Nile : In Their Darkened Shrines
L’Apogée Triomphante.
A l’heure de dévoiler son troisième opus, Nile est déjà impressionnant. Irrémédiablement associé à l’obsession égyptologique de sa tête pensante Karl Sanders, le groupe américain s’est également taillé une place de choix parmi les nouveaux acteurs de la scène death metal, alors en plein renouveau en ce début de millénaire. Là où Black Seeds of Vengeance avait brillamment bouleversé cette hiérarchie, In Their Darkened Shrines a tout pour devenir le disque de l’avènement de Nile, et il s’avère être celui attendu. Les superlatifs ne manquent pas son écoute, tant la démonstration du talent de Nile est éblouissante.
Un talent multiple, à l’évidence, tant les premières débauches de brutalité lèvent toute équivoque. Dès les envolées furieuses de The Blessed Dead, Nile affiche sa puissance empreinte de technicité, ses blasts cataclysmiques, ses riffs débridés aux circonvolutions ensorcelantes, et sa rage non contenue. Quelques touches monumentales de claviers disséminées avec justesse viennent achever un tableau diablement impressionnant. Nile frappe très fort, tout en conservant son identité profonde, et les deux morceaux suivants, Execration Text et le prodigieux Sarcophagus sont sans équivoque. Autant dans l’intransigeance brutale du premier nommé que dans la lourdeur mystique du second, l’univers de prédilection de Nile apparaît sublimé. Que dire d’autre à l’écoute du final improbable de Sarcophagus, sinon que l’intensité de son atmosphère ne peut que transporter l’auditeur dans ce long voyage dans le temps et l’espace vers l’Egypte antique… imparable.
Du reste, le voyage chez les Pharaons n’est pas que suggéré, l’immersion est totale et inévitable. Entre un artwork une nouvelle fois sans équivoque et l’incroyable richesse encyclopédique du livret, où ce vieux fou de Sanders détaille avec une rigueur toute scientifique les thèmes abordés sous l’angle de l’archéologue érudit, et bien entendu l’univers ambiant qui transpire des pores musicaux du disque, il faut se rendre à l’évidence : Nile mène parfaitement sa barque (c’est le cas de le dire), et c’est bien le domaine des Dieux de cette Egypte pharaonique qui s’offre à nous.
Côté purement musical, même en faisant volontairement fi de l’exubérance émotionnelle des atmosphères antiques somptueuses, le death metal technique et diablement maîtrisé du combo est bluffant, et semble avoir encore progressé par rapport aux opus précédents. Excellant dans les envolées les plus brutales, la rythmique basse/batterie (avec Tony Laureano derrière les fûts) donne un corps respectable à l’ensemble sublimé par les riffs aussi agressifs que pertinents des gratteux. Nile délivre en fait la « totale », à l’image d’un incroyable Unas Slayer Of The Gods de presque douze minutes qui résume presque à lui seul l’album : des passages de furie métallique avec un déchaînement rythmique des plus intransigeants, des breaks d’une lourdeur écrasante parfaitement amenés, et surgissant de manière imparable, ces longs passages atmosphériques à la richesse émotionnelle et évocatrice sans commune mesure. D’une beauté à toute épreuve, l’ivresse de bonheur assurée…
In Their Darkened Shrines affiche un équilibre proche de la perfection dans l’alternance de titres lourds et chargés (ah le riff en marbre de I Whisper In The Ear Of The Dead et ses enchaînements aériens), et de morceaux plus brutaux et spontanés, deux visages complémentaires largement maîtrisés dans un ensemble de haut calibre, d’une grande fluidité. Pourtant, inexorablement, la teneur mystique du disque prend le pas sur la débauche de brutalité technique pure, pourtant diablement impressionnante.
Et le long cheminement quasi ésotérique prend toute sa signification à l’attaque du dernier quart du disque. In Their Darkened Shrines, part I à IV, franchit encore un pas dans le mysticisme par rapport aux neuf premiers morceaux, que l’on quitte sur l’exceptionnel Wind Of Horus, ses riffs virulents et déhanchés si orientaux, superbement appuyés par la véhémence des growls d’outretombe. Après une première partie instrumentale où l’on se laisse enivré par le mirage sonore d’un cortège funéraire, la part II revient mettre une couche aussi brève que brutale, déchaînement de riffs acérés et de blasts effrénés qui vient se relâcher d’un coup pour finir dans un souffle d’une belle mélancolie. L’atmosphère s’élève encore un peu plus dans des strates oniriques. Nouveau retour d’une colère surnaturelle dans un déferlement terrible (part III), riff mystique à la puissance divine et destructrice…la lourdeur écrasante d’un break opportun, pour s’achever finalement par la dernière partie, (Part IV : Ruins), mélodie lancinante et épique qui laisse entrevoir un crépuscule rougeoyant d’une fin de règne. N’en jetez plus…
Si on doit mettre en avant la grandeur de l’album avec un argument imparable, c’est avant tout pour la faculté improbable de Nile à produire un death metal brutal, technique et pointu, avec pour but ultime est de recréer un univers antique empreint d’un mysticisme et d’une richesse évocatrice des plus rares. A mille lieux de faire dans la démonstration gratuite, Nile réussit son audacieux pari en bâtissant un édifice prodigieux, univers antique d’une puissance évocatrice sans limite. Cette aura atteint sans doute là un sommet qui rend cette œuvre définitivement unique. Un monument pharaonique…
Eulmatt (www.metal-blogs.com/eulmatt).
Mon album préféré de Nile avec le monumental Annihilation. Nile écrase tout sur son passage, en combinant une personnalité, une pureté, une précision, une puissance et une finesse inégalées, qui le propulsent définitivement au panthéon des dieux du Death Metal, aux côté de Morbid Angel & Immolation. Personnelement, j’ai toujours eu un faible pour les compositions peu nombreuses et incroyablement techniques de Dallas Toler Wade. Sur le triomphal Darkened Shrines, c’est ainsi Winds Of Horus qui décroche le pompon : l’un de mes morceaux de Death Metal favoris, tous groupes confondus. J’en pleure encore… Fabien.