Altars of Fab' Death

Slayer : Reign in Blood

Slayer : Reign in BloodSombre & diabolique, écoulé à plus de 80 000 exemplaires suivant les premiers mois de sa parution, Hell Awaits élève directement Slayer parmi les formations thrashmetal les plus influentes et les plus respectées. Concluant rapidement un contrat avec la major Def Jam et s’associant au producteur de renom Rick Rubin, le quatuor assemble en moins d’une année les bases de son troisième album, largement pensé par Jeff Hanneman, et bâti sur des titres lourds s’étendant sur 50 minutes totales.

Pourtant, lorsque Slayer rejoint l’ingénieur du son Andy Wallace à Los Angeles, il change complètement la donne sous l’impulsion de Dave Lombarbo. Sans préméditation, le batteur accélère démentiellement la cadence durant ses prises, entrainant Jeff Hanneman, Kerry King et Tom Araya dans un rythme incroyable. Le gang rebelle californien sort ainsi des studios avec une offrande baptisée Reign in Blood, véritable concentré de thrashmetal de moins d’une demi-heure au final.

Le résultat est sans appel dès les premiers accords. Slayer ouvre en effet les hostilités sur Angel of Death, titre tout droit sorti des enfers, à l’image de l’illustration démoniaque de l’album, signée Larry W.Carroll. Débutant sur un riffing assassin et sur les cris arrachés de Tom Araya, le morceau fracasse tout sur son passage, terrassant l’auditeur sur un riff central de folie et une accélération tout aussi imparable. En outre, loin d’une thématique satanique basique et moyenâgeuse, le groupe ose mettre en musique, à travers Josef Mengele, le quotidien des camps de concentration, l’une des périodes les plus sulfureuses de l’histoire, la matérialisation de la souffrance, l’industrialisation de la mort. Le ton est donné.

Sur les rythmes démentiels de Dave Lombardo, à la frappe parmi les plus précises et les plus puissantes du moment, Slayer garde le pied au plancher, enchainant des Piece by Piece ou Altar of Sacrifice de furie, où s’entremêlent les soli décharnés du couple infernal Hanneman / King. Vicieusement, Slayer ralentit la cadence aux endroits clés, à l’image du break implaccable de Necrophobic ou encore de l’intro tout en loudeur de Jesus Saves, offrant quelques courts instants de répit avant d’enfoncer le clou de plus bel. Ainsi s’achève une face A d’anthologie.

Le rythme de batterie de Criminally Insane, suivi d’un palm muting serré, introduit diaboliquement la seconde partie de l’oeuvre, où s’enchainent riffs, rythmiques et soli imparables, le temps d’un Reborn ou d’un Epidemic tout aussi foudroyants. La magie de Reign in Blood réside en outre dans la force de ses titres, emmenés par les duels de folie entre King & Hanneman, et la singularité de leurs jeux. Seules deux ou trois minutes par plage suffisent pour une pleine expression, où rien n’est décidement laissé au hasard, sans place au superflu.

Cerise sur le gateau, le middle tempo Postmortem aux riffs invincibles hante l’auditeur avant de le terrasser sur une accélération impitoyable, s’enchainant sur une pièce finale de folie, l’incontournable Raining Blood, dominé par les rythmes puissants de Lombardo, les guitares meurtrières d’Hanneman & King, et les cris haineux d’Araya. Quatre dernières minutes durant lesquelles Slayer maîtrise ses ambiances à la perfection, l’enfer n’ayant jamais semblé aussi proche.

Aussitôt acclamé comme la plus belle pièce du metal extrême par une majorité du public, Reign in Blood consacre définitivement le thrashmetal au rang de style majeur, dominant d’une courte tête les invincibles Pleasure To Kill, Darkness Descends, Among the Living, Master of Puppets ou Peace Sells de ce terrible cru 1986. Les années passent sans que le succès, la rage, la décadence et la furie de Reign in Blood ne se démentent, hissant pour de bon Slayer parmi les dieux du genre, maintes fois imité, jamais égalé.

Fabien.

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29 janvier 2010

Slayer : South of Heaven

Slayer : South of HeavenAccélérant le rythme de façon démentielle durant les sessions, sous l’impulsion de Dave Lombardo, Slayer ressort en 1986 avec un Reign in Blood terrassant, véritable tourbillon d’agressivité et d’énergie pure, prenant directement place au panthéon du thrashmetal. Deux ans plus tard, plutôt que risquer la sortie d’un clone tout aussi rapide mais moins intense, le groupe californien calme alors le jeu durant l’enregistrement de son quatrième album. Fort de la reconduction de son contrat chez Def Jam et de sa collaboration avec le producteur Rick Rubin, Slayer lâche ainsi South of Heaven en été 1988, muni d’une nouvelle pochette de Larry Carroll, au style inimitable.

Le premier titre éponyme fixe d’entrée le nouveau décor de Slayer, débutant sur un riff lent & entêtant, puis montant magistralement en intensité au fil de sa progression. Live Undead ou encore le Culte Mantadory Suicide, au riffing parmi les plus mémorables de toute l’histoire du thrashmetal, confirment nettement la volonté du groupe dans la propension d’une atmosphère pesante et particulière, s’opposant au rythme effréné de Reign in Blood.

Silent Scream ou Behind the Crooked Cross montrent toutefois la facette plus agressive de South of Heaven, où Slayer impressionne une fois encore par l’entente et les qualités de ses interprètes. La précision et la puissance de frappe de Dave Lombardo, les riffs croisés de Jeff Hanneman & Kerry King, le chant arraché de Tom Araya, sont autant d’armes rendant le thrash de Slayer si unique et si meurtrier, peu importe sa vitesse d’exécution.

Depuis les échanges de riffs & soli imparables d’un Ghosts of War Culte à en mourir, en passant par les accélérations de Read Between the Lies et Cleanse the Soul, jusqu’aux parties acoustiques poignantes du titre final Spill the Blood, Slayer maintient ainsi toute l’intensité et la magie de South of Heaven, s’étendant durant 36 minutes n’ayant jamais parues aussi courtes. Rien ne vient décidément tenir cette perle, peut-être exception faite de Dissident Aggressor, reprise relativement poussive du groupe heavymetal Judas Priest, à mon humble avis.

Nouveau joyau dans la discographie de Slayer, largement composé par Jeff Hanneman, South of Heaven dégage une ambiance unique, à la fois lourde, puissante, diabolique et saisissante. En quatre albums, d’une qualité égale mais d’une saveur différente, le quatuor californien s’impose définitivement parmi les maîtres du thrashmetal des années 80, possédant parallèlement cette identité fortement marquée. En cette fin de décennie, Slayer semble si intouchable, invincible.

Fabien.

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17 novembre 2009

Slayer : Haunting The Chapel

La frénésie et l’urgence avec lesquelles Slayer et Metal Blade ont produit Haunting the Chapel, quelques mois après le fondateur Show No Mercy, témoignent bien de cet esprit pionner, avide d’occuper les territoires musicaux inexplorés que la naissance du thrash metal vient d’ouvrir. C’est donc fort de seulement trois inédits (Aggressive Perfector est issu de la compil Metal Massacre) que Slayer sort ce mini-album, histoire de battre le fer tant qu’il est chaud et de montrer les crocs.

Rétrospectivement on ne peut leur donner tort, tant cet EP témoigne d’une réelle avancée sur le plan stylistique. Chemical Warfare est à ce niveau le morceau le plus symptomatique de la volonté de Slayer de se détacher un peu plus de ses racines heavy. Extraordinaire morceau de thrash bâti sur un riff rapide et légendaire, ce titre comporte quelques breaks / accélérations maîtrisés à la perfection, permettant d’éviter toute linéarité et d’insuffler une dose supplémentaire de puissance. Un savoir-faire maison qui fera les beaux jours des Américains pour les albums à venir.

Moins rapide mais tellement accrocheur, Captor Of Sin est également une pièce culte. La complémentarité du duo Hanneman/King est bluffante sur les riffs comme sur les nombreux soli, pendant que Dave Lombardo est à son affaire pour entraîner tout ce beau monde. Voilà d’ailleurs un morceau qui prendra une ampleur monumentale sur le double live Decade of Agression, mais nous n’en sommes pas là.

Enfin, Haunting the Chapel, plus quelconque, vaut surtout pour la lourdeur et la puissance du jeu de batterie. La double pédale, bien mise en avant par le mixage, joue un rôle prépondérant dans le côté massif du thrash de Slayer. Là encore, cet aspect technique fait partie intégrante de la forte personnalité du groupe qui le démarque de la concurrence d’alors et qui bâtit sa légende.

La présence finale d’Aggressive Perfector, ancien morceau teinté de heavy metal, permet de mettre spectaculairement en lumière tout le chemin parcouru en quelques mois par Slayer…celui-ci est près pour enfoncer le clou, en se positionnant comme le leader de la frange brutale du thrash metal. A ce titre, pour ses deux premiers morceaux, cet EP fait partie intégrante de la légende Slayerienne.

Eulmatt (www.spirit-of-metal.com)

Les trois titres d’Haunting The Chapel se démarquent effectivement de Show no Mercy, possédant un côté désormais résolument thrash, et annonçant le ton du redoutable Hell Awaits. La seule écoute du terrible Captor Of Sin justifie à elle seule la possession de cet EP, avec son accélération parmi les plus mortelles jamais entendues. Du grand Slayer. Fabien.

> - Les guests -, Slayer — fabien @ 1:45

27 juillet 2007

Slayer : Show No Mercy

Slayer : Show No MercySlayer se forme en 1982 à Los Angeles, autour de Jeff Hanneman & Kerry King, qui complètent rapidement le line up avec l’arrivée de Tom Araya puis de Dave Lombardo, jouant rapidement une musique résolument lourde & sombre, à l’image de Black Magic, premier témoin d’une évolution vers des contrées encore inédites. En parallèle d’une apparition sur la compilation Metal Massacre III, le groupe décroche un deal avec Brian Slagel, boss du très jeune label Metal Blade Records, débouchant sur les sessions de son premier album en novembre 1983. A sa sortie tout début 1984, Show No Mercy révolutionne alors le monde du métal, présenté par son label comme l’album le plus rapide et le plus heavy de tous les temps.

S’inspirant du heavy métal hybride de Venom, Slayer déboule en effet avec des titres accélérés et un son incroyablement massif. De plus, les compositions, articulées autour de riffs de guitares en accords mineurs, sur lesquels le chant vient ensuite se greffer, rompent avec les structures traditionnelles du métal, où les instruments accompagnaient la voix avant tout. Ainsi, l’essence même du speed/thrash métal est née, Show No Mercy étant considéré comme son véritable géniteur, aux côtés de Kill Em All sorti cette même année.

A l’image des britanniques de Venom, Slayer dévoile un concept et des textes sataniques ; la formation s’affiche d’ailleurs avec un maquillage noir autour des yeux, l’abandonnant toutefois quinze jours après la parution de l’album, mais gardant toujours un lien étroit avec Satan, plus par imagerie que par réelle conviction d’ailleurs.

Dès l’écoute du premier titre Evil Has No Boundaries, l’auditeur est soufflé, à l’époque, par une telle vitesse d’exécution et un son si heavy. Le jeu du jeune Dave Lombardo est lourd et complexe, mais aussi terriblement précis, apportant une puissance rythmique notoire aux guitares d’Hanneman et King, aux riffs tranchants & agressifs, et aux soli rapides & endiablés. Enfin, en ajoutant les cris de Tom Araya, Show No Mercy restitue au final une violence encore jamais atteinte, faisant fuir à l’époque nombre de hard rockeurs, comparant sa musique à un mur du son impénétrable.

Brutalité et vitesse sont certes bien présentes, mais chaque titre est pourtant parfaitement contrôlé, balançant nombre de riffs, de breaks, d’accélérations, rendant le produit extrêmement intense et varié, à l’image des terribles The Antichrist ou Black Magic, devenus des classiques absolus.

Sans s’affranchir encore pleinement de ses racines heavy, Slayer initie non seulement toute la scène thrash en cette fin d’année 1983, imposant une structure musicale et une violence encore inédites, mais aussi la scène black par son image ouvertement satanique. Show No Mercy se pose carrément en album clé des débuts de la scène extrême, aux côtés du Kill Em All de ses homonynes speed métalleux de Metallica.

Fabien.

> - Les chroniques -, Slayer — admin @ 2:00

25 juin 2007

Slayer : Hell Awaits

Ayant délibérément orienté sa musique vers la brutalité totale dans l’EP Haunting the Chapel, rompant définitivement avec ses inspirations heavy metal encore suintantes dans Show No Mercy, Slayer peut passer la vitesse supérieure avec son second album.

Il ne faut pas longtemps pour saisir le chef d’œuvre : la lancinante et monumentale introduction d’Hell Awaits nous fait tout droit entrer dans l’univers apocalyptique de Slayer. L’attente est jouissive, jusqu’à ces premiers riffs massifs et tranchants comme des lames de rasoir. Dave Lombardo accélère progressivement le rythme, jusqu’au paroxysme. La machine se lance à 200 à l’heure, les guitares n’ont jamais été aussi rapides, la batterie implacable, le chant vociférant. C’est Hell Awaits, qui justifie à lui seul l’achat de l’album. Slayer n’a jamais été aussi impressionnant, monstrueux et intransigeant.

Les Américains poussent encore plus loin leur exploration : Kill Again n’est plus fondamentalement éloigné des bases du death metal, notamment par la présence du riff principal rompant avec le jeu traditionnel du thrash, sur fond de double pédale lourde et implacable. Si le chant reste clair, cette manière saccadée et virulente d’hurler les vocaux ajoute une dose de violence. Il est amusant de constater qu’à la même période, dans la vieille Europe, les Allemands de Kreator ont une approche musicale assez comparable.

At Dawn They Sleep confirme ce nouveau tournant : bien que mid-tempo, la puissance rythmique est incroyable. La batterie est précise et cinglante, et la production mettant très en avant la basse donne une ampleur magistrale à la musique de Slayer, même si le son des guitares est un peu sec. Il est également à noter la complexité des morceaux, alternant breaks et accélérations, regorgeant de riffs différents et de transitions parfaitement maîtrisées.

On peut encore ressortir les virulents Necrophiliac ou Hardening Of The Arteries, parfaits archétypes du style Slayer ayant trouvé sa vitesse de croisère. Les riffs se font alternement mélodiques, brutaux, bien complétés par les solis soignés et agressifs du duo Hanneman/King. Lombardo fait la démonstration que son jeu est désormais à maturité, avec ce coup de patte reconnaissable instantanément.

Hell Awaits, si il met Slayer sur les rails pour de bon pour la suite immédiate de sa carrière, possède une touche personnelle et typique que l’on ne retrouvera pas dans la suite de la discographie du groupe. Il est ainsi notable de trouver des morceaux relativement longs, au caractère progressif indéniable, le plus parfait exemple étant le complexe et superbe Crypts Of Eternity. Cette orientation, qui disparaîtra totalement sur le Reign In Blood à venir, rajoute encore un intérêt supplémentaire à cet album pas assez mis en avant dans la discographie de Slayer.

Bien plus qu’un album de transition, Hell Awaits est un véritable monument du thrash metal et une pièce maîtresse de la discographie de Slayer. Sa richesse et sa technicité sont un solide démenti à l’image réductrice de la musique du groupe qui est parfois véhiculée, et l’atmosphère sombre qui s’en dégage est remarquable.

Il incarne parfaitement l’avancée du thrash dans sa version la plus brutale, à l’instar du Endless Pain de Kreator et du Seven Churches de Possessed, ouvrant les portes du death metal. Tout est désormais possible.

Eulmatt (www.spirit-of-metal.com)

Les quatre premiers album de Slayer ont chacun une approche tellement unique, que je suis incapable de dire celui que je préfère vraiment. Hells Awaits contient les titres les plus longs et les plus alambiqués, à l’image du redoutable Crypts Of Eternity. Il possède également une coloration beaucoup plus thrash que Show No Mercy, et dégage parallèlement une atmosphère sombre et diabolique, plus que n’importe quel autre album de Slayer. Culte à mourir. Fabien.

> - Les guests -, Slayer — fabien @ 3:00

8 janvier 1985