Altars of Fab' Death

Yyrkoon : Occult Medicine

Yyrkoon : Unhealthy Opera

Ce fut il ya quelques mois que je découvrais Yyrkoon, de la manière la plus banale qui soit, en dépoussiérant une vieille compil démonstrative d’un Rock Hard de 2004. Juste par curiosité, je posais une oreille distraites sur diverses formations. Il faut croire que tout cela ne m’emballait pas de trop (ah si, cet extrait du premier album de Phazm m’a titillé les tympans).
Mais je laissais tourner la galette ; ce que j’aime avec ce genre de compiles, c’est lorsque le bon morceau arrive, celui qui te réveille de ta semi-léthargie et te fait appuyer sur le bouton “repeat” du lecteur, jubilant de ta nouvelle découverte. Celui-ci ne s’est pas fait trop attendre et a eu la bonté de démarrer sur les chapeaux de roues. En un coup, un énorme riff tranchant comme une machette accentué par une rythmique en béton vient scotcher le bec des autres pleurnicheurs. Après une légère volute guitaristique, ce charmant bulldozer appuie sur le champignon, une batterie millimétrée et cinglante et une voix rêche dirigent ma main sur le fourreau en carton du disque. Schizophrenic Carnage : Diantre, quel titre représentatif. Tout cela m’ayant convaincu, je décidais de me procurer l’album. Celui-ci distribué par Osmose ne devait pas être difficile à dénicher. Pour preuve, une semaine après, je me retrouve avec le disque en question entre les mains.

Pour présenter ces metalheads ambitieux à nos amis, Yyrkoon est un groupe français originaire de Ribecourt (ce sont nos Gaulois qui vont adorer) formé en 1996. En jetant un coup d’oeil en arrière, les fréquents changement d’orientation musicale sautent au yeux : Le groupe proposait un heavy/black à tendance symphonique sur Oniric Transition, tourna à 90° vers une osmose entre heavy et thrash sur Dying Sun pour parvenir à un Death Thrash puissant sur ce fameux Occult Medicine. Ce nouveau chemin prit serait probablement le fruit de l’arrivée du fameux Dirk Verbeuren dont les prestations avec Aborted et Phazm en auraient impressionné plus d’un.

Dans ce genre de metal mêlant puissance de feu et accélérations contrôlées , Occult Medicine peut se vanter de posséder des biceps de taille, certainement mis en valeur par cette production fignolée de manière rigoriste. Effectivement, le tout a été enregistré avec professionnalisme, la panoplie Soundmax et le contenu des coffres forts de chez Pioneer auront été bien dérouillés lors de l’enregistrement. Ainsi le rendu studio se montre très puissant et réglé comme l’horloge astronomique de Prague, Pour un metal se voulant aussi robuste et technique, rien d’étonnant.

Occult Medicine déploie alors une paire d’ailerons parfaitement ciselés. Un Death Thrash pointilleux, surtout au niveau du riff prompt à trancher net la pierre bleue comme à sortir l’artillerie PGV. Ceux-ci sont tous magnifiquement bien organisés, et cette vitesse constante mise en relief par une série d’altérations rythmiques judicieuses fait que le disque ne ralentit pas.  Ainsi, nos brillants techniciens exécutent avec aisance une liste de titres super efficaces, aussi lourds et complexes qu’énergiques, n’hésitant pas à y introduire ses soli à la construction mélodique tout bonnement impressionnante, solidement inspirée et très travaillée harmoniquement. Tout ce répertoire confortablement assis sur le jeu carré et technique d’un Verbeuren en pleine forme.

L’album fut créé sur le concept d’un médecin dégénéré narrant ses expériences obscures à travers les titres, en témoigne Doctor X, première pièce de l’oeuvre jetant la pierre à l’eau avec ses doubles infernaux et blasts solidement appuyés ou le terrible Censored Project et ses couplets thrashisants frôlant la perfection. On retiendra aussi le décapant Blasphemy et ses mid tempos accouplés aux riffs aiguisés, de quoi déformer un tapis de scène ou le titre éponyme, son introduction lugubre qui part sur un titre plus posé, mêlant atmosphères pesantes et superbes envolées guitaristiques. On est surpris aussi par les courtes apparitions d’un chant clair superposé aux braillements de Stéphane sur Reversed World et Trapped into Life, puis ce Erase the Past sur lequel les tendances passées heavy du groupe pointent le bout de leur nez et son fondu de fin sur Verbeuren maintenant l’attention jusqu’à la dernière seconde.

Occult Medicine se présente comme l’un de ces missiles death à la fois précis et responsables de dégâts collatéraux considérables. Et même si il existe bien plus brutal dans l’esprit, son thrash racé et revigorant ainsi que ses performances techniques et harmoniques lui confèrent un médaillon supplémentaire. Ces éléments lui permettent de construire une atmosphère d’une certaine opacité malgré son contour très nettoyé. Un disque réfléchit, alliant férocité et souplesse avec brio. Viva la francia, man !

Finalement, Rock Hard n’est pas si mal quand il le veut…

Archevil (www.spirit-of-metal.com).

Yyrkoon fait partie de la nouvelle génération m’ayant largement conquis, du moins depuis Occult Medicine. L’incision death thrash des compositions, porté par le jeu tout en puissance de Verbeuren et par la prod’ massacrante de Hansen, donne au final un album qui pète sévèrement la baraque. Aujourd’hui, mon coeur balance encore entre la folie death thrash d’Occult Medicine et les ambiances subtiles de l’incroyable Unhealthy Opera. J’ai loupé Yyrkoon en concert avec les grinders de Blockheads il y a deux / trois ans… Annulé faute de réservations suffisantes (Grrr…). Sinon, j’ai entendu dire récemment que Stéphane Souteyran remettait le couvert… Wait and see… Fabien.

> - Les guests -, Yyrkoon — fabien @ 16:45

16 octobre 2009

Yyrkoon : Unhealthy Opera

Yyrkoon : Unhealthy OperaFort d’un contrat en béton chez Osmose Productions, Yyrkoon s’impose en 2004 avec son explosif Occult Medicine, au virage deaththrash décisif, se hissant parmi les valeurs sûres du deathmetal hexagonal. Traversant plusieurs pays européens en compagnie d’Impaled Nazarene dès l’année suivante, le groupe entreprend l’écriture de ses nouveaux morceaux de manière directe et instinctive, retournant alors aux Hansen Studios pour les sessions de son quatrième effort, Unhealthy Opera, commercialisé en début d’année 2006 par son label dévoué.

Unhealthy Opera marque le retour de Laurent Harrouart, ayant la lourde tâche de succéder au batteur de session Dirk Verbeuren, qui réalisa des prouesses techniques et une véritable démonstration de puissance sur Occult Medicine. Moins complexe, le jeu de Laurent est en revanche tout aussi rapide, mais se veut également fluide et instinctif, apportant une grande cohésion aux nouvelles compositions d’Yyrkoon.

Bénéficiant d’un enregistrement clair et massif de Jacob Hansen, Unhealthy Opera donne dès le départ la même impression de lourdeur que son impitoyable prédécesseur, à l’image de l’intensité dégagée sur Something Breathes et le redoutable titre éponyme. L’album dévoile en revanche une finesse supplémentaire au fil de son avancée, apportant au final un relief indéniable à l’ensemble. Chaque titre se détache ainsi naturellement, depuis le refrain mémorable d’Avatar Ceremony, le superbe solo d’Andy Larocque (King Diamond) sur Horror from the Sea, l’incision thrash d’Of Madness, jusqu’au riffing assassin d’Injecting Dementia, le tout sublimé par l’excellence des soli de Geoffrey et Stéphane, et le timbre guttural profond de ce dernier.

Victorien apporte parallèlement deux interludes acoustiques, dont le superbe Temple of Infinity, collant parfaitement au contexte d’Unhealthy Opera, tout en lui apportant une atmosphère feutrée judicieuse. Pour ne rien gâcher, les textes abordent des thèmes complexes, sur une reflexion intelligente basée sur le mythe de Chtulhu, trahissant une nouvelle fois la passion de Stéphane Souteyrand pour l’écrivain HP Lovecraft.

D’une qualité et d’une intensité équivalentes à son prédécesseur, Unhealthy Opera est un album également complémentaire, moins brut de décoffrage, au relief accru et aux ambiances plus subtiles. Soutenu par la critique et par un public désormais croissant, Yyrkoon s’embarque alors pour une série de concerts européens en compagnie de Nile et Psycroptic, mais perd contre toute attente sa motivation vers la fin 2006, mettant dès lors sa carrière en suspend en février de l’année suivante. Espérons un retour tout aussi fracassant de la part d’une formation parmi les plus originales et puissantes de la scène deathmetal hexagonale actuelle.

Fabien.

> - Les chroniques -, Yyrkoon — admin @ 2:00

15 octobre 2009