Primus : Sailing the Seas of Cheese

Primus : Sailing the Seas of CheeseC’est en 1991 que Primus, pas encore connu au delà des frontières américaines sortit ce chef-d’œuvre que fut Sailing the Seas of Cheese. Chef-d’œuvre, car cet album reste encore à ce jour leur album référence, comme le plus abouti, ne recelant que de tubes.

Après une complainte marine rapide en guise d’introduction, on rentre dans le vif du sujet, avec un HERE COME THE BASTARDS prenant, dont les premières notes nous rappelleraient presque celles du thème de la panthère rose. La basse sonne très metallique comme d’habitude, puis la voix plaintive, amusante, décalée, effacée de Les Claypool nous entraine sur ce rythme guignolesque (« here we go »).

SGT BAKER, chanson anti-militariste de son état est un modèle du genre primussien, avec une intro de basse lourde, puis un couplet où la basse sonne plus claire et métallique sous l’effet de la slapping-touch de maitre Les Claypool, le rythme étant volontairement « foutage de gueule » et rebelle.

On devine dans son titre que AMERICAN LIFE référence et critique les désagréments du mode de vie « américain ». Cet état des lieux est une nouvelle fois servi par un thème à la basse monumental, sur lequel Larry Lalonde (guitare) et Tim « Herb’ » Alexander (batterie) se font chacun plaisir avec leurs instruments. Lalonde nous joue un solo en notes blanches longues dont le son nous évoque quelque chose d’alternatif. Herb’ lui fait le tour de sa batterie par des combos et des rythmes pas ultra rapides, mais difficiles à tenir pour nous auditeurs, tant il varie son jeu.

JERRY WAS A CAR DRIVER est la cinquième pierre à ce glorieux édifice, avec une chanson ponctuée de séquences musicales variées pour chacun des trois hommes.

ELEVEN est une chanson sympathique dans laquelle les séquences de batterie de Herb’ sont splendides, avec ce son boisé, cet écho dans les tomes fort agréable à entendre. Par-dessus, c’est une ballade étrangement menée surtout par la guitare aux effets variés de Lalonde, Claypool restant un peu en retrait et ne se contentant que d’un thème d’accompagnement. Cà reste quand même captivant.

Les amateurs de slapping-bass seront ensuite aux anges sur IS IT LUCK, dans laquelle principalement Les Claypool nous fait une belle démonstration de son talent à trouver des mélodies de basse marrantes quasi psychédéliques, et toujours avec ce son métallique qui claque bien. Si Lalonde n’est pas mal non plus avec ses petits arpèges machiavéliques par-dessus et Herb’ avec quelques petits combos endiablés, il n’en demeure pas moins que c’est la basse la première attraction.

Car Claypool est vraiment ce qu’on pourrait appeler un bass hero. S’il ne saurait prétendre à boxer dans la même catégorie que les Steve Harris, Lemmy, Robert Trujillo et autres bassistes monstrueux par leur rapidité et leur dextérité, Les Claypool demeure un bassiste d’exception.

Il reste unique pour son jeu si particulier, et pas seulement en slap’, car il trouve toujours sur les six cordes de son manche des sonorités démentielles, étranges, intrigantes et fait de ce grand n’importe quoi une mélodie extra-terrestre.

Ensuite, GRANDAD’S LITTLE DITTY est un petit interlude amusant de trente-sept secondes qui consiste en un type chantant sous la douche, sauf que sa voix flanche dans un ton mozinorien, un peu comme un disque vinyle tournant trop lentement, ou encore un dictaphone en batterie faible.

TOMMY THE CAT est ensuite sans doute le grand moment de l’album, déjà pour la collaboration exceptionnelle de Tom Waits (bien avant Antipop), dont on devine la voix de fumeur (cinq paquets par jour minimum pour réussir un régime) malgré une distorsion qui en fait une voix radio. Grand moment aussi pour la musique, qui est sans doute une des plus folles que Primus n’ait jamais composé. Un rythme frénétique provenant d’une basse dopée, une voix endiablée, bref les ingrédients d’un énorme tube.

SATHINGTON WALTZ vient casser ce rythme monstrueux avec une ambiance semi country, semi-psychédélique, bref lente et étrange. Dans l’état d’esprit, cela pourrait rappeler l’intro de Pork Soda, à savoir Pork Chop’s Little Ditty.

Les trois dernières chansons demeurent elles aussi monstruseuses, avec une rythmique toujours aussi énergique, malgré quelques passages plus lents, et notamment une séquence un peu country au début de FISH ON (Fisherman’s chronicles part II)

Il faut savoir que Claypool est un vrai fan de pêche, et que les thèmes de la mer, des poissons etc sont récurrents chez Primus, de même que les métaphores sur les animaux en général.

Ces métaphores comportent plusieurs avantages. D’abord nous raconter des histoires marrantes avec des porcs, des poissons, des chiens, des chats… et de ce fait, cacher le véritable sens de certaines des paroles. Au moins, cela peut faire réfléchir, et peut aussi éviter la critique sur des paroles contant des histoires gores, comme sur la chanson Pork Soda très critique quant à la Société de Consommation (une célèbre marque de soda à base de cola y est notamment visée).

L’album se termine comme il a commencé avec LOS BASTARDOS, qui est une reprise du premier titre Here come the bastards, avec disons, un peu plus de « folie ».

Jamais le groupe ne sera aussi inspiré, et même les albums Pork Soda, Tales from Punchbowl ou Antipop, excellents du reste, ne feront mieux. Je complimente beaucoup, mais veuillez croire que cet album est parfait en tous points par rapport aux autres qui comportaient parfois quelques chansons et séquences moins bonnes. Ici, on frôle la perfection.

C’est bien simple, tous les titres de ce bijou méritent un hommage, et lui apposer la note de 20/20 ne serait pas scandaleux non plus, mais on s’en tiendra à un 19, car en cherchant on finirait toujours par trouver un petit défaut à cet album. Indéniablement, c’est l’album à posséder pour ceux qui n’auraient encore jamais écouté la musique de ces trois zouaves San-franciscains de Primus.

19/20.

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