Altars of Fab' Death

Xysma : Yeah

Xysma : YeahDans ses premières années, la Finlande reste un peu à part sur la scène deathmetal, développant très tôt un son singulier, mais s’illustrant également avec plusieurs formations vouant une passion immodérée au goregrind de Carcass sur son album Reek of Putrefaction. Aux côtés de Disgrace, Xysma est sans conteste la figure de proue de cette jeune scène, se rapprochant nettement du style du génie britannique sur son EP Above the Mind of Morbidity paru en 1990, deux années après sa formation.

En cet automne 1990, Xysma prend alors la route de Stockholm pour la capture de son premier album aux Sunlight Studios, qui comptent déjà à leur actif les enregistrements de The Sumerian Cry, Left Hand Path, Dark Recollections et Of Darkness de Tiamat, Entombed, Carnage & Therion. Aux côtés de son homonyme norvégien Darkthrone, notre groupe finlandais reste toutefois le premier groupe non suédois à fouler le sol de ces lieux mythiques, tout en parvennant à s’emparer d’un son qui lui est propre, sans se remettre aveuglément aux mains expertes de l’ingénieur du son Tomas Skogsberg.

Pourtant séparés que de quelques mois, l’EP et le premier album de Xysma témoignent d’une évolution fulgurante en si peu de temps. Les articulations grind, chaotiques et le propos délibérément gore cèdent en effet la place à des compositions plus posées, aux teintes deathmetal indéniables et s’ouvrant déjà parallèlement à d’autres paysages. Ce contraste entre moments d’accalmie et déflagrations grind, témoignages des premières années du groupe dont les traces restent encore largement perceptibles, confère justement toute la richesse de Yeah.

Sur des morceaux basés sur des rythmes middle tempo ou bien balancés, Yeah renferme ainsi un deathmetal maitrisé de bout en bout, juxtaposant élégamment riffing lourd, parties acoustiques fines, passages atmosphériques et feeling rock délectable, pour citer l’excellent On the Hill of Desecration et l’instrumental Uranus Falls tout en douceur. En outre, à travers ses nombreux débordements tapageurs et les déjections d’hémoglobine de Janitor Murinen, Xysma devient schizophrène dans ces instants, donnant au final une dose de folie toute particulière à son oeuvre, qui ne cesse ainsi de surprendre jusqu’à son dyptique final Written into the Sky / Into the Blue of the Sky.

Electron libre au sein d’une scène deathmetal encore en pleine définition en ces années 90/91, Xysma étonne ainsi avec un premier album plein d’audace, mais aussi par son ingestion si rapide d’influences de tout horizon. Bénéficiant ainsi très tôt d’une notoriété remarquable dans l’underground de l’époque, le quatuor finlandais ne rencontre toutefois qu’un succès d’estime, la faute à son label Comeback Records pêchant par ses moyens fort limités, incapable d’assurer une distribution suffisante aux oeuvres son jeune poulain, pourtant si originales et pleines d’idées.

Fabien.

> - Les chroniques -, Xysma — admin @ 2:00

2 novembre 2010