Altars of Fab' Death

Rottest Slag : Let Be Us Corrupt

Rottest Slag : Let Be Us CorruptA la traine par rapport à nombres de pays européens, la scène deathmetal hispanique n’a guère marqué les esprits durant ses premières années, en partie faute à des infrastructures souvent limitées, tant au niveau des studios d’enregistrement que des labels du pays. Si Unbounded Terror & Necrophiliac ont bénéficié d’une couverture honnête de la part de Drowned Productions qui abritait notamment les finlandais de Demigod & Purtenance et les nord américains de Rottrevore & Pyrexia, d’autres pionniers du pays comme Feretrum & Rottest Slag n’ont quant à eux pas eu la chance de connaître les joies du CD déjà répandu à l’époque, devant se contenter d’un support en cassette ou vinyle sur des labels locaux sans moyens ni envergure tels que La Kaleta Records ou Matraka Diskak.

Rottest Slag se forme quant à lui dans la région de Valence dès 1988 mais, bien qu’en contact avec quelques formations extrêmes reconnues tels que les britanniques de Carcass, ne sort pas les pieds d’Espagne et enregistre ainsi son premier album Let Be Us Corrupt dans la plus parfaite confidentialité. Le disque parait en 1992 en vinyle et cassette (muni d’une pochette non sans rappeler le Rituals of Silence des deathsters nord américains de Corpus Rottus), sous couvert des labels locaux Caramelo et Matraka Diskak exportant difficilement cette réalisation en dehors des frontières espagnoles.

Tandis qu’Unbounded Terror, Necrophiliac et Feretrum s’attellent avant tout à lâcher un deathmetal caverneux dans la tradition des ténors de l’époque, Rottest Slag surfe volontiers entre death crasseux et grindcore débridé, trahissant la forte influence des premières années furieuses des grinders de Napalm Death. L’instrumental Final Jump ouvre ainsi les hostilités sur une alternance entre blast-beats fracassants, passages tapageurs et guitares au palm-muting tout en lourdeur, pour s’enchainer sur des titres comme Menos Monadas, Defenacoum ou Nine Von Nine que l’on croirait tout droit sortis de From Enslavement to Obliteration, avec leurs rythmes & breaks de folie et leur opposition entre un chant foncièrement guttural et des cris démentiels, les “gaïa vocals” comme Mick Harris se plaisait à les nommer.

Si la première face de Let Be Us Corrupt conserve majoritairement cette furie grindcore, soutenue par des titres privilégiant vitesse et spontanéité, Rottest Slag devient bien plus suintant sur la seconde partie de son oeuvre. Le lourd titre Burial en ouverture nous rapproche ainsi davantage des contrées glauques et poisseuses d’Autopsy, tandis que Putrefy nous colle définitivement à coups de riffs Pattex, contrebalancés par des accélérations rappelant toute la folie du quintette espagnol. Et que dire du fameux morceau Cirrosic, cette tranche de bout gras explosant la nuque sur un riffing particulièrement incisif et une démence de tout instant.

Difficile de situer clairement Rottest Slag, tant il évolue judicieusement entre la crasse d’un deathmetal sans fioriture et l’urgence d’un grindcore s’attachant à faire le nombre maximum de victimes en un minimum de temps. Bien que la production de son enregistrement manque d’épaisseur, renforçant parallèlement son côté cradingue, Let Be Us Corrupt installe une vraie ambiance durant ses 24 petites minutes, contenant de surcroit beaucoup de variété grâce à son mélange habile de deux styles explosifs. Loin d’un bête empilage entre ces courants musicaux, l’unique effort des espagnols peut ainsi se résumer entre une rencontre étonnante et réussie entre les deux genres, qu’on se le dise.

Fabien.

> - Les chroniques -, Rottest Slag — admin @ 0:57

1 février 2011