Altars of Fab' Death

Sempiternal Deathreign : The Spooky Gloom

Sempiternal Deathreign : The Spooky GloomEn regardant bien, le nombre de formations deathmetal ayant sorti un album dès la fin des années 80 reste relativement restreint, et particulièrement sur le territoire européen. A ce titre, la hollande peut se vanter d’être entrée dans l’histoire grâce au terrible Consuming Impuse de Pestilence sorti en fin d’année 1989, alors que de nombreux groupes n’en étaient qu’à leurs balbutiements ou premières démos. Devançant Thanatos, Delirium & Asphyx, Sempiternal Deathreign répond également présent cette année avec son premier album The Spooky Gloom paru dans les mêmes temps que le disque de la bande de Patrick Mameli, mais souvent injustement oublié dans l’aventure.

Sempiternal Deathreign se forme autour de Frank Faase et Victor van Drie dès l’année 1987, puis compte rapidement dans ses rangs le batteur Rémo van Arnhem, officiant également au sein de la formation voisine Thanatos de Stephan Gébédi. Une rehearsal et une démo plus tard, le groupe signe avec le tout jeune label hollandais Foundation 2000 qui produit alors sa première réalisation, quelques années avant de lancer les groupes nationaux Gorefest et Mourning. Le trio s’embarque ainsi en juin 1989 aux Stonesound Studios pour les sessions de The Spooky Gloom, tandis qu’au même moment Pestilence rejoint le fameux Harris Johns au Music Lab de Berlin pour la capture de Consuming Impulse.

Muni d’une superbe illustration de Gustave Doré, The Spooky Gloom bénéficie toutefois d’une production et d’une promotion limitées faute aux faibles moyens de son label, à l’inverse de l’album de Pestilence idéalement enregistré par l’un des ingénieurs du son les plus redoutables du moment et distribué par la puissante écurie Roadrunner, qui vient tout juste de sortir cette même année les invincibles Slowly We Rot et Beneath the Remains d’Obituary et Sepultura.

The Spooky Gloom est articulé autour de six morceaux majoritairement longs, à l’exception de Resurrection Cemetary et Unperceptive Life avoisinant quant à eux les deux minutes. Ces deux titres expéditifs représentent d’ailleurs la facette la plus brutale de l’album, bâtis sur des rythmes tantôt entrainants ou tapageurs, des guitares incisives, sans compter le chant guttural de Frank Fasse profond et rageur.

Si le morceau Creep-O-Rama en ouverture suit la même logique sur ses premières minutes, Sempiternal Deathreign ralentit rapidement la cadence pour s’orienter vers des tempi et sonorités bien plus doomy. Cette tendance vers des rythmes plus posés et des riffs tout en lourdeur prend toute son ampleur sur Dying Day et le titre éponyme, longues plages où le trio navigue habillement entre doom et deathmetal. Le morceau central Devastating Empire dépasse quant à lui les dix minutes, débutant sur des lignes de guitare acoustique ponctuées par une intervention au piano, pour s’enchainer sur un riffing pachydermique supportant le chant guttural de Frank.

Non seulement Sempiternal Deathreign peut ainsi se vanter d’avoir assisté aux premières heures du deathmetal néerlandais, pour ne pas dire européen, mais il peut aussi légitiment être considéré comme l’un des pères du death/doom, se situant parfaitement entre les deux styles pour un résultat quasiment inédit en 1989. En revanche, si les faibles moyens du label Foundation 2000 peuvent expliquer le fâcheux manque de reconnaissance du trio, la modestie de l’enregistrement de The Spooky Gloom, la séparation du groupe peu de temps après la sortie de l’album, et enfin une technique et un génie moindres face au monstre Pestilence du moment, sont d’autres arguments tout à fait recevables.

Fabien.

9 février 2011