Altars of Fab' Death

Satyricon : Dark Medieval Times

Satyricon 1

Ayant pris sa forme et son patronyme définitifs à l’arrivée de Satyr en 1991, Satyricon s’inscrit dans cette première vague du revival blackmetal norvégien sous l’influence de Mayhem, aux côtés de Darkthrone, Arcturus, Immortal, Burzum, Emperor et Enslaved, son leader étant d’ailleurs un habitué du fameux magasin ‘Helvete’ d’Euronymous basé Oslo. Le rapprochement entre Satyr et Frost a lieu à l’occasion de la demo-tape The Forest Is My Throne capturée en mars 1993, date à partir de laquelle nos deux hommes fonctionnent en binôme, entourés de musiciens pour les différentes occasions. Composé entre 92 et 93 durant une période sombre où quelques acteurs de la scène blackmetal basculent dans la violence, et immortalisé en septembre quelques petites semaines après le meurtre d’Euronymous, Dark Medieval Times parait en tout début d’année suivante, sur le propre label de Satyr créé pour l’occasion.

“Dark Medieval Times est un concept sur le moyen âge, lorsque les vikings dominaient les pays du nord, lorsque la peste noire envahissait également la Norvège en 1349. La musique a ainsi été créée durant mes heures les plus sombres et prend sa source dans nos anciennes croyances. Mon inspiration vient des paysages de Norvège, musique & paroles étant les clés vers ces temps obscurs, ouvrant les portes du domaine de Satyricon placé sous la bannière de la domination et de la haine.” Voici l’essentiel des notes de Satyr, qui résument bien l’ambiance sombre de son premier album et l’état d’esprit dans lequel il a été composé.

La magie opère dès les premiers instants de Walk the Path of Sorrow, son introduction plante idéalement ce climat trouble & obscur, puis le titre s’enchaine sur la batterie rapide de Frost, les guitares grésillantes et la voix haineuse de Satyr, les claviers discrets dont la présence assombrit considérablement l’atmosphère et apporte parallèlement tant de majesté. Ce tourbillon de noirceur et de haine cède régulièrement la place à des plans acoustiques, qui illustrent cette ambiance médiévale et apportent tant de mélancolie, particulièrement palpable sur le titre éponyme aux arrangements judicieux, comme cette flûte moyenâgeuse qui reste immanquablement en tête. L’interlude acoustique placé au cœur de l’album annonce une seconde partie toujours plus obscure, à l’image d’Into the Mighty Forest partagé entre déchainement de haine et moments d’accalmie, liés par ces claviers si envoutants, ou encore de The Dark Castle in the Deep Forest, l’un des morceaux les plus hypnotiques de notre duo norvégien.

N’ayant bénéficié que de moyens rudimentaires, Dark Medieval Times surprend par la richesse de ses arrangements, nous montrant toute l’inspiration de Satyr et son talent d’écriture, mais aussi l’osmose entre le leader et son batteur, qui forment à eux deux l’âme de Satyricon. Peu importe sa perfectibilité, tant la majesté et l’authenticité de l’œuvre l’emportent, traduisant ce climat si intense régnant au cœur de la scène blackmetal norvégienne de l’époque, son anticonformisme, son incarnation de la noirceur et de la haine, tant d’éléments d’une telle force qu’ils allaient se consumer en quelques années, une courte période noire et irremplaçable, dont Dark Medieval Times est l’une des précieuses clés.

Fabien.

> - Les chroniques -, Satyricon — fabien @ 15:59

9 janvier 2013

Satyricon : The Shadowthrone

Satyricon : The ShadowthroneBien que plusieurs groupes issus de pays foncièrement différents soient à l’origine du revival blackmetal que l’on peut situer à partir 1991 (citons cette année les LP de Samael, Rotting Christ, Master’s Hammer, Goatlord ou Beherit, sans occulter quelques Root ou Blasphemy parus une année auparavant), il n’aura fallu à la Norvège qu’une poignée de groupes majeurs pour se hisser au premier plan de ce mouvement noir grandissant, devenu rapidement incontournable dans le paysage extrême des nineties. Entre 1991 et 1994, c’est ainsi l’arrivée ou la consécration de plusieurs formations déterminantes comme Arcturus, Darkthrone, Emperor, Enslaved, Immortal, Mayhem, Burzum ou Satyricon, autant d’entités gravitant autour de l’influent Oystein Aarseth, le défunt leader de Mayhem. Articulé autour du duo Satyr et Frost, ayant bien connu ce cercle noir à partir du fameux magasin ‘Helvete’ à Oslo, Satyricon se taille une place de choix lors de la sortie du mémorable Dark Medieval Times en 1993, monument de froideur, de noirceur et de mélancolie unanimement salué par les blacksters de l’époque.

Principalement en cette seconde partie d’année 1994, sans occulter l’arrivée du terrible album éponyme de Gorgoroth, principale sortie d’une seconde vague où l’on retrouve Ancient, Hades, Gehenna, Dimmu Borgir ou Forgotten Woods, c’est ainsi la confirmation très attendue de tous ces premiers groupes majeurs, sans Mayhem dont la carrière est brutalement stoppée à la mort tragique de son leader. Satyricon propose ainsi sur son propre label Moonfog son second album baptisé The Shadowthrone, paru dans les mêmes temps que l’invincible In The Nightside Eclipse d’Emperor ou l’estimable Frost des guerriers nordiques d’Enslaved.

Impossible d’évoquer The Shadowthrone sans immédiatement penser à son titre d’ouverture, le somptueux Hvite Krists Død, où se superposent ou se succèdent des guitares aux mélodies entêtantes, des nappes de clavier tout aussi feutrées, un piano tout aussi envoutant, et le chant à la fois sobre et arraché de Satyr, qui s’exprime sur ce premier morceau en langue natale. Les montées en intensité, la lecture simple en apparence et pourtant sujette à de multiples rebondissements, alliées à la noirceur & la majesté qui s’en dégage, sont tous ces éléments hissant le titre parmi les standards du style.

Au fil de son avancée, l’album conserve cette atmosphère à la fois sombre et mélancolique qui lui donne tant de force et de majesté, lâchant des In the Mist by the Hills et Dominions of Satyricon tout aussi essentiels, sans oublier Woods to Eternity et la somptueuse partie acoustique sur sa partie centrale. The Shadowthrone, c’est aussi les parties de batterie désarmantes de Frost, capable d’accélérer aux endroits clés par quelques blast-beats foudroyants, ou encore d’enrichir considérablement l’ossature des morceaux par son jeu d’une richesse sans limite, pour citer ses multiples variations peu après la guitare classique de Woods to Eternity.

Vikingland et ses nombreux chœurs annonce quant à lui un retour à un chant en norvégien et une plongée plus précise au cœur de la mythologie et des racines nordiques, malgré quelques accélérations sans pitié de Frost nous rappelant toute la hargne du morceau, tandis que la pièce finale I En Svart Kiste, plage instrumentale à la teinte médievale entièrement jouée au clavier, nous montre la facette la plus paisible de Satyricon et annonce déjà l’album Fjelltronen de Wongraven, le projet folk/ambient éphémère de Satyr.

Immédiatement identifiable par le jeu Satyr et le son unique de sa guitare, en osmose avec son inséparable batteur Frost, sans occulter la présence impériale et respective de Samoth (Emperor) & Steinard (Arcturus) à la basse & aux claviers, The Shadowthrone confirme toute la force d’écriture et d’interprétation du binôme, parvenant à se dépasser après un Dark Medieval Times, qui pourtant avait tant marqué les esprits. Moins noir que son prédécesseur, à l’ambiance plus feutrée et au caractère entier, ce second album de Satyricon alterne passages colériques, instants sombres ou triomphants et moments de plénitude avec un talent exceptionnel, se hissant parmi les œuvres les plus majestueuses du blackmetal norvégien. Incontournable, indétrônable, atemporel.

Fabien.

> - Les chroniques -, Satyricon — admin @ 19:53

12 janvier 2012