Altars of Fab' Death

Morbid Angel : Illud Divinum Insanus

Morbid Angel : Illud Divinum Insanus

Gardien du temple deathmetal aux côtés d’Immolation, Morbid Angel a jusqu’ici été une valeur sûre du genre et l’un de ses principaux géniteurs. Le retour du frontman David Vincent et les nombreux concerts qui ont suivi ont créé ces dernières années une nouvelle émulation malgré une attente interminable, puisque huit années séparent le nouveau Illud Divinum Insanus (et sa belle faute de latin) de son bon prédécesseur Heretic. Ne pouvant plus retarder la sortie de l’album, la bande de Trey Azagthoth se résout d’ailleurs à se passer en studio des services de son impitoyable batteur opéré du dos, le remplaçant par le redoutable Tim Yeung, l’un des frappeurs les plus rapides du circuit actuel. Le poste de second guitariste est quant à lui confié aux mains expertes de Destructhor, connu pour ses participations au sein des terribles Zyklon et Myrkskog.

Composé collectivement, Illud Divinum Insanus marque un tournant dans la carrière du groupe, qui désire sensiblement s’écarter de son deathmetal originel en incluant de nombreuses pistes industrielles pour le moins surprenantes. Après un instrumental proche d’un Laibach, le morceau Too Extreme! électro et répétitif, aux airs de Ministry, ouvre ainsi l’album de façon déconcertante et au lieu de créer la surprise dans le bon sens du terme, devient rapidement éprouvant avec ses rythmes programmés et vieillots. On retrouve alors un Morbid Angel plus conventionnel sur Existo Vulgore et le bon Blades for Baal, deux morceaux aux rythmiques précises et riffs acérés, agrémentés des soli torturés du maître. Sans transcender, Nevermore et Beauty Meets Beast, voire 10 More Dead, sont également des morceaux de bonne facture, nous laissant croire que rien n’est encore perdu.

Mais si la pilule de l’autoportrait I Am Morbid marqué par une foule scandant platoniquement un “Morbid” passe déjà difficilement, Illud Divinum Insanus retrouve un metal industriel proche de Rammstein sur l’invraisemblable Destructos VS the Earth, dominé par des rythmes lobotomisant et des refrains aux voix robotiques tout aussi effrayantes. Autobiographie vantarde et impensable, Radikult à l’ombre Manson est quant à lui irrationnel, sans compter ses beats dance à en pleurer, tandis que le dernier morceau Mea Culpa aux paroles tout aussi éloquentes nous achève sur des rythmes techno-hardcore et trouvera peut-être sa place en rave party.

Si certains groupes ont réussi à proposer une tout autre vision de leur style à l’image de Mayhem ayant su se réinventer sur l’ambitieux A Grand Declaration of War, Morbid Angel au parfum des Genitorturers intègre quant à lui maladroitement des titres indus ou électro, moyens et éprouvants à la base, tout en perdant son aura par un sabordage conscient des concepts ésotériques et mystiques si bien construits et véhiculés jusqu’à lors, à l’image du “Killer Cult” lâché au début de Radikult et bien d’autres allusions sans équivoque. Le deathster peut quand même se contenter d’une moitié plus traditionnelle globalement proche de la période Domination, sans toutefois retrouver pleinement ni le génie ni la conviction si palpables sur les œuvres précédentes de l’ancien maître floridien. Juxtaposant l’assez bon et l’exécrable, coincé entre deux chaises, le melting-pot bancal Illud Divinum Insanus reste ainsi dans son ensemble une parodie musicale et conceptuelle de mauvais goût de la part d’un dieu devenu fou (divinus insanus), pourtant mètre-étalon dans le deathmetal depuis tant d’années. Steve Tucker peut visiblement se réjouir d’avoir rejoint pour l’heure les rangs du redoutable Nader Sadek tandis que Pete Sandoval doit être en partie soulagé d’avoir échappé à cette galère. Pas de note cette fois-ci, juste une impression défavorable et un sentiment d’incompréhension.

Fabien.

> - Les chroniques -, Morbid Angel — admin @ 2:16

6 juin 2011