Altars of Fab’ Death

Napalm Death : Enemy Of The Music Business

Enemy Of The Music Business2000 est une année importante pour le death metal, puisqu’elle marque le retour de ce style sur le devant de la scène métallique, grâce aux albums décisifs d’Immolation, Morbid Angel, Krisiun, Nile, Behemoth et, en l’occurrence, de Napalm Death. En effet, le groupe britannique, après plusieurs années galères au sein d’Earache, et de son divorce inévitable avec ce dernier, sort dans un nouvel élan, un Enemy Of Killing Business déterminant dans sa carrière.

Inside torn Apart & Words From The Exit Wound dévoilaient un Napalm n’étant plus que l’ombre de lui-même, cherchant une voie, qui ne lui correspondait visiblement pas ; à l’inverse, Enemy marque le retour du grand Napalm, hyper agressif, bourrin et sans concession, dans son style death/grind qui le caractérise le mieux. Le retour à l’ancien logo ne tient ainsi pas au hasard, montrant le groupe plus motivé que jamais, fermement décidé à reprendre le trône du grind, qu’il n’aurait jamais dû abandonner.

Enemy, c’est effectivement 14 titres de death/grind, oscillant autour de trois minutes chacun, avec des riffs hyper entraînants, et des breaks qui déboulonnent tout sur leur passage, à l’image des superbes Constitutional Hell & What The Public Doesn’t Want. On sent à chaque instant cette agressivité retrouvée, avec la batterie survoltée de Danny, les guitares tranchantes de Mitch & Jesse, et bien sûr, un Barney au meilleur de sa forme, livrant des growls d’une puissance effrayante.

Le concept d’Enemy correspond également mieux au groupe, qui retrouve ici son esprit contestataire et critique qui l’animait à ses débuts ; le titre de l’album en dit d’ailleurs long sur la bande, qui a définitivement retrouvé l’envie d’en découdre, et de taper très fort.

Vous l’aurez compris, la puissance grind de Napalm Death est de nouveau présente, le groupe anglais a enfin retrouvé son identité, au soulagement de ses plus grands fans, qui s’inquiétaient sévèrement depuis le départ de Mick Harris.

Fabien.

> - Les chroniques -, Napalm Death — admin @ 5:45 am

January 1, 2000

Napalm Death : Fear, Emptiness, Despair

Drôle d’album que nous sortent là les grinders de Birmingham, en cette année 94. A la fois au sommet de sa gloire pour une masse de fans qui ne peuvent se passer du martèlement de tympans en règle au grind/death Napalmien; et cependant toujours plus en marge, quand le métal extrême de cette époque est en pleine évolution, voire révolution: le groupe culte n’était plus en mesure de nous ressortir un Utopia Banished, qui serait devenu sacrément anachronique.

La séparation douloureuse d’avec son batteur Mick Harris a sans doute joué son effet. Fear, Emptiness, Despair est un album de rupture, au moins dans la forme, avec tout ce que nous a proposé Napalm depuis Scum.
J’avoue avoir eu à l’époque un mal de chien à passer la première écoute d’un trait. Peut-être la surprise de découvrir un métal presque expérimental, plutôt lent, suffocant, étouffant, aux riffs chaloupés, presque rock’n roll…dans la forme. Parce que le fond, lui, est un mur du son colossal, le plus épais de toute l’oeuvre de Napalm Death. Une puissance de feu terrifiante, qui vous martèle la tête; Barney, lui, n’a pas bougé d’un iota et beugle sans discontinuer. Les riffs, plutôt simplistes, presque industriels dans leur aspect déshumanisé, procurent un effet de puissance lourde et assez terrifiante, encadrés par une section rythmique qui a franchement ralenti la cadence, mais reste très présente et très martiale, Danny Herrera à la batterie occupant sacrément l’espace sonore.

Dur de décrire le style de l’album, au final. Si des titres comme Hung ou Armaggedon x7 continuent de suer le grind par moment, l’écoute de plusieurs morceaux comme par exemple le très groovy “State of Mind” interpellent. Ils laissent l’impression que Napalm, sans franchement perdre de sa puissance ou de son agressivité, a évolué loin dans l’expérimental, qui s’appuie sur un côté presque tribal pour transmettre sa colère. Et l’absence de blast-beat ou de la moindre accélération sur ce titre mid-tempo ne remet pas pour autant en cause la baffe que l’on subit, qu’on le veuille ou non. On en prend toujours plein la courge…
Le meilleur morceau reste peut être Plague Rages, une rythmique lente mais une puissance de feu considérable qui encadre Barney déchainé, et deux accélérations foudroyantes et libératrices, à l’image des hurlements de Mitch Harris. Plus vraiment de trace grindcore, mais une lourdeur inégalée, révélée entre parenthèses par une production sacrément carrée et soignée.

Au fil des écoutes on parvient à mieux appréhender le travail des Anglais, et également à réaliser le tour de force qui a été nécessaire pour parvenir à ce niveau de violence, tout en ayant franchement baissé de pied au niveau du tempo. Pourtant l’album garde un côté indigeste, tant sa lourdeur et sa froideur est difficile à supporter. Les fans d’industriel sauront apprécier ce côté complètement déshumanisé, mais le martèlement répétitif auquel on a droit, bien qu’impressionnant de force, ne reste pas le plus jouissif que Napalm ait eu à proposer. L’auditeur subit sans doute trop, et pas toujours avec consentement. Cependant la suite de la discographie des grinders permet de mieux comprendre l’importance de “Fear, Emptiness, Despair“, qui a permis à Napalm de sortir d’un carcan musical trop étroit pour son talent, ce qui ne l’empêchera pas de revenir à ses premières amours grindcore en ayant sacrément mûri…Donc au final un album de rupture ô combien nécessaire, et diablement impressionnant, à défaut d’être le plus accessible et le plus abouti de la discographie Napalmienne.

Eulmatt (www.spirit-of-metal.com)

Fear Emptiness, même s’il s’éloigne de marque ND que j’apprécie, est un album très ambitieux, mixant un death metal énergique avec un côté indus assez marqué. C’était audacieux de la part de Napalm de tourner la page de la période bénie Mick Harris, où ce dernier composait les ¾ des morceaux. A l’époque, en mai 1994, j’écoutais en boucle les obsédants Remain Nameless & More Than Meets. Fabien.

> - Les guests -, Napalm Death — fabien @ 3:00 am

January 1, 1994

Napalm Death : Utopia Banished

Utopia BanishedSuite au foudroyant EP Mass Appeal Madness de juillet 91, Mick Harris, leader de Napalm Death, décide de quitter le groupe et le monde du métal, pour se consacrer à Scorn, son projet solo. Orphelin, mais fermement décidé à poursuivre la route, le groupe de Birmingham recrute alors le batteur états-unien Danny Herrera, puis rentre aux Windings Studios en février 1992 pour les sessions d’ Utopia Banished, son quatrième full lenght, sortant trois mois plus tard.

Utopia Banished balance des titres death grind nerveux sur une rythmique survoltée, emmenée par les blasts de Danny, la basse saturée de Shane, les riffs acérés du duo Jesse / Mitch, et la voix bourrine de Barney. Depuis le terrassant Dementia Access de Mitch jusqu’à l’entraînant World Keeps Turning de Jesse, en passant par le redoutable Judicial Slime de Shane, Napalm Death montre une ferme intention de tout balayer sur son passage, et de confirmer sa place de leader du grind.

En ajoutant l’énorme production de Colin Richardson, qui dote le couple basse batterie et les guitares d’une épaisseur renversante, Utopia Banished déploie dès lors une violence dévastatrice, mais terriblement contrôlée. Néanmoins, le jeu puissant de Danny et les morceaux en eux-mêmes manquent parallèlement de subtilités, soulignant l’absence cruelle de Mick Harris, dont la finesse derrière les fûts et dans l’art de la composition permettait de transcender le bon en excellent.

Ainsi, ayant l’énorme tâche de succéder à l’intemporel Harmony Corruption, Utopia Banished assène un death grind surpuissant, dénotant l’inébranlable conviction de Napalm Death, malgré le départ de son leader. Toutefois, ne possédant ni la force, ni le caractère du précédent chef d’oeuvre, Utopia montre également un groupe dont la pérennité doit désormais passer par son renouvellement. Cette évolution nécessaire est déjà pressentie à l’écoute de Contemptuous, dernier titre de l’album, dont les accents industriels laissent entrevoir le côté expérimental du futur Fear, Emptiness, Despair, mais ceci est une autre histoire…

Fabien.

> - Les chroniques -, Napalm Death — admin @ 3:00 am

January 1, 1992

Napalm Death : Mass Appeal Madness

Mass Appeal MadnessSuite au terrifiant Harmony Corruption confirmant définitivement Napalm Death en tête du mouvement death grind, le quinquet de Birmingham revient avec le redoutable Mass Appeal Madness en juillet 1991, toujours chez son écurie Earache, avec un line up désormais stable, du moins en apparence.

Le EP débute par le redoutable titre éponyme Mass Appeal Madness, rappelant l’aura de Suffer The Children, avec son rythme pogotant contré par un break d’une lourdeur phénoménale. Le puissant Pride Assassin qui lui succède développe également une intensité débordante, avec ses riffs death grind particulièrement mortels. Enfin, Napalm Death clôture par les excellents Unchallenged Hate et Social Steritily, deux brûlots grind de l’infernal From Enslavement To Obliteration, montrant à quel point cet album culte méritait un meilleur enregistrement.

Servi de surcroît par une production tranchante de Daniel Sprigg, les blasts de Mick et les guitares acérées de Jesse & Mitch prennent toute leur ampleur, délivrant un tourbillon de puissance, qui manquait parallèlement dans la production soignée et étouffée de Scott Burns sur Harmony Corruption.

D’une durée inférieure à neuf minutes, Mass Appeal Madness présente pourtant deux inédits essentiels dans la carrière des grinders britanniques. Mais étrangement, ces deux nouveautés n’ont pas été composées par le leader Mick Harris, montrant ainsi ses premiers signes de désintérêts pour Napalm Death. L’impression est malheureusement confirmée au dos du EP, où tous ses compères fixent fermement l’objectif, tandis que le regard fuyant de Mick présage déjà son départ imminent.

Fabien.

> - Les chroniques -, Napalm Death — admin @ 7:30 am

January 1, 1991

Napalm Death : Harmony Corruption

Harmony CorruptionFin 1989, Mick Harris et Shane Embury ont la lourde tâche de remplacer Bill Steer & Lee Dorrian. C’est chose faite avec le recrutement des excellents Mark Greenway de Benediction, Jesse Pintado de Terrorizer, et Mitch Harris de Righteous Pigs & Defecation. L’arrivée de deux américains dans le groupe ne tient pas au hasard, le groupe se sent à l’époque très proche de la mouvance Death US, délaissant quelque peu son grindcore originel.

Dans ces conditions, le choix de l’ingénieur du son et du studio est tout désigné, s’agissant de Scott Burns aux Morrisound Studios de Tampa, passage obligé de tous les groupes death du moment. Les séances d’enregistrements sont toutefois difficiles, les membres du groupe manquent de sérieux, et Mick Harris énervé, décide de prendre les choses en main, mais se heurte régulièrement avec Scott Burns.

Le disque débarque en septembre 90 sur les platines, précédé de quelques semaines par le EP Suffer the Children, ayant déjà fait forte impression, avec son morceau éponyme au rythme pogotant suivi de son break particulièrement écrasant. Fini les incartades fougueuses d’une seconde ou d’une minute de la période Scum / From Enslavement, puisque sur la recette du culte mini LP Mentally Murdered, dans un trip grind certes plus discret, Napalm Death compose désormais des titres avoisinant les quatre minutes, donc beaucoup plus aboutis. De surcroît, sur des vocaux de Barney au guttural très pur, Harmony Corruption prend alors des tournures death indéniables, à l’image du redoutable Unfit Earth et de ses backings signés Glen Benton et John Tardy.

Mais attention, même si la galette paraît plus sage et plus posée, Napalm Death n’a rien perdu de son identité. Le groupe demeure immédiatement identifiable, grâce à ses riffs inimitables et particulièrement incisifs, et à sa vitesse d’exécution hors norme, sur les blasts furieux de Mick Harris, qui arrive à apporter des tonnes de variations et de contre temps sur ses rythmes pourtant effrénés.

En 40 minutes, Napalm Death démontre ainsi tout son savoir faire, et faire taire d’un coup tous les détracteurs, qui pensaient que leurs premières réalisations n’étaient que de la rigolade. La complexité des morceaux et la précision des riffs d’Harmony Corruption lui permettent effectivement une écoute infinie et jamais identique. Aujourd’hui encore, l’album compte indiscutablement parmi les grand classiques du death, avec cette touche grind si particulière, qui le rend unique et le caractérise si bien. A conseiller à tous les death métalleux qui ne l’ont pas déjà.

Fabien.

> - Les chroniques -, Napalm Death — admin @ 7:30 am

January 1, 1990

Napalm Death : Mentally Murdered

Mentally MurderedSuite à From Enslavement to Obliteration, l’album décrit comme le plus brutal à l’époque, Napalm Death doit confirmer son statut de leader de la scène grindcore mondiale. Il rentre dès lors au Slaughterhouse Studios sous la coupe de Colin Richardson, pour les sessions de Mentally Murdered, mini LP 6 titres d’une durée totale de 15 minutes, sortant en septembre 1989.

Mentally Murdered impressionne d’emblée par sa puissance et son extrême brutalité, bénéficiant d’une production irréprochable, contrastant avec l’amateurisme des précédents enregistrements. La seule écoute de son titre éponyme, version réenregistrée de F.E.T.O, permet en effet de constater la différence flagrante entre les deux productions, et d’imaginer le rendu de son prédécesseur avec la patte de Richardson. Le couple basse batterie de Shane & Mick possède en effet une profondeur remarquable, servant les guitares puissantes de Bill et le guttural terrifiant de Lee.

Le ton est donné, Napalm Death décide de frapper très fort. L’auditeur doit être dès lors particulièrement accroché pour assimiler Mentally Murdered, tant sa brutalité reste dévastatrice. Les rythmiques sont d’une intensité rarement atteinte, grâce à la vitesse supersonique et à la précision des blasts de Mick Harris, batteur le plus foudroyant de l’époque. En outre, chaque musicien participe à l’écriture des titres, s’inscrivant tous comme des classiques du genre, du terrible Rise Above de Shane au méticuleux Missing Link de Bill, en passant par les incontournables Walls Of Confinement et No Mental Effort de Mick. Lee se charge quant à lui de la majorité textes, dans l’esprit contestataire propre aux formations grind.

A l’image des tee-shirt de Morbid Angel portés par Mick & Shane au dos du LP, Napalm Death, dans un registre encore grind british à l’époque, affiche toutefois de nombreux accents death métal. Mentally Murdered délivre en effet des morceaux plus longs que par le passé, permettant la mise en place d’intros heavy, ou de breaks écrasants, apportant du coup un relief et un surcroît de puissance considérables, brisant la linéarité engendrée par son rythme effréné.

En cet automne 1989, aux côtés de Realms Of Chaos, Altars Of Madness, World Downfall et Symphonies Of Sickness, Mentally Murdered prouve ainsi au monde entier tout le sérieux de la menace death grind de son label Earache Records, qui s’apprête à dominer le monde du métal extrême durant plusieurs années. Mini album décisif dans la carrière du groupe, il représente sans conteste la quintessence du line up culte, autour de Mick Harris, Bill Steer, Shane Embury & Lee Dorrian.

Fabien.

> - Les chroniques -, Napalm Death — admin @ 6:15 am

January 1, 1989

Napalm Death : From Enslavement To Obliteration

From Enslavement To ObliterationSuite à l’enregistrement de la face B de Scum en 1987, Mick Harris, Bill Steer & Lee Dorrian recrutent leur nouveau bassiste en la personne de Shane Embury (ex-Unseen Terror), le seul membre restant fidèle au groupe jusqu’à ce jour. A cette époque, Napalm Death est déjà considéré parmi les groupes les plus violents du milieu métal. Mais avec From Enslavement, la bande décide d’enfoncer carrément le pied au plancher, et livre une galette d’une brutalité jamais entendue auparavant ; Napalm est dès lors surnommé la formation la plus rapide et brutale de tous les temps, par la presse spécialisée.

Earache, ayant senti le coup venir, décide de réunir Scum et From Enslavement sur un SPLIT CD de 54 titres pour 64 minutes, représentant ainsi le premier enregistrement de Grindcore à voir le jour en support CD. Napalm suscite alors un engouement sans précédent, permettant ainsi l’essor de toute la scène grind britannique, et de ses acolytes Bolt Thrower, Carcass ou Extreme Noise Terror.

From Enslavement est en effet un album aux rythmes cataclysmiques, entraînées par la batterie folle de Mick Harris, blastant 95% du temps, à l’exception du premier titre Evolved As One, un morceau lent avec les cris dégénérés de Lee, ou bien lors des intros de Unchallenged Hate et F.E.T.O, particulièrement entraînantes. Sur tous les autres morceaux, les blasts sont de mise et, lorsque ceux-ci stoppent un instant, c’est en fait pour balancer un break sur un rythme une/deux de la mort, à l’image des excellents Cock Rock Alienation ou Mentally Murdered.

Enfin, pour compléter le tableau, Dorrian éructe des Growls particulièrement terrifiants, sur des paroles contestataires et engagées, décuplant la brutalité des compositions. Mais, malgré cette violence très déconcertante aux premier abord, après franchissement de cette avalanche sonore, l’auditeur s’aperçoit que la musique de Napalm est incroyablement contrôlée et de fait, terriblement percutante.

Le gros problème de F.E.T.O. réside malheureusement dans le son assez pourri, manquant cruellement de basses, avec un mixage livrant un son guitare plutôt timide et des cymbales beaucoup trop en avant. L’ensemble reste tout de même parfaitement audible, mais sonne d’une manière assez plate et confuse, alors qu’une grosse production lui aurait apporté un surcroît de puissance et de profondeur ; mais paradoxalement, en se resituant certes en 1988, cette production destroy lui confère aussi ce charme certain.

Fabien.

> - Les chroniques -, Napalm Death — admin @ 6:00 am

January 1, 1988

Napalm Death : Scum

Vers la fin de l’année 1979, dans la cité ouvrière de Birmingham, Nick Bullen forme un groupe hardcore punk contestataire avec Miles Rattlehead. C’est au début 1982, directement influencé par la rapidité et l’agressivité de Discharge, que le duo trouve plus précisément son orientation, mais aussi son patronyme Napalm Death, en référence au film Apocalyse Now. Toutefois, le manque de motivation contraint le groupe à végéter pendant plusieurs années, jusqu’à la rencontre en 1985 avec Justin Broadrick, qui apporte une nouvelle source d’inspiration, muni de ses cassettes de DRI, Siege et Celtic Frost, avec leur vitesse incroyable et leurs sonorités métalliques.

Cette même année, Napalm Death rencontre Mick Harris, dont la rapidité reste inégalable à l’époque. Le groupe se sépare ainsi de Miles, et accélère alors considérablement ses morceaux, grâce à la puissance de feu de leur nouvelle recrue. Le batteur qualifie lui-même ses rythmes mitraillettes de blast-beats, initiés quelques années auparavant par Eric Brecht de DRI sur le Dirty Rotten LP, et invente le terme grindcore pour définir l’extrême brutalité de son style.

Connaissant un succès local croissant dû à la multiplicité de ses concerts, Napalm Death rentre alors aux Rich Bitch Studios durant deux journées d’août 86, pour un budget de 120 livres, afin de boucler 12 morceaux d’une durée de 20 minutes, dont les mémorables Scum, Instinct Of Survival, ou encore Siege Of Power, la terrible reprise de Siege. Peu de temps après l’enregistrement, le trio recrute Jim Witheley à la basse, mais subit le départ de Nick et Justin, marquant leur désintérêt pour la formation. Le quatuor se sépare sur ces faits, et Justin, ayant rejoint les rangs de Head Of David, rétrocède gratuitement les bandes à Dig Pearson, qui n’a toutefois sorti aucun disque à cette époque, se limitant à organiser quelques concerts sous la bannière d’Earache.

Mais, fort d’une détermination sans faille, Mick remonte rapidement Napalm Death avec Jim, et recrute Bill Steer à la guitare, essuyant le refus de Shane Embury, puis Lee Dorrian en tant qu’hurleur attitré. Sans réelle répétition à son actif, le groupe rentre de nouveau aux studios Rich Bitch en mai 1987, alignant en une nuit 16 morceaux, d’une brutalité manifeste, à l’image des déboulonnants MAD ou Dragnet.

Mais entre temps, la situation d’Earache a considérablement évolué, Dig ayant produit un LP de The Accused et un split de Concrete Sox & Heresy, et s’étant parallèlement associé avec le distributeur anglais Rough Trade. Le boss ressort alors les bandes que Justin lui avaient confiées, et les réunit avec ce nouvel enregistrement, commercialisant un LP de 28 titres regroupant les deux sessions. Scum est né, tiré à 2000 exemplaires, avec l’étiquette : “l’album du groupe le plus rapide du monde”.

Vitesse et brutalité restent effectivement les mots d’ordre. Bien que les faces A et B de Scum alignent des compositeurs et interprètes différents, leur césure n’est donc pas si évidente, bénéficiant de cette ligne directrice cohérente, grâce aux rythmes surhumains de Mick Harris, et à la production commune aux studios Rich Bitch.

La face A impose The Kill, Instinct Of Survival, Scum, ou l’incroyable You Suffer de deux secondes, qui résonnent immédiatement comme des classiques, repris dès lors à tous les concerts Napalmiens. Leur côté brut et spontané, associé à un niveau de violence inédit, les hissent effectivement en tant que références incontournables du grindcore, grâce au talent de Mick, désarmant par sa puissance et sa précision. Moins marquante, faute à l’extrême brutalité de ses riffs et à son rythme cataclysmique, la face B enfonce toutefois le clou à coups de Moral Crusade & Deceiver, sur le jeu de Mick, encore plus rapide et gagnant parallèlement en précision, les riffs brutaux de Bill, et le guttural effroyable de Lee Dorrian, détachant littéralement la tapisserie des murs.

Grâce au soutien d’Earache, mais aussi de l’infatigable tape-trader Shane Embury, Scum se répand comme une traînée de poudre aux quatre coins de la planète, subjuguant l’underground hardcore et métal par sa vitesse effrénée et son extrême brutalité. Toutefois, vite enregistré et parfois mis en place de manière superficielle, l’album ne constitue pas le meilleur de Napalm Death, maîtrisant par exemple mieux son sujet sur l’incroyable FETO, malheureusement très mal mis en valeur par la faiblesse et la confusion de son enregistrement. Scum balance en revanche cette musique spontanée, d’une violence aussi inédite qu’impitoyable, sous une avalanche de blast-beats et de riffs meurtriers, représentant non seulement la première pierre du grindcore, mais constituant encore toute l’essence du mouvement, brutale, hardcore et revendicatrice, deux décennies après son enregistrement.

Fabien.

> - Les chroniques -, Napalm Death — fabien @ 1:30 am

January 1, 1987