Altars of Fab' Death

Sore Throat : Inde$troy

Sore Throat : Inde$troyEn février puis avril 1989, Sore Throat au line-up inchangé réinvestit les Lion Studios à Leeds pour la 5ème fois consécutive, afin d’y boucler son 3ème full-album. Si la bande de Rich Militia (Richard Walker) décide de changer légèrement son patronyme en Saw Throat sur cette nouvelle réalisation, le plus surprenant réside bien sûr dans le choix d’un unique morceau, là où le quatuor avait dépassé symboliquement le cap de la centaine sur Disgrace to the Corpse of Sid paru chez Earache Records début 1989. Cette seule piste de 41 minutes articulée en 8 chapitres, partagée sur les deux faces du vinyle, est un concept basé sur la destruction de notre environnement, et dégage une atmosphère souvent lourde et oppressante.

Sore Throat laisse sur cette œuvre définitivement son côté grindcore de côté, Indestroy résidant entre une alternance de longs passages sludge-doom à d’autres plus ancrés dans le crust-punk, chaque instant étant relié par ce regard noir et désespéré sur l’inconscience humaine et la dégradation de notre planète. La progression du morceau est bien amenée, entre partage de rage et d’accalmie, les guitares saturées ne dominant véritablement que sur quelques chapitres, moments où l’on retrouve assez le climat de la face B de Disgrace to the Corpse of Sid. Ambitieux sur cet effort, nos quatre gaillards réussissent ainsi l’exploit d’un morceau long jamais ennuyeux (à condition de bien se plonger dans le climat), celui-ci n’étant pas forcément construit sur des riffs metal traditionnels, mais axé sur la recherche d’une ambiance tantôt pessimiste, coléreuse ou mélancolique en osmose avec le concept.

Si la version vinyle de Manic Ears (Doctor and the Crippens, Ripcord, Civilised Society) renferme ainsi le titre éponyme et les paroles, la version CD du label anglais indique quant à elle 54 morceaux, avec l’unique mention “Plus 53 bonus tracks by Sore Throat !!!!!!!!”, aucune parole, aucun crédit et pour le reste démerdez-vous, manœuvre scandaleuse d’une part pour un concept-album où les paroles possèdent toute leur importance, d’autre part pour 53 bonus lâchés sans précision.

Les bonus 2 à 43 repris sur une seule plage CD (la n°2) représentent en fait l’intégralité des morceaux du EP Death To Capitalist Hardcore enregistré en mars 1988 (y compris la reprise War System (1982) des HC-punkers suédois Shitlickers pourtant non mentionnée), quatorze minutes d’énergie crust-HC-grind proches du premier album Unhindered by Talent, où les morceaux d’une poignée de seconde se succèdent et renvoient directement dans l’urgence HC-punk des débuts.

Les bonus 44 à 53 repris sur les plages CD n°3 à 12 représentent quant à eux les 10 titres enregistrés lors des sessions de février 1989 pour le EP Never Mind the Napalm Here’s Sore Throat (il manque donc à l’appel les 6 titres des ultimes sessions de mai 1989), où le groupe revient à un gros grind-crust après la parenthèse Indestroy pour y livrer ses meilleurs morceaux calés entre Napalm Death et Extreme Noise Terror. Dix minutes explosives à l’image du terrible morceau Something That Never Was, de la bonne reprise Channel Zero Reality des incontournables crusties d’Antisect, ou de quelques joutes vocales que n’auraient pas reniées Phil Vanes ni Dean Jones (ENT).

Le 54ème morceau Chainsaw Death est enfin un joke caché dans la dernière plage (n°12), un joyeux massacre à la tronçonneuse qui clôture la galette. Voilà quelques indications destinées à mieux comprendre la version CD d’Indestroy, qui fait ainsi office de compilation avec l’unique morceau de l’album et pas moins de deux EP’s.

Retour au morceau phare en conclusion, avec l’équipe de Sore Throat ambitieuse sur cette session, réussissant le pari d’associer un long titre unique à un concept, et montrant également une habilité équivalente en sludge-doom autant qu’en crust-punk. Pour les grinders avides de vitesse et de riffs, frustrés par cette session, la version CD est alors tout indiquée, y juxtaposant deux EP bien plus axés dans le crust-grind, dont les sessions de février 1989 de Never Mind the Napalm Here’s Sore Throat (clin d’oeil à Sex Pistols et Napalm Death) à ne pas rater.

The meek shall inherit the earth,

The meek shall inherit the excrement of western society.

Fabien.

> - Les chroniques -, Sore Throat — admin @ 16:09

20 décembre 2013

Sore Throat : Disgrace to the Corpse of Sid

Sore Throat : Disgrace to the Corpse of SidToujours articulé autour de Militia, Pickering, Talbot et Halmshaw, sous couvert de nouveaux pseudonymes, Sore Throat ne tarde pas à réinvestir les Lion Studios pour les sessions de son second album, capturé durant cinq journées d’octobre 1988, un mois seulement après son précédent passage dans les mêmes lieux lors de la mise en boite du premier LP Unhindered by Talent ! Le LP sort toutefois à cheval entre 1989 et 1990, plus d’une année après son enregistrement. Notre quatuor décroche entre temps un contrat avec l’écurie montante Earache Records, qui signe avec Disgrace to the Corpse of Sid sa dixième réalisation, suivant de quelques mois celles de Napalm Death, Unseen Terror, Carcass ou Intense Degree, entre autres.

Habitué à une multitude de morceaux sur album ou EP, Sore Throat fait exploser le compteur sur son deuxième LP en lâchant pas moins de 101 titres, histoire de passer symboliquement la barre de la centaine. Le groupe segmente toutefois habillement les morceaux en deux faces distinctes, la face A ne comprenant qu’une plage censée regrouper 90 déflagrations en 22 minutes, tandis que le face B contient 11 morceaux qui s’étendent sur une durée équivalente. Honnêtement, la première partie est éprouvante en ce qui me concerne, le délire noise-grind se multiplie 90 fois et n’offre musicalement que peu d’intérêt, de mon unique point de vue. Il n’y a pas de développement et je n’y perçois pas vraiment l’intérêt sauf l’envie de faire péter tous les records, une majeure partie voire l’intégralité du trip ayant du être improvisée durant les sessions d’enregistrement.

La seconde partie de l’œuvre contraste avec la face opposée, puisqu’elle regroupe quant à elle les compositions parmi les plus abouties de Sore Throat (en excluant l’incroyable morceau Indestroy de 41 minutes enregistré quelques mois plus tard). Si l’esprit grindcore reste encore de rigueur chez Sore Throat, le spectre de Napalm Death étant toujours présent, le côté crust prend cette fois significativement le dessus, cette seconde face nous renvoyant volontiers du côté de Doom, Hellbastard, Axegrinder ou Deviated Instinct, vers la rage, la mélancolie et le désespoir d’Amebix et Antisect, les rythmes étant tantôt lents, tantôt entrainants, mais jamais tapageurs.

Plus longs et oppressants que les morceaux directs d’Unhindered by Talent, chargés d’un spleen que l’on ne retrouvait pas forcément auparavant, les morceaux qui composent la face B de Disgrace to the Corpse of Sid préfigurent déjà le long titre Indestroy que la formation enregistrera au printemps 1989, un tourment entre vitesse, urgence et colère, une face où Sore Throat privilégie l’ambiance, avec un esprit punk de désespoir souvent présent. Pris plus ou moins à la rigolade avec sa présentation en avant de 101 titres, le LP n’a pas rencontré beaucoup de succès, tout comme les albums d’Intense Degree, Unseen Terror, OLD, Spazztic Blurr parus sur le label, à l’heure où l’écurie anglaise Earache Records explosait pourtant ses ventes grâce à Carcass, Napalm Death, Bolt Thrower, Morbid Angel et Terrorizer. C’était en 1989.

Fabien.

> - Les chroniques -, Sore Throat — fabien @ 21:10

19 décembre 2013

Sore Throat : Unhindered by Talent

Sore Throat : Unhindered by TalentFormé au milieu des années 80 par Rich Militia au chant (altéré), Brian Talbot & Jon Pickering à la basse & aux guitares, ces deux derniers membres évoluant également au sein du fameux crust-band Doom, Sore Throat est une figure de la scène british HC-grind de l’époque, aux côtés de Napalm Death, ENT, Heresy, Concrete Sox, Intense Degree, Electro Hippies, j’en passe et des meilleurs. A partir de son EP Death To Capitalist Hardcore capturé en mars 1988, peu avant l’intégration de Paul Halmshaw à la batterie (tout jeune manager de l’écurie naissante Peaceville), le groupe devient un fidèle abonné des Lion Studios, qui verront un sacré paquet de formations HC, metal ou crusties se bousculer, tel qu’Hellbastard, Axegrinder, Paradise Lost, Electro Hippies ou Civilised Society.

En 43 titres pour une vingtaine de minutes, le EP pose les bases de la musique de Sore Throat, un style articulé autour de morceaux courts, certains expédiés en une poignée de seconde, ancrés entre HC, crust ou grindcore, la dernière appellation étant dominante, l’album Scum de Napalm Death se hissant parmi les influences indéniable de notre combo. Paru sur Acid Rain Records (une version éphémère de Peaceville), l’EP est rapidement suivi d’une nouvelle invasion du quatuor au Lion Studios, qui investit les lieux avec son nouveau batteur durant deux journées de septembre 1988, pour les sessions de son premier album Unhindered by Talent à paraitre sur Meantime Records en fin d’année.

En deux jours, Sore Throat met ainsi en boite 32 minutes réparties en 52 nouveaux titres, plus ou moins inspirés. On retrouve ainsi une ossature principale proche du grindcore du premier LP de Napalm Death (qui enregistre par ailleurs au même moment son second album F.E.T.O. aux Birdsong Studios), Paul ‘Hammy’ Halmshaw nous larguant d’ailleurs une cascade de blast-beats n’ayant pas grand-chose à envier à la vélocité des batteurs de ND, Heresy ou Intense Degree (Harris, Charleswoth, Pendlebury), décrits comme les frappeurs anglais les plus rapides du moment. L’ancrage dans le crust est également largement palpable, mais pouvait-il en être autrement avec le guitariste et le bassiste de Doom dans les rangs de notre quatuor ? Ce mélange typiquement british donne ainsi une série de morceaux particulièrement réjouissants, pour citer le très bon Horrendous Cut-Throat System en ouverture, composition qui aurait largement pu être signée par Bullen, Broadrick ou Harris. En revanche, là où Napalm Death se détend une seconde top-chrono sur un ‘You Suffer‘ d’anthologie, Sore Throat multiplie à outrance les plages inférieures à dix secondes, nous lâche en plus quelques chansons à boire sympathique mais peu appropriées, oubliant de donner plus de cohérence et finalement plus de consistance à son œuvre.

Unhindered by Talent n’est reste pas moins l’effort le plus intéressant de la discographie de Sore Throat à mon humble avis, un grind/crust percutant qui rappelle tour à tour Napalm Death, Doom, Extreme Noise Terror dans ses meilleurs moments, bref un témoignage supplémentaire de cette scène crust-HC-grind britannique bouillonnante durant la seconde partie des eighties, que d’aucuns nommaient aussi le britcore ou le speedcore, une déflagration rapide et métallique, faite de rage, d’insouciance, et d’une colère saine et salvatrice.

Fabien.

> - Les chroniques -, Sore Throat — fabien @ 18:54

Cadaver (NOR) : Discipline

Cadaver (NOR) : DisciplineDifficile d’établir un lien entre le doux et fabuleux deathmetal d’…In Pains paru en 1992, et le blackthrash sale, frénétique et primaire de Discipline sorti neuf anniversaires plus tard. La bande emmenée par Anders Odden a d’ailleurs subi d’importants changements puisque seul son guitariste (rebaptisé Neddo) reste aux manettes. Le leader recrute ainsi Balvaz à la seconde guitare et s’entoure par ailleurs du team d’Aura Noir, le fameux duo Aggressor & Apollyon respectivement en tant que batteur et bassiste / chanteur. Le groupe étend enfin son patronyme en Cadaver Inc (Incorporation), comme une société prétendument spécialisée dans l’enlèvement de cadavres et le nettoyage de scènes de crime, ce qui lui vaudra d’ailleurs une petite enquête policière sur le dos, les forces de l’ordre norvégiennes n’ayant visiblement pas saisi instinctivement le sens de l’humour morbide de notre quatuor.

Fidèle à la formation depuis le premier album Hallucinating Anxiety paru sur sa division Necrosis (Electro hippies, Repulsion, Carnage), Earache Records reconduit le contrat avec nos bonhommes et sort l’album Discipline au printemps 2001, lors d’une période fade où le label se cherche, Dan Tobin (l’acolyte de Dig Pearson) tentant de relancer la partie death/black via la branche Wicked World (Hate Eternal, Decapitated, Insision).

Inutile de chercher les précieuses notes de violons et de flûtes qui éclairaient …In Pains, son successeur étant avant tout un album noir, primaire et violent, sérieusement ancré entre black et thrashmetal, un mélange entre le côté direct et rétro de Black Thrash Attack et la violence inouïe de Monumental Possession (Dodheimsgard), deux œuvres où l’on retrouvent la paire Aggressor & Apollyon. Discipline, c’est ainsi une alternance entre moments furieux où notre batteur s’emballe frénétiquement derrière les fûts (Primal, Deliverance) et instants en middle tempo où ces riffs simples de guitares arrivent en pleine tête, le tout dans une ambiance résolument crade renforcée par le chant râpeux d’Apollyon, pour un style noir, haineux, sans fioriture et sans compromis.

Si l’extension de patronyme laissait présager une réorientation, cette dernière est effectivement de taille, la bande d’Anders Odden étant en cette année 2001 bien plus proche d’Aura Noir et Dodheimgard, voire Satyricon sur Rebel Extravaganza, que du deathmetal de ses débuts. Le style est noir, hystérique et épuré, pour un résultat tout de même en demi-teinte, la faute à une certaine monotonie s’installant au fil des morceaux, Discipline ne renfermant ni les riffs si percutants de Black Thrash Attack, ni dégageant le climat si apocalyptique Monumental Possession.

Fabien.

> - Les chroniques -, Cadaver — admin @ 18:56

29 août 2013

OLD (USA) : Old Lady Drivers

OLD (USA) : Old Lady DriversFondé en 1986 à Bergenfield dans l’état du New-Jersey par le guitariste James Plotkin, et auteur de quatre albums parus chez Earache Records entre 1988 et 1995, OLD à mené une carrière relativement discrète chez le fameux label anglais, à l’heure où ce dernier vendait ses albums de deathmetal et de grindcore par pleines pelletées depuis l’essor de Napalm Death, Carcass, Bolt Thrower ou Morbid Angel. Si le trio a évolué au fil des réalisations, son style est toujours resté décalé, et ce depuis le premier album Old Lady Drivers paru en 1988, septième sortie du label entre les LP’s de Carcass et Napalm Death (Reek of Putrefaction, FETO) parus cette même année.

Si le style de l’album éponyme est difficile à classer tant le groupe s’essaie à des sororités originales, on peut décrire son tronc comme un mélange entre thrashmetal et grindcore, aux rythmes parfois très rapides, sans les accents industriels et bien plus expérimentaux qui apparaitront précisément dans la suite de carrière. Le chant d’Alan Dubin est quant à lui particulièrement criard et plutôt atypique dans le genre, comme un chant black nasillard avant l’heure, renforçant ce climat bizarroïde régnant tout au long du disque.

Tout comme le LP des gars de Spazztic Blurr paru ce même cru 1988, l’éclectisme est de mise et nos trois gaillards n’hésitent par exemple pas à reprendre Eric Clapton (Cocaine) à la sauce OLD. L’esprit est toutefois plus grindcore que chez les Spazztic et l’ensemble bien plus rapide, en témoignent les nombreux passages aux rythmes frénétiques et au chant hystérique (Feeding the Worms). Old Lady Drivers manque toutefois d’accroche sur la durée et devient parfois éprouvant, bien que les idées fusent et que la recette fonctionne pleinement à plusieurs moments, à l’image des géniaux I Laugh As I Chew et Colostomy Grab-bag où les passages cools et bien sentis s’opposent à une furie toujours latente, telle une épée de Damoclès prête à transpercer à chaque instant.

Furieux, atypique et déjanté, l’album Old Lady Drivers n’a eu qu’un succès d’estime à sa sortie en 1988, n’ayant d’ailleurs connu que son unique tirage vinyle d’époque, Earache n’ayant jamais jugé utile sa réédition ni sa parution en CD. Non exempt de défauts, ce premier jet d’OLD montre toutefois un trio ayant déjà une forte envie de sortir des sentiers battus et de faire surtout ce qui lui plait, tout en témoignant par ailleurs cet extrémisme et ce bouillonnement d’idées qui agitent le label de Nottingham durant la seconde partie des années 80’s.

Fabien.

> - Les chroniques -, O.L.D. — admin @ 17:53

Spazztic Blurr : Before and After

Spazztic Blurr : Before and AfterFondés à Portland dans l’état de l’Oregon tous deux en 1985, Wehrmacht et Spazztic Blurr comptent dès le départ deux membres en commun, le chanteur Tito Matos et le guitariste Marco Zorich. Si le premier groupe se range plus facilement dans la case du crossover (thrash + hardcore punk), le second pioche plus allégrement dans de nombreux styles, ska, rock, thrash, hardcore, voire deathmetal & grindcore, un melting-pot improbable entre Mr Bungle, The Melvins, DRI, Wehrmacht et Cryptic Slaughter, le tout dans un esprit de franche déconne, de moqueries et de parodies en tout genre.

Après la seule demo-tape Bedrock Blurr capturée en 1986, le quatuor signe avec le jeune label Earache Records, qui ne compte à ce moment que quatre productions à son compteur (The Accused (sous licence), Herery / Concrete Sox, Napalm Death et Unseen Terror). Le deal débouche la même année sur la sortie de l’album Before and After (également connu sous le nom Befo Da Awbum ou simplement Spazztic Blurr).

Si le melting thrash/HC de Before and After est franchement décalé, bâti sur un style très ‘spazzticulier’ où notre quatuor s’amuse à parodier de nombreux styles du ska jusqu’au deathmetal (Def Metal), les paroles sont tout aussi déjantées. Le groupe s’y met en scène (Blur Hogs), chante l’alphabet (ABC’s), conte des séries TV comme la famille Pierrafeu (Bedrock Blurr) et se moque finalement de tout et de tout le monde (Mexicalli). Toutefois, aussi désinvolte qu’il soit, notre quatuor tient la route, faisant non seulement preuve d’une maitrise et d’une technicité sans reproche, mais étant aussi à l’aise dans tout les styles qu’il côtoie.

Décrit à sa sortie par Brian “Pushead” Schroeder dans le fameux magazine Thrasher comme un album sympathique et farfelu, Before and After est effectivement une version plus libre et déjantée des albums de Wehrmacht (quoique), mais également moins marquante et globalement moins inspirée. Le disque paru chez Earache en vinyle sous la référence MOSH5 n’a pas vraiment marché, tout comme les LP d’Unseen Terror, Heresy / Concrete Sox, OLD et Intense Degree, très nettement en retrait des ventes explosives de Napalm Death, Carcass, Morbid angel, Bolt Thrower, Godflesh et Terrorizer, qui propulsaient quant à eux Earache Records au premier plan dès la fin des années 80’s. Pour les intéressés, notons l’édition du CD en 2001 de la part du label anglais, aux ventes tout aussi anecdotiques.

Fabien.

> - Les chroniques -, Spazztic Blurr — admin @ 16:57

Mezzrow : Then Came The Killing

Mezzrow : Then Came The KillingBranche de l’écurie londonienne Music For Nations tout comme Under One Flag, Active Records à débuté sa carrière sous le nom d’Axis Records durant la seconde partie des années 80, avant d’opter pour son patronyme définitif à partir de sa cinquième production, puis de disparaitre entre 92/93 sans avoir atteint les trente références. Si son catalogue assez éclectique regroupe quelques valeurs sûres comme Candlemass, Anacrusis, Atheist, Obliveon ou Dyoxen, le label s’est également penché d’assez près sur la scène thrash ou deathmetal suédoise, grâce aux voyages de son manager Dave Constable en ces terres nordiques. On retrouve ainsi des groupes de deathmetal du pays comme Therion ou Merciless (à l’occasion de leur brillant second album respectif), ou d’autre d’obédience thrash comme Hexenhaus, Kazjurol et Mezzrow.

Fondé en 1988 à Nyrkopping, Mezzrow compte parmi ces rares groupes thrashmetal suédois ayant signé à l’époque sur des labels d’envergure, pour citer ses deux camarades logés sous la même enseigne, Agony chez Under one Flag, ou encore Tribulation & Rosicrucian chez Blackmark Productions, à l’heure où la scène extrême suédoise se convertit en masse au deathmetal. Deux démos plus tard, notre quintette comprenant trois Karlsson dans ses rangs (des frères ?) immortalise son premier album en studio durant l’été 1989, pour une parution chez Active Records en début d’année suivante, une sortie qui coïncide notamment avec le premier LP Dance Tarentella de son confrère Kazjurol.

Then Come the Killing renferme un thrashmetal plutôt conventionnel, d’influence Bay-Area assez majoritaire, Testament, Defiance, Atrophy ou Evildead en tête. Si l’originalité n’est pas de mise, Mezzrow tire tout de même son épingle du jeu grâce à des compositions énergiques, un riffing carré & efficace, ainsi qu’un chant altéré relativement agressif, parfois renforcé par ces vocaux en rappel si chers au thrash. Notre groupe prend également un malin plaisir à casser le rythme pour ensuite mieux caler sa batterie sur ses guitares teigneuses, nous réservant ainsi quelques passages idéalement balancés, à l’image du titre éponyme en ouverture, ou des très bons Frozen Soul et The Cross of Torment.

Si le schéma reste souvent identique sur les huit morceaux, nul ne peut nier toutefois leur efficacité respective. A l’image de son break aux guitares acoustiques et leads soignées, Inner Devastation (neuvième plage en bonus sur l’édition CD) montre aussi une formation qui sait habilement exploiter un côté plus mélodique, laissant ainsi présager de bonnes choses dans un futur immédiat. Il en sera hélas autrement, puisque Mezzrow disparait peu de temps après une ultime demo-tape en 1991, comme nombre de ses confrères thrash suédois, qui n’ont pas eu particulièrement le vent en poupe à l’heure de l’avènement du swedish deathmetal sous l’impulsion d’Entombed ou Carnage, j’en passe et des meilleurs.

Fabien.

> - Les chroniques -, Mezzrow — admin @ 11:53

27 juin 2013

Sindrome (USA) : Vault of Inner Conscience

Sindrome (USA) : Vault of Inner ConscienceFormé en 1986 dans l’état de l’Illinois, Sindrome est avant tout l’histoire d’un groupe thrashmetal ayant boudé plusieurs offres de labels, dans l’espoir de viser haut d’entrée de jeu, mais n’ayant finalement pas dépassé le stade de deux demo-tapes, stratégie d’autant plus dommageable lorsque l’on connait le niveau de son second enregistrement. Notre quintet a également compté dans ses rangs plusieurs personnalités comme Chris Mittelbrun, guitariste de Master / Death Strike, ou Shaun Glass, bassiste de Broken Hope, et bien d’autres musiciens qui témoignent de la qualité de l’interprétation.

Déjà bien en place sur sa première démo Into the Halls of Extermination parue en 1987 (et remasterisée en 1992 aux Morrisound), la bande de Troy Dixler revient en 1991 avec son second effort Vault of Inner Conscience, soit cinq nouveaux morceaux capturés par Tom Morris aux Morrisound Studios, tandis que dans les mêmes lieux et quasiment au même moment, le français No Return immortalise son redoutable second album Contamination Rises pour le compte de Semetery Records (Loudblast, Crusher).

En quatre années, le thrashmetal de Sindrome s’est significativement affiné. Vault of Inner Conscience est en effet une œuvre très professionnelle pour une simple demo-tape, depuis la maturité de ses compositions (Descending into Madness ou Astral Projection sont des morceaux d’une articulation remarquable), en passant la qualité de son enregistrement, jusqu’au soin apporté à son emballage. Traduit en français ‘l’antre de la conscience intérieure’, cet ultime enregistrement propose par ailleurs un concept original, cinq plages reliées par une histoire continue entre rêves, prophétie, antéchrist et apocalypse, un climat entre mysticisme et anticipation proche des thèmes abordés par les deathsters floridiens de Nocturnus.

Ce parallèle conceptuel entre les deux formations n’est pas innocent, puisque l’on trouve également de nombreuses passerelles communes dans leur musique, Sindrome pouvant à mon humble avis être considéré comme le Nocturnus du thrashmetal. On retrouve ces introductions qui apportent une ambiance propre à chaque morceau, l’utilisation habile du clavier (plus discrète chez Sindrome), ces lignes de guitares techniques, ainsi qu’une volonté de démarcation par une approche très personnelle. Enfin, le son compressé des guitares et leur granularité typique des Morrisound, le chant altéré de Troy, sont autant de facteurs rapprochant aussi Sindrome des sphères du deathmetal, bien que l’assise et la couleur thrash soient dominantes.

En voulant trop avoir, Sindrome a malheureusement laissé passer sa chance au bon moment, ayant ensuite disparu dans le creux de la vague thrashmetal au milieu des années 90. Pour les thrashers intéressés, sachez que les deux demo-tapes sont disponibles en téléchargement légal sur www.sindrome.net. Il existe aussi une version CD non officielle parue vers 1999/2000 regroupant les deux enregistrements, à dégoter en prenant son mal en patience ou en brûlant religieusement un cierge chaque soir pour forcer une chance divine.

Fabien.

> - Les chroniques -, Sindrome — admin @ 21:08

21 juin 2013

Immolation : Kingdom of Conspiracy

Immolation : Kingdom of ConspiracySi le line-up d’Immolation est inchangé depuis 10 ans, correspondant à l’arrivée du batteur Steve Shalaty en 2003, le groupe compte aussi sur une association historique avec son ingénieur du son Paul Orofino, présent depuis l’impitoyable Failures for Gods. Depuis l’imposant Majesty and Decay, en passant par le redoutable EP Providence, notre quatuor de deathmetal semble apprécier également les mixages / mastering de Zack Ohren, ainsi que les illustrations de Par Olofsson, puisqu’il reconduit toute cette même équipe pour l’immortalisation de Kingdom of Conspiracy, son second album paru chez Nuclearblast et son neuvième full-length en 25 ans de carrière.

Musicalement, inutile de chercher non plus de grands bouleversements, Immolation réadaptant sans changement notoire la recette de ses précédents albums, avec une brillance, une sincérité et une pureté qui ne peuvent toutefois aucunement être remises en cause. Kingdom of Conspiracy s’ancre ainsi dans la tradition de ses grands albums comme Failures for Gods ou Unholy Cult, tout en privilégiant un impact immédiat sur plusieurs morceaux, à l’image du titre éponyme idéalement placé en ouverture.

Immolation enchaine ainsi de sacrés titres avec un savoir-faire indéniable, pour citer l’imparable Bound to Order au martèlement rythmique assommant et aux riffs incisifs, l’intense The Great Sleep aux riffs & soli de Bob Vigna rarement aussi torturés, ou encore l’impérial All That Awaits Us aux montées en puissance intenses et saisissantes, un formidable final une fois encore. Outre la singularité des lignes de guitares irremplaçables de Vigna, soutenues par la solidité du jeu de Taylor & les rythmes fouillés de Shalaty, l’arme suprême de notre quatuor se nomme Ross Dolan, au growl pur & profond, représentant l’âme d’Immolation aux côtés de Vigna, ce duo complémentaire, invincible et inséparable.

Synthèse de tous ses albums compris entre Here in After et Majesty and Decay, Unholy Cult et Shadows in the Light restant les deux œuvres qui reviennent le plus souvent à l’esprit à l’écoute de ces dix nouveaux morceaux, Kingdom of Conspiracy ne constituera pas vraiment une surprise pour les deathsters qui suivent déjà le groupe depuis tant d’années. Immolation garde en revanche une noirceur, une brutalité et une majesté qui le maintiennent immuablement parmi les dieux du deathmetal, parmi ces rares formations telles que Cannibal Corpse, d’influence majeure et à la carrière tout aussi inébranlable. Intrinsèquement, bien que peu aventureux, ce neuvième album de notre quatuor new-yorkais prend corps au fil des écoutes et se distingue par une qualité du riff irréprochable, de quoi s’assurer une sévère addiction sur nos platines.

Fabien.

> - Les chroniques -, Immolation — admin @ 16:21

31 mai 2013

Demigod (FIN) : Demigod – Necropsy

Demigod (FIN) : Demigod - NecropsyÉcurie nord-américaine du début des années 90 et désormais défunte, Seraphic Decay était principalement spécialisée dans la production de vinyles EP deathmetal, tout comme Relapse Records durant ses jeunes années. Parmi sa trentaine de vinyles, le petit label a regroupé de sacrés prétendants dans le style comme Incantation, Mortician, Derketa, Goreaphobia, Killing Addiction, Morpheus (Descends), Sinister, et bien d’autres noms prestigieux. Si un seul CD a vu le jour, une compilation renfermant six des ses vinyles EP d’Abhorrence, Acrostichon, Goreaphobia, Toxaemia, Minch et Disgrace, le label a aussi édité un unique vinyle LP, un split juxtaposant les deathsters finlandais de Demigod et de Necropsy.

La face A de Demigod est en fait la demo-tape Unholy Domain capturée en 1990. Le groupe inclut à cette époque le guitariste, growler & compositeur Esa Linden, âme du line-up dans sa première partie de carrière, ainsi que le remarquable Seppo Taatila à la batterie. On y retrouve le feeling sombre & brutal de l’incontournable Slumber of Sullen Eyes qui, n’ayant pas peur des mots, reste à ce jour l’un des meilleurs albums deathmetal issus de Finlande. Ici, point de production béton signée par l’ingénieur du son Ahti Kortelainen (Demigod, Belial, Impaled Nazarene), mais un ensemble plus chaotique et un son de guitare grésillant, toutefois suffisamment tronçonnant pour mettre en valeur les quatre compositions, sans occulter le growl profond d’Esa Linden, élément clé de cette recette dense & explosive. L’instrumental Perpetual Ascent que l’on retrouve sur Slumber of Sullen Eyes est ici idéalement placé en ouverture, introduisant trois titres de très bonne facture, inédits également puisqu’ils ne seront pas repris sur le redoutable album à paraitre deux années plus tard. Bref, une démo fracassante & prometteuse montrant déjà le talent et l’avant-garde de Demigod.

Baptisée From the Depths, la face B appartenant à Necropsy a été immortalisée en 1991. On y retrouve un deathmetal caverneux à la Demigod, mais plus rapide et davantage sulfureux. Là encore, la construction des morceaux et leur articulation interpelle, le quintette des frères Kosonen maîtrisant déjà bien son sujet, lâchant par exemple un remarquable Under The Masses, opposition réussie entre rythmiques tapageuses & assassines à un passage central sombre & tout en lourdeur. Bref, une session de qualité, certes un peu moins professionnelle que le très bon EP Never to Be Forgotten qui suivra à faible intervalle sur le même label, préfigurant quant à lui plus précisément le monstrueux full-lenght Bloodwork enregistré 20 années plus tard !

Sans édition CD ni réédition à ce jour (à ma connaissance), le précieux split-LP Demigod – Necropsy constitue une rareté de choix de nos jours, à l’heure où tant de disques death old school envahissent nos platines alors que tant de pépites de l’époque restent à découvrir ou redécouvrir. Le site http://www.seraphicdecay.com devrait soulager les plus frustrés, puisque les 31 réalisations du label y sont soigneusement répertoriées avec toutes les pochettes (avant, arrière, intérieur) et tous les morceaux en streaming. De quoi se perdre durant de longues heures pour les deathsters accros aux démos & EP des jeunes années du deathmetal, d’autant que Seraphic Decay était un sacré découvreur de talents.

Fabien.

> - Les chroniques -, Demigod, Necropsy — admin @ 15:45

24 mai 2013