Altars of Fab' Death

Necrophagia (USA-1) : Season of the Dead

Necrophagia (USA-1) : Season of the DeadSi l’histoire retient plus particulièrement Death, Master, Possessed, Morbid Angel, Xecutioner, Massacre ou Repulsion parmi les géniteurs du deathmetal nord-américain apparu durant les années 80, ne passons pas Necrophagia sous silence, sa longue séparation quelques mois après la sortie de Season of the Dead ayant contribué à le reléguer plus facilement aux oubliettes durant cette première période. Fondé par son leader Frank ‘Killjoy‘ Pucci dès 83/84, alors que notre homme n’a que 14 ans, la bande est l’une des premières formations extrêmes à cultiver ce goût pour le gore et l’horreur, tout comme les jeunes interprètes de Death et de Massacre qui multiplient à l’époque les allers-retours en salle de cinéma pour s’envoyer Evil Dead et mettre ensuite le tout en musique.

Auteur de nombreuses démos entre 1984 et 1986, Necrophagia signe dès 1986 avec New Renaissance Records, écurie nord américaine qui vient de se monter et parvient à accrocher plusieurs formations speed ou thrashmetal comme At War, Wehrmacht, Kublai Khan, Indestroy, Blood Feast ou Dream Death, difficilement distribués outre-Atlantique. Necrophagia se dirige ainsi en automne 1986 dans un petit studio de Pittsburg, pour la capture de son premier album Season of the Dead paru en tout début d’année suivante, à l’heure où Morbid Angel et Repulsion ont déjà auto-produit leur premier full-lenght et où Combat Records s’apprête à sortir le terrible Scream Bloody Gore de Death, dont la brutalité, les vocaux d’outre-tombe et les propos tournés vers la mort vont devenir le mètre-étalon d’un style deathmetal qui définit plus précisément ses frontières et va s’imposer à l’échelle internationale.

Season of the Dead, c’est bien sûr cette ambiance de mort et ces zombies que notre growler Killjoy prend plaisir à mettre en musique, épaulé depuis ses premières démo-tape par Bill James & Joe Blazer au tamdem basse/batterie et Larry Madison aux guitares. L’album débute d’ailleurs par une longue intro à la guitare acoustique s’enchainant sur des bruitages & nappes de claviers plus lugubres, traduisant idéalement ce moment d’accalmie suivi d’une inquiétude grandissante et d’une escalade vers l’horreur. Si l’intro est fort bien ficelée, le déchainement censé être traduit par le morceau Forbidden Pleasure peine à se faire sentir, tant l’ensemble manque de pêche, de vélocité, de technicité et d’agressivité, tandis qu’en thrashmetal Slayer a déjà précipité notre âme aux enfers et que la tornade Dark Angel a mille fois retourné notre corps dans la tombe.

Malgré de bonnes choses comme l’ambiance au cœur d’Insane for Blood ou le bon riff de relance dans la seconde partie de Bleeding Torment, les titres s’enchainent ainsi sans temps fort particulier, Season of the Dead manquant de puissance, flanqué d’une batterie légère et de guitares peu agressives, à l’image du titre Abomination où Necrophagia peine à accélérer, là où l’on attend riffs fracassants et martèlements tout aussi meurtriers. Retenons plus précisément le bon Mental Decay, reprise metal et simplifiée d’Une Nuit sur le Mont Chauve (1867) du compositeur russe Moussorgski, ou encore le final Beyond and Back, le morceau le plus équilibré et le plus prometteur, rapide, agressif, slayerien et inspiré, contraste idéal entre moments calmes et montées d’adrénaline.

Apparu très tôt dans le paysage deathmetal, lancé par son leader Killjoy ayant une sacrée culture dans le cinéma d’épouvante, Necrophagia peine toutefois à s’affranchir de la scène thrashmetal dont il est issu, nous lâchant en ce début d’année 1987 un premier album manquant de lourdeur, tandis que ses compatriotes Death, Morbid Angel ou Repulsion œuvrent toujours plus loin dans l’extrême et définissent de nouveaux standards. Sachons toutefois nous replonger dans le contexte et ne boudons pas un Season of the Dead nous contant de belles histoires autour du cimetière, pas si mal mises en musique au bout du compte et dégageant une atmosphère suffisamment lugubre pour déclencher la chair de poule aux âmes les plus sensibles.

Fabien.

> - Les chroniques -, Necrophagia — admin @ 20:50

22 août 2012