Altars of Fab' Death

Sadus : A Vision of Misery

Sadus : A Vision of MiseryDeux années après l’incontournable et charbonneux Swallowed in Black, ayant entre temps bénéficié de la réédition du LP Illusions sous le nom Chemical Exposure, l’équipe californienne de Sadus revient au printemps 1992 avec son troisième album A Vision of Misery, fort d’un contrat renouvelé chez Roadrunner et d’un line-up toujours aussi solide autour de Travis, Moore, Allen et DiGiorgio. Le quatuor présente en avant-première son tout nouveau titre Through the Eyes of Greed sur un CD promotionnel du label, aux côtés de la terrible bande de Deicide, d’Obituary et de la nouvelle recrue du label, la nouvelle sensation floridienne Malevolent Creation.

Le morceau du sampler est notamment celui ouvrant ce nouvel album A Vision of Misery, où l’on peut d’ailleurs nettement distinguer les performances alarmantes de Steve DiGiorgio, s’illustrant avec une basse fretless tout comme lors des sessions de Fiend for Blood avec ses potes d’Autopsy. Si Sadus n’a en rien perdu sa vitesse d’exécution légendaire et sa hargne si bien retranscrite dans les vocaux rageurs de Darren Travis, pour citer le bon Valley of Dry Bones ou le tout aussi incisif Under the Knife, il délaisse en revanche les accents deathmetal et crasseux pris sur Swallowed in Black, pour revenir sur une base plus particulièrement thrashmetal, à l’inverse du mouvement extrême de l’époque qui se durcit et s’alourdit significativement au fil des années.

Le niveau technique de A Vision of Misery n’est également pas en reste, puisqu’en plus du jeu phénoménal de Steve DiGiorgio n’étant plus à présenter (notre bassiste nous bluffant à de nombreuses reprises par ses lignes & soli incroyables), Sadus fait preuve d’une interprétation remarquable, la paire de guitaristes se livrant notamment à de sacrés duels aux guitares. On peut toutefois regretter l’absence de l’atmosphère si épaisse et saisissante de Swallowed in Black que le quatuor peine à retrouver, pour citer par exemple le morceau Facelift qui s’éternise et ne parvient pas à retranscrire l’ambiance macabre du redoutable Man Infestation du précédent album malgré un départ similaire.

Au thrashmetal rapide et incisif, poussant la technicité de quelques crans supplémentaires et emmené par un Darren Travis qui semble littéralement se déchirer les cordes vocales, A Vision of Misery impressionne par la dextérité du quatuor, à commencer par un Steve Digiorgio survolté, n’ayant parallèlement jamais semblé aussi à l’aise, pour citer sa prestation désarmante sur le dernier morceau Echoes of Forever. A ce titre, on peut largement saluer l’enregistrement de Bill Metoyer (Sacred Reich, DRI et tant d’autres) dotant l’ensemble d’une production équilibrée qui donne la part belle à chaque interprète. Difficile en revanche d’embrasser de nouveau le climat si morbide de Swallowed in Black, que Sadus semble avoir malheureusement oublié au passage, asséchant ce marais si poisseux dans lequel on se laissait volontiers engloutir. On reste toutefois devant un pur produit du groupe californien, n’ayant en rien perdu sa teigne et sa singularité en cette année 1992.

Fabien.

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17 février 2012

Sadus : Illusions (Chemical Exposure)

Sadus : Illusions (Chemical Exposure)Formé en 1984 en Californie, autour d’un line up stable comprenant la paire Allen / DiGiorgio au couple rythmique et le tandem Moore / Travis aux guitares, Sadus compte parmi les pionniers du thrash ayant poussé le style aux portes du deathmetal, aux côtés de ses terribles voisins d’Hexx, cultivant tous deux l’art d’un metal extrêmement rapide et agressif. Proche du mouvement death encore en pleine définition, le quatuor ouest américain se lie rapidement d’amitié avec le journaliste numéro 1 du metal extrême nord américain, Borivoj Krgin qui, suite aux deux premières démos du groupe, l’invite dès 1987 à participer au désormais célèbre split-LP Raging Death aux côtés de Ravage et Xecutioner, deux valeurs montantes du deathmetal floridien, avant leur changement respectif de patronyme en Atheist et Obituary.

Dans la foulée, le reporter soutient les trois formations dans l’enregistrement de leur premier album, les désormais cultes Slowly We Rot, Illusions et Piece of Time, tous trois mis en boite entre mai 87 et décembre 88. Sadus se dirige quant à lui aux Starlight Studios californiens au mois d’avril, rejoignant ainsi son voisin et ami Autopsy, qui opte également pour les mêmes studios lors des sessions de son invincible Severed Survival. Confié dans les mains de l’ingénieur du son John Marshall, alors guitariste de Metal Church, Illusions est rapidement prêt dans le courant de l’année 88.

Si les jeunes Obituary et Atheist décrochent tardivement un contrat chez Roadrunner et Active Records (89 et 90), Sadus opte quant à lui pour une autoproduction, commercialisant le disque sous son propre label Sadus Records, créé pour l’occasion. Etrangement, l’album sort sous deux noms différents, dénommé tout d’abord Illusions sur la version vinyle 33t, puis Chemical Exposure en K7, assorti d’une nouvelle pochette représentant le line up du groupe sur fond vert, aux couleurs des radiations nucléaires.

Dès le premier titre, l’intraitable Certain Death, Sadus impose un ton rageur et survolté, dominé par les rythmes tapageurs de Joe Allen, le riffing acéré de Rob Moore & Darren Travis, et les vocaux écorchés de ce dernier, qui semble à la limite de l’éraillement tant ses cris sont parfois perçants. Déjà, la basse de Steve Digiorgio fait merveille, aux lignes fluides & complexes en parfaite adéquation avec la batterie, se détachant habilement des guitares.

Sadus entretient naturellement cette agressivité et cette spontanéité, piochant allégrement dans le répertoire incisif de ses premières démos, comme les survitaminés Sadus Attack, Hands of Hate, Twisted Face ou Fight or Die, aux riffs et soli démentiels. Avec une telle rapidité d’exécution et une telle rage dans l’interprétation, Illusions défile ainsi très vite, se concluant au bout de 29 petites minutes.

Laissant quelque peu ce gout d’inachevé, l’album manque en outre de lourdeur et de profondeur, ainsi que d’une véritable atmosphère, que son confrère Obituary pût si bien retranscrire lors de la première partie des sessions de son imparable Slowly We Rot. Sadus ne joue toutefois pas sur le même tableau, possédant à la fois cette brutalité death de tout instant, couplée à une agressivité manifeste et purement thrashmetal dans l’esprit. Plus lourd et plus inquiétant, l’instrumental final Chemical Exposure montre toutefois le groupe capable de créer un climat plus épais, titre qui aurait ainsi gagné lors d’un placement en interlude.

Révolutionnant quasiment le thrashmetal en terme de vitesse, Illusions compte parmi ces détonateurs du deathmetal, proche du style le plus extrême pour les uns, plus purement thrash pour les autres, sans que le débat ne soit encore tranché aujourd’hui. L’avant-garde et les bonnes ventes d’Illusions, couplées à une publicité idéale de Chuck Schuldiner (Death) portant un tee-shirt de l’album lors des sessions photos du culte Leprosy, permettront ainsi à Sadus de décrocher un contrat mérité avec l’écurie Roadrunner, et d’exposer ainsi tout son génie sur l’atemporel Swallowed in Black. Mais ceci est une autre histoire… Quant à ce bel Illusions, il connaitra une seconde vie dès 1991 (notamment en support CD inédit), lors de sa réédition par son nouveau label, mais cette fois sous le nom Chemical Exposure et avec la pochette de la K7 distribuée aux concerts, histoire de bien embrouiller les pistes…

Fabien.

> - Les chroniques -, Sadus — admin @ 2:00

1 avril 2010

Sadus : Swallowed in Black

Sadus : Swallowed in Black

Formé en 1984 dans l’état de Californie, Sadus officie à ses débuts dans un registre thrash rapide et violent. Il enregistre en 1986 la démo Death to Posers, qui lui vaut une participation remarquée sur le split culte Raging Death de Borivoj Krgin, aux côtés de Ravage et Xecutionner (Atheist, Obituary). Mais, ce n’est qu’à partir d’Illusions, son LP auto-produit en 1988 (réédité en 1991 en version CD sous le nom Chemical Exposure), que le quatuor attire l’attention de Monte Conner, Boss de Roadrunner, qui décide alors d’ajouter le groupe à son catalogue. Le contrat débouche sur les sessions de Swallowed in Black en mai 1990 sous la houlette de Michael Rosen (ayant enregistré le Souls of Black de Testament), puis sur sa commercialisation en octobre de la même année, en même temps que le génial Tower of Spite des anglais de Cerebral Fix, paru sur le même label.

A l’époque, Sadus est au plus proche proche de la fibre deathmetal et sort ainsi un Swallowed in Black au style plus brutal, représentant à ce jour son missile le plus crasseux, rapide & agressif, à l’image de son illustration montrant la mort évoluant dans un marais gluant et goudronneux à souhait.

Dès le titre Black, tout commence très vite, sur une musique véloce et survoltée où les guitares tranchantes soutiennent la voix écorchée de Darren Travis, qui se déchire littéralement les entrailles à chaque cri. Puis vient le redoutable Man Infestation avec son introduction lente & morbide, sur des chuchotements inquiétants se transformant très vite en un tonnerre de vitesse et d’agression. Le décor est ainsi planté pour le reste de l’album, dominé par cette déferlante de riffs monstrueux et ces petites intros utilisées avec parcimonie, insufflant à l’ensemble une atmosphère glauque & mystérieuse, pour citer la mort latente d’Arise, la folie de Last Abide ou encore la furie de The Wake et Images.

Sadus n’est pas en reste côté technique, imposant les jeux de guitares de Darren Travis & Rob Moore d’une sacrée dextérité, sur le rythme pourtant effréné de Jon Allen. Les superlatifs manquent également pour exprimer la précision et la richesse des lignes de basse de Steve DiGiorgio, qui effectue un travail remarquable, dans un style extrême où les bassistes s’appuient malheureusement trop souvent sur les guitares.

Différent du deathmetal de l’époque, plus généralement massif et caverneux, Sadus sort ainsi un album possédant une identité très forte, mixant à la perfection la violence et la rapidité du thrash avec les aspects les plus malsains et sombres du deathmetal. Plus injustement méconnu à sa sortie, en regard des incontournables Consuming Impulse, Deicide et Slowly We Rot du même label à cette époque, Swallowed in Black reste une pièce à insérer dans toutes les discothèques extrêmes, sa vitesse hallucinante et la richesse de ses atmosphères façonnant un joyau unique en tout point.

Fabien.

> - Les chroniques -, Sadus — admin @ 2:00

22 mai 2007