peace Sells… Le groupe délivre au travers de ses textes une vision contre utopiste et morose du futur à venir. La paix fait vendre… L’ensemble sur une production sonnant juste, pas crade ni trop synthétique, s’accordant ainsi parfaitement avec le ton général de l’album.

Hexen s’impose avec State of Insurgency comme une valeur sûre dans une scène en pleine effervescence et frôlant l’overdose, avec un thrash empreint d’une nostalgie évidente, mais très personnel et d’une virtuosité appréciable, varié et loin du simple copier-coller de pas mal de groupes thrash actuels. En espérant que la suite soit toute aussi excellente.

Barback (www.spirit-of-metal.com).

Parmi les formations issues du revival thrash de ces dernières années, à défaut de la personnalité de Municipal Waste ou Merciless Death, Hexen lâche des compostions d’un équilibre et d’une intensité exemplaires. Sur une production à la fois rugeuse et limpide, State of Insurgency subjugue ainsi par son thrash rageur, l’efficacité de son riffing, l’excellence de ses soli, et la justesse de son propos, durant 55 minutes n’ayant jamais parues aussi courtes. L’intrumental Desolate Horizons et l’outro finale sont alors cerises sur le gâteau, acoustiques poignants, offrant un contraste incomparable avec le thrash nerveux & mélodique d’Hexen. Excellent ! Fabien.

> - Les guests -, Hexen — fabien @ 1:50

19 janvier 2008