Altars of Fab' Death

Meathook Seed : Embedded

Meathook Seed : EmbeddedEn 1992, alors que Napalm Death sort un Utopia Banished certes teigneux, mais également prévisible, Mitch Harris accumule de son côté plusieurs idées qu’il n’arrive pas à placer dans un contexte purement death grind. A l’instar de Mick Harris parti pour Scorn, sans toutefois quitter Napalm pour sa part, il décide de créer son projet parallèle Meathook Seed, afin d’intégrer ses nombreuses expérimentations. Lors d’une tournée aux côtés d’Obituary, il convainc alors Donald Tardy et Trevor Peres de rejoindre l’équipe, respectivement en tant que batteur et chanteur. Emballé par le projet, Dig Pearson (boss d’Earache Records) signe un contrat discographique avec Mitch, se concluant par la sortie d’Embedded au printemps 1993, dans un boîtier CD cristal encore inédit à l’époque, muni d’une pochette visible sous papier calque.

Le concept novateur, associé à la marque Earache et aux noms prestigieux de membres de Napalm & Obituary, séduit ainsi une partie du public extrême, lassé des réalisations death stéréotypées du moment, et curieux d’analyser cette étrange météorite. Croisement entre la lourdeur death et l’incision thrash, Embedded contient une base assez traditionnelle, mais bénéficie parallèlement de nombreux samples et programmations, qui apportent des sonorités futuristes et industrielles, lui conférant ainsi son ambiance unique.

Embedded débute par Family Sector, sur une intro techno aux basses programmées et boites à rythmes, avant d’enchaîner sur la batterie percutante de Donald et les riffs serrés de Mitch, au jeu torturé et immédiatement reconnaissable. Vient alors la voix surprenante de Trevor, ni vraiment gutturale ou écorchée, mais tantôt hardcore, corrosive, synthétique ou étouffée, en fonction de l’atmosphère du morceau.

En effet, chaque titre d’Embedded possède sa propre ambiance, depuis l’énergique Day Of Conceiving et ses voix déchaînées, jusqu’à l’entraînant My Infinity et ses riffs catchy, en passant par l’imposant Wilted Remnant et ses claviers martiaux. L’ensemble demeure pourtant d’une cohérence remarquable, grâce aux riffs ingénieux de Mitch, tissant brillamment le fil conducteur. La onzième et dernière piste, Sea of Tranquility, change par contre du tout au tout, se résumant en 14 minutes de dark ambient, dominées par les samples, les claviers et les programmations intersidérales de Mitch, accompagné de Shane Embury (N.Death). Bref, 14 minutes interminables pour les mordus de batterie acoustique et de guitares tranchantes, présentant toutefois l’avantage d’être situées en fin d’album.

Sans figurer au rang des oeuvres incontournables de l’année 1993, Embedded se hisse en revanche parmi les albums les plus surprenants de la scène extrême de l’époque, aux côtés du mémorable The Cube de Supuration. A la croisée du death massif d’Obituary, du grind nerveux de Napalm Death, et de l’instrustriel avant-gardiste de Godflesh, l’effort de Meathook Seed se recommande ainsi à tous les fans de la marque Napalmienne, l’extrême brutalité en moins et le côté expérimental en plus. Parallèlement, ses touches industrielles témoignent de l’intérêt croissant de Mitch & Shane pour ce type de sonorités, laissant déjà entrevoir l’orientation du futur Fear Emptiness Despair de Napalm Death, qui rompt pour quelques temps avec son death grind sans concession.

Fabien.

> - Les chroniques -, Meathook Seed — admin @ 2:00

29 janvier 2008