Altars of Fab' Death

Morbid Angel : Illud Divinum Insanus

Morbid Angel : Illud Divinum Insanus

Gardien du temple deathmetal aux côtés d’Immolation, Morbid Angel a jusqu’ici été une valeur sûre du genre et l’un de ses principaux géniteurs. Le retour du frontman David Vincent et les nombreux concerts qui ont suivi ont créé ces dernières années une nouvelle émulation malgré une attente interminable, puisque huit années séparent le nouveau Illud Divinum Insanus (et sa belle faute de latin) de son bon prédécesseur Heretic. Ne pouvant plus retarder la sortie de l’album, la bande de Trey Azagthoth se résout d’ailleurs à se passer en studio des services de son impitoyable batteur opéré du dos, le remplaçant par le redoutable Tim Yeung, l’un des frappeurs les plus rapides du circuit actuel. Le poste de second guitariste est quant à lui confié aux mains expertes de Destructhor, connu pour ses participations au sein des terribles Zyklon et Myrkskog.

Composé collectivement, Illud Divinum Insanus marque un tournant dans la carrière du groupe, qui désire sensiblement s’écarter de son deathmetal originel en incluant de nombreuses pistes industrielles pour le moins surprenantes. Après un instrumental proche d’un Laibach, le morceau Too Extreme! électro et répétitif, aux airs de Ministry, ouvre ainsi l’album de façon déconcertante et au lieu de créer la surprise dans le bon sens du terme, devient rapidement éprouvant avec ses rythmes programmés et vieillots. On retrouve alors un Morbid Angel plus conventionnel sur Existo Vulgore et le bon Blades for Baal, deux morceaux aux rythmiques précises et riffs acérés, agrémentés des soli torturés du maître. Sans transcender, Nevermore et Beauty Meets Beast, voire 10 More Dead, sont également des morceaux de bonne facture, nous laissant croire que rien n’est encore perdu.

Mais si la pilule de l’autoportrait I Am Morbid marqué par une foule scandant platoniquement un “Morbid” passe déjà difficilement, Illud Divinum Insanus retrouve un metal industriel proche de Rammstein sur l’invraisemblable Destructos VS the Earth, dominé par des rythmes lobotomisant et des refrains aux voix robotiques tout aussi effrayantes. Autobiographie vantarde et impensable, Radikult à l’ombre Manson est quant à lui irrationnel, sans compter ses beats dance à en pleurer, tandis que le dernier morceau Mea Culpa aux paroles tout aussi éloquentes nous achève sur des rythmes techno-hardcore et trouvera peut-être sa place en rave party.

Si certains groupes ont réussi à proposer une tout autre vision de leur style à l’image de Mayhem ayant su se réinventer sur l’ambitieux A Grand Declaration of War, Morbid Angel au parfum des Genitorturers intègre quant à lui maladroitement des titres indus ou électro, moyens et éprouvants à la base, tout en perdant son aura par un sabordage conscient des concepts ésotériques et mystiques si bien construits et véhiculés jusqu’à lors, à l’image du “Killer Cult” lâché au début de Radikult et bien d’autres allusions sans équivoque. Le deathster peut quand même se contenter d’une moitié plus traditionnelle globalement proche de la période Domination, sans toutefois retrouver pleinement ni le génie ni la conviction si palpables sur les œuvres précédentes de l’ancien maître floridien. Juxtaposant l’assez bon et l’exécrable, coincé entre deux chaises, le melting-pot bancal Illud Divinum Insanus reste ainsi dans son ensemble une parodie musicale et conceptuelle de mauvais goût de la part d’un dieu devenu fou (divinus insanus), pourtant mètre-étalon dans le deathmetal depuis tant d’années. Steve Tucker peut visiblement se réjouir d’avoir rejoint pour l’heure les rangs du redoutable Nader Sadek tandis que Pete Sandoval doit être en partie soulagé d’avoir échappé à cette galère. Pas de note cette fois-ci, juste une impression défavorable et un sentiment d’incompréhension.

Fabien.

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6 juin 2011

Morbid Angel : Abominations of Desolation

Morbid Angel : Abominations of DesolationFormé en 1983 autour de Trey Azagthoth, Morbid Angel cherche très tôt à redéfinir les bases de la noirceur et de la brutalité, à l’instar de ses confrères de Death, Possessed ou Repulsion, étant ainsi à l’origine du deathmetal typiquement américain. Après la démo Bleed for the Devil sortie en mai 1986, le groupe se décide à enregistrer un album cassette en septembre de cette même année, le fameux Abominations of Desolation, produit par le jeune David Vincent, n’ayant à ce moment pas encore intégré la formation. Le line-up se constitue en effet à l’époque du batteur & hurleur Mike Browning (futur Nocturnus) et du guitariste & compositeur Trey Azagthoth, sans oublier la présence de Richard Brunelle et John Ortega que l’histoire semble pourtant occulter.

Dépassant les limites instaurées par Celtic Frost ou Possessed, Morbid Angel lâche une musique incroyablement brutale pour l’époque, appuyée par les vocaux de Browning, entre timbre écorché et guttural, constituant ainsi l’une des premières productions rangées véritablement sous la bannière 100% death US. Mike Browning n’assène certes pas les rafales de blast-beats développées plus tard par son impitoyable successeur Pete Sandoval, bien que ses rythmes restent relativement tapageurs sur les nombreuses parties rapides de l’album.

Malgré quelques longueurs et des rythmiques manquant encore d’une certaine précision, Morbid Angel est déjà en place, possédant ce potentiel énorme, à l’image du cultissime Chapel Of Ghouls, considéré à juste titre comme l’un des morceaux deathmetal les plus terribles jamais enregistrés. De plus, à l’instar des redoutables Morbid Tales ou Seven Churches, Abominations of Desolation comporte une atmosphère malsaine, blasphématoire et satanique, qui renforce la brutalité des compositions, apportant un charisme indéniable à la formation, sur laquelle plane désormais une aura mystique.

De fait, même si Abominations of Desolation se distribue à l’époque uniquement en tape-trading (K7 échangées), tout comme le Slaughter of the Innocents (Horrified) de Repulsion en cette année 1986, l’album fait néanmoins très vite parler de lui. De nombreux deathsters le considèrent commme le premier véritable full lenght de Morbid Angel, bien que son géniteur Trey Azagthoth le renie en tant qu’album, insistant sur le fait que son groupe n’était pas encore prêt.

Depuis, à l’exception de Demon Seed, Morbid Angel a réenregistré tous les morceaux d’Abominations of Desolation sur ses réalisations suivantes (3 sur Altars, 3 sur Blessed, 1 sur Covenant & 1 sur Formulas), rebaptisant au passage les titres Welcome To Hell et Azagthoth par Evil Spell et The Ancients Ones. Ainsi, si l’édition CD d’Earache de 1991 peut paraître dispensable pour nombre de deathsters, elle reste toutefois le témoignage unique de la genèse du dieu Morbid Angel, et plus largement du mouvement deathmetal tout entier. Oeuvre culte, et profondément occulte, à défaut d’être parfaite.

Fabien.

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28 avril 2010

Morbid Angel : Heretic

Morbid Angel : HereticFort d’un Gateways to Annihilation particulièrement écrasant, rappelant l’aura de l’incontournable Blessed Are the Sick, Morbid Angel entame une longue tournée, mais affronte le départ de son chanteur bassiste Steve Tucker en 2001, visiblement lassé, appelant alors Jared Anderson (Internecine) à la rescousse pour clore les dernières dates. L’année suivante, la bande emmenée par l’inusable Trey Azagthoth recrute le guitariste live Tony Normann (Monstrosity), en remplacement d’Erik Rutan, désormais à temps plein entre son groupe Hate Eternal et son rôle d’ingénieur du son aux Mana Studios.

C’est donc en cavalier seul que Trey compose la musique son nouvel album, à l’image de son effort en solo sur Formulas Fatal to the Flesh. Steve revient toutefois au sein de la formation avec une motivation intacte, signant l’intégralité des paroles et participant aux sessions d’enregistrement, clôturant définitivement cette période d’incertitude. Enregistré aux Dow Studios, la septième offrande de Morbid Angel sort une nouvelle fois sous la bannière d’Earache Records, sous le titre Heretic, prônant la quête personnelle d’une propre identité, sous l’oeil bienveillant des grands anciens. Bien que le concept paraisse tortueux, il n’en demeure pas moins positif, s’opposant aux propos souvent stéréotypés des formations deathmetal actuelles et passées.

Musicalement, Heretic est un album abouti, se hissant comme l’effort le plus technique de Morbid Angel à ce jour. Débutant sur un Cleansed in Pestilence percutant, l’album enchaine très vite sur de nombreuses parties polyrythmiques, avec les guitares de Trey jouant sur plusieurs tableaux, supportées par l’assise sans faille de Pete Sandoval, qui maîtrise ses fûts et son double pédalage avec une habileté toujours aussi déconcertante. A l’image de Beneath the Hollow ou Curse the Flesh, l’enchevêtrement rythmique d’Heretic lui donne un côté très compact, mais l’empêche en revanche de délivrer sa pleine puissance, manquant parfois d’efficacité faute à ses très nombreuses constructions à tiroir.

L’entrainant Stricken Arise, au parfum Angel of Disease délectable, ou encore l’excellent Own Divinity et son refrain impitoyable, permettent néanmoins de relancer judicieusement la machine, et d’apporter l’équilibre nécessaire. A l’instar de Formulas Fatal to the Flesh, Morbid Angel ne peut toutefois s’empêcher de trop en faire, multipliant les interludes longs & ennuyeux, sans ajouter d’atmosphère particulière dans ces moments là.

Pouvant être résumé à huit titres solides d’une durée de 36 minutes, bénéficiant bien sûr du guttural profond de Steve et des soli uniques & aériens de Trey, Heretic est un album d’une technique et d’une personnalité renversantes, mais s’étale en revanche inutilement, perdant ainsi une part de son intensité lors de ses nombreux égarements instrumentaux. La production de Juan Gonzales prive parallèlement l’album d’une certaine force, alors que les incroyables Mana Studios d’Erik Rutan tendent pourtant les bras au trio floridien. Bénéficiant toutefois d’une identité toujours aussi forte et d’une technique incomparable, Morbid Angel conserve aisément sa place parmi l’élite du deathmetal nord américain en cette année 2003, mais doit désormais partager son trône aux côtés de Nile, Immolation & Hate Eternal, chaque jour plus puissants, bombardant respectivement à coups de Darkened Shrines, King of all Kings & Unholy Cult particulièrement meurtriers.

Fabien.

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25 novembre 2008

Morbid Angel : Gateways to Annihilation

Arrivé pour l’enregistrement de Formulas Fatal To The Flesh sur le tard, le «newbee» Steve Tucker s’était contenté de jouer des titres intégralement composés par Trey Azagthoth, il en va différemment sur Gateways To Annihilation, où le bassiste / chanteur a activement participé à l’élaboration du disque, ayant même composé la quasi-intégralité des paroles. Les floridiens enregistrent également le retour d’Eric Rutan ayant entre-temps fondé le terrible combo Hate Eternal.

Si Formulas Fatal To The Flesh était totalement le bébé d’Azagthoth, Gateways To Annihilation ressemble davantage à un travail d’équipe bien organisé, normal après deux ans et 300 concerts pour la tournée de Formulas… Après la courte intro Kawasu et dès que retentissent les premières notes de Summoning Redemption, la production énorme de Jim Morris impressionne. Accordées plus bas que terre, les guitares de Rutan et Azagthoth délivrent des notes écrasantes et destructrices sur un titre mid-tempo surpuissant. Un exercice un peu déroutant pour les fans de Morbid Angel sur le coup, les américains nous ayant plutôt habitué à commencer leurs disques par des titres plutôt rapides (Rapture, Dominate,…), cependant la méthode est payante : tout l’album n’est qu’une majestueuse montée en puissance, un crescendo jusqu’au dévastateur God Of The Forsaken final.

Une chose est flagrante par rapport à Formulas, les parties vocales sont beaucoup plus travaillées et moins en retrait dans le mix, c’est d’ailleurs un véritable régal de suivre les paroles de Ageless, Still I Am dans le livret, on notera aussi un duo Tucker / Azagthoth sur le redoutable Secured Limitations un peu dans une veine Deicide, dans un titre ou Trey Azagthoth nous pond à la fin un de ses soli inimitable de plus de deux minutes.

Moins rapide et furieux que Formulas Fatal To The Flesh, Gateways To Annihilation développe pourtant une énergie hors du commun et est surtout plus homogène et compact, ainsi He Who Sleeps symbolise à lui seul le talent de Morbid Angel : réussir à dégager une puissance énorme et une atmosphère noire d’un titre simple et plutôt lent, un peu dans la veine de God Of Emptiness, et quelle voix imposante que celle de Tucker !

Bien sûr Gateways comporte aussi son lot de titre bien cartons, To The Victory, The Spoils permet au talentueux batteur du combo de faire entendre sa force de frappe et sa dextérité, et que dire de Opening of the Gates ? Monumental hymne Death Metal où les riffs over-graves font mouche, Pete Sandoval atteint ici une vitesse de double pédale absolument hallucinante : on se tait et on applaudit, c’est tout. Eric Rutan n’a composé qu’un seul titre : le dernier, et on peut dire qu’il lorgne franchement du côté de son nouveau groupe (Hate Eternal) au niveau de la rapidité, intense jusqu’au bout ce Gateways To Annihilation (contrairement à Formulas et ses instrus dispensables). Pour la petite histoire personnelle, des 3 fois ou j’ai eu la chance de voir le combo en live, c’est en 2001 pour la promotion de cet album (printemps de Bourges avec Zyklon) qu’ils m’ont fait la plus grosse impression.

Comme pour en rajouter une couche à la magnificence de ce disque, Dan Seagrave a pondu de derrière les fagots une pochette monumentale et fourmillante de détails qui prennent tout leurs sens lorsqu’elle est dépliée.

En ce tout début de millénaire et avec l’émergence de nouvelles terreurs telles Nile et Hate Eternal, Morbid Angel se met au niveau et s’impose une fois de plus en leader de la scène Death Metal. Pour le moment les « King Of All Kings » ce sont encore Trey Azagthoth et ses acolytes…

BG (www.spirit-of-metal.com).

Gateways se hisse effectivement parmi les efforts les plus écrasants du groupe floridien. L’ensemble est terriblement puissant et particulièrement homogène, contenant quelques missiles comme Victor the Spoils (avec la double de Sandoval déboulonnante) & Opening of the Gates (avec les riffs incisifs d’Azagthoth) parmi les titres les plus meurtriers de la formation. Le timbre guttural de Steve Tucker gagne parallèlement en profondeur. Du coup, Morbid Angel confirme sa suprématie, mais aussi l’étonnante santé du death metal en cette année 2000, alors que beaucoup de détracteurs avaient déjà condamné le style quelques années auparavant. Fabien.

> - Les guests -, Morbid Angel — fabien @ 0:10

24 novembre 2008

Morbid Angel : Formulas Fatal to the Flesh

Le départ de David Vincent après le live Entangled In Chaos fut un véritable drame pour les fans de Morbid Angel (dont je suis évidemment), beaucoup doutaient même que le combo puisse se relever. Pour remplacer celui qui les a vus, parti s’occuper de sa femme chez les Genitorturers, Trey Azagthoth a jeté son dévolu sur Steve Tucker, qui évoluait jusque là dans Ceremony avec Pat O’Brien (futur Cannibal Corpse), une bien lourde tache mais parfaitement assumée par le garçon, même si son chant est moins caractéristique que celui de Vincent.

Morbid Angel se retrouve donc sous la forme d’un trio pour enregistrer ce cinquième album au célèbre Mossisound Studio. Débarrassé de l’encombrante présence de David Vincent et de ses dérapages idéologiques, Trey Azagthoth compose l’intégralité de l’album et laisse libre cours à sa pensée mystique, traitant sur Formulas Fatal To The Flesh de mythologie sumérienne et d’opposition entre valeurs charnelles et spirituelles, allant jusqu’à écrire des paroles en sumérien.

Paradoxalement FFTTF est très rentre dedans, dès le premier titre Heaving Earth, Pete Sandoval sort l’artillerie lourde et dézingue à tout va, on est plus proche de Covenant que de Domination. Le chant de Steve Tucker est irréprochable, mais hélas un peu trop commun par rapport à la voix caractéristique du sieur Vincent.

Une fois le deuil fait en ce qui concerne le légendaire bassiste / chanteur, on peut se régaler des titres percutants et dévastateurs qui parsèment ce disque tel Prayer Of Hatred, accrocheur à souhait avec un Pete en mode double pédale infini, et une partie centrale aux ambiances mystiques avec l’un de ses fameux solo inimitable, Umulamahri et ses accélérations à coller au siège, Hellspawn, son fameux crescendo du début débouchant sur une apocalypse sonore d’un Death Metal très agressif ou encore le terrible Covenant Of Death, rapide, inspiré et montrant l’inépuisable réserve de riffs qui tuent de Trey, un titre ayant presque des accents Altars Of Madness.

Seulement Morbid Angel n’est pas un simple groupe de death et tous les albums de Morbid Angel ont un petit truc en plus, ici le côté ésotérique est mis en avant sur certains titres, pour illustrer ce propos les riffs lourds et dissonants de Nothing Is Not (un peu dans la veine de Where The Slime Live) apporte une touche spéciale à ce disque. Mais la meilleure preuve de la singularité de Morbid Angel est sans conteste Invocation of The Continual One, long titre aux influences Heavy / Thrash et chanté par Trey Himself, un moment fort de l’album qui nous ramène aux racines musicales du groupe avec ce fameux riff central absolument imparable. On peut en revanche se poser quelques questions sur le fin disque et la présence d’instrumentales tel Hymnos Rituales de Guerra, sorte de danse tribale guerrière avec percussions. On sent bien que Trey a voulu se faire plaisir et ainsi pousser son concept philosophique à fond, toujours est-il qu’une répartition de ces titres ambiant tout au long du CD aurait sans doute été plus judicieuse que de tous les enchaîner à la fin.

Mais, car il y a toujours un mais, le son manque un peu de profondeur et de relief, le côté percutant et dévastateur de Covenant manque cruellement à Formulas Fatal To The Flesh, un album aussi rapide et puissant aurait mérité une production plus précise à mon goût. Ce 15/20 pourra ainsi paraître sévère aux inconditionnels de Morbid Angel mais reflète bien mon ressenti lors de la sortie de l’album et ma relative déception sur le coup de l’absence de David Vincent, et surtout ce disque malgré une qualité manifeste, souffre incontestablement de la comparaison avec son formidable successeur Gateways To Annihilation.

BG (www.spirit-of-metal.com).

A mon sens, Formulas reste l’un des albums les plus décisifs de Morbid Angel. Le groupe a traversé, comme tous ses homonymes, les années noires du death metal, baissant en popularité à partir Covenant. Aussi, après une année 1997 très fade, ne comptant que quelques bons Loathing, Black to the Blind ou High on Blood, personne ne donnait cher, ni de l’avenir du style, ni de Morbid Angel, qui perdait coup sur coup Rutan & Vincent. C’était sans compter sur le génie de Trey Azagthoth, qui lâcha à mon humble avis un album d’une technique et d’une rage incroyables, et quelques titres parmi les meilleurs de Morbid Angel, à l’image des impitoyables Heaving Earth & Prayer of Hatred. Fabien.

> - Les guests -, Morbid Angel — fabien @ 0:11

23 novembre 2008

Morbid Angel : Covenant

Morbid Angel : CovenantDésemparé par le travail pharaonique de Trey Azagthoth, Richard Brunelle jette l’éponge peu après la sortie de Blessed Are the Sick, laissant MORBID ANGEL sous forme de trio, et son infatigable leader désormais seuls aux guitares. Le groupe floridien s’associe par ailleurs avec le manager Gunter Ford, qui parvient à décrocher une signature nord américaine avec la major Giant Records (une première dans l’histoire du death métal), tout en précisant clairement l’intransigeance de son protégé, bien décidé à conserver son entière liberté de création.

Début 1993, MORBID ANGEL entre alors au Morrisound Studios, associant cette fois l’ingénieur du son Tom Morris avec Flemming Rasmussen, connu pour l’enregistrement d’And Justice For All de Metallica. Les quelques craintes quant au choix atypique du technicien sont toutefois largement dissipées dès la sortie de Covenant au mois juin, le groupe ayant parfaitement préservé l’essence même de son style.

Dès les titres d’ouverture Rapture et Pain Divine, Covenant impose en effet les blast beats, les contretemps et le double pédalage meurtrier de Pete Sandoval, soutenant les rafales de riffs incisifs de Trey et le guttural profond de David Vincent. Il faut ainsi attendre les joyaux tels que World Of Shit ou The Lion’s Den (le seul titre composé par David) pour que MORBID ANGEL ralentisse le tempo, conservant toutefois ce côté massif et destructeur dans ses compositions.

A l’exception de l’interlude ambiant Nar Mattaru, Covenant délaisse parallèlement les instrumentaux présents sur Blessed Are the Sick, délivrant un death volontairement radical. En outre, l’ombre d’Abominations of Desolation s’éloigne désormais, MORBID ANGEL ne reprenant cette fois qu’un titre de l’enregistrement culte, l’excellent Angel of Disease, au ton plus léger et aux rythmes plus entrainants, sur lequel David retrouve d’ailleurs son timbre rocailleux de la période Altars of Madness.

Depuis les riffs tranchants de Blood Of My Hands jusqu’aux rythmes écrasants de God Of Emptiness, Covenant se veut résolument plus compact et heavy que ses prédécesseurs, sublimé une fois encore par la technique désarmante de Pete & Trey, et l’incroyable charisme de David. En quarante minutes, MORBID ANGEL donne ainsi une nouvelle une leçon de pureté death métallique, qui le maintient invariablement au dessus du lot, aux côtés de son homonyme Death, impressionnant également en cette année 1993, avec la finesse & la complexité de son dernier Individual Thought Patterns.

Fabien.

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27 avril 2008

Morbid Angel : Blessed Are the Sick

Morbid Angel : Blessed Are the SickDe retour aux Morrisound Studios dès janvier 1991, sous la coupe de Tom Morris, Morbid Angel a la lourde tâche d’enregistrer la suite d’Altars of Madness, s’étant immédiatement hissé parmi les références du deathmetal. Le successeur se nomme Blessed Are the Sick, commercialisé en mai par la célèbre écurie Earache, le dotant d’une reproduction somptueuse du peintre Jean Delville (Les trésors de Satan – 1895), rompant judicieusement avec les pochettes stéréotypées de l’époque, tout en conservant l’aura mystérieuse qui entoure le groupe floridien.

Passé l’intro, Blessed Are the Sick impressionne avec le riff d’ouverture du mémorable Fall From Grace, puis s’enchaine sur les rythmiques parfaites de Pete Sandoval et les guitares nuancées de Trey Azagthoth & Richard Brunelle. La première partie de l’album, jusqu’à son titre éponyme inclus, montre les nombreux signes d’évolution de Morbid Angel, qui privilégie cette fois la lourdeur et l’épaisseur de son style, notamment dans le chant de David Vincent, désormais plus guttural et plus profond. L’interlude Doomsday Celebration et ses claviers sombres & triomphants, ainsi que l’outro Leading the Rats et sa flûte ensorcelante, confèrent en outre une atmosphère mystique particulièrement réussie, renforçant la profondeur de l’ensemble, sans dégrader une once de sa pureté.

A partir du titre Thy Kingdom Come tiré de son ancienne démo, Morbid Angel retrouve un côté plus léger et ses rythmiques entrainantes, se rapprochant du deathmetal de ses premières années, où David reprend son timbre de voix plus rocailleux. La présence d’Unholy Blasphemies, Abominations & The Ancients Ones, morceaux d’Abominations of Desolation réenregistrés pour l’occasion, contribue largement à ce changement de ton. Cette seconde partie reste toutefois touchée par la grâce, dégageant des ambiances subtiles, grâce à son interlude et son outro magnifiques respectivement joués à la guitare sèche et au piano, apportant une dimension dramatique formidable tout en préservant l’essence même du deathmetal de la formation.

Malgré plusieurs titres repris de son ancien répertoire, Morbid Angel parvient ainsi à livrer une suite remarquable après l’intemporel Altars of Madness, évoluant brillamment mais conservant son incroyable personnalité et la pureté de son style. Différent mais complémentaire de son prédécesseur, Blessed Are the Sick se savoure ainsi non seulement grâce au talent et à la technique de ses interprètes, mais aussi grâce à un équilibre parfait entre puissance et côté sombre. Tandis que nombre de formations extrêmes se cherchent encore en cette année 1991, Morbid Angel confirme quant à lui son insolente suprématie.

Fabien.

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17 avril 2008

Morbid Angel : Altars of Madness

Morbid Angel : Altars of MadnessDès la mise en boite d’Abominations of Desolation, produit par David Vincent, le perfectionniste Trey Azagthoth se montre très réticent quant à la qualité de l’enregistrement, le reniant aussitôt. Il se sépare alors de Sterling Scarborough et de Mike Browning, et relate la situation à Vincent. Ce dernier l’invite à le rejoindre en Caroline du sud avec Richard Brunelle, la toute dernière recrue, lui précisant qu’il connaît un batteur en la personne de Wayne Hartsell, apte à remplir le nouveau rôle derrière les fûts, et se proposant parallèlement au poste de bassiste chanteur. La nouvelle mouture de Morbid Angel est née.

Azagthoth et Vincent travaillent alors d’arrache pied pour accroître le formidable potentiel de la formation, mettant en place la redoutable démo Thy Kingdom Come en 1987, tout en digérant l’influence du Scum de Napalm Death, subjugués par les blast-beats effrénés de Mick Harris. Puis en 1988, Morbid Angel retourne en Floride, affrontant le départ de Wayne, qui accélère fortuitement les choses. Vincent se rappelle en effet de la prestation de Pete Sandoval sur les démos de Terrorizer, et contacte ainsi Jesse Pintado, qui lui explique l’inaction actuelle de son groupe. En deux temps trois mouvements, Vincent & Azagthoth convainquent Sandoval de quitter sa Californie pour rejoindre les rangs de Morbid Angel. L’étonnant talent du batteur, couplé à son travail acharné, permet alors au groupe de pousser sa vitesse et sa technique dans ses ultimes retranchements, grâce à des blasts incroyablement maîtrisés.

En 1989, rentrant d’un voyage en Floride, Mick Harris n’a alors aucun mal à persuader Dig Pearson, boss du label Earache, de signer Morbid Angel, qui s’est déjà forgé un nom culte dans l’underground, grâce à l’avant-garde de sa cassette LP et de sa dernière démo. Dig finance la même année l’enregistrement d’Altars of Madness, enregistré aux Morrisound Studios sous la coupe de Tom Morris, et introduit le dessinateur Dan Seagrave, remarqué pour son illustration du split de Lawnmower Deth et Metal Duck, rompant avec les conceptions graphiques de l’époque, avec ses dessins glauques et fouillés, devenant le sceau d’Earache pendant plusieurs années.

Légendaire bien avant la sortie d’Altars of Madness, et grâce au soutien sans faille d’Earache, Morbid Angel répand ainsi son death malsain à la vitesse de l’éclair, subjuguant des hordes de métalleux, définitivement acquis à la cause du death et du grind depuis FETO, Leprosy et Slowly We Rot. Le quatuor floridien pousse toutefois le concept encore plus loin, bénéficiant d’une aura mystique supplémentaire, et imposant le jeu superbement millimétré de Sandoval.

La seule écoute de Chapels Of Ghouls, Lord Of All Fevers & Evil Spells, déjà présents sur Abominations of Desolation, permet effectivement de comprendre l’apport considérable du batteur, qui transcende littéralement la puissance de chaque morceau. Les vociférations gutturales de Vincent sont profondes, soutenues par les riffs lacérants de Brunelle & Azagthoth, et les soli uniques & torturés de ce dernier. Les nouvelles compositions contiennent parallèlement ce tourbillon de haine et d’énergie parfaitement canalisé, désarmant par leur mise en place diabolique et leur incroyable précision, à l’image des invincibles Immortal Rites, Blasphemy ou Maze Of Torment, figurant parmi les pièces les plus intenses jamais enregistrées en deathmetal.

Divinement mis en valeur par la production agressive et cristalline de Tom Morris, Altars of Madness prend ainsi toute son ampleur, imposant sa perfection technique et son essence purement diabolique. Brutal, intense et hypnotique de sa première à sa dernière note, l’album confirme ainsi la suprématie éclatante du deathmetal, hissant directement Morbid Angel au rang des dieux du genre, aux côtés de Death et de son intemporel Leprosy.

Fabien.

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15 avril 2008

Morbid Angel : Domination

Morbid Angel : DominationEnregistré fin 1994 aux Morrisound Studios et sorti en mai de l’année suivante, Domination est le quatrième album de Morbid Angel (sans compter la K7 Abominations of Desolation rapidement renié par Trey Azagthoth), distribué par la major Giant sur le territoire nord am&ricain, tout comme son prédécesseur. Il constitue une étape importante dans la carrière des floridiens, représentant non seulement le premier album sans titre repris d’Abominations of Desolation, mais intégrant aussi Erik Rutan en tant que guitariste et compositeur, aux côtés de Trey, habitué à faire souvent cavalier seul dans l’art de l’écriture musicale.

Grâce à l’apport d’Erik, ayant composé pas moins de cinq morceaux d’une étonnante qualité, Domination possède beaucoup de relief, alternant brillamment les titres accrocheurs aux accents Covenant, à l’image des redoutables Eyes To See & Dawn Of The Angry, à d’autres beaucoup plus lourds & écrasants, comme les intenses Caesar’s Palace & Inquisition, pointant en direction du culte Blessed Are the Sick. Au delà des parties purement metal, Domination contient parallèlement une coloration très sombre grâce aux interludes Melting & Dreaming, et à son final Hatework, transpirant une magie noire de toute instant.

Enfin, sur le jeu phénoménal de Pete Sandoval et les riffs inimitables de Trey Azagthoth et Erik Rutan, David Vincent éructe avec son charisme habituel des vocaux d’une épaisseur sans égale, renforçant l’immense caractère de l’album. Bill Kennedy livre également une production admirable, dotant Domination d’un son massif et particulièrement profond, tout en respectant l’essence même et l’extrême pureté de ses compositions.

D’une technique et d’une brutalité sombre incomparables, Domination confirme une nouvelle fois la suprématie de Morbid Angel au sein de la scène deathmetal. Mais paradoxalement, nombre de métalleux lâchent le groupe à cette période au profit d’une scène blackmetal renaissante, ignorant ou survolant dès lors et désespérément la richesse et les subtilités du grand Domination.

Fabien.

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25 septembre 2007