Altars of Fab’ Death

z Black Metal

En attendant les chroniques plus nombreuses de mes albums Black Metal, je vous propose simplement un de mes messages postés sur le forum www.spirit-of-metal.com, autour d’un débat sur la scène Black Metal, statuant sur le rôle de la scandinavie, depuis les origines du mouvement dans les eighties jusqu’à sa résurgence dans les nineties.

 Bonne lecture !

Notoriété de la scène scandinave méritée ou usurpée ?
 
I - Jusqu’en 1989
 
1 Dans la seconde partie des eighties, le thrash metal se découvrait à travers plusieurs labels européens comme Noise, Under One Flag ou Roadrunner, qui achetaient parallèlement des licences aux labels outre atlantique comme Combat ou Cogumelo pour étoffer leur catalogue. Tous ces labels européens étaient distribués en France, par New Rose, Danceteria et Musidisc, et il « suffisait » de feuilleter ces catalogues français pour savoir quoi commander si les disques étaient absents des bacs, ce qui était très majoritairement le cas.
 
2 Under One Flag (distribué par Musidisc) avait des albums de Death, Bathory, Hexx, Nuclear Assault, Dark Angel, Exodus, Forbidden, Possessed, Onslaught, Sarcofago, tandis que Roadrunner possédait des Slayer, Possessed, DRI, Dark Angel, que Noise avait Celtic Frost ou Kreator, que Steamhammer avait Destruction, Sodom ou Hobbs Angel Of Death, que Neat avait Venom, et que Shark records avait Sepultura, etc.
 
3 Avant 1987, avec l’arrivée de Scream Bloody Gore et Under The Sign qui ont définitivement & respectivement standardisé le death et le black, les frontières des styles thrash death black étaient minimes, et tout les groupes comme Sepultura, Sodom, Possessed, Venom ou Celtic Frost étaient rangés sous l’étiquette thrash metal, même si chaque metalhead considérait leurs relents black ou death (plus ou moins marqués selon les groupes) et leur influence considérable sur la scène extrême du moment.
 
4 Quant aux albums de Vulcano & Holocausto, ou le premier Sarcofago, il n’y avait pas d’importation en Europe (à ma connaissance), donc hormis les métalleux très impliqués dans le tape-trading, personne n’avait entendu une seule note de ces albums, ne les connaissant que de nom, à travers les listes de remerciement des albums du genre Morbid Visions chez Cogumelo / Shark.
 
II - 1989/1991
 
5 Pendant que Century Media naissait et que Nuclear Blast commençait à délaisser ses productions de punk / hardcore (Markus Staiger était à l’époque seul dans sa chambre envahie de K7 & LP), Roadrunner et Earache Records subjuguaient le monde de l’extrême avec la puissance Death Métal et Grindcore, avec Napalm Death, Carcass, Pestilence, Morbid Angel, Bolt Thrower ou Obituary. Le thrash metal (englobant les groupes nommés Proto-Black), a alors pris d’un coup un sacré coup de vieux à cette époque.
 
6 De son côté, Bathory, le seul groupe standardisant réellement le black avec Under The Sign et l’epic black avec Blood Fire Death, était certes reconnu et respecté, mais aucun groupe ne semblait bizarrement lui emboiter le pas. En 1990, la formation de Quorthon n’avait de toute façon plus de point commun avec ses débuts, sortant un Hammerheart au chant clair et à la musique épique, développant une mythologie nordique sans rapport avec le Black Thrash de The Return.
 
7 Bref, la coloration a été death metal à 90% à cette époque, gommant les autres styles extrêmes, à l’exception du thrash des pointures comme les Big Four, Testament, Suicidal ou Kreator qui conservaient encore une place confortable. Quant à la fibre black, elle semblait avoir disparue, Celtic Frost s’essayant même au glam, Sepultura sophistiquant son thrash, Sodom devenant moins charbonneux, etc. Enfin, le black apocalyptique (nommé plus tard war metal) de Blasphemy, signé chez le label américain Wild Rags, n’était pas encore exporté dans les contrées européennes (à ma connaissance).
 
III - 1991/1994
 
8 Plusieurs acteurs ont été déterminants dans la résurgence du black metal. Euronymous ou Jon Metalion (du label Head Not Found et du fanzine Slayer) ont été très influents en Norvège, incitant les jeunes membres de DarkThrone et Old Funeral (futur scission en Immortal & Burzum) à délaisser leur penchant death pour un black plus cru, malsain et minimaliste. Euronymous était également très impliqué dans la distribution, alimentant son entourage en albums et les influençant directement, tels Satyr, Ihsahn ou Samoth. La scène black norvégienne doit ainsi beaucoup à l’influence d’Euronymous de son groupe Mayhem, mais aussi au fameux fanzine Slayer de Jon Metalion qui promouvait largement la scène.
 
9 En France, Hervé Herbaut & Ludovic Lejeune (Osmose, Listenable), ont été aussi décisifs, possédant rapidement des listes de distribution regroupant ces nouveaux groupes de black venant de tout horizon, comme Absu, Mystifier, Necromantia, Marduk, Profanatica, Rotting Christ, Dissection, Samael, Satyricon, Immortal, Emperor, Burzum, Enslaved, Darkthrone, Beherit, Corpse Molestation (futur Bestial Warlust), Impaled Nazarene, Sigh, Blasphemy, Sarcofago, donc de tous pays comme le Brésil, Canada, Grèce, Suisse, Norvège, Suède, Finlande, USA ou Japon.
 
10 Pourtant, une scène a réussi à s’imposer devant toutes les autres, la scène scandinave, et en particulier la scène norvégienne, et ceci à cause de plusieurs facteurs :
 
- La longueur d’avance indéniable de Bathory avec Under The Sign & Blood Fire Death et sa légitimité inconstesté dans le genre, mais aussi la position confortable de Darkthrone chez Peaceville Records, depuis son album de dark death Soulside Journey.
 
- Des jeunes groupes comme Arcturus, Emperor, Enslaved, Satyricon, Burzum, Immortal, Datkthrone, qui synthétisaient parfaitement l’essence de Bathory ou de Celtic Frost, et qui oeuvraient chacun dans des styles de black métal très différents, possédant chacun une identité musicale fortement marquée, qui créait la richesse de la scène norvégienne.
 
- Des albums cultes & déterminants, ayant lancé définitivement la scène sur orbite, comme Constellation, A Blaze, le Split Wrath / Hordanes, Det Som Engang, Pure Holocaust, Dark Medieval, De Mysteriis, qui dégageaient chacun leur propre essence et une formidable intensité.
 
Le black norvégien était soi cru, minimaliste, malsain, épique ou symphonique, son inspiration soit anti-chrétienne, mythologique ou médiévale, mais tous ses albums étaient reliés par cette même noirceur, intensité ou créativité.
 
La force du black norvégien est ici à mon sens, au-delà des frasques mêmes de quelques agités comme Eithun, Vikernes ou Samoth, même si leurs actions ont indéniablement apporté une dimension réelle à leur concept intolérant, nihiliste ou anti-chrétien. La scène était ainsi si intense à l’époque, que personne ne la voyait survivre telle quelle pendant très longtemps.
 
IV - 1994/1996
 
11 Ces années représentaient l’explosion du style et l’arrivée massive de la seconde vague scandinave, avec les premiers albums des norvégiens d’Ulver, Gehenna, Dimmu, Dodheimsgard, Old Mans Child, Ancient, Gorgoroth, Abysmal, Forgotten Woods, Borknagar, Hades, Covenant, Kvist, Limbonic Art, ou encore celui de Mysticum aux accents industriels. Les suédois commençaient à cimenter une scène solide autour de Marduk, Dark Funeral, Setherial, Dissection, Nastrond, Arckanum ou Throne Of Ahaz, même si n’ils ne possédaient pas la même aura et la même créativité artistique que leurs homonymes norvégiens. Pour le reste, c’étaient encore des scènes disparates qui tentaient d’avoir une part du gâteau, comme la Finlande, l’Autriche, la Pologne, la Belgique ou l’Angleterre avec Impaled Nazarene, Thy Serpent, Abigor, Enthroned, Cradle Of Filth, Graveland ou Behemoth, ou encore l’Australie avec le war metal de Sadistic Exekkution et Bestial Warlust.
 
12 Mais déjà lors de cette période, le frisson des premières années du revival s’était envolé, la scène black étant devenue aussi trend, saturée et stéréotypée, que le death metal l’avait été auparavant. Elle s’était pourtant bâti autour d’un concept non conformiste fort, tel un foyer de résistance au metal devenu trop surfait, mais tombait inexorablement dans les mêmes travers.
 
V - 1996/1998
 
13 Tandis que la scène black était désormais saturée, les norvégiens passaient déjà à autre chose, ayant toujours cette longueur d’avance qui laissait tout le monde sur le carreau.
 
- Dimmu Borgir, Covenant, Arcturus, Emperor se lançaient dans un black résolument symphonique avec Enthrone Darkness, Nexus Polaris, Aspera Hiems, Anthems, qui allait changer bien des choses. Seuls les anglais de Cradle parvenaient à les concurrencer, avec un Dusk surprenant par son concept vampirique de supermarché que les puristes n’ont toujours pas digéré (au delà du talent indéniable de la formation britannique).
 
- In The Woods, Ved Buens Ende, Ulver, Arcturus (encore lui), Fleurety, Solefald, imposaient déjà une vision expérimentale (voire surréaliste) du black que l’on appelait déjà le post-black, à travers des albums comme Written in Waters, Mi tid Skal Komme ou La Mascarade (le plus décalé, le moins Black).
 
- De l’héritage de l’album Hammerheart, Enslaved ou Borknagar, exploitaient désormais quant à eux parfaitement la fibre de la mythologie nordique, incluant des chœurs et chant clairs qui apportaient cette dimension viking, dont la thématique se retrouvait dans d’autre groupes comme Windir ou Kampfar.
 
14 C’est aussi à cette période où certains acteurs comme Aggressor & Apollyon retournaient parallèlement aux racines thrash black de Destruction avec leurs groupes Dodheimsgard, Aura Noir ou Inferno, avec des missiles tels que Black Thrash Attack et Monumental Possession aussi rugueux que passionnants, laissant comprendre à chacun l’influence indéniable du thrash, qui semblait pourtant avoir disparue.
 
15 Reste enfin les gardiens respectés comme Darkthrone et Gorgoroth, continuant fièrement et immuablement de perpétrer un black traditionnel, volontairement cru, minimaliste et malsain, la véritable essence du style pour les puristes, dénommée true black metal depuis un certain Transilvanian Hunger.
 
VI – Les années suivant 1997/1998
 
16 Désormais noyé sous un flot de formations black, ma visibilité de la scène s’altère de plus en plus, sans réelle vision sur les nouveaux princes scandinaves comme Watain, Keep Of Kalessin, Behexen, Horna, Koldbrann, Sargeist, Archgoat, S.Warmaster, Urgehal ou Tsjuder, sans compter les attaques de tout continents avec Seth, Deathspell Omega, Merrimack, Crystallium, Antaeus, Endstille, Katharsis, Morbosidad, Bestial Mockery, Destroyer 666, pour le peu que je connaisse actuellement. Il me semble toutefois, à l’instar de la radicalisation du death metal, que la scène black retourne à une essence plus noire, thrash et minimaliste ces derniers temps. Me trompé-je ?
 
VII – Conclusion
 
Il est temps pour moi de répondre aux deux questions :
 
De quel foyer viennent la naissance et la résurgence du black ?
 
Le black metal est né des ambiances les plus malsaines et sombres de groupes thrash metal, issus de différents pays durant les eighties (voir paragraphe 3). Sa résurgence à partir de 1990/91 est également issue de nombreuses scènes à travers le monde (voir paragraphe 9).
 
La réputation du black scandinave est-elle usurpée ?
 
Non. Tout en gardant un contingent de groupes black traditionnels, forts en personnalité musicale, elle reste à mon sens la scène la plus diversifiée des nineties, ayant su explorer de très nombreuses facettes (mythologiques, expérimentales, sophistiquées, symphoniques, industrielles), portant le style dans des strates d’une richesse insoupçonnée, mieux que n’importe quelle autre région du monde.
 
VIII – Mes considérations

 
Ce texte reflète uniquement ma vision unilatérale et mon vécu personnel de la scène black metal depuis deux décennies, et n’a aucune autre prétention. Il manque probablement de nombreux aspects, occultés faute à un manque de connaissances, des oublis, l’impossibilité de tout citer en quelques paragraphes, ou encore mon désintérêt relatif pour certaines scènes, notamment les plus crues, à l’image du black thrash war de Sarcofago, Blasphemy ou Bestial Warlust, qui n’a jamais vraiment été ma tasse de thé. 
 
Fabien.

> Uncategorized — fabien @ 11:34 pm

June 12, 2008

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