Altars of Fab' Death

Suicidal Tendencies : Controlled by Hatred – Feel Like Shit… Deja-Vu

Très prolifique en cette fin des eighties, Suicidal Tendencies revient dès 1989 chez Epic Records, en sortant simultanément deux EP (issus des mêmes sessions d’enregistrement) qui, respectivement juxtaposés en face A & B à la fin de la même année, constituent le quatrième full lenght de la formation, communément appelé Controlled by Hatred. Les californiens changent cette fois d’ingénieur du son, en optant pour Paul Winger, qui livre une production aussi massive que celle de Mark Dodson, mais résolument plus agressive. L’album marque enfin l’arrivée du bassiste Stymee, qui n’est autre que le redoutable Robert Trujillo.

Controlled by Hatred présente six nouveaux titres, ainsi que deux nouvelles versions de la superbe ballade How Will I Laugh du précédent album. Si la première n’offre que peu de changements par rapport à l’originale, la seconde est en revanche entièrement acoustique, dégageant une sensibilité et une intensité formidables, justifiant quasiment à elle seule l’achat du nouvel opus. De surcroît, les morceaux inédits, bien que peu nombreux, s’avèrent d’une qualité plus que satisfaisante, parvenant à eux six, à former non seulement un ensemble très homogène, mais aussi à créer une atmosphère lourde et envoutante, magnifiée par l’excellence des soli de Rocky George.

Le thrasher retrouve ainsi le côté très balancé de Suicidal Tendencies sur les entrainants et non moins excellents Master Of No Mercy & Feel Like Shit, dominés par les rythmiques percutantes de RJ Herrera & Robert Trujillo, ou encore sur le terrible Just Another Love, sans pitié sur son refrain, grâce aux riffs tranchants de Mike Clark. L’ambiance devient alors plus épaisse, voire même plus oppressante, sur Waking The Dead & Not Easy, pour atteindre son paroxysme sur l’incontournable Controlled. Le titre éponyme débute sur un ton lourd en opposition à la voix suave de Mike Muir, montant ensuite parfaitement en puissance, pour exploser littéralement sur sa seconde partie, grâce aux soli furieux de Rocky et aux vocaux de Mike, devenus déchainés.

Plus thrash dans l’esprit que son prédécesseur, Controlled by Hatred diffuse parallèlement des atmosphères fines et maîtrisées, offrant un équilibre saisissant entre sa puissance émotionnelle et ses débordements hargneux. Album à part entière pour certains, double EP pour d’autres, ce nouvel effort de Suicidal Tendencies manque ainsi seulement de quelques inédits pour compléter le tableau, mais confirme cependant l’excellence et la forte identité de la formation, lui permettant notamment de décrocher une tournée monumentale dès l’année suivante, aux côtés de Slayer, Megadeth et Testament, modestement baptisée The Clash Of The Titans.

Fabien.

16 mai 2008

Suicidal Tendencies : How Will I Laugh Tomorrow

Suicidal Tendencies : How Will I Laugh TomorrowSuicidal Tendencies revient en septembre 1988 avec son troisième album, How Will I Laugh Tomorrow, succédant d’une grosse année à un Join the Army très remarqué, lui ayant notamment permis une signature avec la puissante major Virgin Records. Recrutant un second guitariste en la personne de Mike Clark, et s’adjoignant parallèlement des services du fameux Mark Dodson derrières les consoles d’enregistrement (Anthrax, Metal Church), le groupe californien poursuit son évolution vers une approche de plus en plus thrash, tout en conservant parfaitement son identité.

Sur le couple basse batterie carré de Bob Heathcote & RJ Herrera, les riffs de Mike Clark sont puissants & massifs, mis en valeur par un enregistrement parfaitement calibré, s’opposant ainsi aux guitares légères et aux soli aériens de l’incroyable Rocky George, pièce essentielle de la formation de l’époque. La voix de Mike Muir est désormais très travaillée, offrant un contraste saisissant entre cette lourdeur instrumentale et la douceur de son chant, chuchoté par moment, mais débordant judicieusement dans des parties beaucoup plus hargneuses, renforcées par les voix en backing de ses acolytes.

Osmose entre puissance et émotion, How Will I Laugh Tomorrow frappe juste, délivrant des Trip at the Brain ou Hearing Voices plus que mémorables, pour atteindre son apogée avec la superbe ballade éponyme, parfaitement accélérée en son milieu, se hissant parmi les titres les plus intenses de Suicidal Tendencies, égalant sur ce terrain Metallica et son atemporel Welcome Home.

En outre, loin de renier ses racines hardcore, et conservant son grain de folie particulier, la bande de Mike Muir délivre en parallèle des titres très balancés, à l’image de Suicyco Mania ou Dont’Wake Up, où le ton devient alors plus léger et plus entrainant, tout en gardant cette excellence rythmique, soutenant le jeu complètement débridé de Rocky, aux accents funk exquis (Surf and Slam) et aux soli de pure folie (Sorry).

Tour à tour furieux, intense, doux & mélancolique, How Will I Laugh Tomorrow impressionne par la richesse & la variété de ses émotions, ainsi que par la virtuosité de ses interprètes, Rocky George en tête. L’album s’inscrit non seulement parmi les albums décisifs de l’histoire de Suicidal Tendencies, mais hisse également le quintette californien aux portes des Big Four de l’époque (Anthrax, Metallica, Slayer, Megadeth), ainsi qu’au rang des formations incontournables de la scène thrash hardcore des eighties, plus simplement baptisée crossover depuis le troisième album de DRI, ayant tout bonnement donné le nom au mouvement.

Fabien.

15 mai 2008

Suicidal Tendencies : Suicidal Tendencies

Suicidal Tendencies : Suicidal TendenciesFormé en 1982 à Venice en Californie autour de Mike Muir, Suicidal Tendencies sort rapidement son premier album en été 1983. A la manière du Dirty Rotten LP des DRI, ce disque tombe comme un pavé dans la mare, et suscite d’entrée de très nombreuses polémiques entre les métalleux qui le trouvent trop punk, et les punks qui le trouvent trop metal, beaucoup n’hésitant pas au passage à cracher sur son leader, qui n’a pas encore ses vingt ans.

Ce disque a en effet peu de points commun avec le hardcore de Minor Threat, Black Flag ou Dead Kennedys, possèdant un son et une approche résolument plus metal. Les rythmiques d’Amery Smith sont lourdes et soutenues, épaulant la rafale de riffs heavy et énergiques de Grant Estes.

Dès le premier titre, l’album part ainsi dans des accélérations folles, les 12 morceaux défilent vite, en 28 minutes exactement. Pourtant, ceux-ci sont suffisamment longs pour être développés, présentant des riffs, des breaks et des soli, qui constituent une approche metal purement inédite.

Avec son alternance de titres rapides, ou d’autre plus lents aux riffs mémorables, Suicidal Tendencies (l’album) est varié et jamais ennuyeux. Beaucoup de morceaux deviennent rapidement des classiques du hardcore metal, à l’image des excellents middle tempo Institutionalized & Suicidal Failure, ou des rapides et furieux You’ll be Sorry & Two Sided Politics. Enfin, le chant de Mike Muir est hurlé sans être vraiment mélodique, exception faite du titre I Want More, qui annonce déjà les prémices de l’excellent How Will I Laugh Tomorrow, sorti cinq années plus tard.

En 1983, Suicidal Tendencies sort vraiment un album à part, à la croisée de différents styles, mais très vite, le disque trouve son public, étant alors considéré comme une clé, une pierre angulaire du mouvement hardcore metal du début des eighties. Par la suite, le groupe évolue vers des strates thrash crossover beaucoup plus marquées, avec ses colorations funk particulières, renforçant alors le côté unique de cette première réalisation.

Enfin, je trouve dommage que le quatuor californien ait réenregistré quatre années plus tard les titres de Suicidal Tendencies, en les incorporant dans l’album Still Cyco After All These Years, gagnant certes en lourdeur et en précision, mais perdant du coup une partie de la fougue et la fraîcheur de ses débuts.

Fabien.

10 novembre 2007

Suicidal Tendencies : Join The Army

En un sens, le premier album du gang de Mike Muir fût à double tranchant. En 1983, Suicidal Tendencies fit l’effet d’une bombe dans le petit monde du hardcore (mouvement encore adolescent, son grand frère le punk n’étant…pas mort). Mais la soudaine célébrité des skateurs, associée à une liberté d’expression bien malvenue dans l’Amérique Reaganienne, les place un peu trop sous les projecteurs, ce qui explique en partie leur silence de presque quatre ans. Une fois le line-up stabilisé et les problèmes de maison de disque réglés, Suicidal peut enfin rattraper le temps perdu en sortant son second opus au titre second degré toujours aussi contestataire : Join The Army.

Dès l’entame, le coup de patte est reconnaissable. Suicidal Maniac est de la pure veine hardcore, avec un Mike Muir éternel, son timbre si particulier et son débit incroyable déversé dans un torrent de riffs nerveux et de rythmique joyeuse. Reconnaissable entre mille, et pourtant la suite vient nuancer l’idée d’une filiation pure et dure avec le premier album. Join The Army, hormis l’impact furieux de son refrain, est bâti sur une solide ossature metal au tempo plus lent, et aux sonorités respectueuses d’une éducation heavy qui transpire dans le jeu du nouveau guitariste Rocky George.

Tout au long de l’album, Suicidal Tendencies propose des morceaux dont la veine metallique est indiscutable, comme sur le superbe A Little Each Day, lent mais terriblement consistant avec ses riffs thrashisants, son solo emballant et un sens mélodique notoire. Autre hymne metal qui constituera également un futur grand classique, l’emballant War Inside My Head, où se mêlent chant et refrain hardcore avec riffs et soli très heavy. Sans compter le fameux Possessed To Skate, bâti sur la même approche et cette capacité à pondre des mélodies qui restent longtemps dans la tête…

Dans le même esprit, lorsque le rythme vient à s’accélérer, c’est le thrash qui vient s’inviter à la furie hardcore de Suicidal, pour donner de purs moments d’énergie brute et de furie, comme sur I Feel Your Pain ou Two Wrongs Don’t Make A Right. Conservant son impact et son entrain, le combo californien semble avoir trouvé une belle homogénéité dans cet enchaînement de compos de deux ou trois minutes à la construction carrée et aux refrains accrocheurs. Il en résulte un disque épatant, à la fois accessible et subtil, nerveux et profond.

Cette fusion de punk/hardcore et de metal, si elle était difficilement envisageable en 1983, à une époque où ces scènes se regardaient en chien de faïence, est devenue possible désormais. L’avènement du thrash y est pour beaucoup, partageant la même adrénaline et les mêmes goûts pour les thèmes politiques et sociétaires. Des groupes de metal comme SOD avaient ouvert la voie. C’est donc ainsi que les skateurs de LA se retrouvent à la sortie de Join The Army associés presque naturellement à la scène thrash metal, au firmament en cette année 87. C’est le début de la période dorée de ST, qui en cinq années va pondre une discographie homogène et dense, unanimement appréciée par les fans de thrash metal comme ceux de hardcore.

Eulmatt (www.spirit-of-metal.com)

D’une lourdeur métallique supplémentaire, grâce à l’intégration de Rocky George, Join The Army représente en effet l’oeuvre de ST qui a enfin réuni métalleux et skaters au sein des mêmes pogos, tandis que quatre années plus tôt, Suicidal Tendencies se coinçait pourtant déjà entre les mouvements métal & punk, sans affinité à cette époque. L’apport du groupe sur la scène crossover est immense, au même titre que celui de ses collègues nord américains de MOD, DRI, SOD ou Cro-Mags (pour n’en citer que quatre). Fabien.

> - Les guests -, Suicidal Tendencies — fabien @ 2:00

30 décembre 1987