Altars of Fab' Death

Sore Throat : Inde$troy

Sore Throat : Inde$troyEn février puis avril 1989, Sore Throat au line-up inchangé réinvestit les Lion Studios à Leeds pour la 5ème fois consécutive, afin d’y boucler son 3ème full-album. Si la bande de Rich Militia (Richard Walker) décide de changer légèrement son patronyme en Saw Throat sur cette nouvelle réalisation, le plus surprenant réside bien sûr dans le choix d’un unique morceau, là où le quatuor avait dépassé symboliquement le cap de la centaine sur Disgrace to the Corpse of Sid paru chez Earache Records début 1989. Cette seule piste de 41 minutes articulée en 8 chapitres, partagée sur les deux faces du vinyle, est un concept basé sur la destruction de notre environnement, et dégage une atmosphère souvent lourde et oppressante.

Sore Throat laisse sur cette œuvre définitivement son côté grindcore de côté, Indestroy résidant entre une alternance de longs passages sludge-doom à d’autres plus ancrés dans le crust-punk, chaque instant étant relié par ce regard noir et désespéré sur l’inconscience humaine et la dégradation de notre planète. La progression du morceau est bien amenée, entre partage de rage et d’accalmie, les guitares saturées ne dominant véritablement que sur quelques chapitres, moments où l’on retrouve assez le climat de la face B de Disgrace to the Corpse of Sid. Ambitieux sur cet effort, nos quatre gaillards réussissent ainsi l’exploit d’un morceau long jamais ennuyeux (à condition de bien se plonger dans le climat), celui-ci n’étant pas forcément construit sur des riffs metal traditionnels, mais axé sur la recherche d’une ambiance tantôt pessimiste, coléreuse ou mélancolique en osmose avec le concept.

Si la version vinyle de Manic Ears (Doctor and the Crippens, Ripcord, Civilised Society) renferme ainsi le titre éponyme et les paroles, la version CD du label anglais indique quant à elle 54 morceaux, avec l’unique mention “Plus 53 bonus tracks by Sore Throat !!!!!!!!”, aucune parole, aucun crédit et pour le reste démerdez-vous, manœuvre scandaleuse d’une part pour un concept-album où les paroles possèdent toute leur importance, d’autre part pour 53 bonus lâchés sans précision.

Les bonus 2 à 43 repris sur une seule plage CD (la n°2) représentent en fait l’intégralité des morceaux du EP Death To Capitalist Hardcore enregistré en mars 1988 (y compris la reprise War System (1982) des HC-punkers suédois Shitlickers pourtant non mentionnée), quatorze minutes d’énergie crust-HC-grind proches du premier album Unhindered by Talent, où les morceaux d’une poignée de seconde se succèdent et renvoient directement dans l’urgence HC-punk des débuts.

Les bonus 44 à 53 repris sur les plages CD n°3 à 12 représentent quant à eux les 10 titres enregistrés lors des sessions de février 1989 pour le EP Never Mind the Napalm Here’s Sore Throat (il manque donc à l’appel les 6 titres des ultimes sessions de mai 1989), où le groupe revient à un gros grind-crust après la parenthèse Indestroy pour y livrer ses meilleurs morceaux calés entre Napalm Death et Extreme Noise Terror. Dix minutes explosives à l’image du terrible morceau Something That Never Was, de la bonne reprise Channel Zero Reality des incontournables crusties d’Antisect, ou de quelques joutes vocales que n’auraient pas reniées Phil Vanes ni Dean Jones (ENT).

Le 54ème morceau Chainsaw Death est enfin un joke caché dans la dernière plage (n°12), un joyeux massacre à la tronçonneuse qui clôture la galette. Voilà quelques indications destinées à mieux comprendre la version CD d’Indestroy, qui fait ainsi office de compilation avec l’unique morceau de l’album et pas moins de deux EP’s.

Retour au morceau phare en conclusion, avec l’équipe de Sore Throat ambitieuse sur cette session, réussissant le pari d’associer un long titre unique à un concept, et montrant également une habilité équivalente en sludge-doom autant qu’en crust-punk. Pour les grinders avides de vitesse et de riffs, frustrés par cette session, la version CD est alors tout indiquée, y juxtaposant deux EP bien plus axés dans le crust-grind, dont les sessions de février 1989 de Never Mind the Napalm Here’s Sore Throat (clin d’oeil à Sex Pistols et Napalm Death) à ne pas rater.

The meek shall inherit the earth,

The meek shall inherit the excrement of western society.

Fabien.

> - Les chroniques -, Sore Throat — admin @ 16:09

20 décembre 2013

Sore Throat : Disgrace to the Corpse of Sid

Sore Throat : Disgrace to the Corpse of SidToujours articulé autour de Militia, Pickering, Talbot et Halmshaw, sous couvert de nouveaux pseudonymes, Sore Throat ne tarde pas à réinvestir les Lion Studios pour les sessions de son second album, capturé durant cinq journées d’octobre 1988, un mois seulement après son précédent passage dans les mêmes lieux lors de la mise en boite du premier LP Unhindered by Talent ! Le LP sort toutefois à cheval entre 1989 et 1990, plus d’une année après son enregistrement. Notre quatuor décroche entre temps un contrat avec l’écurie montante Earache Records, qui signe avec Disgrace to the Corpse of Sid sa dixième réalisation, suivant de quelques mois celles de Napalm Death, Unseen Terror, Carcass ou Intense Degree, entre autres.

Habitué à une multitude de morceaux sur album ou EP, Sore Throat fait exploser le compteur sur son deuxième LP en lâchant pas moins de 101 titres, histoire de passer symboliquement la barre de la centaine. Le groupe segmente toutefois habillement les morceaux en deux faces distinctes, la face A ne comprenant qu’une plage censée regrouper 90 déflagrations en 22 minutes, tandis que le face B contient 11 morceaux qui s’étendent sur une durée équivalente. Honnêtement, la première partie est éprouvante en ce qui me concerne, le délire noise-grind se multiplie 90 fois et n’offre musicalement que peu d’intérêt, de mon unique point de vue. Il n’y a pas de développement et je n’y perçois pas vraiment l’intérêt sauf l’envie de faire péter tous les records, une majeure partie voire l’intégralité du trip ayant du être improvisée durant les sessions d’enregistrement.

La seconde partie de l’œuvre contraste avec la face opposée, puisqu’elle regroupe quant à elle les compositions parmi les plus abouties de Sore Throat (en excluant l’incroyable morceau Indestroy de 41 minutes enregistré quelques mois plus tard). Si l’esprit grindcore reste encore de rigueur chez Sore Throat, le spectre de Napalm Death étant toujours présent, le côté crust prend cette fois significativement le dessus, cette seconde face nous renvoyant volontiers du côté de Doom, Hellbastard, Axegrinder ou Deviated Instinct, vers la rage, la mélancolie et le désespoir d’Amebix et Antisect, les rythmes étant tantôt lents, tantôt entrainants, mais jamais tapageurs.

Plus longs et oppressants que les morceaux directs d’Unhindered by Talent, chargés d’un spleen que l’on ne retrouvait pas forcément auparavant, les morceaux qui composent la face B de Disgrace to the Corpse of Sid préfigurent déjà le long titre Indestroy que la formation enregistrera au printemps 1989, un tourment entre vitesse, urgence et colère, une face où Sore Throat privilégie l’ambiance, avec un esprit punk de désespoir souvent présent. Pris plus ou moins à la rigolade avec sa présentation en avant de 101 titres, le LP n’a pas rencontré beaucoup de succès, tout comme les albums d’Intense Degree, Unseen Terror, OLD, Spazztic Blurr parus sur le label, à l’heure où l’écurie anglaise Earache Records explosait pourtant ses ventes grâce à Carcass, Napalm Death, Bolt Thrower, Morbid Angel et Terrorizer. C’était en 1989.

Fabien.

> - Les chroniques -, Sore Throat — fabien @ 21:10

19 décembre 2013

Sore Throat : Unhindered by Talent

Sore Throat : Unhindered by TalentFormé au milieu des années 80 par Rich Militia au chant (altéré), Brian Talbot & Jon Pickering à la basse & aux guitares, ces deux derniers membres évoluant également au sein du fameux crust-band Doom, Sore Throat est une figure de la scène british HC-grind de l’époque, aux côtés de Napalm Death, ENT, Heresy, Concrete Sox, Intense Degree, Electro Hippies, j’en passe et des meilleurs. A partir de son EP Death To Capitalist Hardcore capturé en mars 1988, peu avant l’intégration de Paul Halmshaw à la batterie (tout jeune manager de l’écurie naissante Peaceville), le groupe devient un fidèle abonné des Lion Studios, qui verront un sacré paquet de formations HC, metal ou crusties se bousculer, tel qu’Hellbastard, Axegrinder, Paradise Lost, Electro Hippies ou Civilised Society.

En 43 titres pour une vingtaine de minutes, le EP pose les bases de la musique de Sore Throat, un style articulé autour de morceaux courts, certains expédiés en une poignée de seconde, ancrés entre HC, crust ou grindcore, la dernière appellation étant dominante, l’album Scum de Napalm Death se hissant parmi les influences indéniable de notre combo. Paru sur Acid Rain Records (une version éphémère de Peaceville), l’EP est rapidement suivi d’une nouvelle invasion du quatuor au Lion Studios, qui investit les lieux avec son nouveau batteur durant deux journées de septembre 1988, pour les sessions de son premier album Unhindered by Talent à paraitre sur Meantime Records en fin d’année.

En deux jours, Sore Throat met ainsi en boite 32 minutes réparties en 52 nouveaux titres, plus ou moins inspirés. On retrouve ainsi une ossature principale proche du grindcore du premier LP de Napalm Death (qui enregistre par ailleurs au même moment son second album F.E.T.O. aux Birdsong Studios), Paul ‘Hammy’ Halmshaw nous larguant d’ailleurs une cascade de blast-beats n’ayant pas grand-chose à envier à la vélocité des batteurs de ND, Heresy ou Intense Degree (Harris, Charleswoth, Pendlebury), décrits comme les frappeurs anglais les plus rapides du moment. L’ancrage dans le crust est également largement palpable, mais pouvait-il en être autrement avec le guitariste et le bassiste de Doom dans les rangs de notre quatuor ? Ce mélange typiquement british donne ainsi une série de morceaux particulièrement réjouissants, pour citer le très bon Horrendous Cut-Throat System en ouverture, composition qui aurait largement pu être signée par Bullen, Broadrick ou Harris. En revanche, là où Napalm Death se détend une seconde top-chrono sur un ‘You Suffer‘ d’anthologie, Sore Throat multiplie à outrance les plages inférieures à dix secondes, nous lâche en plus quelques chansons à boire sympathique mais peu appropriées, oubliant de donner plus de cohérence et finalement plus de consistance à son œuvre.

Unhindered by Talent n’est reste pas moins l’effort le plus intéressant de la discographie de Sore Throat à mon humble avis, un grind/crust percutant qui rappelle tour à tour Napalm Death, Doom, Extreme Noise Terror dans ses meilleurs moments, bref un témoignage supplémentaire de cette scène crust-HC-grind britannique bouillonnante durant la seconde partie des eighties, que d’aucuns nommaient aussi le britcore ou le speedcore, une déflagration rapide et métallique, faite de rage, d’insouciance, et d’une colère saine et salvatrice.

Fabien.

> - Les chroniques -, Sore Throat — fabien @ 18:54