Primus : Suck on This

Primus : Suck on ThisDécidément les trois « fous » de San Francisco n’ont jamais fait comme les autres. Non content de faire dans un style unique en son genre, Primus a étonnement entamé sa discographie sur un disque live. En effet, le groupe alternatif trouvant peu de partenaires fit confiance au petit label Caroline Records. Afin de faire une production peu couteuse, un concert live fut donc enregistré en 1989 en guise d’EP sous le nom « Suck on This ». Ce fut un succès dans toute la Californie et les états voisins pour ce petit disque sans prétentions et ceci permit que le groupe sorte l’année suivante son premier album Frizzle Fry, qui comprend notamment quelques chansons de Suck on This. Le succès sera aussi au rendez-vous avec Frizzle Fry, puis le groupe signera avec son label historique Interscope, pour sortir le grand Sailing the Seas of Cheese et toute sa glorieuse descendance.

Bref, inutile de détailler d’avantage l’histoire. Venons-en donc à la musique des débuts de la carrière de Primus, très difficile à trouver, au point qu’il m’a fallu importer ce live, avec le coût qui va avec, tout comme Frizzle Fry, car ces deux disques sont peu imprimés, et sont rarement faciles à trouver sur le sol français. Cher payé pour ce qui en sera, mais quand on aime un groupe, on ne compte plus la tune mise dans les disques et tous les objets dérivés.

C’est un live très court, d’à peine quarante-cinq minutes, et neuf titres. Sur plusieurs morceaux les conditions du live font que la basse de claypool est discrète, car c’est surtout la voix et la batterie qu’on entend.

Le track-list est hétérogène, avec d’abord de bons morceaux comme le grand Frizzle Fry, titre plus ambiant, lent, qui donnera d’ailleurs son nom au premier album, ou encore la très bonne chanson The Heckler, avec cette rythmique d’enfer. Ce dernier titre cité sera d’ailleurs la chanson bonus de l’album Antipop, caché après une minute de silence suivant Coattails of A Dead Man.

A l’inverse, Tommy The Cat, qu’on entendra plus tard sur le meurtrier Sailing the Seas of Cheese, est ici catastrophique, la guitare frôle le larsen à plusieurs moments et couvre la basse par un espèce d’écho.

Le grand morceau de ce live est sans nul doute Pudding Time, trippant à souhait, et cette fois avec un son impeccable. On en oublierait presque que c’est un live. Les lignes de chant quasiment proche du Rap pendant les couplets et la basse terrible par-dessus donne assurément un rythme infernal à ce titre.

The Pressman, qu’on retrouvera en 1993 sur Pork Soda, est ici toujours aussi ennuyeux (si vous avez déjà écouté Pork Soda). C’est plat, il y a un faux rythme (il y en a eu souvent chez Primus, mais celui-ci demeure vraiment énervant). Il y a bien quelques moments où çà bouge un peu plus, mais c’est court, et sans saveur.

De très bons morceaux hélas ne connaitront pas la consécration dans un véritable album comme Jellikit, qui est un sacré avant goût que sera Primus : un titre dantesque, avec des lignes de basse en slap’ monstrueuses, agrémentées d’une batterie au style inclassable.

Malgré quelques ratés quant au son, Suck on This reste un bon live, … sinon LE live, car Primus n’en a jamais sorti d’autres. Etrange. Il faut lire en ces trois gars la volonté de ne jamais vendre leurs performances live. D’ailleurs, le public est souvent invité à faire son live. Lors de concerts de Primus, il est courant pour Claypool de donner la consigne aux agents de sécurité des salles de concert, de laisser les caméras numériques rentrer.

C’est ce qu’on appelle la classe, Claypool admet qu’on lui vole ainsi les images, mais il s’en contre-fiche, il laisse sa liberté au public, en espérant qu’ils n’en fassent pas commerce. Il semblerait que le public se soit montré respectueux, car Primus continue de tolérer tout cela.

C’est un disque qui n’est ici susceptible que de plaire aux ultras de Primus. Et encore, même le primussien que je suis déplore quelque peu ce live, en raison du son, qui est imparfait sur certains morceaux, et le court track-list qui ne nous propose pas que des bons morceaux.

Un disque que vous pouvez vous procurer si vous vous sentez l’âme d’un collectionneur.

11/20.

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