Altars of Fab' Death

Gorgasm : Bleeding Profusely

Gorgasm : Bleeding Profusely

Formé sur les cendres de Crematorium, Gorgasm voit le jour en 1994 sous l’impulsion de la paire de guitaristes Tom Tangalos / Tom Leski. Brutalisant son Death Metal au fur et à mesure de ses sorties jusqu’au prometteur EP Stabwound Intercourse, le combo de Chicago enregistre enfin et logiquement son premier full-lenght intitulé Bleeding Profusely (2001).

Un couteau ensanglanté en guise de pochette, un logo déformé et sanguinolent, un court sample de film d’horreur, et un déluge de blast-beat en guise d’apéro sur le titre éponyme : ça situe le décor rapidement. On distingue nettement l’influence Deeds Of Flesh au travers des riffs rapides, débridés et précis de Stripped to the Bone par exemple, mais Gorgasm sait aussi inclure quelques passages de mélodie contenue, notamment sur Morbid Overgrowth ou le terrible The Essence of Putrescence, tour à tour pesant, entraînant, dévastateur, et même doté d’un solo empreint de nostalgie (tout arrive).

Ayant cherché en vain un chanteur ce sont les deux guitaristes ainsi que le bassiste Russ Powell qui se partagent la tache ici, et l’alternance ou la juxtaposition des voix est ma foi fort réussie. On signalera que le trio a dégoté un batteur de session de luxe en la personne de Dave Culross (Malevolent Creation, Suffocation,…), et effectivement ça martèle fort, vite et continuellement, Fucking the Viscera rappelle d’ailleurs fortement Hate Eternal au niveau de l’intensité et du jeu de guitare. Car le quatuor ne se contente pas de jouer comme des bourrins, la maîtrise instrumentale est de mise à chaque instant, que ce soit dans le jeu de batterie martial de Culross, la basse véloce de Powell ou les riffs millimétrés de Tangalos et Leski.

Bleeding Profusely est assurément un disque au dessus de la moyenne, s’extirpant de la multitude de clones de Suffocation et Deeds Of Flesh, cela dit malgré une production honnête de Chris Djuricic, il manque un petit quelque chose à ce disque pour péter la baraque. On aurait aimé notamment davantage de titres annihilant tout sur leur passage comme le percutant titre final Disembodied.
Rassurez-vous Bleeding Profusely ravira quoi qu’il arrive les fans de Suffocation, Disgorge, voire Necrophagist (c’est assez flagrant sur Lesian Stool Orgy), on regrettera juste un léger manque de personnalité et de folie ainsi qu’une durée de 23 minutes un peu juste.

BG (www.spirit-of-metal.com).

Gorgasm réussit le pari de lâcher un deathmetal rapide, dense & brutal, et pourtant incroyablement aéré. Je suis bluffé devant une telle qualité d’interprétation, depuis le jeu de batterie net & destructeur de Culross jusqu’à l’enchevêtrement des riffs de Leski & Tangalos et le croisement impeccable des lignes vocales des trois growlers, pour un résultat fluide et tout en nuance. Au-delà d’une violence musicale manifeste, sans compter la grossièreté du visuel et du concept, Gorgasm livre un album sacrément ingénieux, n’ayant finalement que peu de concurrents directs en 2001 avec un tel niveau de jeu. Une exécution rapide, nette et sans bavure. Du grand art. Fabien.

> - Les guests -, Gorgasm — fabien @ 11:11

18 décembre 2009

Asphyx : Death… The Brutal Way

Last One on Earth

Cela faisait un bail qu’on attendait le retour de Asphyx muet depuis In the Wings of Inferno en 1999, encore plus longtemps qu’on espérait réentendre à nouveau Martin Van Drunen reprendre le micro. Splitté depuis un temps assez considérable, leur reformation récente a ravi les fans de l’époque glorieuse du début des 90’s et après avoir assurés pas mal de concerts, le batteur Bob Bagchus et ses hommes ont remis la machine à composer en route pour proposer le bien nommé 8ième album (on peut considérer que le disque de Soulburn est un album de Asphyx) Death… The Brutal Way (2009).

Inévitablement en mettant la main sur ce nouvel opus, la première question qui est aussi une espérance (sans trop y croire par souci de rationalisme) qui vient à l’esprit est « Ont-il réussi à faire aussi bien que le légendaire Last One on Earth ? », la deuxième question qui est aussi une crainte est « Ne vont-il pas nous pondre un sous album de Hail of Bullets qui ne serait que des chutes de Of Frost and War ». A la première question ce n’est pas une surprise nous sommes obligés de répondre non, mais malgré cela ce disque est d’une grande qualité, le Death sombre et lourd développé ici fait mouche et renvoie dans les cordes tous les groupes de « retro Death Metal » qui ne peuvent que s’incliner devant les maîtres. Ce qui nous amène à répondre non à la deuxième question, l’identité Asphyx est on ne peut plus présente et la volonté de tout enfoncer est aussi vivace qu’il y a 17 ans, les vieux briscards ont encore de l’énergie et de l’inspiration à revendre.

Scorbutics pose le décor clairement avec les rythmiques acérées et pesantes de Paul Baayens, le jeu de batterie simple mais efficace de Bob Bagchus, la sous-jacente mais omniprésente basse de Wannes Gubbels et bien sûr la voix, la terrible voix de Martin Van Drunen, l’une des plus reconnaissables dans le Death Metal et qui lui non plus n’a rien perdu de sa fougue, l’équivalent d’un Rob Halford ou d’un Bruce Dickinson dans le Heavy. Le bonhomme fait étalage de tout son savoir faire ici, notamment sur le long et épique Cape Horn rendant hommage au courage des marins d’antan.
Enregistré au sonic assault studio par Frank Klein Douwel, mixé et masterisé au fameux Unisound de Dan Swanö (qu’on ne présente plus), Death… The Brutal Way bénéficie d’une production massive mettant en valeur les riffs puissants qui tapissent l’album, heureusement les hollandais n’ont pas cédé à la tentation de l’ « uber-production » tant en vogue actuellement, ainsi le côté crasseux et noir de la musique loin d’être atténué est au contraire sublimé.

Le direct Scorbutics, l’imparable Death The Brutal Way véritable hymne au headbanging, le surpuissant Riflegun Redeemer ou encore le plus Doom, Black Hole Storm sont tous des titres à haut potentiel nous replongeant dans l’esprit de 1992 et de l’incroyable force et inventivité des combos extrêmes de l’époque. Le titre Asphyx II (le I se trouve sur Last One on Earth) est le zénith de l’opus, après une intro glauque au piano les riffs Dark / Death décharnés et pesants s’insinuent indubitablement dans la tête et y reste définitivement, un superbe morceau qui n’a rien à envier à la version I, c’est dire si c’est un gage de vertu. Pour couronner le tout le livret et l’artwork noir et « boueux » de Mick Koopman est idéal pour illustrer la musique de Asphyx.

Puissant, homogène et prenant parfaitement sa place dans une époque qui n’est pourtant pas la sienne, Asphyx effectue un come-back des plus réussis, davantage à mon sens que celui de Pestilence pourtant plus médiatisé. Parmi tous ces groupes (dont certains très bons) tentant de faire revivre l’esprit du Death d’autrefois, choisissez plutôt l’original à la copie, même s’il n’atteint pas la perfection de Last One on Earth ce Death… The Brutal Way vaut largement le détour et vient s’ajouter aux disques Death au dessus du lot de cette année 2009.

BG (www.spirit-of-metal.com).

Le retour de Martin Van Drunen a véritablement permis de relancer la carrière d’Asphyx. Il reste à mon sens le chanteur le plus emblématique de la formation batave, bien plus que le regretté chanteur originel Theo Loomans. Asphyx retrouve donc un pan non négligeable de sa personnalité grâce au guttural si particulier de Van Drunen. De plus, Paul Baayens s’est bien intégré dans la formation. Ses compositions, quoique très proches de son travail sur Hails of Bullets, s’ajustent fort bien à l’esprit du groupe. On retrouve ces passages doomesques & suintants, qui ont forgé la personnalité d’Asphyx sur ses premiers albums & l’injustement oublié On the Wings of Inferno. Fabien.

> - Les guests -, Asphyx — fabien @ 19:43

5 décembre 2009

Asphyx : On the Wings of Inferno

Last One on Earth

Après une parenthèse (de bonne facture) sous le nom Soulburn, le trio Daniels / Bagchus / Gubbels reprend le nom de Asphyx pour mettre en boite On the Wings of Inferno (2000). Depuis l’immortel Last One on Earth et le départ du charismatique chanteur Martin Van Drunen, les hollandais ont connu une carrière chaotique et d’incessants changements de line-up, enchaînant cahin-caha des disques de qualité moyenne, voire médiocre (God Cries). Cette fois les musiciens restent les mêmes, et telle une équipe de football ils ont trouvé leurs automatismes et se servent de l’expérience acquise sur Soulburn pour passer un cap.

Il est amusant de constater que la pochette de On the Wings of Inferno avec ce démon menaçant et visqueux ressemble comme deux gouttes d’eau à celle de Soulburn, mais cette fois Axel Hermann lui a donné une texture informe et éthérée ainsi que des teintes gris / noir sombres à souhait collant au mieux à la musique. Summoning the Storm donne d’ailleurs le ton rapidement : rythmiques et batterie pesantes, tempo à 120-130 bpm, chant poisseux, interludes Doom, tout ce qui a fait la force de Asphyx par le passé. Le groupe hollandais semble ici renaître d’un long sommeil, les compositions suintent à nouveau, la boue, les abysses et la mort, notamment dans le chant de Wannes qui livre une prestation digne du grand Van Drunen.

La production du Harrow Production Studio est qui plus est parfaite, donnant la sensation que Eric Daniels a trempé ses cordes de guitares dans du goudron : lorsque puissance et rugosité ne font qu’un… D’ailleurs les riffs de For They Ascend… d’influence Heavy au demeurant, suintent la crasse par tous les pores. Comme sur toutes les réalisations de Asphyx, on trouve aussi des titres largement Doom, c’est le cas du pesant éponyme et de son refrain digne d’un Black Sabbath de l’extrême. Un interlude acoustique centrale de toute beauté fait judicieusement le lien entre les deux parties du disque, d’ailleurs aucune faiblesse n’est à déplorer tout au long : Indulge in Freezy ou Chaos in the Flesh et ses linéaires appuyés font également honneur au disque. Le seul élément à redire ici est finalement la durée trop courte, les 29 minutes de l’opus passant beaucoup trop vite.

Alors que la nouvelle vague du Death explose et que Gateways to Annihilation (Morbid Angel), And Then You’ll Beg (Cryptopsy) ou Black Seeds of Vengeance (Nile) s’imposent auprès des deathsters comme la référence de ce début de millénaire, les bataves continuent imperturbablement leur bonhomme de chemin, délaissant volontairement la technique et la vitesse au profit d’un Death Metal sombre et lourd sans lequel Asphyx n’aurait pas lieu d’être. Du coup On the Wings of Inferno sort dans un relatif anonymat, boudé par les jeunes metalheads avides d’un Death de plus en plus rapide et brutal. Dommage car ce sixième album est assurément le meilleur depuis les deux premiers, introuvable depuis fort longtemps, une réédition très prochaine est annoncée bande de petits veinards !

BG (www.spirit-of-metal.com).

On the Wings of Inferno, malgré ses 29 courtes minutes, représente également le meilleur album d’Asphyx à mes yeux depuis le dyptique culte “Van Drunen” (situons nous en 2000). Son premier titre Summoning the Storm me plaque à chaque écoute, entre son riffing d’entrée particulièrement percutant, son break doom aux ambiances glauques si chères à Asphyx, et le guttural très agressif de Wannes Gubbels. Dommage d’Eric Daniels ait perdu la flamme, entrainant la mise en sommeil du groupe batave pendant plusieurs années. Pour l’anecdote, les Harrows Studios avaient brulés juste avant l’enregistrement, qui a donc eu lieu dans de nouveaux locaux, baptisés du même nom. Fabien.

> - Les guests -, Asphyx — fabien @ 19:36

4 décembre 2009

Asphyx (Soulburn) : Feeding on Angels

Feeding on Angels

Suite à un God Cries donnant l’impression d’un combo à bout de souffle, le batteur Bob Bagchus décide de faire table rase du passé en rappelant le guitariste Eric Daniels absent depuis l’album éponyme et en recrutant le bassiste chanteur de Pentacle Wannes Gubbels. Afin de repartir sur de nouvelles bases les bataves changent ainsi carrément de nom, abandonnant Asphyx pour Soulburn. Le fruit de leur travail se nomme Feeding on Angels (1998) et sort toujours par l’intermédiaire de Century Media.

La musique de Soulburn n’est pas fondamentalement différente de celle d’Asphyx, d’autant que le chant de Gubbels ressemble beaucoup à celui de Martin Van Drunen (sans pour autant en être la copie conforme). On retrouve avec plaisir les rythmiques appuyées et poisseuses de Daniels qui manquaient tant sur God Cries, notamment sur Storming Hordes et son Death / Doom d’une puissance et d’une lourdeur remarquable.

Asphyx n’est plus (provisoirement) mais ses musiciens semblent avoir retrouvé la flamme sacré, dès le prenant Hellish Entrapment, on est happé par les guitares entraînantes et la double-pédale lente et lourde de Bob Bagchus. L’apport au chant de Wannes Gubbels est indéniable, depuis le départ de Van Drunen, Asphyx (oui je sais Soulburn, mais c’est pareil…) était orphelin d’un chanteur charismatique, avec lui l’erreur est réparée, ses vocalises profondes et arrachées donnent une réelle ampleur aux morceaux.

On regrettera peut-être un léger manque d’homogénéité avec quelques titres plus faibles, comme Crypts of the Black trop linéaire et convenu. A côté de ça le long morceau éponyme propose un Death Metal de très bonne facture, basé sur les ambiances et les rythmiques répétitives, terme loin d’être péjoratif ici car il provoque une sorte d’hypnose et un headbanging incontrôlé. Parmi les chansons au dessus du lot on cochera Behold the Funeral Candle édifiée dans un double crescendo d’abord Doom, puis virant progressivement au Death Metal hargneux dans lequel les riffs de Daniels font une fois de plus mouche.

Même si on est encore loin de l’intouchable Last One on Earth, « Asphyx-Soulburn » redresse la barre de belle façon en proposant de nouveau un Death Metal sombre et lourd comme ils savent le faire, ne se préoccupant nullement de ces nouveaux groupes repoussant les limites de la vitesse et de la brutalité comme Deeds Of Flesh et Cryptopsy. Du coup ce disque anachronique passera hélas inaperçu, comme tant d’autres…

BG (www.spirit-of-metal.com).

Feeding on Angels reste le dernier album d’Asphyx que j’ai découvert, étant passé complètement inaperçu à mes yeux, la faute au changement de patronyme de la formation en Soulburn. Je ne comprends d’ailleurs franchement pas ce changement de nom, puisqu’au contraire le groupe récupérait Eric Daniels et se rapprochait de l’aura de ses premières oeuvres. Enfin comme toi, j’apprécie beaucoup le chant de Wannes Gubbels, se rapprochant du guttural de Martin Van Drunen. Les compositions restent toutefois moyennement inspirées, me conduisant au final à dresser une notation similaire à la tienne. Fabien.

> - Les guests -, Asphyx — fabien @ 23:58

3 décembre 2009

Asphyx : God Cries

God Cries

Dans ce monde infesté par le Black norvégien où le Death Metal a du plus en plus de mal à exister, Asphyx tente de survivre tant bien que mal, mais un album éponyme bon mais ne pouvant rivaliser avec l’immortel Last One on Earth et les jeunes metalheads versatiles sont déjà passé à autre chose. Bob Bagchus et ses acolytes n’ont donc plus le droit à l’erreur pour ce quatrième album God Cries (1996).

Si l’artwork n’étant pas vraiment transcendant (sorte de version du pauvre du superbe Choir of Horrors de Messiah) on rentrera tout de suite dans la musique des bataves. A première vue pas de grand bouleversement, le Death Metal de Asphyx est toujours aussi basique et épuré, proposant des titres majoritairement mid tempo et lourds. Le disque débute sur un God Cries de bon aloi qui applique à la lettre les recettes habituelles : voix écorchée, rythmiques baveuses, jeu de batterie classique mais collant parfaitement au style déployé.

Malheureusement la relative bonne impression de départ ne dure pas et très vite l’ennui s’installe, les parties pourtant pesantes de It Awaits ne parviennent pas à secouer son homme comme sur les premiers albums, on sent que le trio met tout en œuvre pour pondre des riffs inoubliables mais hélas sans y parvenir et des My Beloved Enemy il faut se forcer pour ne pas décrocher et penser au planning de la journée du lendemain…
Les compositions ne sont pas exécrables pour autant, seulement l’ambiance de cimetières ou de marécages putrides des précédentes réalisations s’est envolée, les titres sonnent comme des successions de riffs sans âme ni liant. Pire encore : la production est un peu brouillonne, faisant sonner Died Yesterday comme un titre Punk…

Tout juste si on arrive à vibrer un peu sur l’énergique Slaughtered in Sodom mais putain où sont passés les gros passages Dark / Doom abyssaux d’antan ? On nous sert des petits soli manquant de consistance par ci (The Blood I Spilled), des accélérations timorées par là, on sent bien qu’ils ne sont pas dans le match comme dirait Jean-Michel Larqué, ce qui fait que finalement les 31 petites minutes du disque paraissent déjà trop longues…

Pas un mauvais disque, mais fait comme ça tranquille, sans véritable motivation, du Death Metal fast food en somme. Cet échec incitera le groupe à changer un temps de nom pour repartir de zéro, ça aura au moins servi à ça.

BG (www.spirit-of-metal.com).

L’album « Asphyx » et God Cries n’ont aucun membre en commun. D’un côté Eric Daniels et ses deux subalternes quittent le groupe, et de l’autre côté, c’est le retour de Bob Bagchus et du chanteur originel Theo Loomans, dont le guttural manque à mon sens de profondeur. La perte d’Eric Daniels est à mon sens préjudiciable, Asphyx perdant une grande partie de son identité, bien plus que lors du précédent départ de Drunen. Mais diable, ou sont passés ces passages doomesques, ces riffs acérés, ces déchirements vocaux, ces ambiances glauques, qui conféraient toute la personnalité de la formation batave ?  Fabien.

> - Les guests -, Asphyx — fabien @ 12:42

2 décembre 2009

Asphyx : Asphyx

Asphyx

Pour ce troisième album, les hollandais de Asphyx étaient confrontés à deux problèmes de taille. Le premier consistait à donner un digne successeur au terrible Last One on Earth, considéré comme un joyau du Death Metal, le second était de remplacer le légendaire chanteur Martin van Drunen (ex Pestilence) ayant quitté le navire après le deuxième album.

Le guitariste Eric Daniels et ses acolytes investissent donc le Stage One Studio chez un ingénieur du son faisant encore ses classes dans ce métier : Andy Classen du groupe Holy Moses qui s’occupera plus tard d’albums de Legion of the Damned, Krisiun ou Tankard… Le résultat d’ensemble est peut-être un chouia moins baveux que sur Last One on Earth mais l’aspect naturel des instruments et la guitare âcre et incisive préservent fort heureusement l’esprit noir de la musique et l’ambiance « catacombe » de cet album éponyme (1994).

La lente et longue intro du disque plonge d’ailleurs immédiatement dans l’univers froid et abyssal de Asphyx, un titre bien plus Doom que Death d’ailleurs. Dephts of Eternity entre ensuite dans le vif du sujet avec un Death Metal lourd ne s’aventurant que très rarement au delà des mid-tempo et favorisant les parties lentes et plombées. Comme sur les disques précédents, Asphyx privilégie la simplicité des riffs, la lourdeur et les atmosphères à l’empilement d’un maximum de notes.

Ron van Pol, ayant la lourde tache de succéder à Martin van Drunen s’en tire très honnêtement, même si sa voix n’est pas aussi particulière et profonde que son prédécesseur, son growl à moitié hurlé est de bon aloi et se calque parfaitement sur la musique torturée du combo, à ce titre les soli lents et entêtants de Eric Daniels sur Emperors of Salvation sont un modèle du genre, de même que les accélérations ponctuelles brisant par moment les rythmes monolithiques de sénateur… Mention spéciale à ce titre à Incarcerated Chimaeras.

Les titres sont assez longs dans l’ensemble, surtout Initiation into the Ossuary, titre à tiroir de près de 10 minutes utilisant des touches de clavier apportant un effet encore plus inquiétant à la musique des hollandais, ce morceau est au final un lent crescendo nous rapprochant de plus en plus près de l’abîme : la pierre angulaire du disque. En revanche même si les morceaux suivants sont loin d’être mauvais (notamment l’inspiré Back into Eternity), le disque traîne en longueur et on trouve les 60 minutes de Asphyx un peu longue.

Sans parvenir à toucher du doigt le très haut niveau de Last One on Earth, Asphyx propose un troisième album plutôt bon mais qui aura le désavantage de sortir à une période ou le Death commence à être en déclin. Les adeptes d’un Death / Doom sombre et authentique peuvent sans problème se procurer ce disque, qui sans les égaler, s’avère être un complément intéressant à The Rack et Last One on Earth.

BG (www.spirit-of-metal.com).

C’est un Coup dur pour Eric Daniels qui perd coup sur coup Bob Bagchus et Martin Van Drunen. Ainsi, même si son jeu de guitare reste facilement reconnaissable, il manque beaucoup d’ingrédients à son groupe pour la préservation intacte de son identité. Je n’ai par exemple rien contre Ron Von Pol, mais le timbre guttural de Drunen était tellement unique… En outre, j’ai toujours trouvé « Asphyx » trop longuet sur la durée, souvent poussif, ayant du mal à vraiment décoller, bien que paradoxalement, mon titre préféré (le bon Initiation to the Ossuary) soit le plus long. Fabien.

> - Les guests -, Asphyx — fabien @ 12:18

1 décembre 2009

Paradise Lost : Lost Paradise

Quand 5 jeunes Anglais d’Halifax décident de se lancer dans l’aventure du metal à la fin des années 80, certaines voies semblent toutes tracées. Leur leader artistique, le grand Greg Mackintosh –encore imberbe à l’époque- est fan de ce death metal alors en pleine explosion, mouvement qui révolutionne le petit monde de la musique extrême et auquel l’Angleterre apporte une contribution non négligeable.

C’est donc sans réelle surprise que Lost Paradise, le premier méfait de…Paradise Lost, s’oriente vers le death metal, avec un Nick Holmes “growlant” avec vigueur. Pourtant, nos amis font déjà la première démonstration d’une réelle indépendance musicale : alors que le mouvement de fond du death metal s’engage vers la brutalité et la vitesse, surtout en Angleterre avec les terreurs Carcass et Napalm Death, Paradise Lost prend le contre-pied du mouvement et propose un style complètement novateur, où le rythme est franchement ralenti, la lourdeur et la noirceur de l’atmosphère prenant le pas sur l’agressivité et la virulence. Ce rapprochement révolutionnaire avec le doom, mouvement à la base antinomique avec la vitesse du thrash / death, fait de Paradise Lost un pionnier.

Cette audace stylistique est le principal intérêt de Lost Paradise. Pour le reste, l’album témoigne surtout du manque de maturité de ces jeunes musiciens, dont la technique et la maîtrise ne sont pas encore à la hauteur de leur évidente capacité créative. Leur death/doom souffre tout d’abord d’un manque de puissance assez handicapant. Les moyens n’étant sans doute pas encore à la hauteur, l’impression d’un enregistrement dans une cave limite largement la puissance de feu. On note également une carence dans la fluidité et la maîtrise des enchaînements, problème fréquent chez les jeunes formations, qui rend parfois les morceaux saccadés et besogneux.

L’autre aspect qui limite l’impact du disque concerne le lead mélodique et les soli de Mackintosh, encore trop timides et cherchant leur place entre approche mélodique et jeu dissonant. On connaît l’orientation future du jeu du guitariste, mais en l’occurrence celui-ci ne semble pas avoir tranché entre des influences doom/heavy classiques et le jeu déstructuré et agressif de quelques leaders du death old school. Ce flottement, sans doute accentué par des limites de technique individuelle, confère à l’ensemble un caractère hésitant et manquant globalement de percutant.

Cependant, Lost Paradise n’est pas sans comporter de nombreux passages intéressants. Certains morceaux préfigurent les futures orientations du groupe, avec notamment l’utilisation pertinente de la lead guitar en avant des riffs plus conventionnels, ou de subtiles touches (très limitées et discrètes) de claviers sur certains refrains, comme sur Paradise Lost, très doom, ou même l’adjonction de quelques chants féminins, sur Breeding Fear.

Pour le reste, ce death lent et sombre parvient partiellement à son but. L’atmosphère est pesante et particulièrement austère, mais ne parvient que trop ponctuellement à atteindre sa vitesse de croisière, comme sur l’intéressant Rotting Misery ou sur Internal Torment, seul morceau de pur death old school de la discographie de Paradise Lost. Quant à Breeding Fear, à défaut d’être homogène, il regroupe sans doute les riffs les plus accrocheurs et les parties mélodiques les mieux maîtrisées de l’album. Mais la plupart du temps, on reste dans l’expectative en percevant Lost Paradise comme un poids lourd ne parvenant pas à se lancer. Là encore, le manque de fluidité, le son souffreteux et une rythmique hésitante y sont pour beaucoup.

Ce bémol est toutefois contrebalancé par le fait que l’austérité et l’âpreté qui émanent de Lost Paradise contribuent largement à ce charme “old school” qui contente souvent les plus nostalgiques d’entre nous. Cette sorte de grandeur monolithique accompagnera d’ailleurs Paradise Lost avec bonheur jusqu’à Icon, et ce premier disque est déjà empreint de cette atmosphère très personnelle, déjà impressionnante de noirceur et de désespoir.

En conclusion, ce disque est en priorité destiné aux historiens du metal, collectionneurs et amateurs de ces disques de rupture, authentiques et fondamentaux dans l’évolution du mouvement, à défaut d’être des chefs d’œuvre. Le vrai fan de Paradise Lost se doit également d’y jeter une oreille, ne serait-ce que pour appréhender une composante essentielle de la musique des Anglais, qui reste fondamentale et toujours sous-jacente dans In Requiem, 17 ans après : une culture doom/death profonde que ne possède pas bon nombre de ses concurrents de Gothic metal…

Eulmatt (www.metal-blogs.com/eulmatt)

Lost Paradise constitue la seule réalisation que Mackintosh et ses comparses n’apprécient pas, alors qu’il s’agit de l’album que j’aime dans leur discographie, trahissant du coup ma passion inaltérable pour le death, et mon désintérêt relatif pour le gothic doom. Au delà, je rejoins parfaitement les arguments avancés dans ta chronique. Lost Paradise, à défaut d’être un chef d’œuvre, est néanmoins un album clé dans l’histoire du métal, certes moins déterminant que Gothic, mais réussissant brillamment le premier mariage entre les scènes doom et death. Fabien.

> - Les guests -, Paradise Lost — fabien @ 0:15

11 novembre 2009

Immolation : Shadows in the Light

Harnessing Ruin

Ecouter un album d’Immolation, c’est l’assurance de se prendre en pleine face un death métal stylé executé par des passionnés qui roulent leur bosse depuis bientôt 20 ans. Shadows in the Light est le septième album des américains, et leurs trois précedentes réalisations étaient de véritables bombes. Alors qu’en est-il de celui-ci, baisse de forme ? Inspiration envolée ? Vous vous doutez de la réponse, vous avez vu ma note…

Pas d’inquétude, Immolation reste égal à lui même, un groupe monolytique, un colosse taillé dans le roc avec lequel peu de formations peuvent rivaliser. Tous les élements qui caractérisent la formation sont présents ici et les fans ne seront en aucun cas dépaysés. Après autant d’années d’activité, les musiciens ne se montrent pas du tout à court d’idées. Tout le talent de ce groupe est de réussir a dégager une haine immense sans miser à tout bout de champ sur la vitesse. Les compos sont partagées entre mid-tempos, blast et parties lourdes, avec une ambiance toujours très sombre, funèbre même, qui vous empoigne les tripes à pleine main. Le chant y est aussi pour beaucoup, j’ai écouté cet album au casque et j’ai franchement eu l’impression que Ross Dolan s’adressait directement à moi, sa voix est énorme et pénétrante.

Le travail de composition est toujours aussi fouillé et le groupe ne se contente jamais de se vautrer dans un death trop bestial ou basé uniquement sur la technique. Les harmonies de guitares sont rampantes et malsaines, les riffs ébouriffants, Immolation a vraiment une façon unique de créer un death métal à la fois fascinant et percutant. Par ailleurs, les textes évitent les clichés gore simplistes de beaucoup de groupes et se focalisent sur la noirceur de notre monde, ce qui rend leur musique encore plus crédible et personnelle.

Immolation ne laisse donc rien au hasard et ne fait pas de remplissage, le groupe met tout en oeuvre pour que chaque compo possède sa propre identité, soit à travers des lignes de guitares obsédentes, soit grâce à l’utilisation de riffs hypnotiques. Le travail du batteur est par ailleurs remarquable, ce dernier, qui réalise ici son deuxième album avec le groupe, semble avoir définitivement trouvé sa place au sein du combo et enrichit les compos avec un jeu fourni et original. Les solos de guitare n’ont pas une place capitale dans la musique de Immolation mais les gratteux savent exactement les placer là où ça fait du bien, avec beaucoup de feeling et de dexterité.

Je ne passerais pas en revue les dix titres qui composent Shadows in the Light car ils sont tous excelents, je vous laisserai vous même le bonheur de capter chaque subtilité que renferment les compos. Le terme subtilité n’est pas exageré tant chaque morceau fourmille de petits arrangement de gratte, pas toujours décelables lors de la première écoute. Cet album, comme les précedents du groupe, demande plusieurs écoutes pour être completement assimilé, c’est la marque des grands !

Quelques titres vous mettrons tout de même immédiatement par terre. Passion Kill et son riff lourd, entêtant et saccadé, est un vrai rouleau compresseur, The Weight Of Devotion s’ouvre sur un étonnant riff en harmonique completement innatendu qui rend ce titre immédiatement passionnant, Whispering Death, le dernier morceau, est d’une noirceur et d’une profondeur peu commune… etc.

D’autre part, pour ne rien changer, Immolation a enregistré avec Paul Orofino. C’est là leur cinquième collaboration et la production est évidement à la hauteur de la musique, massive et limpide. La batterie est même d’avantage mise en avant que sur leur précedent album où elle paraîssait légerement en retrait à mon goût.

Shadows in the Light est de nouveau une réussite éclatante, jusqu’où Immolation ira t’il ? Ca en devient presque énervant tellement ces mecs sont doués ! Dans leur style, ils sont insurpassables. Cet album est d’ores et déjà pour moi une des meilleures sorties death métal de l’année et tout simplement un des meilleurs albums du groupe, à égalité avec Close to a World Below et Unholy Cult, qui sont à mon sens leurs deux autres meilleures réalisations. Album indispensable !

?Tonio (www.metal-blogs.com/tonio).

Pour tout avouer, Harnessing Ruins m’avait laissé quelque peu sur faim, la faute peut-être à ses structures plus directes, manquant d’un poil de consistance, d’épaisseur. En revanche, Shadows in the Light possède cette noirceur et cette puissance phénoménales, que je ne n’avais pas ressenties depuis Failures for Gods et Close to a World Below. Le riff central poignant du superbe World Agony, le final renversant de Whispering Death, les soli intenses et décharnés de Rob Vigna, la profondeur des growls de Ross Dolan, le jeu fouillé de Steve Shalaty, sont autant d’élement qui transcendent ce nouveau chef d’oeuvre d’Immolation. Fabien.

> - Les guests -, Immolation — fabien @ 17:28

6 novembre 2009

Yyrkoon : Occult Medicine

Yyrkoon : Unhealthy Opera

Ce fut il ya quelques mois que je découvrais Yyrkoon, de la manière la plus banale qui soit, en dépoussiérant une vieille compil démonstrative d’un Rock Hard de 2004. Juste par curiosité, je posais une oreille distraites sur diverses formations. Il faut croire que tout cela ne m’emballait pas de trop (ah si, cet extrait du premier album de Phazm m’a titillé les tympans).
Mais je laissais tourner la galette ; ce que j’aime avec ce genre de compiles, c’est lorsque le bon morceau arrive, celui qui te réveille de ta semi-léthargie et te fait appuyer sur le bouton “repeat” du lecteur, jubilant de ta nouvelle découverte. Celui-ci ne s’est pas fait trop attendre et a eu la bonté de démarrer sur les chapeaux de roues. En un coup, un énorme riff tranchant comme une machette accentué par une rythmique en béton vient scotcher le bec des autres pleurnicheurs. Après une légère volute guitaristique, ce charmant bulldozer appuie sur le champignon, une batterie millimétrée et cinglante et une voix rêche dirigent ma main sur le fourreau en carton du disque. Schizophrenic Carnage : Diantre, quel titre représentatif. Tout cela m’ayant convaincu, je décidais de me procurer l’album. Celui-ci distribué par Osmose ne devait pas être difficile à dénicher. Pour preuve, une semaine après, je me retrouve avec le disque en question entre les mains.

Pour présenter ces metalheads ambitieux à nos amis, Yyrkoon est un groupe français originaire de Ribecourt (ce sont nos Gaulois qui vont adorer) formé en 1996. En jetant un coup d’oeil en arrière, les fréquents changement d’orientation musicale sautent au yeux : Le groupe proposait un heavy/black à tendance symphonique sur Oniric Transition, tourna à 90° vers une osmose entre heavy et thrash sur Dying Sun pour parvenir à un Death Thrash puissant sur ce fameux Occult Medicine. Ce nouveau chemin prit serait probablement le fruit de l’arrivée du fameux Dirk Verbeuren dont les prestations avec Aborted et Phazm en auraient impressionné plus d’un.

Dans ce genre de metal mêlant puissance de feu et accélérations contrôlées , Occult Medicine peut se vanter de posséder des biceps de taille, certainement mis en valeur par cette production fignolée de manière rigoriste. Effectivement, le tout a été enregistré avec professionnalisme, la panoplie Soundmax et le contenu des coffres forts de chez Pioneer auront été bien dérouillés lors de l’enregistrement. Ainsi le rendu studio se montre très puissant et réglé comme l’horloge astronomique de Prague, Pour un metal se voulant aussi robuste et technique, rien d’étonnant.

Occult Medicine déploie alors une paire d’ailerons parfaitement ciselés. Un Death Thrash pointilleux, surtout au niveau du riff prompt à trancher net la pierre bleue comme à sortir l’artillerie PGV. Ceux-ci sont tous magnifiquement bien organisés, et cette vitesse constante mise en relief par une série d’altérations rythmiques judicieuses fait que le disque ne ralentit pas.  Ainsi, nos brillants techniciens exécutent avec aisance une liste de titres super efficaces, aussi lourds et complexes qu’énergiques, n’hésitant pas à y introduire ses soli à la construction mélodique tout bonnement impressionnante, solidement inspirée et très travaillée harmoniquement. Tout ce répertoire confortablement assis sur le jeu carré et technique d’un Verbeuren en pleine forme.

L’album fut créé sur le concept d’un médecin dégénéré narrant ses expériences obscures à travers les titres, en témoigne Doctor X, première pièce de l’oeuvre jetant la pierre à l’eau avec ses doubles infernaux et blasts solidement appuyés ou le terrible Censored Project et ses couplets thrashisants frôlant la perfection. On retiendra aussi le décapant Blasphemy et ses mid tempos accouplés aux riffs aiguisés, de quoi déformer un tapis de scène ou le titre éponyme, son introduction lugubre qui part sur un titre plus posé, mêlant atmosphères pesantes et superbes envolées guitaristiques. On est surpris aussi par les courtes apparitions d’un chant clair superposé aux braillements de Stéphane sur Reversed World et Trapped into Life, puis ce Erase the Past sur lequel les tendances passées heavy du groupe pointent le bout de leur nez et son fondu de fin sur Verbeuren maintenant l’attention jusqu’à la dernière seconde.

Occult Medicine se présente comme l’un de ces missiles death à la fois précis et responsables de dégâts collatéraux considérables. Et même si il existe bien plus brutal dans l’esprit, son thrash racé et revigorant ainsi que ses performances techniques et harmoniques lui confèrent un médaillon supplémentaire. Ces éléments lui permettent de construire une atmosphère d’une certaine opacité malgré son contour très nettoyé. Un disque réfléchit, alliant férocité et souplesse avec brio. Viva la francia, man !

Finalement, Rock Hard n’est pas si mal quand il le veut…

Archevil (www.spirit-of-metal.com).

Yyrkoon fait partie de la nouvelle génération m’ayant largement conquis, du moins depuis Occult Medicine. L’incision death thrash des compositions, porté par le jeu tout en puissance de Verbeuren et par la prod’ massacrante de Hansen, donne au final un album qui pète sévèrement la baraque. Aujourd’hui, mon coeur balance encore entre la folie death thrash d’Occult Medicine et les ambiances subtiles de l’incroyable Unhealthy Opera. J’ai loupé Yyrkoon en concert avec les grinders de Blockheads il y a deux / trois ans… Annulé faute de réservations suffisantes (Grrr…). Sinon, j’ai entendu dire récemment que Stéphane Souteyran remettait le couvert… Wait and see… Fabien.

> - Les guests -, Yyrkoon — fabien @ 16:45

16 octobre 2009

Hate Eternal : Fury And Flames

Le voici, donc, ce nouveau rejeton d’une des terreurs de la scène brutal death moderne. La seule attente fiévreuse qu’a généré Fury & Flames prouve à elle seule la belle santé de cette scène. Et le line-up respectable qu’a réuni ce vieux loup d’Erik Rutan permettait en tout état de cause d’entrevoir de bien belles prouesses. Le verdict au bout d’une poignée d’écoutes est sans appel. C’est bel et bien la grosse baffe attendue…et même plus que cela.

Fidèle à ses habitudes, Hate Eternal prend le soin d’imposer un feu ininterrompu, dont les salves de batterie de l’épatant Jade Simonetto constituent le plus gros de l’artillerie. On connaissait bien sûr Alex Webster et sa capacité à nourrir la rythmique de sa basse avec une dextérité et une vigueur peu communes. On obtient ainsi un matraquage parfaitement maîtrisé, très équilibré entre blasts dévastateurs, changements de rythme pertinents et breaks bien sentis, ô combien salvateurs. Sur cette seule base, Fury & Flames pourrait déjà prétendre damner le pion à une bonne partie de la concurrence.

Mais la seule approche technique est profondément réductrice pour appréhender la richesse de ce disque. Malgré son déploiement intempestif d’artillerie lourde et d’agression sonore, la musique d’Hate Eternal atteint là une richesse émotionnelle étonnante, que pour ma part je discerne moins dans ses opus précédents. Pas d’angoisse à la lecture de cette phrase : il ne s’agit pas de mélancolie ou de je ne sais quel autre sentiment existentiel, mais de colère furieuse, de haine enragée, de noirceur oppressante.

Ce cataclysme de violence débute par un incroyable Hell Envenom, mitraillage de blasts, riffs monstrueux de puissance, avec le soupçon de lyrisme et de dissonance pour d’ores et déjà donner une magnifique esthétique à la déferlante métallique de Hate Eternal. Le feu sacré est désormais allumé, rien ne peut éteindre l’incendie. Il se propage un peu plus avec Whom Gods May Destroy, un poil plus complexe et technique, suivi de Para Bellum, remarquable de par ses breaks d’une lourdeur écrasante, venant temporiser avec subtilité le déchaînement furieux et continu des compères de Rutan. A noter également le magnifique solo, sublime d’émotion et de finesse, sur fond de double pédale déchaînée. Baissant un poil de rythme – entre des séries incroyables de blasts – Bringer Of Storms s’affiche également comme un titre plus fin qu’il n’y paraît, et le travail de composition est remarquable, mettant diablement en relief les qualités artistiques des différents musiciens (Webster, quel bassiste…).

Grandiloquente et monstrueusement malsaine, la marche funéraire qui suit est délicieusement éprouvante, voire jouissive à l’écoute des quelques soli qui s’invitent à la fin d’un morceau d’une noirceur incroyable. Plus chaloupé et groovy, Thus Salvation permet d’entrevoir un peu plus la remarquable production dont bénéficie Hate Eternal. Les tympans les plus fragiles pourront souffrir du parti pris de mettre très en avant la rythmique batterie/basse, qui tel un tir de barrage continu laboure le terrain très avant la cavalerie « légère »…

Des deux titres suivants, toujours dans la même veine musicale qui fait la raison d’être de l’album, on notera quelques riffs particulièrement judicieux, qui une fois encore donne un caractère très organique au death metal brutal de Hate Eternal, qui ne paraît jamais déshumanisé. Plutôt surhumain en fait, tant la démonstration de rage vomie ici semble sortir du fond des entrailles.

Et comment ne pas apprécier un petit morceau au titre français, qui certes ne dépareille pas avec le thème enjoué du disque, surtout quand ses deux dernières minutes sont aussi sublimes d’émotions, les guitaristes jouant à leur tour le premier rôle sur ce disque colossal. Un petit Outro quelconque laissant les ouïes se reposer quelques instants, il ne fait cependant aucun doute que vous allez repartir pour un tour…

Bilan des courses ? Hate Eternal a accouché d’un monstre, et déjà là, à chaud, je ne crois pas me tromper en considérant ce disque comme l’un des plus essentiels de ces derniers années dans le petit monde du death metal. Ne soyons pas frileux, il s’agit même d’un bon pavé dans la mare des monstres sacrés qui avaient marqué de leur grosse patte l’année 2007, je pense principalement à Nile et Immolation. Décidemment, le death metal vit une nouvelle époque dorée, après celle du début des années 90. Et ce death metal moderne, à la fois ultra technique, brutal, et cependant remarquable de par ses atmosphères noires et quasi-mystiques, nous laisse présager encore de bien belles heures. Ah, quel pied !

Eulmatt (www.metal-blogs.com/eulmatt)

Fury And Flames est une nouvelle fois un très bon cru de la part d’un des groupes qui survole la scène death métal actuelle, à l’instar de Nile, Krisiun, Immolation, Morbid Angel, Origin ou Necrophagist. Les rythmiques sont étonnantes, et le mixage est vraiment impeccable, montrant notamment toute la complexité du jeu de basse d’Alex Webster, le meilleur bassiste deathmetal actuel, aux côtés d’Erlend Caspersen. A l’heure où je n’ai jamais vu autant d’alliances désespérantes entre le deathmetal et les scènes mélodiques, je suis soulagé de voir encore des groupes de la trempe d’Hate Eternal, affichant immuablement cette pureté et cette sobriété exemplaires. Fabien.

> - Les guests -, Hate Eternal — fabien @ 2:00

9 septembre 2009