Altars of Fab' Death

Marduk : Heaven Shall Burn… When We Are Gathered

Marduk : Heaven Shall Burn... When We Are GatheredUn an et demi après la parution de l’excellent et acclamé Opus Nocturne, fidèle à l’incontournable label français Osmose Productions, Marduk revient en juin 1996 avec Heaven Shall Burn, son quatrième full lenght en six années d’existence, magnifiquement illustré par Alf Svensson. La horde noire emmenée par l’infatigable Morgan Hakansson présente déjà son troisième chanteur depuis sa création, en la personne de Legion (Eric Hagstedt), laissant parallèlement les studios Unisound de Dan Swanö pour rejoindre Peter Tägtgren aux studios Abyss, tout comme ses confrères de Dark Funeral quelques mois auparavant.

Si Opus Nocturne, aux influences Pure Holocaust (Immortal) indéniables, lâchait un blackmetal d’une violence accrue en regard de ses deux prédécesseurs, Heaven Shall Burn confirme cette tendance vers plus de vitesse et de brutalité, tout en radicalisant parallèlement le style de la formation. L’intraitable morceau d’ouverture Beyond the Grace of God ne trompe ainsi pas quant aux nouvelles intentions de Marduk, martelant sur les rythmiques précises et ravageuses de Fredrik Andersson et B-War, qui supportent solidement les riffs incisifs de Morgan. La recrue de Legion s’avère également un excellent choix, le chanteur possédant un timbre rocailleux particulièrement haineux, qui s’intègre idéalement à la brutalité black des compositions.

Sur un rythme tout aussi diabolique que son premier titre, à l’image de l’excellent Glorification of the Black God, version blackmetal d’une Nuit sur le Mont Chauve du compositeur russe Moussorgsky, Heaven Shall Burn dégage ainsi une intensité constante, déboitant avec les blast-beats démentiels de Fredrik, puis ralentissant le tempo pour mieux renverser l’auditeur, le temps de breaks fracassants, terrain propice aux riffs prenants de Morgan, et aux lignes de basse ronflantes de B-War, beaucoup plus subtiles qu’en apparence.

Malgré sa violence manifeste, Heaven Shall Burn possède également une atmosphère profonde, non seulement due à la haine indéniable dégagée par les vociférations de Legion, mais aussi grâce aux guitares de Morgan, certes brutales, mais aussi très poignantes, démontrant que l’épaisseur d’un climat ne s’obtient pas forcément à grands renforts de claviers.

Maîtrisant parfaitement son sujet en cette année 1996 et confirmant ainsi son rang sur la scène brutalblack suédoise, Marduk lâche un Heaven Shall Burn infernal, débordant de violence rythmique et de haine vocale, tout en conservant brillamment un côté occulte. En revanche, plus compact que son prédécesseur, Heaven Shall Burn demeure de fait moins varié, manquant peut-être d’un seul Deme Quaden Thyrane pour acquérir plus de contraste, que le long et répétitif mid-tempo Dracul Va Domni ne parvient pas à apporter.

Fabien.

> - Les chroniques -, Marduk — admin @ 2:00

22 décembre 2008

Marduk : Opus Nocturne

En 1994 Marduk n’est encore qu’un groupe de Black Metal parmi tant d’autres, loin des Emperor, Mayhem et Darkthrone. Les suédois avaient pourtant trouvé leur voie avec Those Of The Unlight déjà chez Osmose Productions (1993) après un premier album Dark Endless (1992) plus Death que Black mais bien moins percutant que le Soulside Journey de leur voisin norvégien Darkthrone.

Voilà donc B.War (basse), Fredrik (batterie), Joakim (chant) et Morgan (guitare, membre fondateur du groupe et seul rescapé du line-up de 2008) prenant le chemin du Hellspawn Studio pour enregistrer leur troisième album. Ils ne confient pas le mixe et le mastering à n’importe qui puisque les blackeux font appelle à Dan Swanö, déjà connu en tant que maître à penser du groupe de death Edge Of Sanity. Alors vous vous dites peut-être que le sieur Dan aura concocté une énorme prod’ de derrière les fagots ? Que nenni, mais c’est heureux, quel impact aurait-eu Opus Nocturne (1995) avec un gros son stéréotypé ? Moindre m’est d’avis, comme nous verrons ça plus bas.

Visuellement, Opus Nocturne est une merveille : la peinture du jeune Kris Verwimp (qui travaillera plus tard pour Absu, Thyrfing, Moonsorrow, Enthroned,…) quasiment inconnu à l’époque est une véritable ode au démon, à l’occultisme, à la luxure et à la décadence païenne. Cette fabuleuse pochette, l’une des plus marquantes de l’histoire du Black Metal, fut déterminante, aussi bien pour la carrière de Marduk que pour celle de Kris Verwimp.

L’orgue d’église en intro nous met simplement en condition avant de recevoir Sulphur Souls violemment dans les esgourdes, « Praise Hail Satan » sont les premiers mots de l’album et posent le décor, c’est rapide, agressif, blasphématoire et avec cette production crue (les détracteurs diront creuse) et minimaliste on a vraiment l’impression que les musiciens jouent live, d’où cette atmosphère noire et sincère suintant de ce disque. Mêmes les mélodies semblent toutes droites sorties des enfers et n’affaiblissent en aucun cas les chansons.

Les titres sont oppressants grâce aux blast-beat omniprésents, mais agrémentés ponctuellement de breaks, aérant magistralement le tout, à l’image du long et dévastateur From Subterranean Throne Profund. Qui dit album culte dit titre du même acabit, Autumnal Reaper au début duquel Joakim hurle à en glacer le sang, est un modèle du genre, et quelle intensité dans le jeu de guitare ! Le linéaire situé à 1:50 est diaboliquement entraînant tout comme le pont qui suit, le titre le plus brutal de l’album, préfigurant déjà du suivant Heaven Shall burn….

Seul Materialized In Stone semble calmer un peu le jeu avec une agressivité moins marquée sans pour autant négliger le côté occulte, on croirait presque entendre sur ce titre une version Black des vieux In Flames et Dark Tranquillity. Mais après un repos du guerrier bien mérité Marduk retrouve très vite ses velléités belliqueuses sur Untrodden Paths (Wolves 2) qui est la suite d’un titre présent sur Those Of The Unlight, débutant dans un déluge de guitares acérées, de basse vrombissante et de coups de caisse claire claquants comme un fouet (quand je vous dis que la production est un atout), le supplice ne finira qu’à la fin du morceau, l’auditeur restant accroché à une telle démonstration de force malgré un pont central comme pour souffler un peu entre deux séances de torture avant l’agonie finale…

Opus Nocturne est plus atmosphérique : les voix parlées (présentes aussi sur Deme Quaden Thyrane) accompagnent des guitares mélancoliques dans un hommage convaincant à la nuit, sa beauté et bien sûr sa noirceur. Bref plus qu’un riff particulier par ci ou un changement de tempo par là sur tel titre, c’est l’ambiance générale de Opus Nocturne qui captive, moins crasseux que Darkthrone mais plus agressif. Marduk redéfinira avec ce disque les bases du Black Metal suédois, se singularisant par rapport à la scène norvégienne et entraînant dans son sillage les Setherial et autres Dark Funeral, brutaux et impitoyables (au détriment de l’ambiance diront certains).

Marduk sort ici son chef d’œuvre incontesté, loin de ses productions plus récentes oscillantes parfois avec hésitation entre Death et Black Metal. Aucun ambiguïté d’ailleurs sur The Sun Has Failed clôturant le CD, une ultime déflagration de rage nous menant tout droit à la damnation et on finit seul, comme sur la fin du disque : seul avec notre haine, au milieu du froid, de l’orage et du vent…

BG (www.spirit-of-metal.com).

Quasiment un an jour pour jour après la sortie de Pure Holocaust, Marduk fait lui aussi parler la poudre avec Opus Nocturne, dont l’influence Immortal apparaît alors comme une évidence. Le groupe hausse en effet considérablement sa vitesse et sa brutalité, mais en livrant un album à la personnalité affirmée, aux atmosphères riches et variées, depuis les intenses titres middle tempo Materialized in Stone & Deme Quaden, jusqu’aux brutaux Autumnal Repaer & The Sun Has Failed, aux riffs particulièrement renversants. Opus Nocturne figure sans conteste parmi les classiques du black suédois, ayant contribué à l’essor de cette scène, en réponse à la suprématie norvégienne du moment. Fabien.

> - Les guests -, Marduk — fabien @ 2:09

21 décembre 2008

Marduk : Those of the Unlight

La signature chez Osmose Productions va donner à Marduk une autre dimension, en rejoignant désormais une écurie phare de ce début des 90’s aux côtés de Impaled Nazarene et Immortal, les suédois vont avoir l’opportunité d’exporter leur musique hors le leur pays. Musicalement aussi le groupe de Morgan Hakansson a fait évoluer son registre, les grosses influences Death du premier album ont quasiment disparu, Those of the Unlight (1993) montre un Marduk trouvant clairement son identité, posant dès lors les bases du Black Metal à la suédoise.

Les rythmiques lourdes à la Grave / Edge of Sanity laissent la place dès Darkness Breeds Immortality à des riffs frénétiques et des guitares accordées beaucoup plus aiguës. Bien qu’enregistré comme le précédent au Hellspawn Studio, le son est bien différent et heureusement : imaginez la production de Pure Holocaust sur Into The Grave…

Joakim Av Gravf le batteur, a cette fois-ci pris également le micro et son chant est nettement plus criard que celui d’Andreas Axelsson, collant parfaitement à la nouvelle orientation de Marduk. Those of the Unlight constitue donc en quelque sorte la genèse du Black Metal à la suédoise : riffs agressifs, breaks abruptes, musique dans l’ensemble plus brutale que du côté de la Norvège et un son plus clair et tranchant qui rebute tant certains inconditionnels du côté crade et sombre de Darkthrone.

Si l’album n’est pas parfait, certains plans sonnant parfois un poil redondant notamment, il contient tout de même quelques morceaux de bravoure qui convaincront les plus sceptiques : Those of the Unlight et son riff final apocalyptique, le vindicatif A Sculpture of the Night ou encore On Darkened Wings, l’un des premiers classiques que Marduk reprendra régulièrement sur scène. Quelques chansons au tempo plus posé viennent varier l’atmosphère du disque, tel le final Stones Sands It’s Silent Vigil ou un Burn My Coffin à tiroirs débutant furieusement pour ensuite donner dans des ambiances plus plombées où la basse pulse au-dessus de l’ensemble : le meilleur titre du disque à mon sens, annonçant d’ores et déjà les atmosphères sombres et épiques de leur disque suivant.

Les hommes de Morgan Hakansson ont trouvé leur voie avec Those of the Unlight, ils confirmeront magistralement l’année suivante avec le monumental Opus Nocturne.

BG.

Those of the Unlight compte parmi les albums de Marduk pour lesquels j’ai le plus d’attachement aujourd’hui, bien qu’il n’ait intrinsèquement pas la précision ni la force d’un Opus Nocturne ou d’un Heaven Shall Burn. Ses titres brutaux et rageurs renferment beaucoup de sensibilité, caractéristique que l’on ne retrouve pas forcément dans la suite de carrière de Marduk. J’adore l’atmosphère générale dégagée et je m’aperçois aussi combien le disque traverse impeccablement l’épreuve du temps, notamment en concert où le quatuor se réserve toujours un titre ou deux, comme le superbe Wolves qui à chaque fois où j’étais présent a pris une dimension formidable en live. Fabien.

> - Les guests -, Marduk — fabien @ 11:59

20 décembre 2008