Altars of Fab' Death

Supuration : Sultry Obsession

Supuration : Sultry ObsessionEntre la fin des eighties et le début des nineties, la scène deathmetal du nord de la France a été relativement prolifique, ces groupes souvent d’origine thrash ayant considérablement alourdi leur style sous l’influence de Death, Morbid Angel, Morgoth ou Pestilence. On compte ainsi plusieurs acteurs du nord depuis l’essor de Loudblast, tels que Putrid Offal, Krhoma Death ou Supuration, et tant d’autres comme Sepulchral ou Dagon à la durée de vie souvent éphémère. Formé en 1989 sous le nom d’Etsicroxe (Exorciste à l’envers) par les frères Ludovic & Fabrice Loez aux guitares et leur ami d’enfance Thierry Berger derrière les fûts, notre trio figure parmi ces pionniers de la région, débutant lui aussi sur une carrière thrashisante et enregistrant rapidement la démo-tape Haunted.

Ayant entre temps évolué vers un style pleinement deathmetal, le trio décide de remplacer son patronyme par Supuration dès 1990 et, avec le soutien de Stéphane Buriez et le de boite lilloise Underground Records, il rejoint en novembre l’excellent Bruno Objoie aux CMA Studios, pour la capture du mini-CD Sultry Obsession, son premier enregistrement professionnel. Le disque surprend d’entrée par la lourdeur de ses guitares et son côté sombre, bénéficiant d’une production massive de Bruno, l’ingénieur du son nous habituant à des enregistrements sacrément puissants.

Accordage bas, batterie massive, son corrosif des guitares, growls d’outre-tombe, tous les ingrédients sont ainsi réunis pour répondre à la définition d’un deathmetal lourd & profond, et créer une atmosphère d’une densité toute particulière. Sans être démonstratifs, les riffs allient brutalité et subtilité, et dénotent déjà un vrai talent de composition et d’interprétation de la part des frères Loez. En effet, si les trois titres du mini-album nous offrent 13 minutes concentrées de deathmetal massif & obscur, Supuration attache déjà une grande importance à la création d’une ambiance plus personnelle, à l’image des quelques plans acoustiques mêlés au son saturé des guitares sur Sordid & Outrageous Emanation, des nappes de claviers sombres sur Reveries of a Bloated Cadaver, ou encore ce même clavier présent sur l’excellent morceau éponyme, où Ludovic s’essaie déjà timidement au chant clair, par quelques phrases lointaines & narrées qui colorent idéalement ce très bon morceau.

Traversant sa pleine période deathmetal, musicalement la plus lourde et la plus sombre de sa carrière, Supuration lâche en cette fin d’année 1990 un mini-CD réussi et remarqué à l’époque, bien que son manque de moyens ne permette pas un export notoire en dehors des frontières de l’hexagone. Si quelques signes montrent déjà une envie de se singulariser, difficile de s’attendre toutefois à la surprise de taille (musicale et conceptuelle) que le groupe nous réservera trois années plus tard à l’occasion de son premier album. Longtemps épuisé, Sultry Obsession est à redécouvrir avec les premières démos & rehearsals du trio, à l’occasion de sa réédition récente chez Xtreem Music dans la fameuse collection Xtreem Cult Series.

Fabien.

> - Les chroniques -, Supuration — admin @ 19:41

29 août 2012

Supuration : The Cube

Supuration : The CubePratiquement voisin de Loudblast, Supuration se forme dès 1989 dans le nord de la France, autour des frères Loez (Fabrice & Ludovic) et du batteur Thierry Berger, influencé dans ses toutes premières années par les pionniers de la scène deathmetal. Toutefois, le groupe cultive rapidement une forte identité, se taillant notamment une solide réputation sur l’hexagone grâce à son MCD Sultry Obsession. Complétant son line up avec le bassiste Laurent Bessault, la bande se dirige alors en studios sous la houlette de Bruno Objoie, le Colin Richarson français de l’époque, pour les sessions de son premier album.

The Cube sort ainsi en avril 1993, sur le petit label Reincarnate Records qui, malgré de faibles moyens, livre le CD dans un splendide digipack, une première dans le monde du metal. Cette présentation surprenante souligne parfaitement l’avant garde des thèmes abordés par Supuration qui, à mille lieux des stéréotypes gores ou sataniques l’époque, imagine un concept album sur les pérégrinations de l’âme, libérée de son enveloppe charnelle après la mort.

Débutant par une guitare acoustique apaisante, l’album enchaine avec The Elevation, sur le couple rythmique lourd & middle tempo du tandem Thierry / Laurent, supportant les riffs massifs & techniques des deux frères. Ludovic délivre un guttural très profond à ce moment, mais alterne rapidement avec un chant clair parfaitement maîtrisé, tandis que les guitares deviennent parallèlement plus mélodiques & aérées, offrant notamment une succession de soli somptueux en milieu de morceau.

Ce premier titre donne ainsi la couleur globale de The Cube, qui jongle brillamment entre lourdeur deathmetal, atmosphères éthérées, sonorités futuristes et harmonies soignées, à l’image de l’excellent de Dim Light. 1308.JP.08 & 4TX.31B restent certainement les deux titres les plus ambitieux de l’album, dégageant leurs ambiances subtiles & mélancoliques, sur des paroles en chant clair de bout en bout.

En cette année 1993, Supuration explose ainsi les limites du deathmetal, fort d’un concept original et d’un chant clair encore inédit dans le genre, imposant un climat tantôt dur, sombre ou chaleureux. Toutefois, malgré un succès notoire sur le territoire français, The Cube peine à s’exporter, faute à la faible structure de son label, mais aussi à son deathmetal feutrée certainement trop d’avant-garde pour son époque.

Fabien.

> - Les chroniques -, Supuration — admin @ 2:00

28 avril 2008