Altars of Fab' Death

Nile : Festivals of Atonement

Nile : Festivals of AtonementNé en 1964, dépassant d’une année civile Trey Azagthoth et David Vincent, Karl Sanders évolue très tôt dans les sphères du metal extrême, notamment aux côtés de Vincent également originaire de la Caroline du Sud. Sanders cotoît d’ailleurs de près Morbid Angel vers les années 87-88, à une époque où Azagthoth avait quitté sa Floride natale pour rejoindre Vincent en Caroline. Accompagné de Chief Spires et Pete Hammoura, respectivement bassiste et batteur, le leader joue quelques temps au sein du groupe thrashmetal Morriah sans grande renommé, avant de fonder plus précisément Nile en 1993 avec ses deux acolytes.

Parallèlement féru d’histoire antique, plus particulièrement égyptienne, Sanders positionne d’entrée son nouveau groupe vers ces thèmes d’une source d’inspiration spirituelle inépuisable, loin des propos gores ou sataniques souvent stéréotypés dans le milieu extrême. Fort d’une expérience s’étalant déjà sur un nombre d’années conséquent, nos trois interprètes ne tardent pas à mettre sur pied une première démo en K7, avant d’investir les Sanctuary Studios sous la coupe de l’ingénieur du son Jimmy Ennis, pour la mise en boite de leur premier mini-album Festivals of Atonement. L’effort parait ainsi en 1995 en support CD, pour le compte du label Anubis Records créé pour l’occasion par nos protagonistes.

D’une durée conséquente de 32 minutes, Festivals of Atonement s’articule autour de cinq morceaux avoisinant en moyenne les 7 minutes, à l’exception de Black Hand of Set, le titre plus brutal et le plus court du mini-album, dominé par les rythmes intraitables de Pete Hammoura chargés en blast-beats & double pédale, et par un riffing très agressif. Les autres titres comportent une ossature plus complexe, montrant déjà la volonté forte de Nile d’évoluer vers un deathmetal plus progressif, sans oublier sa brutalité qui le caractérise.

Bien que nos interprètes ne possèdent pas encore le niveau de complexité, la dextérité et l’hyper brutalité pleinement acquis quelques petites années plus tard, l’assise rythmique chargée de Pete & Chief, le riffing lourd et les soli architecturaux de Karl, l’alternance des vocaux gutturaux de Chief & Karl, sont ainsi autant d’éléments qui définissent déjà précisément le deathmetal singulier de Nile, n’en finissant pas d’étonner sur les articulations bluffantes de Divine Intent et Immortality Through Art.

Toutefois, la puissance de Nile ne serait rien sans la richesse des arrangements qui caractérisent le trio nord américain. A ce titre, le groupe a déjà compris et assimilé toute l’importance des atmosphères dégagées au coeur d’un album. L’introduction mystique de Divine Intent, les guitares acoustiques de Wrought et la flûte de pan en son sein, le final triomphant d’Immortality Through Art, le chant parfois heavy de Sanders, la progression remarquable du long Extinct, sont autant de marques montrant le savoir-faire du groupe et sa volonté de créer une oeuvre reliée par cette même puissance et cette même spiritualité.

Bénéficiant d’un enregistrement professionnel et possédant un véritable fil conducteur, Festivals of Atonement est une réalisation aboutie, définissant déjà les contours de Nile et laissant transpirer tout le talent de ses interprètes. Le mini-album montre un groupe majoritairement en middle tempo, n’ayant pas encore acquis sa brutalité légendaire couplée à ses enchevêtrements et ses orchestrations si subtils, mais déjà audacieux et si singulier, distillant en outre ce parfum d’orient aussi unique qu’exquis, dont il garde jalousement le secret.

Fabien.

> - Les chroniques -, Nile — admin @ 23:00

13 décembre 2010

Nile : Annihilation of the Wicked

Après le retour en force du Death Metal en 2000-2002 auquel Nile a largement contribué, le soufflet est un peu retombé et les sorties albums défrayant la chronique sont redevenues rares. Fort d’un disque précédent extraordinaire ayant soufflé à peu près tout le monde, et ce en dehors même du cadre stricte du Death Metal, le grand (ou autre chose si vous voulez…) pharaon Karl Sanders n’a pas droit à l’erreur. Donner une suite équivalente en qualité au chef d’œuvre absolu qu’est In Their Darkened Shrines paraissait cependant bien illusoire, et pourtant les américains l’ont fait !

Toujours sorti par l’intermédiaire de Relapse Records, Annihilation of the Wicked (2005), reprend les mêmes ingrédients que l’opus précédent et combine magistralement ambiances égyptiennes avec un Death Metal brutal et d’une technicité peu commune. Là où de nombreux groupes se contentent de placer ça et là des sonorités originales ou un ou deux passages d’instruments anciens pour faire bien, Nile va beaucoup plus loin : les cithares, udus, Baglama Saz et autres effets au clavier font partie intégrante de la musique et se fondent parfaitement dans l’ensemble pour un résultat sans équivalent.

Cela dit le groupe de Karl Sanders s’est aussi taillé une réputation grâce à la vitesse et la puissance de feu infinie de ses morceaux. Cast Down the Heretic prend d’ailleurs soin de rappeler à l’auditeur amnésique que Nile est bien l’un des groupes les plus impressionnants du globe avec d’entrée un déluge de blast-beat et des riffs collant au siège soutenus par les superbes vocaux alternés de Toller Wade / Sanders / Vesano, ce titre est doté d’une série de soli à donner le tournis et d’un passage incantatoire / rituel du meilleur effet.  Pour information le batteur Tony Laureano s’en est allé (dans Dimmu Borgir), un coup dur pour le combo ? Non, il suffit de remplacer un monstre par un autre monstre et c’est bel et bien le cas du nouvel arrivant le grec (non, son jeu n’est pas gay !) Georges Kolias. Le très direct Sacrifice Unto Sebek démontre d’ailleurs tout le savoir faire du bonhomme : roulements de tomes impressionnants, accélérations surhumaines, endurance exceptionnelle et le tout avec évidemment une précision chirurgicale.

Plus qu’un groupe de Death Metal (qui a dit, « mas que un club » ?) Nile capture l’auditeur dans son univers pharaonique symbolisé par l’épique User-Maat-Re, débutant sur une ligne acoustique séductrice, le titre déploie ensuite une grande énergie et simultanément une grande sérénité autour de la double pédale de Kolias, des guitares inquisitrices de la paire Sanders / Toller-Wade et de la basse sous-jacente de Jon Vesano : Nile est sûr de sa puissance et l’impose, la force tranquille pour reprendre un slogan célèbre…

In Their Darkened Shrines avait ouvert aux pharaons les portes du Panthéon du Death Metal (et du Metal tout court), Annihilation of the Wicked les y installe définitivement. Dans la lignée de l’album précédent sans le copier, Karl Sanders et ses sbires ont encore brutalisé leur répertoire pour proposer des titres d’une violence rarement atteinte, comme sur l’épidermique The Burning Pits ot the Duat. Cela dit les deux excellents Annihilation of the Wicked et Von Unaussprechlichen Kulten finaux sont construits sur le modèle Unas… et donc sous la forme de longs titres à tiroirs épiques transportant l’auditeur dans les rites de l’Egypte ancienne grâce à un pouvoir immersif hors du commun.

L’artwork est également magnifique avec ces illustrations pourpres de Orion Landau qui parsèment le digipack d’images captivantes et mystiques, de plus le livret et son aspect parchemin jauni est une vrai mine d’or avec apposée à chaque texte une longue explication sur sa signification. Morbid Angel en panne d’inspiration, Cannibal Corpse en vitesse de croisière, Nile s’impose comme le nouvel empereur du Death Metal, l’engouement du groupe allant même au delà du Death Metal et montrant du même coup que le style loin de tourner en rond, explore des horizons jusqu’ici inconnus. Annihilation of the Wicked est indispensable pour tout deathster qui se respecte au même titre que son prédécesseur : impossible d’y échapper.

BG (www.spirit-of-metal.com).

Difficile de se maintenir au panthéon après un Darkened Shrines culte, et pourtant Nile parvient à lâcher un Annihilation se hissant parmi l’excellence du deathmetal de 2005. La précision et la puissance du couple rythmique, l’enchevêtrement démentiel des riffs, le placement désarmant des voix, la brutalité deathmétallique et la profondeur des atmosphères, en font une nouvelle pièce maîtresse de Nile et un incontournable du deathmetal. Comment ne pas succomber devant la bataille mémorable de soli de Cast Down, devant les riffs ultimes de Sacrifice et Lashed, devant la mise en place diabolique des plans de guitares de Burning Pits ou encore devant la profondeur mystique du titre éponyme ? Fabien.

> - Les guests -, Nile — fabien @ 11:17

13 janvier 2005

Nile : In Their Darkened Shrines

L’Apogée Triomphante.

A l’heure de dévoiler son troisième opus, Nile est déjà impressionnant. Irrémédiablement associé à l’obsession égyptologique de sa tête pensante Karl Sanders, le groupe américain s’est également taillé une place de choix parmi les nouveaux acteurs de la scène death metal, alors en plein renouveau en ce début de millénaire. Là où Black Seeds of Vengeance avait brillamment bouleversé cette hiérarchie, In Their Darkened Shrines a tout pour devenir le disque de l’avènement de Nile, et il s’avère être celui attendu. Les superlatifs ne manquent pas son écoute, tant la démonstration du talent de Nile est éblouissante.

Un talent multiple, à l’évidence, tant les premières débauches de brutalité lèvent toute équivoque. Dès les envolées furieuses de The Blessed Dead, Nile affiche sa puissance empreinte de technicité, ses blasts cataclysmiques, ses riffs débridés aux circonvolutions ensorcelantes, et sa rage non contenue. Quelques touches monumentales de claviers disséminées avec justesse viennent achever un tableau diablement impressionnant. Nile frappe très fort, tout en conservant son identité profonde, et les deux morceaux suivants, Execration Text et le prodigieux Sarcophagus sont sans équivoque. Autant dans l’intransigeance brutale du premier nommé que dans la lourdeur mystique du second, l’univers de prédilection de Nile apparaît sublimé. Que dire d’autre à l’écoute du final improbable de Sarcophagus, sinon que l’intensité de son atmosphère ne peut que transporter l’auditeur dans ce long voyage dans le temps et l’espace vers l’Egypte antique… imparable.

Du reste, le voyage chez les Pharaons n’est pas que suggéré, l’immersion est totale et inévitable. Entre un artwork une nouvelle fois sans équivoque et l’incroyable richesse encyclopédique du livret, où ce vieux fou de Sanders détaille avec une rigueur toute scientifique les thèmes abordés sous l’angle de l’archéologue érudit, et bien entendu l’univers ambiant qui transpire des pores musicaux du disque, il faut se rendre à l’évidence : Nile mène parfaitement sa barque (c’est le cas de le dire), et c’est bien le domaine des Dieux de cette Egypte pharaonique qui s’offre à nous.

Côté purement musical, même en faisant volontairement fi de l’exubérance émotionnelle des atmosphères antiques somptueuses, le death metal technique et diablement maîtrisé du combo est bluffant, et semble avoir encore progressé par rapport aux opus précédents. Excellant dans les envolées les plus brutales, la rythmique basse/batterie (avec Tony Laureano derrière les fûts) donne un corps respectable à l’ensemble sublimé par les riffs aussi agressifs que pertinents des gratteux. Nile délivre en fait la « totale », à l’image d’un incroyable Unas Slayer Of The Gods de presque douze minutes qui résume presque à lui seul l’album : des passages de furie métallique avec un déchaînement rythmique des plus intransigeants, des breaks d’une lourdeur écrasante parfaitement amenés, et surgissant de manière imparable, ces longs passages atmosphériques à la richesse émotionnelle et évocatrice sans commune mesure. D’une beauté à toute épreuve, l’ivresse de bonheur assurée…

In Their Darkened Shrines affiche un équilibre proche de la perfection dans l’alternance de titres lourds et chargés (ah le riff en marbre de I Whisper In The Ear Of The Dead et ses enchaînements aériens), et de morceaux plus brutaux et spontanés, deux visages complémentaires largement maîtrisés dans un ensemble de haut calibre, d’une grande fluidité. Pourtant, inexorablement, la teneur mystique du disque prend le pas sur la débauche de brutalité technique pure, pourtant diablement impressionnante.

Et le long cheminement quasi ésotérique prend toute sa signification à l’attaque du dernier quart du disque. In Their Darkened Shrines, part I à IV, franchit encore un pas dans le mysticisme par rapport aux neuf premiers morceaux, que l’on quitte sur l’exceptionnel Wind Of Horus, ses riffs virulents et déhanchés si orientaux, superbement appuyés par la véhémence des growls d’outretombe. Après une première partie instrumentale où l’on se laisse enivré par le mirage sonore d’un cortège funéraire, la part II revient mettre une couche aussi brève que brutale, déchaînement de riffs acérés et de blasts effrénés qui vient se relâcher d’un coup pour finir dans un souffle d’une belle mélancolie. L’atmosphère s’élève encore un peu plus dans des strates oniriques. Nouveau retour d’une colère surnaturelle dans un déferlement terrible (part III), riff mystique à la puissance divine et destructrice…la lourdeur écrasante d’un break opportun, pour s’achever finalement par la dernière partie, (Part IV : Ruins), mélodie lancinante et épique qui laisse entrevoir un crépuscule rougeoyant d’une fin de règne. N’en jetez plus…

Si on doit mettre en avant la grandeur de l’album avec un argument imparable, c’est avant tout pour la faculté improbable de Nile à produire un death metal brutal, technique et pointu, avec pour but ultime est de recréer un univers antique empreint d’un mysticisme et d’une richesse évocatrice des plus rares. A mille lieux de faire dans la démonstration gratuite, Nile réussit son audacieux pari en bâtissant un édifice prodigieux, univers antique d’une puissance évocatrice sans limite. Cette aura atteint sans doute là un sommet qui rend cette œuvre définitivement unique. Un monument pharaonique…

Eulmatt (www.metal-blogs.com/eulmatt).

Mon album préféré de Nile avec le monumental Annihilation. Nile écrase tout sur son passage, en combinant une personnalité, une pureté, une précision, une puissance et une finesse inégalées, qui le propulsent définitivement au panthéon des dieux du deathmetal, aux côtés de Morbid Angel & Immolation. Personnelement, j’ai toujours eu un faible pour les compositions peu nombreuses et incroyablement techniques de Dallas Toler Wade. Sur le triomphal Darkened Shrines, c’est ainsi Winds Of Horus qui décroche le pompon : l’un de mes morceaux de deathmetal favoris, tous groupes confondus. J’en pleure encore… Fabien.

> - Les guests -, Nile — fabien @ 5:30

13 janvier 2002

Nile : Black Seeds of Vengeance

Nile marque au fer rouge l?excellence death métallique de ce cru 2000 avec Black Seeds of  Vengeance. Si la place importante des interludes orientaux m’avait rebuté aux premières écoutes, ils m’ont largement emporté par la suite, complétant, singularisant et enrichissant impeccablement le brutaldeath de la formation.

Que dire également du jeu de Pete Hammoura, impressionnant par sa rapidité d’exception et sa complexité, offrant un terrain idéal aux croisements riffesques de Sanders & Tolder Wade. Enfin, l’entremêlement des vocaux des différents membres du groupe est une nouvelle fois renversant.

Black Seeds of Vengeance est une grande réalisation, hissant Nile parmi les plus grands, et laissant d’ores et déjà présager l’imparable In Their Darkened Shrines qui lui succédera deux années plus tard. Essentiel !

Fabien.

> - Les commentaires -, Nile — fabien @ 11:50

13 janvier 2000

Nile : Amongst the Catacombs of Nephren-Ka

La personnalité et la puissance de Nephren-Ka, ajoutée à la dextérité de ses musiciens et à leurs joutes vocales, en font un album remarquable. Il faut dire que Karl Sanders est loin d’être un novice en 1998, puisqu’il évoluait déjà dans les sphères deathmetal au milieu des années 80, connaissant d’ailleurs très bien le team Morbid Angel de l’époque.

Même si Nile se bonifiera avec le temps, notamment grâce à l’arrivée de Toller-Wade, il possède déjà en 1998 cette maîtrise musicale, cette avant-garde et cette identité forte lui permettant de sortir de suite un album marquant, et de réinventer le deathmetal aux côtés d’Hate Eternal & co, poussant le style dans des contrées plus brutales & plus techniques. Outre la richesse de son concept, son premier album Nephren-Ka tire également sa force dans la profondeur et la singularité de ses atmosphères.

A titre personnel, j’ai découvert Nile sur la compilation Metalian de 1998, où Relapse proposait le court titre Pestilence and Iniquity. Honnêtement, je n’ai pas accroché de suite à ce morceau qui, détaché du reste de l’album, perdait une grande partie son essence. Ainsi, bien que des Serpent Headed Mask, Stones of Sorrow ou Beneath Eternal Oceans soit particulièrement mémorables (donc plus indiqués pour une place sur une compilation), Nephren-Ka doit avant tout être considéré dans sa totalité. C’est comme ceci que son concept prend toute son envergure.

Fabien.

> - Les commentaires -, Nile — fabien @ 11:39

13 janvier 1998