Altars of Fab' Death

Terrorizer : Hordes of Zombies

Terrorizer : Hordes of ZombiesLe retour de Terrorizer en 2006 reste bien sûr marqué par la disparition de Jesse Pintado le 27 août de cette même année, quatre jours après la sortie de Darker Days Ahead, second album vieillot ayant comme principal attrait la résurgence de quelques compositions issues des années 80’s. C’est en 2008 que Pete Sandoval, batteur de Morbid Angel et ultime membre fondateur de notre groupe death/grind californien, contacte le growler Anthony Rezhawk afin de remettre une nouvelle fois le groupe sur pied, sa fibre étant visiblement restée intacte. Vieille connaissance de Jesse et guitariste au sein de Resistant Culture en compagnie d’Anthony, Katina hérite logiquement du poste à la six cordes et participe activement à l’écriture, tandis que le label Season-of-Mist finalement intéressé par l’énième retour de Terrorizer, et ayant entre temps récupéré Morbid Angel dans son catalogue, propose David Vincent au poste de bassiste, 23 ans après sa prestation sur le mythique World Downfall.

Initialement capturé en janvier 2009 avant l’opération du dos de Pete Sandoval, qui lui coutera une année d’immobilisation et son absence sur le tant décrié Illud Divinum Insanus de Morbid Angel (que le batteur n’est visiblement pas pressé de rejoindre), Hordes of Zombies sort tardivement en début MMXII, bénéficiant d’un enregistrement maison (mais béton) par la guitariste, et d’une finalisation (mixage & mastering) tout aussi professionnelle de Dan Swanö au fameux Unisound Studios d’Orebrö en Suède.

Si Hordes of Zombies nous renverrait plus volontiers vers de belles histoires de mort-vivants qui trouveraient idéalement leur place dans un décor si cher au deathmetal, il faut y voir avant tout une vision critique de la société propre au mouvement grindcore, un monde où l’apathie et l’ignorance font des humains des zombies, pour reprendre les termes exacts du parolier Anthony Rezhawk. Musicalement, Terrorizer n’a toutefois plus vraiment de rapport avec la scène hardcore/grind dont il est issu, tant les structures et le riffing de ses nouvelles compositions nous renvoient directement dans les terres connues du deathmetal.

En ce cru MMXII, on a non seulement affaire à un Terrorizer bien plus moderne que lors de son apparition sur le fade Darker Days Ahead, mais aussi plus rapide et extrême que jamais. Les blast-beats si précis et sans relâche de Pete ‘Commando‘ Sandoval, alliés aux guitares tout aussi incisives de Katina, donnent un cocktail détonant, bien que parallèlement les vocaux d’Anthony manquent de hargne, sans compter les lignes de basse particulièrement discrètes de David Vincent, bien plus occupé en ce temps à l’élaboration de l’impensable Illud Divinum Insanus.

Muni d’une production claire & incisive et bénéficiant d’une exécution tonitruante, Hordes of Zombies fait ainsi forte impression dès son ouverture sur son morceau éponyme et le tout aussi solide Ignorance and Apathy, mais tourne toutefois assez vite en rond en lâchant un riffing simple et de même teneur, bâti autour de rythmiques implacables et de breaks qui deviennent rapidement prévisibles. L’absence de cette touche hardcore fait également défaut, couleur que l’on retrouve partiellement sur le bon morceau Wretched, uniquement et étrangement disponible sur la première édition en tirage limité.

Si aucun deathgrinder n’est dupe quant à la possibilité de retrouver un jour la magie de l’intemporel World Downfall, on reste toutefois loin avec ce troisième effort de la faiblesse d’un Darker Days Ahead qui, sans être mauvais, avait détruit le mythe plus qu’autre chose. Sans concession, le nouvel album montre la bande de Pete Sandoval plus moderne, plus véloce et plus extrême que par le passé, plus distinctement ancrée dans le deathmetal également, mais pêche en revanche par son déroulement globalement assez linéaire, sans compter l’absence des growls teigneux d’Oscar Garcia, l’ancien et irremplaçable frontman de nos Terrorizer et Nausea respectifs.

Fabien.

> - Les chroniques -, Terrorizer — admin @ 1:09

7 mars 2012

Terrorizer : Darker Days Ahead

Terrorizer : Darker Days Ahead1989. Véritable passerelle entre le hardcore grind britannique de Doom & Napalm Death et le deathmetal US de Master & Nausea, World Downfall se hisse immédiatement parmi les œuvres incontournables de la fin des eighties, propulsant directement Terrorizer parmi les formations death grind cultes, malgré l’enregistrement de son album à titre posthume.

2005. Pete Sandoval et Jesse Pintado décident de ressusciter le groupe légendaire, écrivant ensemble quelques nouveaux titres, et annonçant dans la foulée leur signature avec la puissante écurie Century Media, en tout début d’année suivante. Sans l’aide d’Oscar Garcia, Alfred Estrada et David Vincent, le duo s’épaule cette fois de Tony Norman, guitariste live de Morbid Angel, et d’Anthony Rezhawk, actif au sein de la scène grindcore dès la seconde partie des années 80, notamment au sein de son groupe Resistant Culture. La bande rejoint alors Juan Gonzales pour les sessions de Darker Days Ahead, son second album commercialisé en été 2006.

Sans compter son intro et son outro largement dispensables, Darker Days Ahead se compose de 10 titres, dont une moitié reprenant des vieux morceaux de 1987, réenregistrés pour l’occasion, à l’image de Crematorium, Fallout, Mayhem et Nightmare, ou encore de Dead Shall Rise, qui figure quant à lui sur le cultissime World Downfall. Enfin, les nouvelles compositions s’intègrent relativement bien à l’ancien répertoire, à l’instar des nerveux Darker Days Ahead & Blind Army.

Terrorizer conserve ainsi le ton de l’époque, bénéficiant d’une production rugueuse de Juan Gonzales et des terribles rythmiques de Pete, d’une technique et d’une dextérité toujours aussi désarmantes, soutenant le jeu précis & entraînant de Jesse & Tony. Les vocaux d’Anthony, sur des paroles doucement revendicatrices, restent quant à eux malheureusement bien fades, en regard des growls furieux du charismatique Oscar Garcia.

D’une qualité intrinsèque honorable, Darker Days Ahead présente surtout l’intérêt de la résurgence d’anciens titres, couplés à de nouvelles compositions, certes sympathiques mais également sans prétention. En effet, le retour de Terrorizer après 17 années d’inactivité se solde inévitablement par un death grind réchauffé, désormais daté et sans saveur, anéantissant cruellement le mythe Terrorizer, dénué de la fougue et de l’avant-garde de ses débuts. Tel un véritable coup du sort, l’album représente parallèlement le testament de Jesse Pintado, emporté par une crise diabétique le 27 août 2006, seulement quatre jours après la commercialisation du disque. RIP Jesse.

Fabien.

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28 janvier 2008

Terrorizer : World Downfall

Terrorizer : World Downfall1987. Terrorizer se forme à Los Angeles, suite à la rencontre de Jesse Pintado et Pete Sandoval, se joignant alors à Oscar Garcia et Alfred Estrada, du groupe Nausea. Le quatuor enregistre la démo Nightmares et un split-LP avec Nausea, puis arrête son activité en 1988, faute aux occupations d’Oscar & Alfred au sein de leur premier groupe. Mais, grâce aux nombreux contacts de Jesse, les enregistrements de la formation défunte font rapidement le tour du monde par les voies du tape trading, atterrissant fatalement entre les mains de Shane Embury et de David Vincent (Napalm Death, Morbid Angel).

1988. Impressionné par son jeu de batterie, et apprenant la séparation, du moins l’inaction de Terrorizer, David supplie Pete de rejoindre Morbid Angel en Floride. Dans le même temps, Shane transmet sa fascination des démos de Terrorizer à Dig Pearson, boss d’Earache Records.

1989. Alors que Morbid Angel, fraîchement signé chez Earache, s’apprête à enregistrer Altars Of Madness aux Morrisound Studios, sous la houlette de Tom Morris, Shane convainc de son côté Jesse & Oscar d’enregistrer un album de Terrorizer, à titre posthume. Pearson envoie alors les deux bonhommes rejoindre Pete à Tampa, leur dégotant l’assistant de Jim & Tom Morris, le jeune Scott Burns, qui ne possède quasiment à son actif que les productions de Slowly We Rot & Beneath The Remains, d’Obituary et Sepultura.

Faute au répertoire incomplet de Terrorizer, Oscar prête plusieurs morceaux de Nausea, à l’instar de Corporation Pull In & Need to Live, ou encore de Condemned System & du titre éponyme, qui figurent sur le split-LP commun aux deux groupes. David enregistre alors la basse en substitution d’Alfred, récemment incarcéré, tandis que Jesse enregistre seul toutes les lignes de guitares, Oscar ayant oublié une bonne moitié des titres depuis la séparation ! Ainsi, en huit heures, entre deux sessions de Morbid Angel, Terrorizer parvient à mettre 16 titres en boite !

Grâce au professionnalisme de Pete et David, le couple basse batterie fonctionne parfaitement, Pete livrant l’un de ses plus beaux jeux de batterie, alternant blasts, double pédale et accélérations avec une adresse et une finesse déconcertantes. Jesse balance alors ses riffs incroyablement rapides, mais aussi terriblement précis & tranchants, à l’image des intemporels World Obliteration & Fear Of Napalm, lui valant alors son intégration immédiate au sein de Napalm Death à la fin de l’enregistrement, en remplacement de Bill Steer, désormais à plein temps dans Carcass. Puis, Oscar couronne le tout, grâce à ses éructations puissantes et fichtrement entraînantes, sur ses propos contestataires.

Scott Burns se surpasse également, offrant l’un des ses meilleurs enregistrements, à la fois clair et bigrement incisif, le propulsant directement parmi les ingénieurs du son les plus réputés du deathmetal, aux côtés de son homologue britannique, le grand Colin Richarson (Napalm Death, Carcass, Bolt Thrower). Ainsi, bien que sa mise en place paraisse fastidieuse au premier abord, World Downfall s’enchaîne à la perfection, bénéficiant de toute la fraîcheur et de l’alchimie entourant les scènes deathmetal & grindcore du moment.

Synthèse parfaite entre le hardcore grind britannique (Napalm Death, Doom, Extreme Noise Terrror) et le deathmetal états-unien (Repulsion, Master), véritable passerelle entre les deux scènes, l’album s’impose directement parmi les missiles les plus déterminants d’Earache, et du death-grind en général, bénéficiant immédiatement d’une vénération absolue. A l’image des terribles morceaux Death Shall Rise et Injustice, ou encore du titre éponyme de folie, les années passent tandis que World Downfall demeure une référence encore intouchable & invincible, culte à en mourir, de sa première à sa dernière seconde. RIP Jesse.

Fabien.

> - Les chroniques -, Terrorizer — admin @ 2:00

24 janvier 2008