Altars of Fab’ Death

Morbid Angel : Domination

DominationEnregistré fin 1994 aux Morrisound Studios et sorti en mai de l’année suivante, Domination est le quatrième full lenght de Morbid Angel (sans compter Abominations), désormais distribué par une major sur le territoire états-unien. Il constitue une étape importante dans la carrière des floridiens, représentant non seulement le premier album sans titre repris d’Abominations of Desolation, mais intégrant aussi Erik Rutan en tant que guitariste et compositeur, aux côtés de Trey Azagthoth, habitué à faire souvent cavalier seul dans l’art de l’écriture musicale.

Grâce à l’apport d’Erik, ayant composé pas moins de cinq morceaux d’une étonnante qualité, Domination possède beaucoup de relief, alternant brillamment les titres accrocheurs aux accents Covenant, à l’image des redoutables Eyes To See & Dawn Of The Angry, à d’autres beaucoup plus lourds & écrasants, comme les intenses Caesar’s Palace & Inquisition, pointant en direction du culte Blessed are the Sick. Au delà des parties purement métal, Domination contient parallèlement une coloration très sombre grâce aux interludes Melting & Dreaming, et à son final Hatework, transpirant une magie noire indescriptible.

Enfin, sur le jeu phénoménal de Pete Sandoval et les riffs inimitables d’Azagthoth / Rutan, David Vincent éructe avec son charisme habituel des vocaux d’une épaisseur sans égale, renforçant l’immense caractère de l’album. Bill Kennedy livre également une production admirable, dotant Domination d’un son massif et particulièrement profond, tout en respectant l’essence même et l’extrême pureté de ses compositions.

D’une technique et d’une brutalité sombre incomparables, Domination confirme une nouvelle fois la suprématie de Morbid Angel au sein de la scène death métal. Mais paradoxalement, nombre de métalleux lâchent le groupe à cette période, au profit d’une scène black renaissante, ignorant ou survolant dès lors et désespérément, la richesse et les subtilités du grand Domination.

Fabien.

> - Les chroniques -, Morbid Angel — admin @ 3:30 am

January 1, 1995

Morbid Angel : Covenant

CovenantDésemparé par le travail pharaonique de Trey Azagthoth, Richard Brunelle jette l’éponge peu après la sortie de Blessed are the Sick, laissant Morbid Angel sous forme de trio, et son infatigable leader désormais seuls aux guitares. Le groupe floridien s’associe par ailleurs avec le manager Gunter Ford, qui parvient à décrocher une signature nord américaine avec la major Giant Records (une première dans l’histoire du death métal), tout en précisant clairement l’intransigeance de son protégé, bien décidé à conserver son entière liberté de création.

Début 1993, Morbid Angel entre alors au Morrisound Studios, associant cette fois l’ingénieur du son Tom Morris avec Flemming Rasmussen, connu pour l’enregistrement d’And Justice For All de Metallica. Les quelques craintes quant au choix atypique du technicien sont toutefois largement dissipées dès la sortie de Covenant au mois juin, le groupe ayant parfaitement préservé l’essence même de son style.

Dès les titres d’ouverture Rapture et Pain Divine, Covenant impose en effet les blast beats, les contretemps et le double pédalage meurtrier de Pete Sandoval, soutenant les rafales de riffs incisifs de Trey et le guttural profond de David Vincent. Il faut ainsi attendre les joyaux tels que World Of Shit ou The Lion’s Den (le seul titre composé par David) pour que Morbid Angel ralentisse le tempo, conservant toutefois ce côté massif et destructeur dans ses compositions.

A l’exception de l’interlude ambiant Nar Mattaru, Covenant délaisse parallèlement les instrumentaux présents sur Blessed are the Sick, délivrant un death volontairement radical. En outre, l’ombre d’Abominations of Desolation s’éloigne désormais, Morbid Angel ne reprenant cette fois qu’un titre de l’enregistrement culte, l’excellent Angel of Disease, au ton plus léger et aux rythmes plus entrainants, sur lequel David retrouve d’ailleurs son timbre rocailleux de la période Altars of Madness.

Depuis les riffs tranchants de Blood Of My Hands jusqu’aux rythmes écrasants de God Of Emptiness, Covenant se veut résolument plus compact et heavy que ses prédécesseurs, sublimé une fois encore par la technique désarmante de Pete & Trey, et l’incroyable charisme de David. En quarante minutes, Morbid Angel donne ainsi une nouvelle une leçon de pureté death métallique, qui le maintient invariablement au dessus du lot, aux côtés de son homonyme Death, impressionnant également en cette année 1993, avec la finesse & la complexité de son dernier Individual Thought Patterns.

Fabien.

> - Les chroniques -, Morbid Angel — admin @ 4:45 am

January 1, 1993

Morbid Angel : Blessed Are The Sick

De retour aux Morrisound Studios dès janvier 1991, sous la coupe de Tom Morris, Morbid Angel a la lourde tâche d’enregistrer la suite d’Altars of Madness, s’étant immédiatement hissé parmi les références du death métal. Le successeur se nomme Blessed are the Sick, commercialisé en mai par la célèbre écurie Earache, le dotant d’une reproduction somptueuse du peintre Jean Delville (Les trésors de Satan - 1895), rompant judicieusement avec les pochettes stéréotypées de l’époque, tout en conservant l’aura mystérieuse qui entoure le groupe floridien.

Passé l’intro, Blessed are the Sick impressionne avec le riff d’ouverture du mémorable Fall From Grace, puis s’enchaine sur les rythmiques parfaites de Pete Sandoval et les guitares nuancées de Trey Azagthoth & Richard Brunelle. La première partie de l’album, jusqu’à son titre éponyme inclus, montre les nombreux signes d’évolution de Morbid Angel, qui privilégie cette fois la lourdeur et l’épaisseur de son style, notamment dans le chant de David Vincent, désormais plus guttural et plus profond. L’interlude Doomsday Celebration et ses claviers sombres & triomphants, ainsi que l’outro Leading The Rats et sa flûte ensorcelante, confèrent en outre une atmosphère mystique particulièrement réussie, renforçant la profondeur de l’ensemble, sans dégrader une once de sa pureté.

A partir du titre Thy Kingdom Come, Morbid Angel retrouve un côté plus léger et ses rythmiques entrainantes, se rapprochant du death de ses premières années, où David reprend son timbre de voix plus rocailleux. La présence d’Unholy Blasphemies, Abominations & The Ancients Ones, morceaux d’Abominations of Desolation réenregistrés pour l’occasion, contribuent largement à ce changement de ton. Cette seconde partie reste toutefois touchée par la grâce, dégageant des ambiances subtiles, grâce à son interlude et son outro magnifiques, respectivement joués à la guitare sèche et au piano, apportant une dimension dramatique formidable, tout en préservant l’essence même du death métal de la formation.

Malgré plusieurs titres repris de son ancien répertoire, Morbid Angel parvient ainsi à livrer une suite remarquable après l’intemporel Altars of Madness, évoluant brillamment, mais conservant son incroyable personnalité et la pureté de son style. Différent mais complémentaire avec son prédécesseur, Blessed are the Sick se savoure ainsi non seulement grâce au talent et à la technique de ses interprètes, mais aussi grâce à un équilibre parfait entre puissance et côté sombre. Tandis que nombre de formations extrêmes se cherchent encore en cette année 1991, Morbid Angel confirme quant à lui son insolente suprématie.

Fabien.

> - Les chroniques -, Morbid Angel — fabien @ 3:15 am

January 1, 1991

Morbid Angel : Altars Of Madness

Dès la mise en boite d’Abominations of Desolation, produit par David Vincent, le perfectionniste Trey Azagthoth se montre très réticent quant à la qualité de l’enregistrement, le reniant aussitôt. Il se sépare alors de Sterling Scarborough et de Mike Browning, et relate la situation à Vincent. Ce dernier l’invite à le rejoindre en Caroline du sud avec Richard Brunelle, la toute dernière recrue, lui précisant qu’il connaît un batteur en la personne de Wayne Hartsell, apte à remplir le nouveau rôle derrière les fûts, et se proposant parallèlement au poste de bassiste chanteur. La nouvelle mouture de Morbid Angel est née.

Azagthoth et Vincent travaillent alors d’arrache pied pour accroître le formidable potentiel de la formation, mettant en place la redoutable démo Thy Kingdom Come en 1987, tout en digérant l’influence du Scum de Napalm Death, subjugués par les blast-beats effrénés de Mick Harris. Puis en 1988, Morbid Angel retourne en Floride, affrontant le départ de Wayne, qui accélère fortuitement les choses. Vincent se rappelle en effet de la prestation de Pete Sandoval sur les démos de Terrorizer, et contacte ainsi Jesse Pintado, qui lui explique l’inaction actuelle de son groupe. En deux temps trois mouvements, Vincent & Azagthoth convainquent Sandoval de quitter sa Californie pour rejoindre les rangs de Morbid Angel. L’étonnant talent du batteur, couplé à son travail acharné, permet alors au groupe de pousser sa vitesse et sa technique dans ses ultimes retranchements, grâce à des blasts incroyablement maîtrisés.

En 1989, rentrant d’un voyage en Floride, Mick Harris n’a alors aucun mal à persuader Dig Pearson, boss du label Earache, de signer Morbid Angel, qui s’est déjà forgé un nom culte dans l’underground, grâce à l’avant-garde de sa cassette LP et de sa dernière démo. Dig finance la même année l’enregistrement d’Altars of Madness, enregistré aux Morrisound Studios sous la coupe de Tom Morris, et introduit le dessinateur Dan Seagrave, remarqué pour son illustration du split de Lawnmower Deth et Metal Duck, rompant avec les conceptions graphiques de l’époque, avec ses dessins glauques et fouillés, devenant le sceau d’Earache pendant plusieurs années.

Légendaire bien avant la sortie d’Altars of Madness, et grâce au soutien sans faille d’Earache, Morbid Angel répand ainsi son death malsain à la vitesse de l’éclair, subjuguant des hordes de métalleux, définitivement acquis à la cause du death et du grind depuis FETO, Leprosy et Slowly We Rot. Le quatuor floridien pousse toutefois le concept encore plus loin, bénéficiant d’une aura mystique supplémentaire, et imposant le jeu superbement millimétré de Sandoval.

La seule écoute de Chapels Of Ghouls, Lord Of All Fevers & Evil Spell, déjà présents sur Abominations of Desolation, permet effectivement de comprendre l’apport considérable du batteur, qui transcende littéralement la puissance de chaque morceau. Les vociférations gutturales de Vincent sont profondes, soutenues par les riffs lacérants de Brunelle & Azagthoth, et les soli uniques & torturés de ce dernier. Les nouvelles compositions contiennent parallèlement ce tourbillon de haine et d’énergie parfaitement canalisé, désarmant par leur mise en place diabolique et leur incroyable précision, à l’image des invincibles Immortal Rites, Blasphemy ou Maze Of Torment, figurant parmi les pièces les plus intenses jamais enregistrées en death métal.

Divinement mis en valeur par la production agressive et cristalline de Tom Morris, Altars of Madness prend ainsi toute son ampleur, imposant sa perfection technique et son essence purement diabolique. Intense, brutal et hypnotique de sa première à sa dernière note, l’album confirme ainsi la suprématie éclatante du death métal, hissant directement Morbid Angel au rang des dieux du genre, aux côtés de Death et de son intemporel Leprosy.

Fabien.

> - Les chroniques -, Morbid Angel — fabien @ 6:30 am

January 1, 1989

Morbid Angel : Abominations of Desolation

Abominations of DesolationFormé en 1983 autour de Trey Azagthoth, Morbid Angel cherche très tôt à redéfinir les bases de la brutalité, à l’instar de ses confrères de Death, Possessed ou Repulsion, étant ainsi à l’origine du death metal typiquement américain. Après la démo Bleed for the Devil sortie en mai 1986, le groupe se décide alors à enregistrer un album cassette en septembre de cette même année, le fameux Abominations of Desolation, avec le batteur / hurleur M.Browning (futur Nocturnus), le bassiste S.VonScarborough, et bien sûr le guitariste / compositeur Trey Azagthoth.

Dépassant les limites instaurées par Celtic Frost ou Possessed, Morbid Angel balance une musique incroyablement brutale pour l’époque, appuyée par les vocaux de Browning, entre l’écorchement et le guttural, constituant ainsi l’une des premières productions rangées véritablement sous la bannière 100% death US. La batterie n’assène certes pas les blasts développés plus tard par Pete Sandoval, mais reste relativement tapageuse sur les nombreuses parties rapides de l’album.

Malgré quelques longueurs et des rythmiques manquant encore d’une certaine précision, on sent déjà Morbid Angel bien en place, avec un potentiel énorme, à l’image du cultissime Chapel Of Ghouls, considéré à juste titre comme l’un des morceaux death les plus terribles jamais enregistrés. De plus, parallèlement aux redoutables Morbid Tales ou Seven Churches, Abominations comporte une atmosphère malsaine, blasphématoire et satanique, qui renforce la brutalité des compositions, apportant un charisme indéniable à la formation, sur laquelle plane désormais une aura très mystérieuse.

De ce fait, même si Abominations of Desolation ne se distribue à l’époque uniquement qu’en tape-trading (K7 échangées), il fait néanmoins très vite parler de lui. Beaucoup de métalleux le clament ainsi rapidement comme le premier véritable album de Morbid Angel, alors que Trey Azagthoth en personne le renie, insistant sur le fait que le groupe n’est pas encore prêt.

Aujourd’hui, à l’exception de Demon Seed, tous les morceaux d’Abominations ont été réenregistrés sur les réalisations suivantes de Morbid Angel (3 sur Altars, 3 sur Blessed, 1 sur Covenant & 1 sur Formulas), rebaptisant au passage les titres Welcome To Hell et Azagthoth par Evil Spell et The Ancients Ones. Ainsi, l’édition CD d’Earache de 1991 peut paraître légitimement dispensable pour beaucoup de métalleux, mais par contre, pour les durs de durs dont je fais partie, Abominations reste incontournable, s’imposant comme un témoignage unique de la genèse des dieux Morbid Angel, et plus largement du mouvement Death Metal tout entier.

Fabien.

> - Les chroniques -, Morbid Angel — admin @ 12:55 am

January 1, 1986