Altars of Fab' Death

Defeated Sanity : Psalms of the Moribound

Condemned

Officiant dans un Brutal Death Metal avec un penchant Technical très prononcé, Psalms of the Moribund nous offre un voyage dans un monde où le Death Metal est revisité, afin d’en sortir toute la brutalité possible et inimaginable, en ne manquant pas de nous foutre un bon coup de pied au cul au passage, avec des plans d’une technique développée de manière incroyablement épanouie. Décortication de la violence magistrale dont fait preuve Defeated Sanity dans cet album. Sorti en 2007, Psalms of the Moribund est devenu une référence dans le monde du Brutal Death Metal. Particulièrement technique, cet album nous livre un Death Metal poussé à l’extrême dans une veine extrêmement violente, surplombé par un growl d’une brutalité effarante.

Au premier abord, rien ne semble vraiment sortir de l’ordinaire. Mais plus on avance dans les entrailles du monstre, plus on réalise que ce n’est pas qu’un simple album de Brutal Death Metal supplémentaire parmi tant d’autres. Defeated Sanity brutalise notre vision des choses, en prenant un malin plaisir à alterner les plans de façon hallucinante, tant et si bien que tenter de suivre cet album au rythme-par-rythme (ou au riff-par-riff, c’pas ma faute si y’a des guitaristes qui me lisent hein) tient de l’impossibilité pure et simple. Même les instants mid-tempos offrent leur lot de joyeusetés, avec une déferlante de contre-temps à la batterie, opposée à une guitare se voulant massive et puissante, avec des harmoniques particulièrement agréables à entendre, et non pas placées un peu n’importe comment, comme beaucoup de groupes se complaisent à le faire. Ces passages ne seront d’ailleurs pas sans rappeler les influences Slamming Brutal Death Metal du groupe, un côté bien plus technique y étant ajouté afin de conserver ce son si caractéristique qui fait de Defeated Sanity ce qu’il est.

La technique de jeu utilisée dans cet album est monumentale, et ce pour tous les instruments, sans exception. Certains plans rythmiques tendent vers le Jazz avec des contre-temps à foison, contrastant d’une façon impressionnante mais particulièrement intéressante avec les blast beats et le pillonage intensif de la grosse caisse façon machine-gun; tandis que la guitare alterne entre riffs rapides et mid-tempos, entrecoupant la musique par d’autre riffs difficilement catégorisables, torturés à souhait. Même le manque évident de solos ne sera que peu condamnable tant le tout est parfaitement bien orchestré. Le chant est ce que l’on attend pour du Brutal Death Metal : violent, guttural, incisif. Rien de réellement neuf à ce niveau, on en retient surtout la brutalité mise en oeuvre, collant parfaitement à l’aspect malsain des musiques de l’album. Pour ce qui est de la basse… Eh bien on l’entend! Et oui, pour une fois qu’un groupe de Brutal Death ne laisse pas la basse en second plan, cela fait plaisir à voir (‘fin, surtout à écouter, en fait). Je ne vous cacherai pas qu’il faut se concentrer un minimum pour vraiment l’entendre distinctement, mais la supprimer (la basse hein, pas la concentration) enlèverai une grosse partie de la puissance développée à travers l’album. On retrouvera même quelques lignes graves superbement mises en avant, par un léger retrait de la guitare.

Direct, franc, et sans détour : voilà ce à quoi l’on doit s’attendre en écoutant cet album. En à peine 30 minutes, Psalms of the Moribund place la barre très, très haut, en apposant par la même occasion la marque de Defeated Sanity qui deviendra dès lors signe de qualité et de brutalité sans concession.

18/20 – Dislogical (spirit-of-metal.com). 03/09/2011.

Leprosy

Un brutaldeath technique de très haute volée comme tu le décris si habilement. Psalms of the Moribound marque une nette progression et un surcroît de personnalité depuis le bon Prelude to Tragedy, notamment grâce à l’apport de deux musiciens de folie, le bassiste Jacob Schmidt et le guitariste Christian Kuhn, parfaits atouts du batteur fondateur Lille Gruber au niveau tout aussi hallucinant. Pour avoir vu la bande en concert, je confirme le niveau désarmant des interprètes et leur aisance à gérer autant de pointes techniques, de tricotages et de contretemps au cœur de chaque morceau. Bref, une densité énorme, un trou noir au champ gravitationnel si intense qu’il empêche quiconque de s’en échapper (à l’image de sa pochette), une richesse infinie, mais aussi un album relativement difficile d’accès. Defeated Sanity est à mon sens l’un des meilleurs représentants actuels européens de l’école Suffocation / Disgorge. Pour le reste, j’hallucine aussi sur le guitariste Wolfgang Teske (RIP) et père de Lille Gruber, qui avait 54 ans losqu’il a participé aux sessions de cet album de folie. Ah, cette rigueur allemande ! Fabien.

> - Les guests -, Defeated Sanity — fabien @ 10:26

7 septembre 2012

Condemned : Realms of the Ungodly

Condemned

Dans un genre qui peine à trouver ses nouvelles lettres de noblesse, étant donné le peu de marge de créativité permis, Condemned hausse de plusieurs échelons sa force de frappe dès son 2ème full-length, et peut sérieusement prétendre à s’emparer du trône négligé par Disgorge et Devourment.

En effet, après un premier album plaisant, “Descrate the vile” sorti en 2006 chez Lacerated Enemy, modeste Label tchèque, et dont les 2 intérêts furent la superbe illustration de Par Olofsson et la courtoisie de ne pas pondre une merde parmi tant d’autres, Condemned nous assène ici un véritable coup d’éclat.

Surement la signature chez Unique Leader y est pour quelque chose, le Label des compères de Deeds of Flesh étant synonyme de solidité. De fait la production est quasi-parfaite pour ce style, massive sans trop en faire, claire en respectant la lourdeur et l’étouffement, et suffisamment aérée pour emmener l’auditeur dans les limbes de la brutalité comme dans un tour de train-fantôme.

L’ambiance du disque, renforcée par 2-3 samples assez discrets mais bien placés, est ténébreuse et apocalyptique, nos amis californiens nous épargnant les effets gore, porngore et les clichés du TXDM, ce dont on ne peut que les remercier. Du coup, une plus grande profondeur, voire noirceur, se dégage, un peu dans la veine du dernier Defeated Sanity, bien que musicalement, Condemned soit peut-être plus accessible et plus enlevé.

La voix d’Angel Ochoa (également affecté au “chant” dans le groupe Cephalotripsy) est l’un des atouts majeurs du groupe: elle reste incroyablement limpide et distincte malgré les gargouillis et les glaires qui se débattent au fond du gosier de ce pauvre diable! Le tout combiné à une reverb de cuvette de chiottes, le résultat surprend de justesse et d’ampleur.

Le reste du line-up n’a quasiment pas bougé depuis le premier album hormis un des deux gratteux, ce qui est plutôt bon signe pour un groupe qui veut progresser et gagner en maturité. Et là, c’est fait.

A l’image du jeu de batterie, dont Forrest Stedt ne cache pas son inspiration du jeu de Lille Gruber, Condemned casse, concasse, et fracasse les rythmes et les riffs pour nous offrir une descente sinistre et chaotique, à l’instar du titre-étalon Realms of the Ungodly et son magistral riff d’entrée, immédiatement écrasé par une succession de courtes parties slams ( qui sont les meilleures ) et d’accélérations paranoïaques.

L’album est ainsi composé de titres plus ou moins longs, de 2:30 à 5mn, plus ou moins brutaux, et chaque titre est lui-même formé d’enchainements de riffs, de brefs slams, et de mid-tempos très réussis, finement distillés comme à 0:50 sur Embodical in Elms of Eternal Misery, à 1:26 sur Ere of the Dark Savereign, ou à 3:57 sur Submerged unto Phlegethon, la pièce maîtresse de l’ouvrage, qui clôt cette fresque horrifique avec autorité.

Bien que ne pouvant être qualifié de Technique, car restons lucides on a affaire du gros Death Brutal US qui colle, Condemned fait néanmoins preuve d’une grande précision dans l’exécution et les liaisons, notamment à l’écoute des deux brûlots Manipulated for Servitude et Baptismal Incineration Upon Simonists, aux séquences frénétiques constamment troublées par des breaks et des slams intempestifs. De même, s’ils ne sont certes que des brutes engendrées par leurs proches voisins de San Diego, Disgorge, ne nions pas les touches crépusculaires voire ” progressives” qu’ils ont insufflé dans les morceaux Forged within Lecherous Offerings ou The Divine Order of Babylon, confirmant le bouillonnement jubilatoire de ce Realms of the Ungodly.

Enfin, parfaitement en accord avec l’album, l’artwork de Jon Zig au sommet de son art + quatre dessins originaux supplémentaires de Zig et de Tony Koehl illustrant des chansons à l’intérieur du booklet, valent déjà à eux-seuls la moitié de l’achat du cd.

Bonne surprise donc dans un style très restreint que ce Condemned qui ne s’enlise pas dans le slam et offre un album abouti et maitrisé. Surement un futur classique du genre, même si ce n’est qu’un sous-genre dont il faut d’abord savoir prendre à la légère les clichés et les parodies pour en apprécier les qualités.

 Sijj.

Leprosy

Pour ma part, je n’inscris pas spécialement Realms of the Ungodly en slam, et je le place en tout cas parmi les crus brutaldeath 2011 fortement recommandes, au sein d’un style qui peine globalement à maintenir son excellence ces deux / trois dernières années. Sans égaler la profondeur abyssale d’un Parallels of Infinite Torture ni la technique démentielle d’un Psalms of the Moribound, ce second album de Condemned est sacrément sombre, dense, et abouti, et représente un pas de géant en regard de son prédécesseur d’une facture bien plus légère. Pour l’instant, je place sans problème Realms of the Ungodly dans l’esprit et au niveau de Consume the Forsaken et Chapter of Repugnance, renfermant cette atmosphère lourde & indescriptible, et possédant au final une sacrée une force d’attraction. Fabien.

> - Les guests -, Condemned — fabien @ 18:13

1 décembre 2011

Maceration : A Serenade of Agony

Maceration

Bon, arrêtez de vous marrer sur le nom du groupe, nous sommes en 1990 et ils fallait bien que les zicos trouvent un nom en “-tion” pour leur groupe de death. Cet unique album de la formation danoise est sortie en 1991 et n’a pas laisser de grandes traces derrière lui, on y trouve pourtant un personnage connu et respecté de la scène death actuelle…

Day Disyraah, ça vous dit rien, mmh ? Et si je vous dis que derrière ce patronyme se cache Dan Swanö, ça vous parle plus ? Comme j’en vois trois au fond qui ont l’air de ne pas capter, je me permets de vous rappeler que le bonhomme est à l’origine d’un nombre assez impressionnant de groupes ou de projets comme Diabolical Masquerade, Edge Of Sanity, Incision ou encore Bloodbath. On le retrouve ici au chant et accessoirement au clavier pour les quelques intro placées ça et là. Et la musique dans tout ça ? Du death tout simplement, dans tout ce qu’il a de plus basique et qui se rapproche de formations comme Morgoth, Gorguts (en moins technique), voir Massacre pour l‘aspect direct des rythmiques. Il n’est donc pas question ici de records de vitesse et de déballage technique, mais plutôt de riffs gras et basiques appuyés par une batterie souvent mid tempo et bien massive, ce qui n’exclut pas toutefois de fréquentes accélérations éjaculatoires, notamment lors des soli assez primitifs. Pas mal de riffs monocordes bien simples rappellent également les premières armes de Grave ou de Unleashed, ce qui ancre définitivement cet album dans le passé.

Bon, l’ensemble n’est pas vraiment de haute volée, d’autant que les instruments sont écrasés par une production très étouffée. Tout de même, certains refrains et certains riffs font mouche, quelques titres se révélant alors assez savoureux, comme “Transmogrified”, “The Mind Rampant” ou “Reincarnation / Time Flies”. Bien entendu, ceux qui découvriraient cet album presque 20 années après sa sortie risqueraient fort de le trouver moisi, voir franchement périmé. Tout n’est que question de goût, moi j’adore ce vieux style de death sincère et sans fioritures…

A Serenade Of Agony n’est pas un incontournable du death, mais il est bien représentatif d’un style et d’une époque révolue. S’il on tient compte du fait que Dan Swanö en a fait partie, on peut presque dire, à petite échelle, que cet album a une valeur historique. Une réalisation pas indispensable mais qui mine de rien a son charme.

Tonio (www.metal-blogs.com/tonio).

Leprosy

Un album qui à tendance à squatter de nouveau ma platine en ce moment, bien qu’il n’ait effectivement rien de transcendant. Le deathmetal de la bande de Jacob Hansen est certes conventionnel, mais je le trouve en revanche finement articulé, bien moins simple qu’en apparence, et si révélateur de ce début des nineties dont je suis si nostalgique et toujours si friand. J’aurais tendance à donner intrinsèquement la même note que toi à Serenade of Agony, mais la date d’enregistrement remontant à septembre 1991 (à une période où la scène deathmetal était encore en plein essor), ainsi que l’excellent morceau Silent Lay The Gentle Lamb bénéficiant d’une intro magnifique de Dan Swanö (Edge of Sanity) au piano, sont des arguments de poids dans la balance. Je trouve en outre que ni la présence de Hansen aux guitares, ni celle de Swanö (Disyraah) au chant, ne se solde par une forte empreinte d’Invocator ou d’Edge of Sanity chez Maceration, groupe à part entière pour cette occasion, malgré sa durée de vie éphémère. Fabien.

> - Les guests -, Maceration — fabien @ 14:43

29 septembre 2011

Disma : Towards the Megalith

Disma

Les légendes ne meurent jamais, toutefois elles peuvent parfois disparaître de la circulation pour un temps considérable. Ainsi depuis l’enregistrement du MCD The Forsaken Mourning of Angelic Anguish de Incantation en 1997, les deathsters étaient sans nouvelle de Craig Pillard, chanteur légendaire ayant poussé le concept de chant guttural à son paroxysme sur les mythiques Onward to Golgotha et The Mortal Throne of Nazarene. En fait le bonhomme expérimentait dans son coin avec son projet drone Methadrone (ça ne s’invente pas) loin des fracas Death Metal, ce dernier ayant muté en quelque chose qui ne ressemble en rien à ce qui se faisait à l’époque.
Sa participation en tant que bassiste au quatrième album des doomers de Evoken va relancer la machine, dans la foulée avec le bassiste de Methadrone Randi Stokes et deux musiciens de Funebrarum Daryl Kahan (guitare) et Shawn Eldrige (batterie), il rejoint un autre ex Incantation Bill Denner (guitare) pour donner naissance à Disma.
Après une démo, un EP et un Split d’un Death délicieusement lourd et obscure, il était temps pour le quintet de passer aux choses sérieuses, et c’est sous l’égide de Profund Lore Records que Disma propose son premier full-lenght Towards the Megalith (2011).

Avant même d’évoquer le côté musical, le visuel est sublime, avec cette procession morbide vers un imposant mégalithe signée Ola Larsson. Aussi sombre et puissant que la pochette qui l’illustre, Towards the Megalith broie du cerveau à tour de bras grâce aux riffs magmatiques de la paire Kahan / Denner. Dès Chaos Apparition, la ressemblance avec du Incantation première époque est flagrante, on y retrouve le son baveux des guitares, ces riffs minimalistes d’une lourdeur dantesque, cette basse grasse comme du saindoux, et surtout ce chant, ce guttural magistral du sieur Pillard qui semble ne rien avoir perdu de sa verve d’antan (contrairement par exemple à Magnus Bromberg dont les prestations chez God Among Insects sont bien moins terrifiantes que sur les deux premiers Hypocrisy).

Profound Lore est principalement un label Doom, d’ailleurs le morceau Chasm of Oceanus en contient une forte dose (tout comme Vault of Membros), son Death / Doom écrasant alterne middle tempo plombé avec des passages d’une lenteur préhistorique (dernière partie du titre à partir de 4 : 14), mais aussi avec des accélérations percutantes, les blast-beat de Shawn Eldridge apportent une singularité évidente par rapport aux dieux Incantation. D’ailleurs son jeu de batterie principalement rude et old-school est plus complexe qu’il n’y paraît, donnant à Towards the Megalith une personnalité affirmée. Si Incantation semble plafonner au niveau de l’inspiration en 2011 (en témoigne deux derniers albums moyens), Disma vomit un Death Metal soufré et brutal rappelant la glorieuse première partie des 90’s. En fait, les américains prennent le meilleur d’un Funebrarum / Incantation et y ajoutent un côté doomy façon Evoken, le tout avec un savoir-faire et une conviction qui font froid dans le dos.

Après 10 années du nouveau millénaire symbolisées par une course effrénée aux armements vers la vitesse, la technique (et hélas, parfois aussi vers la triche à gogo en studio et la production en plastique), le Death Metal sale et basique fait un retour en force, et parmi la nuée de suiveurs pompant sans vergogne et avec nostalgie les Entombed, Bolt Thrower ou Nihilist, on arrive tout de même à extraire certains groupes redoutables (Fondlecorpse ou Corpsessed notamment), mais avec Disma c’est une fois de plus un groupe composé de vieux grognards qui montre à la jeunesse la marche à suivre.

Bien au delà d’un simple groupe de revival inspiré, Daryl Kahan et ses sbires font renaître l’esprit du vieux Death Metal en l’incarnant totalement.
Entre la brutalité de Lost in Burial Fog, la lourdeur de Vault of Membros ou l’ambiance incroyable de Of A Past Forlorn, Disma impose un disque sans défaut ni temps mort. Mieux que ça : Towards the Megalith est une pièce ultime et authentique qui peut prendre une place au panthéon du Death Metal (et du Metal tout court), aidé en cela par un artwork aussi impressionnant que la musique.

BG.

Un sacré mégalithe deathmetal qui ne demande qu’à vieillir noblement sur nos platines. On ressent tellement ce magnétisme calé entre l’invincible Onward to Golgotha et l’écrasant Mortal Throne of Nazarene (sans occulter la force de Diabolical Conquest) qu’on pardonne ce rapprochement si évident avec Incantation, d’autant plus que, faut-il l’admettre, Towards the Megalith enfonce significativement Primordial Domination, le dernier effort de la bande de John McEntee paru il y a déjà 5 années de cela. Un gros poids lourd (sens propre et figuré) de ces dernières années sur la scène deathmetal, d’une incroyable densité et pourtant loin d’être impénétrable. Fabien.

> - Les guests -, Disma — fabien @ 11:46

26 août 2011

Horde Casket : Slab of Infinite Butchery

Horde : Slab of Infinite Butchery

Chez Sevared Records, le fast-food du brutal, on sait pourquoi on y va : pour s’en payer une bonne tranche et parce qu’on aime ça, même si on sait très bien que ça a souvent voire toujours le même goût. En plus, pour trois burgers achetés, le quatrième est cadeau… tiens, justement, je vais commencer par celui-là, le Horde Casket, goût brutal death Us sûrement épicé à la sauce slam.

Oh mais attend ! Z’avaient pas sorti un album ceux-là déjà ? Ah oui, le médiocre Landscape of Cadavers en 2008 : pas trop de slam en fait, et c’est pas plus mal, mais par contre des compos insipides et une production plutôt claire mais sans saveur. Entre temps, ils ont perdu le chanteur d’origine (moment de lucidité ou indigestion ?), et ce sont désormais les deux gratteux qui assurent le service du growl : premier point positif, le chant est bien brutal, n’abuse pas du porc, c’est quasiment l’ingrédient le mieux mixé.

Secondo, et c’est quand même le principal, l’album n’est pas mauvais en soi, Horde Casket propose 10 titres courts bien en place, les trois premiers sont typiques du brutal death Us d’aujourd’hui, sans personnalité, avec des harmoniques qui fusent, et des tricotages qui tricotent. Les morceaux “CPR” et “Excrement Covered Stabwounds” sont plus intéressants, nos amis varient les tempos (attention, pas de coup de génie non plus !), et le “Abhorrent Subsistance”, rapide et linéaire est plutôt plaisant et le point d’orgue de l’album. Par contre les titres “Defiled Apparitions” et “Slops of Impending Illness” ne sont pas mis en plein milieu pour rien, ils sont là pour donner plus d’épaisseur à l’album en faisant croire qu’il s’agit de vrais morceaux, alors que, malgré leur départ en fanfare, ils s’arrêtent étonnement en cours de route, comme quand en répet’ le batteur perd sa baguette et met fin au morceau par un juron en regardant stupidement ses acolytes. Pour finir, les deux derniers titres (“Prophets of Sadistic Obliteration” et “Rapid Depopulation” : juste les noms en disent long sur l’énorme potentiel d’originalité dont les groupes sont capables de nos jours, il faudrait juste leur dire que tout a déjà été pris et de creuser plus loin…), retour à la case départ, je tricote, tu tricotes… et je mets quelques harmoniques de-ci, de-là…

Heureusement, Barrett, le manager en chef, nous a réservé une petite surprise au fond du doggy bag, qui nous tient en haleine depuis le début : LA démo 4 titres de 2007, oaaouh ! Bon, en fait on s’en fout. Surtout qu’il y avait déjà un titre repris sur le premier cd, et que le reste proposé ne correspond pas clairement à la démo, mais peu importe.

3ème point à mettre au crédit de Horde Casket et non des moindres : pas de samples de films gore et de gémissements en guise d’intro ou d’intermède : merci.

Maintenant les points négatifs (!), Gortuary est pour moi le meilleur espoir Us catégorie Brutal death, c’est gras, technique et puis vous avez tous remarqué ces petits soli croustillants qui ne font qu’ajouter de la qualité à leurs méfaits. Horde Casket s’est dit «Bah nous, on va faire pareil !..», sauf que là c’est raté, personne dans le groupe ne sait faire de solo. Ensuite la prod, bien meilleure que sur le premier album, est plus lourde, mais c’est pas encore ça : la grosse caisse est très en avant sûrement pour donner le côté slam-groove, malheureusement la basse étant mélangée dans la bouillie guitare/ caisse claire / basse, du coup, la grosse caisse se retrouve seule avec la voix pour groover, pas facile… !

Pour conclure, c’est pourtant pas mal, l’album passe bien sur sa durée et on ne s’ennuie pas vraiment, c’est «sympa», un peu comme si Disgorge avait enregistré un album sans vouloir faire de mal à personne.

Sijj (www.spirit-of-metal.com).

Sans être original ni exceptionnel, Horde Casket lâche un brutaldeath sans caricature, suffisamment technique et globalement bien exécuté. Bref, je trouve que les compositions de Slab of Infinite Butchery possèdent un certain corps, sans compter ce Suffocation-worship loin de me déplaire. Quant à Gortuary, autant Manic Thoughts me renverse, autant je reste plus dubitatif quant aux qualités de Pestilent Beings. Je trouve personnellement ces nouveaux titres plus communs, à l’impact frontal moindre, et flanqués de growls plats et caricaturaux. Je traine donc la savate quant à l’achat de l’album, acquisition qui pourrait peut-être me faire changer d’avis, qui sait… Fabien.

> - Les guests -, Horde Casket — fabien @ 12:39

26 novembre 2010

Illogicist : The Insight Eye

Illogicist : The Insight Eye

Membre talentueux de la nouvelle vague de death technique qui s’émancipe au début des années 2000, Illogicist reste toutefois cantonné dans l’ombre de l’underground pendant de longues années.
L’hermétisme de son premier album, Subjected, ambitieux et très technique, mais aussi démonstratif en diable, n’a sans doute pas permis aux Italiens de séduire un public suffisamment large. Illogicist ne se décourage pas, et entre tournées intensives et disque promo auto-produit, il parvient à séduire Willowtip Records, avec à la clé une signature qui ouvre de nouvelles perspectives.

Enregistré au début 2007 dans les propres studios de Luca Minieri, puis mixé une nouvelle fois aux Finnvox Studios (Helsinki), The Insight Eye, second album d’Illogicist bénéficie en outre du renfort non négligeable de Marco Minnemann derrière les fûts.

Tirant visiblement des enseignements du passé, Illogicist réussit à éliminer pour bonne partie les scories de son précédent album, sans compromettre ses atouts artistiques. Le groupe italien propose un death metal très technique, qui revendique plus que jamais ses influences Death et Atheist: assumant parfaitement cet héritage, les musiciens disposent à la fois de la technique individuelle et du talent artistique pour relever le défi. Le bassiste Emilio Dattolo en est l’exemple parfait, incarnant ce jeu jazzy et subtil qui fût l’une des caractéristiques des Dieux américains, et qui s’avère être la pierre angulaire de la musique d’Illogicist. The Insight Eye s’articule donc autour de ces lignes ensorcelantes, en restant dans un tempo globalement peu enlevé, tranchant par là assez nettement avec l’école Necrophagist. A la fois mélodique et tourmenté, le jeu des guitares de la paire Minieri / Abrosi amplifie l’impression de clair-obscur qui jaillit à chaque note. Toujours soigné et élégant, le death d’Illogicist s’amuse à créer une atmosphère complexe et déstabilisante: on se laisse facilement griser par la justesse harmonique et la séduction de ces enfilades de notes gracieuses pour mieux se faire surprendre par des passages plus catchy et agressifs. Connu pour ses penchants mathcore et constructions en spirales à rendre chèvre, Illogicist abandonne l’utilisation systématique des polyrythmies et constructions déstructurées. Sans tomber dans le tout linéaire, le groupe parvient à conserver sa complexité et sa richesse à l’échelle de chaque morceau tout en gagnant en sobriété à l’échelle du riff. Le résultat est significativement plus convaincant: la musique d’Illogicist devient plus lisible, disposant d’une aération incontestable qui permet de nettement mieux apprécier l’ensorcelante machine à émotions. Elle gagne par la même en authenticité et en profondeur.
Les 40 minutes passent ainsi bien plus vite que celles plus éprouvantes de Subjected, avec à la clé une constance indéniable tout au long des huit titres, et dont le revers de la médaille serait qu’aucun ne sort véritablement du lot (peut-être Brain Collapse, dont le titre est révélateur d’un jeu d’enchaînements captivant et déstabilisant).

Illogicist parvient de fait à trouver sa place au sein de la scène techno-death, plus posé et moins véhément que ses congénères, les blasts en moins mais l’élégance italienne en plus.
En attendant une suite forcément prometteuse à The Insight Eye, il est clair que celui-ci à de quoi donner de longues heures de satisfaction aux amateurs qui ne cherchent pas systématiquement les efforts les plus ultimes du genre.

eulmatt (www.metal-blogs.com/eulmatt).

Je préfère également The Insight Eye à son prédécesseur. La maturité aidant, Illogicist gagne en effet en saveur et en fluidité, tout en restant fidèle à son style architectural. A ce titre, bien que le rendu soit moins mélodique et que le groupe n’évolue pas non plus dans la même cour, je pense qu’un parallèle avec les nord américains d’Arsis peut être pertinent. En tout cas, la démarche d’Illogicist est réellement différente de ses compatriotes Fleshgod Apocalyse et Hour of Penance, le groupe rangeant volontiers les blasts et le côté brutaldeath au placard. Un bon album technique, original qui plus est, tout en assumant parfaitement l’influence Chuck Schuldiner. Fabien.

> - Les guests -, Illogicist — fabien @ 21:34

11 novembre 2010

No Return : Psychological Torment

No Return : Psychological Torment

No Return, combo francilien, se forme sur les cendres d’Evil Power en 1989 autour de Philippe Ordon au chant, Alain Clément et Eric Le Baron aux guitares, Laurent Janaux à la basse et Didier Le Baron à la batterie.

Si le style pratiqué au départ lorgne vers le speed metal tendance teuton très en vogue à cette époque, le quintette découvre les joies de la barbarie sonore et s’engage bien vite sur les sentiers du thrash metal façon Bay Area.

Après avoir réalisé une démo intitulée Vision of Decadence, le groupe tape dans les oreilles de Stéphane Girard, boss du label Semetery qui le signe et lui permet dans le courant de l’année 1990 d’entrer aux studios Phoenix en Allemagne sous la houlette de Markus Edelmann, batteur de l’immense Coroner, pour accoucher de son premier méfait intitulé Psychological Torment qui sort en novembre de la même année.

Si le style vigoureux pratiqué par le groupe à l’époque paraît déjà quelque peu daté, l’énorme influence de Testament (Vision of Decadence, Radical Disease, Electro Mania pour ne citer qu’eux) s’efface parfois au profit de relents death palpables comme sur l’excellent titre d’ouverture Reign of the Damned ou sur le vindicatif Degeneration of the Last Decade ; relents tout à fait succulents qui pimentent ici ou là le disque et évitent au groupe d’être taxé de passéiste dès la sortie de son premier album.

Le quintette est en place musicalement, Alain Clément (seul membre rescapé actuellement) et son compère se permettent même quelques petites interventions solos qui montrent leur maîtrise de l’instrument, le standard à cette époque étant plutôt à maltraiter son vibrato Kahler dans tous les sens et à enquiller des solos sans queue ni tête.

L’œuvre prise dans sa globalité (artwork, production « à l’étranger », contenu musical) tient tout à fait la route pour une première production malgré un chant qui s’il est hargneux, efficace et dans le ton de l’album, souffre d’une mise en place parfois hasardeuse et d’un accent franchouillard prononcé (tare principale du metal français chanté en anglais selon moi). On sent tout de même que le maximum a été fait pour que le groupe puisse se tailler une crédibilité sinon internationale, du moins européenne.

Si le style est plus léger que celui pratiqué par ses compatriotes, Massacra, Loudblast et Agressor étant quant à eux dans un état de décomposition musicale plus avancé (entendez par là que le style purement Death Metal est plus prégnant chez ces groupes), ce premier jet permet à No Return de commencer à tracer son petit sillon dans la scène extrême tricolore de cette époque.

jack_owen (www.spirit-of-metal.com).

A l’instar du Neverending Destiny paru également en sept.90, lors d’une rentrée particulièrement chargée en thrash, Psychological Torment avait reçu l’accueil enthousiaste et mérité de la presse et des fans, bénéficiant parallèlement de l’estampille Coroner, ce qui n’était pas rien. Malgré ses quelques défauts qui contribuent aussi à son charme, il se hissait en effet parmi les oeuvres de qualité en thrashmetal, scène extrême qui nous habituait encore peu à un tel niveau dans l’hexagone. Non loin des leaders Loudblast et Massacra, sans oublier l’imparable Agressor, No Return s’imposait comme l’un des meilleurs espoirs du moment. Fabien.

> - Les guests -, No Return — fabien @ 16:42

13 octobre 2010

Septicflesh : Sumerian Daemons

Septicflesh : Sumerian Daemons

En cinq années et autant d’albums, Septic Flesh a parcouru un voyage initiatique digne de l’Odyssée d’Ulysse. Comme certains de ses cousins de gothic metal issus des limbes du metal extrême (death, doom ou black), les Grecs ont rapidement exprimé le besoin de privilégier des options artistiques aventureuses, moins brutales et plus expérimentales. Chez Septic Flesh, qui reste malgré tout un cas atypique, à l’identité musicale unique, ce besoin de changement s’est d’abord manifesté sur l’audacieux Revolution DNA, puis par la suite au travers du side-project Chaostar, moyen d’aller au bout ses envies néo-classiques, en laissant de côté pour de bon toute référence au death metal.
Et sans que quiconque ose remettre en cause le talent évident des Grecs, trop largement démontré jusque là, il faut avoir l’honnêteté de dire que parmi les fans de Septic Flesh les plus « deathsters » dans l’âme (souvent les fidèles des débuts), le début des années 2000 prêtait à interrogation.
Rétrospectivement, le projet Chaostar fût sans doute salvateur. Trouvant leur exutoire expérimental au sein de ce projet parallèle, les Grecs ont pu parallèlement retrouver le goût du death metal des origines pour leur groupe principal.

L’année 2002 voit donc un nouveau Septic Flesh se mettre en mouvement. Changement de label (fin de l’aventure Holy Records pour aller chez les Bataves de Hammerheart), recrutement d’un claviériste « en dur », Spiros rebaptisé en Set’h, seules les (excellentes) conditions d’enregistrement sont conservées, au Studio Fredman avec Fredrik Nordstrom aux manettes.
Sumerian Daemons sort l’année suivante. Titre déjà significatif de la volonté de recoller aux thématiques ancestrales. L’artwork intrigue, captive, dérange. L’extraordinaire introduction aux choeurs incantatoires le confirme: Sumerian Daemons est d’une ambition démesurée. Celle de magnifier tous les acquis musicaux du groupe tout en retrouvant la force brute de ses origines, les racines de son death metal granitique des âges reculés.
Le death metal, Septic Flesh n’en a jamais joué aussi puissamment qu’avec Unbeliever, premier vrai morceau du disque. Un riff binaire mais épais, des blasts et des grandes parties de double, le growl absolument somptueux de Spiros, les choeurs féminins du break pour la petite touche cérémonielle: l’impressionnant décor est planté.
La suite du disque est à la fois plus nuancée et plus variée. On retrouve la patte des premiers albums sur des morceaux comme Virtues of The Beast ou When All Is Done, avec un équilibre miraculeux entre majesté et mélodie, finesse et puissance: la beauté d’essence divine, trop impressionnante et parfaite pour paraître humaine.
Toutefois, Sumerian Daemons n’est pas un retour en arrière. La puissance qui émane de son death metal s’appuie désormais sur une production époustouflante, et un jeu rythmique digne de ce nom (Akis occupe une présence phénoménale derrière les fûts, ce qui est assez nouveau chez Septic Flesh, et le couple basse-guitare rythmique n’a jamais été aussi tranchant). Cette force de frappe donne une épaisseur étonnante à certains morceaux, comme l’énorme titre éponyme qui s’appuie largement sur ce death colossal. Un death qui bien souvent surpasse en puissance et en vitesse les méfaits passés.
A cela il faut greffer toute l’expérience et le savoir-faire ingurgité depuis Ophidian Wheels et les albums suivants: une orchestration très pointue et une gamme de claviers aussi large qu’opportune (jamais trop mis en avant), la présence plus discrète mais judicieuse du chant de la soprano Natalie Rassoulis. Mechanical Babylon, audacieux mix de death aux accents industriels et d’harmonies orientales, ou encore Faust, déferlante brutale qui prend un relief enthousiasmant quand les choeurs donnent leur pleine mesure, offrent une facette moderne et novatrice au disque, montrant que Septic Flesh n’est pas focalisé sur son passé.
Ce brillant alliage de brutalité et de finesse parvient à réunir des qualités à la base antinomiques. Dense, chargé, adepte de la profusion, le death symphonique de Septic Flesh n’a jamais été aussi efficace et cohérent. Le miracle de l’album tient à cela: long de près d’une heure, le disque ne sombre pas dans la surenchère grâce à des compositions équilibrées, qui évitent l’excès de construction à tiroirs, mais qui chacune ont une identité propre et raffinée.

Au delà des considérations techniques, l’univers dépeint par l’album est lui aussi touché par la grâce de l’équilibre: particulièrement noir et angoissant, Sumerian Daemons impressionne par son côté monumental et surhumain. Toujours aussi ésotérique et ancré dans un passé mi-historique mi-mythologique, où les questions existentielles de la spiritualité sont traitées au travers du prisme des anciennes civilisations, il n’a plus la nostalgie romantique des premiers disques mais compense par un souffle homérique qui en impose.

Magnifique synthèse de dix ans d’une magnifique carrière et d’un savoir-faire unique, Septic Flesh réussit le pari impossible de renouer sans retenue avec un death metal copieux, sans rien perdre de sa finesse et de sa force émotionnelles. Presque dix ans après Mystic Places of Dawn, un nouveau joyau vient enrichir une discographie digne des plus grands.
Tout en confirmant avec maestria son génie unique et sa main mise incontestable sur le death symphonique, Septic Flesh produit tout simplement l’un des plus grands disques de l’année 2003…de death metal, tout simplement. Un véritable tour de force quand on jauge l’extrême vivacité du genre à cette période.

eulmatt (www.metal-blogs.com/eulmatt).

Comme tu peux d’en douter, je reste bien sûr un ardent admirateur des premières réalisations de Septicflesh, pour avoir ensuite lâché le groupe pour les raisons que tu évoques si brillamment. Mais voilà qu’un jour de fin 2002 ou début 2003 (je ne sais plus exactement) je me retrouve nez à nez avec l’envoutant et puissant Virtues of the Beast, sur le sampler de Metallian… La scission entre Chaostar et le Septicflesh a effectivement permis un recentrage ô combien salvateur pour les deathsters, permettant au groupe grec de se surpasser, aussi bien musicalement que conceptuellement. Sumerian Daemons est un album sacrément riche et puissant.  Fabien.

> - Les guests -, Septicflesh — fabien @ 7:54

26 août 2010

Impureza : La Iglesia Del Odio

Impureza : La Iglesia Del Odio

« Mieux vaut tard que jamais » Rarement un adage aura été aussi vrai pour la sortie de ce premier album des orléanais. Enregistré au Studio Plus de Stéphane Buriez, La Iglesia del Odio n’arrive dans les bacs qu’en ce printemps 2010, la faute à des problèmes extra musicaux dont je vous épargnerais les détails, ne possédant pas l’intégralité des tenants et des aboutissants. Dans tous les cas, après la réédition des démos en 2007 chez Nihilistic Holocaust, Impureza lâche enfin son Full-Lenght chez Snakebite Productions (Ouroboros, Bloodshed, …).

Pour les gens découvrant le groupe, sachez que tout en conservant une identité musicale clairement rattachée à ce style, on est loin d’un Death Metal classique. Le quatuor inclut de nombreux éléments Flamenco à sa musique. Ce mélange pourrait sûrement être indigeste si nous avions à faire à des musiciens moyens cherchant simplement à sonner original juste pour l’être. Mais comme Nile a su le faire à merveille avec les éléments égyptiens, Impureza intègre parfaitement les éléments Latinos, et ne se contente pas d’en placer quelques uns par ci par là.
« Lionelito » et ses amigos exploitent d’ailleurs à fond le concept avec des paroles intégralement en espagnol et un magnifique artwork signé Johann Bodin, représentant une sorte de Don Quichotte satanique brûlant tout sur son passage devant le fronton de « l’église de la haine ».

L’album est constitué principalement de morceaux déjà présents sur les démos, mais aussi de nouveaux titres écrits pour l’occasion, sans que la différence de niveau ou d’inspiration soit visible. On notera toutefois le remarquable titre éponyme sur lequel Lionelito fait étalage de tout son savoir faire avec une intro qui pourrait figurer dans Desperado. Mais attention, la musique de Impureza bien qu’empreinte de Flamenco reste violente comme doit l’être le Death Metal. Dans tous les cas, le parallèle avec le légendaire Amongst the Catacomb of Nephren-Ka est inévitable, El Gitano Maldito (non ce n’est pas un titre de Yvan Le Bolo’ch et Manitas de Platas), la lourdeur de ses guitares couplée à des sonorités traditionnelles, les blast-beat puissants de Guillermo, la rage dans le chant de Lamas (je suppose qu’il s’appelle Laurent, le jeu de mot est capilotracté mais les bonhommes ont de l’humour), tout rappelle le redoutable combo de Karl Sanders, sauf que Impureza ne s’intéresse pas aux momies et pyramides mais aux conquistadores et au soleil qui crame la peau des gringos dans le désert…
Les orléanais atteignent le sommet de leur art sur La luz de la Luna Negra, long titre à tiroirs proposant un Death technique et épique sans en perdre sa violence. Emmené par des rythmiques terrassantes de Lionelito, alternées avec quelques parties acoustiques toujours aussi espagnoles, ce morceau emmène littéralement l’auditeur dans leur univers, je vous conseille tout particulièrement le pont à 2:30 et la dévastatrice accélération qui suit.

Malgré un son de grosse caisse un poil synthétique, les prises de son de Stéphane Buriez et le Mastering de Colin Davis (Vile) s’avèrent payants, donnant une tout autre dimension aux morceaux, tant sur les cristallines parties Flamenco (tantôt en solo, tantôt en duo avec les riffs guitare électrique comme sur Marraneo) que sur les passages typiquement Death Metal. A la fin de Besar la Mano Del Infame nous avons même droit à des castagnettes pour une ambiance très taurine qu’on décrira tel un Innuendo de Queen version Death…
Pour une fois que des français sont à la pointe de l’innovation sans perdre la violence qui fait la moelle du Death Metal (Comment ça Kalisia ? Je n’ai rien dit, vous avez juste interprété… de façon correcte), Impureza mérite la plus grande attention. Il est indispensable de se pencher sur La Iglesia del Odio qui pourrait être la meilleure surprise de cette année. Espérons que Snakebite puisse promouvoir cette petite merveille et apporter une reconnaissance méritée à nos Antonio Banderas du Death Metal.

Aïe caramba!
BG. (www.spirit-of-metal.com)

L’une de mes plus grosses claques deathmetal venues d?hexagone depuis des temps immémoriaux. J?ai eu quelques appréhensions comme les versions démo des impitoyables El Gitano Maldito et En el Deserto de la Creencia ont tourné plein régme depuis 2007, mais ces nouvelles moutures p?nt comme pas deux. Une production de Buriez déboulonnante, loin de toute cette plastique insupportable lorsque parfois on sort le gros son. Un feeling?magistral, ce chant guttural en espagnol, ces guitares flamenco et ces claquettes si bienvenus, se couplant avec un tremblement brutaldeath de tout instant. Raah… Et ce titre épnyme aux rythmes flamenco d’entrée de jeu ! Tu meurs. Fabien.

> - Les guests -, Impureza — fabien @ 17:35

14 mai 2010

Septicflesh : Mystic Places of Dawn

Septicflesh : Mystic Places of Dawn

C’est en 1990, à Athènes, que naît Septic Flesh, dans la nébuleuse de la scène extrême grecque – l’un des plus vivaces foyers européens de black metal (Rotting Christ, Necromantia, Varathron…). Formé par les frères Antoniou (Christos et Spiros) et par Sotiris Vayenas, le jeune groupe emprunte très tôt une voie différente de ses grands frères. Sa première démo, Forgotten Path (ressortie en 99), montre un death metal assez obscur mais encore incertain, mêlant des éléments thrash/death primitifs et des inspirations plus heavy metal, avec quelques touches cérémonielles pouvant évoquant par moments du vieux Paradise Lost. Suivant ce premier brouillon, un EP nommé Temple of the Lost Race permet d’esquisser plus précisément la personnalité artistique du groupe, en rajoutant les premiers éléments symphoniques qui vont faire de Septic Flesh l’un des précurseurs d’une nouvelle approche du death metal, où les claviers et orchestrations ont leur place. Tandis qu’au nord de l’Europe, on se focalise sur le doom-death britannique ou sur l’étonnant Tiamat qui rompt avec les standards de ses confrères suédois, c’est dans le sillage d’un compatriote de cette même veine musicale, Nightfall (première signature du jeune label français Holy Records), que Septic Flesh va grandir. A son tour signé par l’écurie française, qui ne démentira jamais son goût pour le metal grec, le trio, accompagné du batteur de Nightfall justement, enregistre son premier album (produit par le leader de Necromantia), Mystic Places of Dawn, qui sort en 1994.

Dès le titre éponyme, force est de constater que le groupe a déjà acquis une maturité musicale absolument bluffante. De son death metal originel, on retrouve le growl sépulcral de Spiros, la lourdeur et la puissance des fondations rythmiques, la maîtrise du tempo oscillant méthodiquement entre structure plombée, accélération enlevée et du blast nerveux utilisé à bon escient (même si le jeu du batteur de session n’a pas la même finesse que celle des autres musiciens). Cette structure granitique à la croupe puissante est le premier étage du monument, déjà fondamentalement différent du death mélodique scandinave. Ce qui frappe ensuite, c’est la finesse d’écriture et l’implacable justesse de la construction mélodique. A la fois très complexe dans les enchaînements de ses construction à tiroirs, et très cohérent, le morceau reste centré autour d’une ligne mélodique superbe, emprunte de majesté, lourde en émotion et en atmosphère mystique. Riffs furieux et emballants, breaks aériens et émouvants, envolées lyriques, blasts surmontés de claviers symphoniques: Septic Flesh réussit l’étonnant tour de force de construire un univers immersif chargé d’émotion, en six minutes étonnamment homogènes, sans tomber dans la moindre linéarité. Son death metal, symphonique donc, progressif d’une certaine façon, néo-classique dans sa structure implacable qui ne laisse rien au hasard, évoque un univers antique, l’odeur des vieilles civilisations méditerranéennes, avec la magie de leurs mythologies.

Le tour de force en est vraiment un, puisque les 55 minutes du disque sont du même acabit…la superbe nostalgie de Pale Beauty of The Past, sa justesse mélodique et sa profusion émotionnelle; la furie brutale des Return to Carthage ou Behind The Iron Mask, magnifiée par des claviers au souffle épique; la magie de Crescent Moon, sa longue montée paroxystique qui s’amuse à jouer entre passages initimistes (où le superbe jeu de basse de Spiros fait merveille) et les élans monumentaux où riffs de fer et claviers magnifiques donnent le sentiment de parcourir des mondes mythologiques antédiluviens; le jeu clair obscur très gothico-progressif de The Undervater Garden…malgré sa durée, le disque s’avale assez facilement, sans véritable creux, preuve d’un talent incontestable et éclatant.

Jamais alambiquée, l’approche musicale des Grecs étonne par son ambition. Le jeu des guitares, s’appuyant la plupart du temps sur des mélodies assez simples, prend un relief étonnant dans la manière de se compléter, soit en contraste avec d’un côté un jeu puissant et basique complétant un lead lyrique aux inspirations heavy, soit dans un jeu entremêlé plus mélodique (avec souvent beaucoup de reverb, ce qui ajoute une note singulière, alors que pour les riffs plus massifs, la production un peu sourde peut gêner). L’ajout d’orchestrations (claviers, percussions), sans jamais donner dans le kitsch ou l’exubérant, vient parfaire cette construction parfaitement équilibrée, et lui donner une profondeur étonnante, qui contribue au rendu monumental du disque. Monumental, l’adjectif qui lui convient le mieux. Parce que son atmosphère antique est tellement prégnante qu’elle est une invitation dans un voyage dans le passé, dans cette civilisation aux parfums helléniques et orientaux sublimes. Et comme pour confirmer le caractère hautement symphonique du disque, celui-ci se clôture sur presque neuf minutes d’instrumentale, où les élans classiques au goût de mythologie grecque achèvent de convaincre du talent de composition du trio. Bien entendu, la débauche d’enchaînements peut dérouter les amateurs de compositions plus classiques, tant Septic Flesh va loin dans cette profusion. Ceux-là pourront se rassurer en sachant que les Grecs parviendront à simplifier leur écriture et à gagner en efficacité sans que l’ambiance en subisse le préjudice, sur les albums suivants…pour ma part je resterai éternellement sous le charme de ces envolées lyriques démonstratives aux contours un peu rêches, ce mélange d’art primitif et de baroque…

Avec sa lumière, son souffle épique, son mysticisme parfois poignant, Mystic Places of Dawn reçoit un accueil enthousiaste de la part de bon nombre d’amateurs de metal extrême. Son approche symphonique se démarque non seulement du death metal traditionnel, mais également du doom-death ou des premiers balbutiements du metal gothique, par son côté monumental et cérémonieux très ambitieux. Une preuve avant l’heure que le black metal n’est pas le seul à pouvoir cumuler approche extrême et élans symphoniques.

L’album reste à ce jour l’un des plus grands disques de la scène grecque, et une référence incontestable du metal symphonique. Et accessoirement, l’acte de naissance d’un des rejetons les plus doués de la scène extrême.

eulmatt (www.metal-blogs.com/eulmatt).

Mon album préféré de la première partie de carrière de Septic Flesh. Je l’ai acheté à l’automne 1994, donc il s’agit de mon premier contact avec Septic Flesh, ceci jouant peut-être dans la balance. A l’époque, sans que ce deathmetal cotonneux soit mon style de prédilection, j’ai été surpris par la richesse de son univers et ses mélodies envoutantes. Je lui trouve également une fraicheur, une insouciance et une agressivité que ne n’ai plus retrouvées par la suite. A titre personnel, j’adore le titre The Dreamlord, le plus vieux et le seul ne bénéficiant pas des mêmes sessions d’enregistrement. Il dégage une intensité et une majesté indéfinissables. Fabien.

> - Les guests -, Septicflesh — fabien @ 7:59

1 mai 2010