Altars of Fab' Death

Tiamat : Clouds

Tiamat : CloudsParu en 1991, The Astral Sleep avait permis à Tiamat de se distinguer de ses confrères de l’époque, grâce à un deathmetal lorgnant sensiblement du côté d’un doom atmosphérique, désormais affranchi de ses influences premières. Le groupe emmené par son leader Johan Edlund s’adjoint alors des services d’un claviériste à part entière en la personne de Kenneth Roos, puis rejoint de nouveau Waldemar Sorychta aux Woodhouse Studios pour les sessions de son troisième album baptisé Clouds, disponible dès la rentrée 1992 sous couverture du label Century Media, qui s’est désormais forgé une place de choix entre les écuries Earache, Roadrunner et Nuclearblast.

Sans changer foncièrement de style depuis The Astral Sleep, le quintette suédois s’éloigne toujours plus de ses racines deathmetal premières au profit d’un metal toujours plus atmosphérique. Sans jouer une place centrale et laissant encore largement la parole aux guitares, les claviers prennent davantage d’importance dans l’articulation des nouveaux morceaux de Tiamat, sans compter les vocaux de Johan Edlund toujours plus suaves et moins agressifs.

Débutant sur une plage acoustique, In A Dream introduit divinement la nouvelle œuvre de Tiamat, dominée par un rythme foncièrement middle tempo et des guitares tout en délicatesse, sur lesquelles vient se greffer le chant de Johan plus sensible et davantage maitrisé. On retrouve ainsi ce côté rock et atmosphérique, parfois psychédélique, sur l’entrainant Smell of Incense ou l’étonnant The Scapegoat, montrant parallèlement une formation tenant désormais idéalement son style, capable de livrer des morceaux se distinguant chacun par une identité et un feeling particuliers.

La tension monte alors d’un cran sur Forever Burning Flames, jonglant habillement entre ambiances éthérées et lourdeur métallique, pour atteindre un pic sur l’incroyable A Caress of Star, alternance de moments d’accalmie à de formidables montées en puissance pour un final tout aussi mémorable. Et que dire du morceau Undressed qui clôture l’album, ce voyage sans retour vers les portes de la mort idéalement retranscrit par les claviers de Kenneth Roos sur son ultime partie.

Dans le même esprit doomdeath que son prédécesseur, Clouds bénéficie d’une articulation et d’une qualité d’interprétation accrue, permettant à Tiamat de gagner encore en intensité, sensibilité et force émotionnelle. Dernière œuvre de la formation suédoise possédant encore quelques racines deathmetal des premières heures, elle clôt le premier triptyque du groupe de façon magistrale, bien que parallèlement, à l’image de la tournée aux côtés de Mercyless, Samael, Unleashed et Morgoth organisée à l’époque par Century Media, la bande de Johan Edlund peine encore à trouver son public en ces années 1992/1993.

Fabien.

> - Les chroniques -, Tiamat — admin @ 0:53

16 décembre 2010

Tiamat : The Astral Sleep

Tiamat : The Astral SleepAprès son premier album Sumerian Cry manquant encore de professionnalisme et d’une pleine identité, flanqué en outre sur les labels CFMT/Metalcore à la distribution assez chaotique, Tiamat revient dès l’année 1991 avec une toute autre ambition. Notre leader Johan Edlund se constitue tout d’abord un line-up complet autour de Thomas Peterson, Jorgen Thulberg et Niklas Ekstrand, puis décroche dans la foulée un contrat discographique avec l’écurie Century Media de Robert Kampf, ayant signé dans les mêmes temps le trio hollandais Asphyx ou encore les valeurs sûres suédoises Grave et Unleashed.

A l’instar d’Unleashed ayant judicieusement opté pour les Woodhouse Studios de Berlin en lieu et place des très prisés Sunlight Studios de Stockholm, Tiamat rejoint le talentueux ingénieur du son Waldemar Sorychta, connu pour sa participation au sein du groupe de thrashmetal Despair. Le quatuor ressort ainsi des studios avec son second album The Astral Sleep paru à la rentrée 1991, une nouvelle fois mis en image par l’incontournable Kristian Wahlin.

L’introduction Neon Aeon aux claviers et le titre d’ouverture entrainant Lady Tempress donnent rapidement le ton du nouvel album de Tiamat, qui s’écarte ostensiblement du deathmetal de ses débuts pour une musique aux colorations dark/doom bien plus personnelles. Bénéficiant d’une capture à la force et à l’équilibre remarquables, The Astral Sleep ne s’axe ainsi pas sur des tempi effrénés ou bien sur une lourdeur extrême des guitares, renfermant au contraire une ambiance bien plus atmosphérique, à l’instar de l’album d’avant-garde Gothic de Paradise Lost paru la même année. Johan Edlund s’affranchit également de ses growls purement criards ou gutturaux, au profit un chant à la fois rauque, rageur et parfois suave.

Sans délaisser pleinement ses racines premières, Tiamat dégage ainsi un feeling rock à de nombreuses reprises, à l’image des articulations et soli des titres Lady Tempress ou Sumerian Cry part III, ou devient alors plus mélancolique sur l’atmosphérique On Golden Winds accompagnés de parties acoustiques et de nappes de claviers apportant une certaine plénitude. La formation suédoise marque en outre plus nettement le pas sur Dead Boy’s Choir, Angels Far Beyond ou l’excellent Mountain of Doom, trois initiations au voyage vers des contrées doom désormais à mille lieux du terrain death/black des premières années. The Souternmost Voyage se joue quant à lui sans distorsion, guidant le chant suave de Johan Edlund, embarquement pour trois minutes vers une destination encore plus douce et surprenante.

Tout en respectant ses racines et sans perdre son identité, Tiamat revient avec un second album au deathdoom atmosphérique d’une maturité et d’une avant-garde étonnantes, à une époque où la course vers la rapidité ou la brutalité semblaient pourtant lancées. En cette année 1991, à l’instar des albums Gothic et Forest of Equilibrium de Paradise Lost et Cathedral, The Astral Sleep ouvre ainsi une brèche au coeur de la scène extrême dont le groupe est issu, montrant toute l’ambition de certaines formations ainsi que la richesse et la capacité de renouvellement d’un style qui était pourtant déjà catalogué et condamné par de nombreux détracteurs, ne voyant en lui qu’une cascade effrénée d’accords mineurs sans grand avenir.

Fabien.

> - Les chroniques -, Tiamat — admin @ 23:49

15 décembre 2010

Tiamat : Sumerian Cry

Tiamat : Sumerian CryVers la fin des années 80, se gavant des démos de Death, Napalm Death, Morbid Angel ou Repulsion, la scène de Stockholm se dirige immuablement vers ces sonorités death métalliques émergentes, emmenée par de jeunes leaders comme Nicke Andersson. Sentant la nette supériorité de Nicke et de son groupe Nihilist, l’équipe de Johan Eldund, formée en 1987 sous le nom de Treblinka, tente alors de se démarquer en développant un côté black affirmé, en opposition à la suprématie death du moment, s’affichant avec de légers corpse paint et optant parallèlement pour des pseudonymes tels Hellslaughter ou Najse, reprenant ainsi l’image des pionniers britanniques de Venom & suisses de Celtic Frost. Faute à un patronyme peu reluisant, en référence au nom d’un camp d’extermination polonais choisi dans la plus parfaite immaturité, le groupe change d’appellation moins de deux années plus tard, optant pour Tiamat, déesse dans la mythologie sumérienne.

Parallèlement, durant cette fin des eighties, le jeune ingénieur du son Tomas Skogsberg participe largement à l’élaboration et à la définition du son death scandinave dans ses Sunlight Studios, accueillant notamment Morbid & Nihilist pour leurs fameuses démos Last Supper & Only Shreds Remains. Mais, quelques mois avant l’entrée d’Entombed (ex-Nihilist) & Carnage aux Sunlight pour leur premier album (les terribles Left Hand Path & Dark Recollections), Tiamat investit le premier l’antre de Skogsberg pour les sessions d’un disque complet, en octobre 1989 exactement, ressortant avec Sumerian Cry, au titre évoquant la mythologie babylonienne, assorti d’une illustration du jeune Kristian Wahlin (du groupe Grotesque), connu quelques année plus tard sous le pseudonyme Necrolord.

Tiamat décroche parallèlement un contrat avec la petite écurie anglaise CMFT Production, qui vient tout juste de commercialiser le premier disque des thrashers de Xyster, mais qui manque toutefois cruellement de moyens pour assurer la promotion de ses jeunes protégés. Sumerian Cry sort ainsi en juin 1990 dans la plus grande confidentialité, en regard des productions d’Earache ou Roadrunner comme Altars of Madness ou Consuming Impulse (Morbid Angel, Pestilence), qui ne tardent pas à se répandre aux quatre coins de la planète et à imposer leur impitoyable suprématie.

La courte intro aux claviers et guitares acoustiques de Sumerian Cry, ainsi que l’image black renvoyée par ses interprètes, témoignent déjà la forte volonté de démarcation de Tiamat, en opposition au death pratiqué par ses collègues. Toutefois, sans réelle maturité, encore sous l’influence de Nihilist et des choix de Tomas Skogberg en studios, le groupe ressemble avant tout à une formation deathmetal, autant dans la structure générale de ses morceaux, dans le son des guitares de Johan Eldund & Stefan Lagergren, que dans la voix granuleuse de Johan.

Des titres comme Kingly Dead, Malicious Paradise ou Necrophagious Shadows, aux riffs lourds et rythmiques tapageuses, montrent ainsi Tiamat sous un angle death indéniable. Le groupe lâche dans ses moments là quelques riffs implacables, à l’image des rafales lâchées sur le bon Altar Flame. D’un autre côté, le break planant d’Apotheosis of Morbidity, les touches acoustiques de Nocturnal Funeral, ou encore l’outro lente de Serpants Ever Dwell dévoilent une facette de Tiamat sombre & mystique, beaucoup plus personnelle.

D’une qualité honorable, mais aussi inégale, à l’image d’un Evilized aux sonorités maladroites en son break ou encore d’un Into the Pentagram aux structures simplistes, Sumerian Cry reste toutefois un album perfectible, témoignant encore le certain manque de technique et la relative immaturité de ses interprètes. Au-delà, il n’en demeure pas moins un témoignage authentique et une des toutes premières réalisations du death scandinave, sans avoir malheureusement bénéficié d’une distribution lui permettant une meilleure reconnaissance à l’époque.

A l’image du morceau Apotheosis of Morbidity, l’album montre en effet le potentiel et l’avant-garde de la bande de Johan Eldund, déjà plus dark que ses rivaux, évoluant à une vitesse étonnante et emprutant rapidement une voie différente, lui ouvrant dès l’année suivante les portes de Century Media, l’écurie de Robert Kampf, qui regroupe déjà quelques formations incontournables telles que Despair, Unleashed, Grave, Demolition Hammer, Asphyx ou Morgoth.

Fabien.

> - Les chroniques -, Tiamat — admin @ 2:00

10 février 2009