Altars of Fab' Death

Sentenced : The Trooper

Sentenced : The TrooperEn début d’été 1993, North from Here révèle Sentenced au grand jour, formation parmi les plus remarquables issues de Finlande, désormais métamorphosée en une entité deathmetal mélodique et épique fabuleuse. A la sortie de l’album paru chez Spinefarm, et Century Media en dehors des terres scandinaves, l’accueil de la critique est élogieux, notamment de la part du célèbre journaliste et producteur Borivoj Krgin, citant le quatuor comme l’Iron Maiden du deathmetal. Notre homme influent (fondateur de Blabbermouth quelques années plus tard), ne s’y est pas vraiment trompé, puisque notre groupe sort le EP 4 titres The Trooper dès le début 94.

La piste éponyme est bien sûr une reprise du fabuleux morceau présent sur Where Eagles Dare, le quatrième & invincible album de Maiden. Cette virée à la sauce deathmetal est pour le moins rapide et nerveuse, puisque Sentenced accélère significativement le tempo, évitant non seulement de livrer un hommage scolaire, mais montrant par ailleurs une sacrée aisance dans l’interprétation, et confirmant enfin ses racines heavymetal.

Le véritable attrait du EP reste néanmoins le morceau Desert By Night, instant précieux où le quatuor touche la magie du bout des doigts, pour signer l’une de ses plus belles compositions. Six minutes d’équilibre heavy/death épique & mélodique, d’une technicité, d’une articulation et d’une interprétation affolantes, parsemées de nappes de claviers discrètes & envoutantes, des superbes leads de Miika Tenkula croisant le chant écorché de Taneli Jarva, pour une clôture sur quelques divines notes de piano tout en légèreté.

In Memoriam est quant à lui issu de la démo-tape Journey to Pohjola (1992), qui avait servi à démarcher un nouveau label après le contrat du debut-album chez la petite écurie française Thrash Records. Ce titre tout en rondeur, où l’on retrouve pour la dernière fois le growl guttural de Miika avant qu’il ne cède le micro à Taneli, est non seulement un morceau solide & accrocheur, mais aussi une transition idéale entre Shadows of the Past et North from Here, intervalle entre la rugosité des débuts et l’intégration plus précise de mélodies.

Une reprise enthousiaste entre l’hommage fidèle et l’interprétation libre, une nouvelle composition, un bon titre méconnu et très professionnel issu de la dernière démo-tape, plus un dernier ajout simplement tiré de North from Here, la facture peut donc paraître légère pour ce simple avant-goût avant le prochain album. C’est bien sûr sans compter sur la force de l’inédit Desert by Night, qui hisse Sentented à son apogée, et donne à cette courte et précieuse réalisation une part importante de ses lettres de noblesse.

Fabien.

> - Les chroniques -, Sentenced — admin @ 19:10

9 avril 2013

Sentenced : Shadows of the Past

Sentenced : Shadows of the Past

Ce début des années 90 reste marqué par l’explosion du deathmetal aux quatre coins du globe, notamment en Scandinavie depuis les premières oeuvres de Merciless, Entombed & Carnage. La Finlande pointe quant à elle plus précisément le bout de son nez depuis la parution des premiers LP de Xysma & Funebre (Yeah, Children of the Scorn) et du Split-LP d’Epitaph & Excruciate en 1991, pour exploser dès l’année suivante avec les parutions des LP de Demigod, God Forsaken, Convulse, Disgrace, Purtenance ou encore des Mini-LP d’Amorphis, Belial et Phlegethon. Formé initialement en 1989 sous le nom de Deformity autour de Miika Tenkula, Sami Lopakka et Vesa Ranta, Sentenced participe lui aussi de pleins fers à ce mouvement extrême grandissant.

Fort de deux démos enregistrées en 1990 et 1991, Sentenced rejoint l’écurie française Thrash Records, basée au Havre et spécialisée dans la production de 45 tours, tout en se consacrant désormais à la sortie de LP’s. L’écurie encore jeune ne compte toutefois à cet instant que les LP For the Security et Calls From the Beyond des suédois de Carbonized de Megaslaughter, plus quelques signatures fraiches tel Convulse et Epitaph.

Recrutant au passage le bassiste Taneli Jarva, Sentenced se dirige ainsi dès novembre 1991 vers Ahti Kortelainen aux Tico-Tico Studios (qui deviendront très vite célèbres pour la puissance de leur son), précédant de quelques mois ses compatriotes Belial, Demigod et Impaled Nazarene. Le groupe en sort au bout d’une semaine avec son premier album Shadows of the Past, paru en premier semestre de l’année suivante avec un logo et une illustration le mettant piètrement en valeur.

Reprenant notamment l’intégralité des six titres composant la dernière démo Rotting Ways To Misery de 1991, Shadows of the Past sonne globalement sans surprise, appliquant la recette d’un deathmetal rugueux et monolithique qui prédomine à cette époque. On retrouve ainsi cette opposition entre rythmes majoritairement middle tempo et chargés en double pédale à des instants sauvages bien plus tapageurs, servant le chant gras et guttural de Miika Tenkula, Taneli Jarva fraichement accueilli au sein du groupe n’ayant pas encore pris place au micro.

Bien que relativement conventionnel, Shadows of the Past multiplie toutefois durant plus de cinquante minutes des titres déjà ambitieux, à l’image de l’envoutant Rot to Dead et ses guitares leads pleine de sensibilité, du bon The Truth et son démarrage acoustique, ou encore du remarquable final instrumental Under the Suffer et ses fines nappes de clavier en son coeur.

A ce titre, malgré son jeune âge et un style encore en définition, Miika Tenkula reste l’atout de taille de ces premières années de Sentenced, possédant un jeu d’une fluidité et d’une feeling remarquables, insufflant ainsi dans ce premier album une mélancolie toute particulière, qui contraste avec la lourdeur et la dureté de son deathmetal tout en apportant une atmosphère et un âme certaines à chaque morceau. Puissant et rugueux, l’enregistrement d’Ahti complète enfin les contours de l’oeuvre et accroît son épaisseur.

Sans révolutionner le style ni affirmer encore tout son talent, Sentenced débarque en cette année 1992 avec un premier album à la fois sensible et rugueux, laissant déjà filtrer son inestimable potentiel. Sous couvert d’une illustration trompeuse, Shadows of the Past s’impose comme une synthèse idéale des premières années purement deathmetal du groupe, mais aussi comme l’une des productions du label Thrash Records parmi les plus intéressantes, aux côtés du déjanté For the Security de Carbonized et du savoureux Dances From Left de Mordicus, paru quant à lui en fin d’année suivante.

Fabien.

> - Les chroniques -, Sentenced — admin @ 2:00

8 décembre 2010

Sentenced : North from Here…

Sentenced : North from Here...

L’arrivée de Sentenced sur la scène deathmetal en avril 1992, à l’occasion de son premier album Shadows of the Past, aura été relativement discrète, la faute à son écurie Thrash Records sans grands moyens, mais aussi à son death certes de qualité mais encore relativement conventionnel. Une seule année plus tard, le groupe finlandais revient alors avec un tout autre visage, colorant son deathmetal d’accents heavy et mélodiques, tout en prenant une tournure plus agressive et délaissant au passage ses relents d’outre tombe. Le bassiste Taneli Jarva glisse d’ailleurs judicieusement au micro, succédant à Miika Tenkula qui se consacre désormais pleinement à la guitare aux côtés de Sami Lopakka.

Sentenced rejoint alors Ahti Kortelainen aux fameux Tico Tico Studios (ayant notamment accueilli Impaled Nazarene, Belial, Demigod) pour les sessions de son second album North from Here, paru dès juin 1993 avec une couverture solide des labels Spinefarm Records et Century Media. Le disque reçoit d’emblée de bons échos, notamment du célèbre Borivoj Krgin, journaliste US de renommée mondiale, qui n’hésite pas à décrire le groupe de Miika Tenkula comme le nouvel Iron Maiden du deathmetal.

Sentenced est effectivement parvenu à modeler son style pour un résultat subtil, percutant et poignant. Les rythmiques monolithiques et les ambiances caverneuses du premier album cèdent ainsi la place à un deathmetal rapide & nerveux, mais aussi bien plus mélodique et aéré. Cette opposition entre agressivité de tout instant (renforcée par le chant rageur de Taneli Jarva) et nombreux moments d’accalmie contribue justement à la richesse globale de North from Here, au-delà de d’une qualité d’interprétation remarquable.

Chaque morceau contient ainsi l’élément lui apportant toute sa singularité, tel que le fabuleux passage central de Fields of Blood démarrant par une ligne de basse qui annonce une sacrée montée en puissance, les nappes de claviers épiques du superbe Awaiting the Winter Frost, l’opposition entre furie et douceur de Northern Lights, le tout magnifié par de nombreuses guitares acoustiques et par les soli éclatants de Miika Tenkula.

Oeuvre somptueuse, d’un équilibre général remarquable, North from Here s’inscrit directement parmi les albums clés issus de la scène deathmetal finlandaise, et compte plus largement parmi les disques fondateurs du deathmetal mélodique aux côtés des autres incontournables Unorthodox, The Karelian Isthmus ou Skydancer, (Edge of Sanity, Amorphis et Dark Tranquillity). Ses nombreux passages progressifs mêlés à un style agressif et percutant le dotent d’une richesse et d’une intensité fantastiques, laissant parallèlement déjà entrevoir la fin proche de l’ère deathmetal de Sentenced, qui s’orientera dès son futur album vers des horizons gothiques et heavymetal déjà loin de son style initial.

Fabien.

> - Les chroniques -, Sentenced — admin @ 2:00

27 septembre 2007