Supuration : The Cube
Pratiquement voisin de Loudblast, Supuration se forme dès 1989 dans le nord de la France, autour des frères Loez (Fabrice & Ludovic) et du batteur Thierry Berger, influencé dans ses toutes premières années par les pionniers de la scène death métal. Toutefois, le groupe cultive rapidement une forte identité, se taillant notamment une solide réputation sur l’hexagone grâce à son MCD Sultry Obsession. Complétant son line up avec le bassiste Laurent Bessault, la bande se dirige alors en studios sous la houlette de Bruno Objoie, le Colin Richarson français de l’époque, pour les sessions de son premier album.
The Cube sort ainsi en avril 1993, sur le petit label Reincarnate Records qui, malgré de faibles moyens, livre le CD dans un splendide digipack, une première dans le monde du métal. Cette présentation surprenante souligne parfaitement l’avant garde des thèmes abordés par Supuration qui, à mille lieux des stéréotypes gores ou sataniques l’époque, imagine un concept album sur les pérégrinations de l’âme, libérée de son enveloppe charnelle après la mort.
Débutant par une guitare acoustique apaisante, l’album enchaine avec The Elevation, sur le couple rythmique lourd & middle tempo du tandem Thierry / Laurent, supportant les riffs massifs & techniques des deux frères. Ludovic délivre un guttural très profond à ce moment, mais alterne rapidement avec un chant clair parfaitement maîtrisé, tandis que les guitares deviennent parallèlement plus mélodiques & aérées, offrant notamment une succession de soli somptueux en milieu de morceau.
Ce premier titre donne ainsi la couleur globale de The Cube, qui jongle brillamment entre lourdeur death métallique, atmosphères éthérées, sonorités futuristes et harmonies soignées, à l’image de l’excellent de Dim Light. 1308.JP.08 & 4TX.31B restent certainement les deux titres les plus ambitieux de l’album, dégageant leurs ambiances subtiles & mélancoliques, sur des paroles en chant clair de bout en bout.
En cette année 1993, Supuration explose ainsi les limites du death métal, fort d’un concept original et d’un chant clair encore inédit dans le genre, imposant un climat tantôt dur, sombre ou chaleureux. Toutefois, malgré un succès notoire sur le territoire français, The Cube peine à s’exporter, faute à la faible structure de son label, mais aussi à son death intimiste certainement trop high-tech pour son époque.
Fabien.