Altars of Fab' Death

Suffocation : Blood Oath

Suffocation

Jusqu’ici Suffocation a toujours réussi à justifier son statut de groupe culte, splitté momentanément en 1998 après le bon MCD Despise the Sun, les hommes de Frank Mullen avaient réussi un bon retour avec Souls to Deny en 2004. Les disques des new-yorkais ont ainsi traversé deux décennies sans réellement prendre de ride, prouvant même avec le redoutable album éponyme (l’une des meilleures sorties Death de 2006) qu’ils avaient encore bien leur place au sommet de la chaîne alimentaire du Death Metal aux côtés de Krisiun, Nile et Hate Eternal.

Du coup, on commençait à croire que Suffocation était incapable de sortir un album moyen. De plus un pas en avant supplémentaire semble avoir été franchi dans leur longue carrière, le groupe quittant la maison mère Relapse pour le encore plus énorme label allemand Nuclear Blast. De plus la superbe pochette pourpre de Blood Oath laisse à penser qu’une fois de plus, les précurseurs du Death brutal et technique vont nous proposer comme de coutume des compositions inspirées et surpuissantes.

Le titre Blood Oath démarre d’ailleurs sur une rafale très véloce de double pédale qui n’est pas sans rappeler Hate Eternal. Pour le reste les riffs et le style Suffocation est immédiatement identifiable avec des guitares aux riffs précis et relativement complexes, une basse claquante appuyant magistralement la batterie, la production puissante et claire comme sur le disque précédent et évidemment le growl reconnaissable entre mille de Monsieur Mullen. Dismal Dream est idéalement placé en deuxième position pour lancer définitivement ce disque, balançant un break terrible suivi d’un déluge de rythmiques très appuyées de la paire Marchais / Hobbs. La lourdeur et l’énergie développée sur ce titre rivalise donc sans problème avec les deux disques précédents.

Seulement au bout de quelques titres, un léger sentiment de déjà-vu commence à s’installer, non que les chansons soient mauvaises, Images of Puragory déployant au passage la grosse artillerie au niveau des guitares (que ce soit en rythmiques comme en solo) ou Undeserving proposant des arrêts et des accélérations redoutables de précisions et même quelques riffs dissonants auxquels Suffocation ne nous avait pas habitué jusqu’ici.
Oui mais voilà, un morceau comme Cataclysmic Purification par exemple semble déjà avoir été cent fois entendu sur d’autres albums de Suffocation et malgré un profil taillé pour la scène, il donne une nette impression de redite.

Il est assez clair que Terrance Hobbs et ses sbires se sont contentés de composer comme ils savent le faire sans trop se casser la tête, alors bien sûr même à 80% Suffocation enterre encore la plupart des jeunes groupes, Mental Hemorrhage en remontre à beaucoup niveau puissance et Frank Mullen y fait étalage de son extraordinaire guttural profond, mais il y a des choses qui ne trompent pas : Marital Decimation vieux morceau repris d’un autre de leurs albums Breeding the Spawn (comme les Deathsters new-yorkais se plaisent à le faire sur chaque disque), est l’un des plus incisifs de l’album…

Blood Oath mauvais et sentant le sapin pour le groupe ? Certainement pas, seulement lorsqu’un combo génère une telle attente auprès du public, la déception est forcément au rendez-vous si un disque énorme n’est pas à l’arrivée, Suffocation n’est tout simplement pas parvenu à se transcender, prenant tranquillement la vitesse de croisière. Si on veut se hasarder à une comparaison, avec Effigy of the Forgotten et Pierced From Within ils bombardaient à 200 sur l’autoroute, sur Suffocation ils étaient tout de même à 160, ici ils se contentent de tenir paisiblement un bon 135 au régulateur de vitesse… Rassurons nous, Frank Mullen et ses collègues n’ont pas encore emprunté les départementales comme Obituary ou les chemins vicinaux comme Six Feet Under…

A défaut de rester dans les annales, Blood Oath vient s’ajouter à la liste déjà conséquente de bons albums Death Metal de 2009 et permettra aux fans du combo (et croyez-moi je sais de quoi je parle) de passer un très bon moment. Peut-être Suffocation franchira t-il un nouveau cap de reconnaissance grâce à l’énorme potentiel de distribution de Nuclear Blast pour peu que celui-ci juge le groupe comme une priorité (ce qui est loin d’être certain…). Allez, le prochain sera légendaire et se hissera au niveau de Effigy of the Forgottent et Pierced From Within, je le jure sur les têtes de Charles Trenet et Tino Rossi…

BG (www.spirit-of-metal.com).

Depuis sa reformation, Suffocation n’est pas parvenu à maintenir la pleine intensité de ses débuts. Le plus gros défaut de Blood Oath reste son côté parfois poussif, manquant dans l’ensemble de brutalité. Ainsi, autant j’apprécie un titre comme Dismal Dream, autant la suite de l’album manque bien souvent de morceaux vraiment percutants. Toutefois, au-delà de mon exigence accrue envers Suffocation, Blood Oath reste un bon disque, au dessus de la masse brutaldeath actuelle. Ses plans lourds et architecturaux, me rappelant souvent la période Breeding the Spawn, prennent encore plus d’ampleur au fil des écoutes. Et puis, quelle pochette de Jon Zig ! Fabien.

> - Les guests -, Suffocation — fabien @ 6:43

30 juin 2009

Suffocation : Suffocation

Suffocation : Suffocation

Mai 2005, Souls to Deny marque le retour attendu de Suffocation qui, malgré un album de bonne tenue, ne parvient pas à reconquérir pleiement sa place de leader sur la scène brutaldeath internationale, faute à son image encore figée entre 1991 et 95, mais aussi à cause de l’ombre prédatrice des nouveaux prétendants dans le domaine, tels que Nile, Krisiun ou Hate Eternal.

Septembre 2006, la bande new-yorkaise livre enfin son second effort depuis son retour, sobrement intitulé ‘Suffocation’. Le quintet débarque avec une pochette sombre et épurée signée Jon Zig, mais aussi avec une nouvelle icône en guise de logo, afin de prendre un côté plus actuel. Exit les illustrations de DanSeagrave certes emblématiques, mais révélatrices d’une intention majoritairement proche de l’école old school. Le groupe se dote par ailleurs d’un enregistrement plus moderne, au son clair & incisif, sachant rester parallèlement tout aussi corrosif. Incontestablement, les gars de Suffocation et leur label Relapse travaillent leur image afin de se doter des meilleures cartes en main.

Coté compositions, difficile de faire de gros reproches à Suffocation, tant le groupe conserve cette recette magique dans la construction et l’interprétation de ses nouveaux morceaux, toujours aussi brutaux et si alambiqués, ces instants de lecture multiple offrant de sacrées heures d’écoute avant la compréhension de toutes leurs subtilités. De la première à la dernière seconde, chaque titre est remarquablement ficelé, servi par un Mike Smith au mieux de sa forme derrière les fûts, et par la paire de guitaristes Hoobs/Marchais, qui parvient quasiment à égaler le couple mythique Hoobs/Cerrito que l’on croyait pourtant intouchable. Citons par exemple l’excellent Redemption, qui débute par une intro acoustique aux accords sombres & disharmoniques pour une sacrée montée en puissance.

Avec un album éponyme de très bonne facture, suite logique et un peu plus moderne du bon Souls to Deny, Suffocation se rapproche un peu plus du trône du brutaldeath brutal, autrefois conquis aux côtés des suprêmes Morbid Angel & Immolation. Ne doutons pas qu’il y siège une fois encore, en nous livrant un album culte à la Effigy of the Forgotten ou Pierced from Within. Le potentiel est là, et les tournées intensives à travers le monde nous montrent le groupe plus déterminé que jamais.

Fabien.

> - Les chroniques -, Suffocation — fabien @ 2:00

3 juin 2009

Suffocation : Souls to Deny

Suffocation : Souls to DenyAu milieu des nineties, à l’instar de ses homonymes Malevolent Creation, Immolation, Gorguts & Sorrow (USA), Suffocation fait également les frais de la politique désarmante de son écurie Roadrunner, qui évince progressivement tous ses groupes deathmetal, ne conservant quasiment qu’Obituary et Deicide en son sein. Durant cette période de galère, ce précurseur du brutaldeath retrouve une ultime fois Scott Burns, pour l’enregistrement du très bon Despise the Sun (1998), avant de jeter définitivement l’éponge à la fin de l’année, laissant désormais une scène orpheline.

Sorti chez Vulture Records, le petit label de Jason Fligman, le mini-CD Despise the Sun est toutefois rapidement épuisé, invitant Relapse Records à le ressortir en 2002. Cette réédition, couplée au regain d’intérêt pour la scène deathmetal, motive alors le retour du combo légendaire en 2003, autour de trois membres d’origine, Frank Mullen, Mike Smith et Terrance Hobbs. Doug Cerrito, que l’on croyait pourtant inséparable de Hobbs à la guitare, manque hélas à l’appel, laissant heureusement la place à Guy Marchais, ancien gratteux du groupe Pyrexia, l’un des frères spirituels de Suffocation.

Décidé à effectuer en parallèle un maximum de concerts, Suffocation investit le Fullforce Studio début 2004, sous la houlette de Joe Cincotta, ressortant avec l’album Souls to Deny, articulés autour de huit titres flambant neufs. Relapse Records commercialise le disque dès le mois de mai, s’offrant les services du célèbre dessinateur Dan SeaGrave, qui effectue lui aussi son retour avec ses dernières illustrations pour Gateways to Annihilation & Where Ironcrosses Grow (Morbid Angel, Dismember).

A l’inverse du côté direct et du rythme ravageur de Despise the Sun, Souls to Deny marque le retour de Suffocation vers des compositions aux structures très alambiquées. Alternant middle tempo, blast-beats et contretemps assassins, le jeu de batterie de Mike Smith est incroyablement complexe, servant les guitares de Terrance (au jeu directement identifiable) et Guy, qui entremêlent leurs riffs et posent leurs soli avec une aisance déconcertante et un plaisir manifeste.

Depuis l’excellent To Weep Once More (au parfum Jesus Wept exquis) jusqu’aux redoutables Subconsciously Enslaved & Tomes of Acrimony, en passant par les mémorables Surgery of Impalement & Demise of the Clone, Suffocation frappe juste, conservant son toucher unique et cette capacité à écrire des morceaux aux multiples entrées, garants d’un nombre d’heures et d’un plaisir d’écoute quasi infinis. Frank Mullen gratifie le tout de ses growls d’une profondeur si caractéristique, éléments indissociables du brutaldeath de Suffocation.

En revanche, Souls to Deny ne parvient réellement ni à surprendre, ni à renverser, reprenant fidèlement la recette des ses invincibles prédécesseurs Effigy of the Forgotten & Pierced from Within. Le groupe a par ailleurs pris une ou deux rides, lâchant un disque un brin daté en comparaison de derniers missiles comme Informis Infinitas, Darkened Shrines ou King of All Kings, qui défrayèrent la chronique deux petites années auparavant.

Si certains retours peuvent s’avérer parfois hasardeux, celui de Suffocation reste sans conteste heureux et bienvenu. Sans grand préjudice, le break du groupe new-yorkais lui a ainsi permis de recharger ses batteries et de repartir à la conquête du trône du brutaldeath autrefois conquis, armé d’un Souls to Deny complexe et subtil, composé dans les règles de l’art. La concurrence est toutefois rude en cette année 2004, le niveau technique et la brutalité du style s’étant considérablement accrus depuis l’essor d’Angelcorpse, Origin, Krisiun, Nile ou Hate Eternal, sans oublier les gardiens du temple tels Immolation ou Morbid Angel, invariablement au dessus du lot.

Fabien.

> - Les chroniques -, Suffocation — admin @ 2:00

2 juin 2009

Suffocation : Despise The Sun

Successeur attendu du cultissime Pierced from within, Despise the sun voit le jour en 1998, sous la forme d’un MCD. Le line-up reste stable, à la notable exception du poste de batteur, qui revient cette fois à Dave Culross, officiant alors chez Malevolent Creation. Niveau production, on trouvera difficilement un groupe de death metal plus échaudé à ce niveau que Suffocation. Portant comme un fardeau le ratage sur ce point de Breeding the Spawn, les New-Yorkais sont devenus intransigeants sur ce point, et c’est à nouveau Scott Burns en personne qui se voit reconduit, après le résultat époustouflant obtenu sur Pierced from within.

En terme de son, il s’avère que Despise the sun fait presque encore plus fort que son prédecesseur. Une puissance bluffante, un mix superbe, mettant une fois encore en valeur le couple rythmique basse/batterie (quoique la quatre cordes se fasse plus discrète que sur Pierced), un équilibre parfait entre les growls légendaires de Frank Mullen et le tranchant des guitares.

Le death metal de Suffocation s’éloigne cependant notoirement de la complexité de Pierced. Privilégiant des structures plus massives et directes, du moins sur les quatre premiers morceaux (Catatonia est une pièce rapportée de Human waste), Suffocation semble avant tout chercher l’efficacité au détriment de la technicité pure. Quelques traits particulièrement parlants : l’absence totale de soli (!), des riffs pas particulièrement pointus mais jouant plutôt sur la densité, guère plus de deux breaks par morceau, une batterie moissonneuse-batteuse qui alterne peu ses tempi. Devoid Of Truth est particulièrement significatif de cette évolution (deux riffs martelés dégageant malgré tout une puissance de feu terrifiante). Suffocation revient de fait à une structure de death metal conventionnel, fleurant même le old-school par moments.

Pourtant, le résultat est décapant. Le terrifiant Despise the sun et son riff roulant qui dévaste tout sur son passage est par exemple d’une efficacité redoutable, prompt à s’incruster dans les têtes et à défriser les plus blasés. Franck Mullen semble encore évoluer dans des sphères plus stratosphériques qu’habituellement, peut-être davantage mis en relief par le feu roulant plus linéaire des compositions. La salve déflagrante et dévastatrice rase tout sur son passage en à peine douze minutes. Un feu nourri sans respiration ni figure de style. Mais quel impact…

On s’en remet au final à Catatonia pour retrouver les contours plus marqués du death technique à la New-Yorkaise si caractéristique de Suffocation, ce qui offre le premier solo du disque, les premières constructions à tiroirs et changements de rythmes intempestifs et saccadés. Finalement, la démarche du groupe peut quelque peu interpeller. A considérer ce qui pourrait être vu comme des griefs (la durée bien trop courte, le virage vers un death plus classique et direct qui tranche avec la personnalité atypique de Suffocation,…), on pourrait émettre un avis mitigé à l’égard de Despise the sun.

Ce serait omettre un élément fondamental : l’efficacité du disque est telle qu’elle doit être considérée comme une formidable preuve du talent de Suffocation. Le gang New-Yorkais prouve justement ici qu’il ne doit pas seulement sa reconnaissance à la complexité de son style, mais qu’il est avant tout une formidable machine de guerre, capable d’engendrer un death metal d’une grande pureté, même dans des formes plus conventionnelles. Et ça, c’est la grande classe. D’un point de vue historique, Despise the sun marque également la fin de l’ère historique de Suffocation, qui splitte quelques temps plus tard, ne revenant sur le devant de la scène qu’en 2004 avec Souls to deny, soit huit ans après. Cela ne le rend qu’un peu plus indispensable.

Eulmatt (www.metal-blogs/eulmatt.com)

Avec sa courte durée, considérant en plus la reprise Catatonia, Despise The Sun offre peu à se mettre sous la dent, mais l’ensemble reste d’une finesse et d’une précision irréprochables. Ce mini CD était surtout l’occasion à Suffocation de démarcher un nouveau label, suite à son éviction de Roadrunner. La mauvaise santé de la scène death métal aura toutefois raison des new-yorkais, se séparant peu après l’enregistrement, pour quelques six années. Despise The Sun représente aussi le dernier enregistrement death métal de Scott Burns, mais encore les dernières sessions avec Doug Cerrito, qui donnera un coup de main à Erik Rutan dès l’année suivante, sur Conquering The Throne. Fabien.

> - Les guests -, Suffocation — fabien @ 3:30

3 mai 2009

Suffocation : Pierced From Within

Si en 95, les bases musicales du death metal et de ses innombrables sous-genres sont clairement établies, il n’en demeure pas moins vrai que le mouvement cherche un second souffle. Dès lors il est de bon ton pour les leaders du genre de confirmer leur rang au sein d’une hiérarchie impitoyable. Indéniablement, pour Suffocation, c’est Pierced from within qui lui confirme définitivement son titre de groupe culte du death technique brutal, qu’il a pu conquérir grâce au légendaire Effigy Of The Forgotten quatre ans plus tôt. Il n’est d’ailleurs pas anodin de noter qu’un an plus tard, Cannibal Corpse fera sa révolution avec Vile en se rapprochant d’une certaine façon du death brutal ultra technique des New-Yorkais, définitivement référents en la matière.

Vécu tel un sacerdoce, la détermination de Suffo pour établir les canons du style est bluffante. La production atteignant enfin la perfection que mérite sa musique, Pierced from within est une éclatante démonstration d’un savoir-faire maison inégalable. Démonstration de puissance avant tout. Bien loin d’un mitraillage systématique en règle, Suffo fait étalage de son expertise dans la gestion du tempo, n’hésitant jamais à fouiller les structures pour que l’auditeur, à intervalles réguliers, se détende un minimum pour mieux se prendre une grosse droite en pleine face sur l’accélération qui suit.

Pierced from within atteint des sommets de violence maîtrisée, l’extraordinaire technicité des musiciens étant uniquement dédiée à l’agression des ouïes consentantes. L’impressionnante rythmique basse/guitare, tout en variété et en jeu chaloupé, constitue néanmoins un socle en béton armé sur lequel les guitares viennent à leur guise trancher, concasser, cisailler au gré des riffs chirurgicaux et des soli aussi techniques que vicieux et étouffants. Quant aux growls de Sieur Mullen, ils sont tout bonnement une légende du death metal à eux seuls. Est-ce nécessaire d’en rajouter ? Ecoutez donc le déhanchement et les accélérations de Thrones Of Blood, le concassage en règle du début de Suspensed In Tribulation, le solo accélérateur de Synthetically Revived, les formidables riffs tortueux de Brood Of Hatred…ou tout simplement le parfait Pierced From Within. Quelques minces échantillons absolument non exhaustifs…

Atteignant sa pleine matûrité, s’appuyant sur un son qui, plus de dix ans après, a été rarement égalé, la complexité et la virulence du death de Suffo demeure plus que jamais LA référence du genre, au travers de ses innombrables breaks, ses improbables accélérations et sa puissance implacable. Pierced from within est non seulement un disque à posséder, mais en plus sa non-linéarité et sa richesse lui confèrent un caractère jubilatoire qui ne baisse jamais au fil des écoutes. Eternel Suffocation…

eulmatt (www.metal-blogs.com/eulmatt ).

Après un Breeding The Spawn en demi-teinte, faute à sa production confuse, Suffocation doit reconquérir le trône du death brutal, aux côtés d’Immolation et Morbid Angel. C’est chose faite avec ce Pierced, véritable modèle de brutalité et de précision, avec les grattes d’Hobbs / Cerrito aux jeux complémentaires et incroyablement nuancés. Pierced est vrai must sorti en cette année 1995, à une époque où certains pensaient à tort que le meilleur du death métal se trouvait déjà derrière. Fabien.

> - Les guests -, Suffocation — fabien @ 4:15

1 mai 2009

Suffocation : Breeding the Spawn

Suffocation : Breeding the Spawn

Retour en 1993, une année attendue par de nombreux deathsters puisqu’elle coïncide avec le retour de Suffocation. En effet, non seulement son premier album Effigy of the Forgotten est déjà devenu culte, posant les bases du brutaldeath tel qu’on le connaît actuellement, mais aussi son nouveau titre Prelude To Repulsion, spécialement enregistré pour la compilation At Death Door Vol II de Roadrunner (1992), laisse présager le meilleur pour nos cinq brutes new-yorkaises. Ainsi en juin 1993, lors de la sortie de Breeding the Spawn, devant la terrible pochette d’un DanSeagrave très prisé à cette époque, les rythmes cardiaques s’accélèrent.

Le line-up de Suffocation n’a guère changé entre temps, seul Josh Barohn ayant rejoint Autopsy en Californie est remplacé par l’excellent Chris Richards à la basse, parfait complément au jeu de batterie puissant et complexe de Mick Smith. De leur côté, les inséparables guitaristes Hobbs & Cerrito se partagent équitablement la composition des nouveaux morceaux, interprétés comme à l’accoutumée avec une dextérité et une précision désarmantes. Enfin, la voix de Frank Mullen, d’un guttural toujours aussi profond, vient idéalement à bout des tapisseries murales les plus résistantes.

Parfaitement en place, Suffocation est ainsi de retour avec un deathmetal toujours aussi brutal et pourtant si subtil. Ses nouveaux morceaux aux plans alambiqués et aux guitares enchevêtrées apportant tant de nuance, désarment une fois encore, à l’image du terrible Marital Decimation ou d’un Ignorant Deprivation tout aussi finement calibré, permettant à ce titre des écoutes quasi infinies grâce à leur construction à multiples tiroirs, mais aussi grâce aux jeux sans faille du duo Hobbs / Cerrito, parfaitement complémentaire.

Lors d’une période où Roadrunner cherche à réduire ses frais de studios, il invite sans ménagement quelques poulains de son écurie à stopper la collaboration avec Scott Burns aux Morrisound Studios, lieux qui deviennent plus onéreux au fil de leur popularité. Si Malevolent Creation opte par exemple pour Mark Pinske aux Pro Media Studios pour les sessions de son troisième album Stillborn, Suffocation retourne quant à lui avec l’ingénieur du son Paul Bagin, ayant non seulement déjà enregistré le terrible mini-album Human Waste, mais également le tout aussi redoutable morceau Prelude To Repulsion pour la fameuse compilation du label. Mais cette fois-ci, la sauce prend difficilement, notre quintet new-yorkais se retrouvant avec un son de guitare trop compressé et un mixage global assez confus, là où son style brutal et technique exigeait au contraire une précision et une clarté de tout instant.

Malgré sa production plus confuse, Breeding the Spawn reste intrinsèquement un sacré album de brutaldeath. Suffocation est toujours aussi inspiré, nous assommant à coup d’Anomalistic Offerings et d’Ornaments of Decrepancy sans pitié, siégeant en cette année 1993 sur les plus hautes marches du deathmetal nord américain aux côtés de Death, Morbid Angel, Deicide ou Immolation.

Fabien.

> - Les chroniques -, Suffocation — admin @ 2:00

13 juin 2007

Suffocation : Effigy of the Forgotten

Suffocation : Effigy of the Forgotten

Originaire de New York et fondé en 1989 par Frank Mullen, Josh Barohn et Mike Smith, rejoints dès l’année suivantes par le duo meurtrier Hobbs / Cerrito aux guitares, Suffocation est une figure incontournable du brutaldeath nord américain. Sa seconde maquette baptisée Human Waste est directement éditée en mini-album par le jeune label Relapse Records, qui sort ainsi sa toute première production en support CD, après avoir déjà gravé quelques vinyles EP pour Apparition (Sorrow) ou Incantation. Le quintette décroche dans la foulée un deal avec la puissante écurie Roadrunner qui vient tout juste d’étoffer son catalogue avec l’ajout des deathsters d’Immolation, Gorguts et Sorrow, puis il rejoint Scott Burns aux inévitables Morrisound Studios pour les sessions d’Effigy of the Forgotten à paraître en octobre 1991.

Grâce au mélange imparable d’une brutalité sans limite et d’une technicité désarmante, Suffocation secoue la scène deathmetal de l’époque, encore relativement habituée à des rythmiques monolithiques et un riffing rentre-dedans. Sur une rythmique très complexe de Mick Smith derrière les fûts, enchainant blast-beats et double pédalage écrasant, le duo culte Terrance Hobbs et Doug Cerrito assène une multitude de riffs enchevêtrés avec une dextérité diabolique, apportant une nuance indéfinissable aux morceaux, à l’image de l’anticlérical Liege Of Inveracity ou du furieux Habitual Infamy, aux multiples lectures et à la durée de vie infinie. Les growls très gutturaux de Franck Mullen créés par l’utilisation du tube digestif et de la gorge s’affranchissent également du type de chant deathmetal de l’époque, participant à la création de ce climat si sombre et si furieux.

Effigy of the Forgotten figure ainsi parmi les joyaux ne s’appréciant pas forcément à la première écoute, tant ses titres restent alambiqués et brutaux. Mais au fur et à mesure, chaque morceau prend toute son ampleur, formant au final un ensemble d’une cohérence et d’un équilibre exemplaires, fracassant sur le riffing d’Infecting the Crypts, désarmant par la mise en place diabolique de Seeds of Suffering, ou terrassant sur le break impitoyable de Jesus Wept, l’un des titres les plus incisifs et mémorables du deathmetal.

En outre, la production soignée de Scott Burns sied idéalement au style fouillé de Suffocation, bien que la caisse claire de Mike Smith eut mérité un son un peu plus constistant. Enfin pour couronner le tout, Effigy of the Forgotten est muni d’une illustration de DanSeagrave fantastique, fourmillant de petits détails s’affirmant avec le temps, à l’image de la musique du quintette nord américain. Pour l’anecdote, Roadrunner confia notamment au dessinateur avoir beaucoup de mal à reproduire ses moult détails lors de l’impression des tee-shirts.

Hier comme aujourd’hui, Effigy of the Forgotten reste une référence incontournable de la scène brutaldeath. Si cette appellation ne possédait pas encore ses contours à l’époque, employée à tout va qu’un groupe forçait sur les rythmes, Suffocation peut légitiment être considéré depuis comme l’un des fondateurs majeurs du style, ayant influencé un nombre incalculable de formations brutaldeath actuelles. A ce jour, la première œuvre du dieu new-yorkais reste en outre maintes fois imitée et jamais égalée dans son domaine. A en mourir.

Fabien.

> - Les chroniques -, Suffocation — admin @ 2:00

6 avril 2007

Suffocation : Human Waste

En 1991 paraît le premier EP d’un groupe de légende au sein du death métal : Human Waste  de Suffocation… Muni d’une pochette sanguinolent à souhait, ce premier jet (après une démo), pose les bases d’un death massif, aux riffs vicieux et à la brutalité jouissive…

Le titre Human Waste de ce EP est tiré de Reincremation (1990), la démo du groupe, et les cinq autres titres présents ont tous connu une seconde jeunesse par la suite. Infecting The Crypts, Mass Obliteration et Jesus Wept sur Effigy Of The Forgotten (1991), Syntheticaly Revived sur Pierced From Within (1995) et Catatonia sur Despise the Sun (1998). C’est dire à quel point les musiciens du groupe considèrent les morceaux de ce EP comme des pièces maîtresses de leur discographie. Pour la petite histoire, cette sortie est la première du label aujourd’hui florissant Relapse Records…

Le son est crasseux, lourd, on aurait presque l’impression d’écouter le groupe en répèt’, mais dès le premier titre, le ton est donné. Le style Suffocation est déjà palpable à travers des riffs monstrueusement agressifs, une ambiance suffocante (logique !) et des compos en forme de grand huit qui vous laisse à peine le temps de respirer. Parties lourdes, mid tempo et blasts s’enchaînent sans hésitations, on sent que les zicos savent parfaitement où aller et que leur but est de proposer un death aussi morbide que celui de Carcass (les riffs rampants de Synthetically Revived et Catatonia), aussi bourrin que celui de Cannibal Corpse, le tout avec une approche des rythmiques assez unique. Pas mal pour un premier EP !

Il faut dire que les musiciens maîtrisent déjà parfaitement leurs instruments et ne font déjà pas dans la demi mesure. Ajoutez à cela des break totalement imparables (Mass Obliteration, Catatonia, Human Waste), des soli bien barrés, et vous obtenez un death radical, malsain, bref, diaboliquement accrocheur. Pour moi, le morceau phare de ce EP est l’énorme Catatonia. Son intro rouleau compresseur et son terrible riff a la troisième minute en font un titre incontournable du death métal. Par ailleurs, je préfère tout de même prévenir ceux désireux d’acquérir ce disque que la prod’ est d’époque et, sans être calamiteuse, ne se montre pas à la hauteur des réalisations suivantes de Suffocation. Personnellement, je trouve que ce son poisseux augmente encore d’avantage l’aspect sans compromis de ce EP.

Voici donc les premiers pas d’un très grand, et à l’écoute de ces six titres, pas de doute, le génie était déjà présent. Human Waste est un excellent témoignage de ce qu’était le groupe (et le death) au début des années 90…

Tonio (www.metal-blogs/tonio).

Human Waste est en fait la seconde démo de Suffocation, après Reincremation. A cette époque, Relapse Records éditait déjà plusieurs 45T/démos (Apparition, Incantation, Deceased, G.Surgery, Exit-13, Monstrosity, Rottrevore, Repulsion), mais Human Waste constitue le premier pressage en CD du label. Je trouve personnellement le son de Human Waste d’une rugosité parfaite, conférant ces relents brutaux et caverneux à souhait. Bref, bien que tout les titres de Human Waste eurent été repris sur les albums suivants des new-yorkais, je recommande vraiment son achat. C’est du Suffocation à l’état brut et bestial, assénant des Synthetically Revived & Catatonia cultes à en mourir. Fabien.

> - Les guests -, Suffocation — fabien @ 2:30

8 janvier 1991