Altars of Fab' Death

Septicflesh : Sumerian Daemons

Septicflesh : Sumerian Daemons

En cinq années et autant d’albums, Septic Flesh a parcouru un voyage initiatique digne de l’Odyssée d’Ulysse. Comme certains de ses cousins de gothic metal issus des limbes du metal extrême (death, doom ou black), les Grecs ont rapidement exprimé le besoin de privilégier des options artistiques aventureuses, moins brutales et plus expérimentales. Chez Septic Flesh, qui reste malgré tout un cas atypique, à l’identité musicale unique, ce besoin de changement s’est d’abord manifesté sur l’audacieux Revolution DNA, puis par la suite au travers du side-project Chaostar, moyen d’aller au bout ses envies néo-classiques, en laissant de côté pour de bon toute référence au death metal.
Et sans que quiconque ose remettre en cause le talent évident des Grecs, trop largement démontré jusque là, il faut avoir l’honnêteté de dire que parmi les fans de Septic Flesh les plus « deathsters » dans l’âme (souvent les fidèles des débuts), le début des années 2000 prêtait à interrogation.
Rétrospectivement, le projet Chaostar fût sans doute salvateur. Trouvant leur exutoire expérimental au sein de ce projet parallèle, les Grecs ont pu parallèlement retrouver le goût du death metal des origines pour leur groupe principal.

L’année 2002 voit donc un nouveau Septic Flesh se mettre en mouvement. Changement de label (fin de l’aventure Holy Records pour aller chez les Bataves de Hammerheart), recrutement d’un claviériste « en dur », Spiros rebaptisé en Set’h, seules les (excellentes) conditions d’enregistrement sont conservées, au Studio Fredman avec Fredrik Nordstrom aux manettes.
Sumerian Daemons sort l’année suivante. Titre déjà significatif de la volonté de recoller aux thématiques ancestrales. L’artwork intrigue, captive, dérange. L’extraordinaire introduction aux choeurs incantatoires le confirme: Sumerian Daemons est d’une ambition démesurée. Celle de magnifier tous les acquis musicaux du groupe tout en retrouvant la force brute de ses origines, les racines de son death metal granitique des âges reculés.
Le death metal, Septic Flesh n’en a jamais joué aussi puissamment qu’avec Unbeliever, premier vrai morceau du disque. Un riff binaire mais épais, des blasts et des grandes parties de double, le growl absolument somptueux de Spiros, les choeurs féminins du break pour la petite touche cérémonielle: l’impressionnant décor est planté.
La suite du disque est à la fois plus nuancée et plus variée. On retrouve la patte des premiers albums sur des morceaux comme Virtues of The Beast ou When All Is Done, avec un équilibre miraculeux entre majesté et mélodie, finesse et puissance: la beauté d’essence divine, trop impressionnante et parfaite pour paraître humaine.
Toutefois, Sumerian Daemons n’est pas un retour en arrière. La puissance qui émane de son death metal s’appuie désormais sur une production époustouflante, et un jeu rythmique digne de ce nom (Akis occupe une présence phénoménale derrière les fûts, ce qui est assez nouveau chez Septic Flesh, et le couple basse-guitare rythmique n’a jamais été aussi tranchant). Cette force de frappe donne une épaisseur étonnante à certains morceaux, comme l’énorme titre éponyme qui s’appuie largement sur ce death colossal. Un death qui bien souvent surpasse en puissance et en vitesse les méfaits passés.
A cela il faut greffer toute l’expérience et le savoir-faire ingurgité depuis Ophidian Wheels et les albums suivants: une orchestration très pointue et une gamme de claviers aussi large qu’opportune (jamais trop mis en avant), la présence plus discrète mais judicieuse du chant de la soprano Natalie Rassoulis. Mechanical Babylon, audacieux mix de death aux accents industriels et d’harmonies orientales, ou encore Faust, déferlante brutale qui prend un relief enthousiasmant quand les choeurs donnent leur pleine mesure, offrent une facette moderne et novatrice au disque, montrant que Septic Flesh n’est pas focalisé sur son passé.
Ce brillant alliage de brutalité et de finesse parvient à réunir des qualités à la base antinomiques. Dense, chargé, adepte de la profusion, le death symphonique de Septic Flesh n’a jamais été aussi efficace et cohérent. Le miracle de l’album tient à cela: long de près d’une heure, le disque ne sombre pas dans la surenchère grâce à des compositions équilibrées, qui évitent l’excès de construction à tiroirs, mais qui chacune ont une identité propre et raffinée.

Au delà des considérations techniques, l’univers dépeint par l’album est lui aussi touché par la grâce de l’équilibre: particulièrement noir et angoissant, Sumerian Daemons impressionne par son côté monumental et surhumain. Toujours aussi ésotérique et ancré dans un passé mi-historique mi-mythologique, où les questions existentielles de la spiritualité sont traitées au travers du prisme des anciennes civilisations, il n’a plus la nostalgie romantique des premiers disques mais compense par un souffle homérique qui en impose.

Magnifique synthèse de dix ans d’une magnifique carrière et d’un savoir-faire unique, Septic Flesh réussit le pari impossible de renouer sans retenue avec un death metal copieux, sans rien perdre de sa finesse et de sa force émotionnelles. Presque dix ans après Mystic Places of Dawn, un nouveau joyau vient enrichir une discographie digne des plus grands.
Tout en confirmant avec maestria son génie unique et sa main mise incontestable sur le death symphonique, Septic Flesh produit tout simplement l’un des plus grands disques de l’année 2003…de death metal, tout simplement. Un véritable tour de force quand on jauge l’extrême vivacité du genre à cette période.

eulmatt (www.metal-blogs.com/eulmatt).

Comme tu peux d’en douter, je reste bien sûr un ardent admirateur des premières réalisations de Septicflesh, pour avoir ensuite lâché le groupe pour les raisons que tu évoques si brillamment. Mais voilà qu’un jour de fin 2002 ou début 2003 (je ne sais plus exactement) je me retrouve nez à nez avec l’envoutant et puissant Virtues of the Beast, sur le sampler de Metallian… La scission entre Chaostar et le Septicflesh a effectivement permis un recentrage ô combien salvateur pour les deathsters, permettant au groupe grec de se surpasser, aussi bien musicalement que conceptuellement. Sumerian Daemons est un album sacrément riche et puissant.  Fabien.

> - Les guests -, Septicflesh — fabien @ 7:54

26 août 2010

Septicflesh : Mystic Places of Dawn

Septicflesh : Mystic Places of Dawn

C’est en 1990, à Athènes, que naît Septic Flesh, dans la nébuleuse de la scène extrême grecque – l’un des plus vivaces foyers européens de black metal (Rotting Christ, Necromantia, Varathron…). Formé par les frères Antoniou (Christos et Spiros) et par Sotiris Vayenas, le jeune groupe emprunte très tôt une voie différente de ses grands frères. Sa première démo, Forgotten Path (ressortie en 99), montre un death metal assez obscur mais encore incertain, mêlant des éléments thrash/death primitifs et des inspirations plus heavy metal, avec quelques touches cérémonielles pouvant évoquant par moments du vieux Paradise Lost. Suivant ce premier brouillon, un EP nommé Temple of the Lost Race permet d’esquisser plus précisément la personnalité artistique du groupe, en rajoutant les premiers éléments symphoniques qui vont faire de Septic Flesh l’un des précurseurs d’une nouvelle approche du death metal, où les claviers et orchestrations ont leur place. Tandis qu’au nord de l’Europe, on se focalise sur le doom-death britannique ou sur l’étonnant Tiamat qui rompt avec les standards de ses confrères suédois, c’est dans le sillage d’un compatriote de cette même veine musicale, Nightfall (première signature du jeune label français Holy Records), que Septic Flesh va grandir. A son tour signé par l’écurie française, qui ne démentira jamais son goût pour le metal grec, le trio, accompagné du batteur de Nightfall justement, enregistre son premier album (produit par le leader de Necromantia), Mystic Places of Dawn, qui sort en 1994.

Dès le titre éponyme, force est de constater que le groupe a déjà acquis une maturité musicale absolument bluffante. De son death metal originel, on retrouve le growl sépulcral de Spiros, la lourdeur et la puissance des fondations rythmiques, la maîtrise du tempo oscillant méthodiquement entre structure plombée, accélération enlevée et du blast nerveux utilisé à bon escient (même si le jeu du batteur de session n’a pas la même finesse que celle des autres musiciens). Cette structure granitique à la croupe puissante est le premier étage du monument, déjà fondamentalement différent du death mélodique scandinave. Ce qui frappe ensuite, c’est la finesse d’écriture et l’implacable justesse de la construction mélodique. A la fois très complexe dans les enchaînements de ses construction à tiroirs, et très cohérent, le morceau reste centré autour d’une ligne mélodique superbe, emprunte de majesté, lourde en émotion et en atmosphère mystique. Riffs furieux et emballants, breaks aériens et émouvants, envolées lyriques, blasts surmontés de claviers symphoniques: Septic Flesh réussit l’étonnant tour de force de construire un univers immersif chargé d’émotion, en six minutes étonnamment homogènes, sans tomber dans la moindre linéarité. Son death metal, symphonique donc, progressif d’une certaine façon, néo-classique dans sa structure implacable qui ne laisse rien au hasard, évoque un univers antique, l’odeur des vieilles civilisations méditerranéennes, avec la magie de leurs mythologies.

Le tour de force en est vraiment un, puisque les 55 minutes du disque sont du même acabit…la superbe nostalgie de Pale Beauty of The Past, sa justesse mélodique et sa profusion émotionnelle; la furie brutale des Return to Carthage ou Behind The Iron Mask, magnifiée par des claviers au souffle épique; la magie de Crescent Moon, sa longue montée paroxystique qui s’amuse à jouer entre passages initimistes (où le superbe jeu de basse de Spiros fait merveille) et les élans monumentaux où riffs de fer et claviers magnifiques donnent le sentiment de parcourir des mondes mythologiques antédiluviens; le jeu clair obscur très gothico-progressif de The Undervater Garden…malgré sa durée, le disque s’avale assez facilement, sans véritable creux, preuve d’un talent incontestable et éclatant.

Jamais alambiquée, l’approche musicale des Grecs étonne par son ambition. Le jeu des guitares, s’appuyant la plupart du temps sur des mélodies assez simples, prend un relief étonnant dans la manière de se compléter, soit en contraste avec d’un côté un jeu puissant et basique complétant un lead lyrique aux inspirations heavy, soit dans un jeu entremêlé plus mélodique (avec souvent beaucoup de reverb, ce qui ajoute une note singulière, alors que pour les riffs plus massifs, la production un peu sourde peut gêner). L’ajout d’orchestrations (claviers, percussions), sans jamais donner dans le kitsch ou l’exubérant, vient parfaire cette construction parfaitement équilibrée, et lui donner une profondeur étonnante, qui contribue au rendu monumental du disque. Monumental, l’adjectif qui lui convient le mieux. Parce que son atmosphère antique est tellement prégnante qu’elle est une invitation dans un voyage dans le passé, dans cette civilisation aux parfums helléniques et orientaux sublimes. Et comme pour confirmer le caractère hautement symphonique du disque, celui-ci se clôture sur presque neuf minutes d’instrumentale, où les élans classiques au goût de mythologie grecque achèvent de convaincre du talent de composition du trio. Bien entendu, la débauche d’enchaînements peut dérouter les amateurs de compositions plus classiques, tant Septic Flesh va loin dans cette profusion. Ceux-là pourront se rassurer en sachant que les Grecs parviendront à simplifier leur écriture et à gagner en efficacité sans que l’ambiance en subisse le préjudice, sur les albums suivants…pour ma part je resterai éternellement sous le charme de ces envolées lyriques démonstratives aux contours un peu rêches, ce mélange d’art primitif et de baroque…

Avec sa lumière, son souffle épique, son mysticisme parfois poignant, Mystic Places of Dawn reçoit un accueil enthousiaste de la part de bon nombre d’amateurs de metal extrême. Son approche symphonique se démarque non seulement du death metal traditionnel, mais également du doom-death ou des premiers balbutiements du metal gothique, par son côté monumental et cérémonieux très ambitieux. Une preuve avant l’heure que le black metal n’est pas le seul à pouvoir cumuler approche extrême et élans symphoniques.

L’album reste à ce jour l’un des plus grands disques de la scène grecque, et une référence incontestable du metal symphonique. Et accessoirement, l’acte de naissance d’un des rejetons les plus doués de la scène extrême.

eulmatt (www.metal-blogs.com/eulmatt).

Mon album préféré de la première partie de carrière de Septic Flesh. Je l’ai acheté à l’automne 1994, donc il s’agit de mon premier contact avec Septic Flesh, ceci jouant peut-être dans la balance. A l’époque, sans que ce deathmetal cotonneux soit mon style de prédilection, j’ai été surpris par la richesse de son univers et ses mélodies envoutantes. Je lui trouve également une fraicheur, une insouciance et une agressivité que ne n’ai plus retrouvées par la suite. A titre personnel, j’adore le titre The Dreamlord, le plus vieux et le seul ne bénéficiant pas des mêmes sessions d’enregistrement. Il dégage une intensité et une majesté indéfinissables. Fabien.

> - Les guests -, Septicflesh — fabien @ 7:59

1 mai 2010