ACWL : L’Etre Ange Démon

May 19th, 2013 by admin

ACWL : L'Etre Ange DémonMine de rien, cela fait maintenant presque 20 ans que ACWL susurre ses complaintes désabusées et hypnotiques à l’oreille mi-close d’un rock français protéiforme mais parfois étonnamment obtus. On ne peut pas dire que le groupe soit un inconnu, ayant été honorablement relayé par les médias (le clip de A l‘Absent sur MCM en 2001, la première partie d’Indochine sur le Paradize Tour, une entrée dans les charts du rock indé de Le Mouv avec leur Une Vie plus Tard de 2005), et s’étant composé au fil des années une fanbase solide et fidèle, mais, inexplicablement, là ou d’autres groupes français plus ou moins légitimes ont explosé aux oreilles engourdies d’un hexagone musicalement formaté, ACWL n’est jamais parvenu à s’imposer durablement sur la scène nationale et est resté dans l’ombre maudite qui lui sied si bien et qui nourrit son âme mélancolique, malgré sa sincérité et la qualité de sa musique qui ne sont plus à prouver. Qu’à cela ne tienne, les Parisiens ne se sont jamais démonté et ont toujours poursuivi leur chemin tortueux, faisant fi des modes et continuant à développer et raffiner leur style si atypique, et ce jusqu’à la galette qui nous intéresse aujourd’hui, j’ai nommé L’Etre Ange Démon.

ACWL, qu’est-ce que c’est? Avant de commencer les présentations, il convient tout de même de prévenir le metalleux lambda en mal de headbang, de blasts et de riffs qui tuent : non, le combo parisien n’est pas à proprement parler un groupe de metal, ce qu’il partage avec cette scène et qui lui vaut le privilège de figurer dans les pages de notre webzine préféré, c’est cette noirceur poétique qu’il dégage et cette esthétique sombre qu’il se plaît à cultiver. Dark rock hybride aux teintes gothiques et coldwave, voilà comment on pourrait grossièrement étiqueter le groupe, et les onze mélopées de l’Etre Ange ou Démon nous font penser tour à tour à Dolly, X mal Deutschland, The Cure ou Syd Matters. Une musique sombre et apaisante déversant des flots de mélancolie salvatrice, reposant sur une instrumentation simple et envoûtante et sur des mélodies vocales savamment travaillées.

Le tout est parfaitement mécanique, mais d’une froideur envoûtante, renforcée par l’effet de répétition, implacable et hypnotique, et quelques boucles électroniques et effets subtils qui viennent achever la transe. La basse pulse comme un cœur morbide et porte les compos de ses résonances lourdes, tandis qu’arpèges lancinants et lignes de piano aux mélodies faussement naïves, aussi touchants qu’ils sont simples, mènent la musique et s’insinuent sournoisement dans notre boîte crânienne pour ne plus en sortir.

La musique est épurée, simple et va directement à l’essentiel: toucher l’auditeur. En ce sens, L’Etre Ange Démon est diaboliquement efficace, l’addiction est totale, et une seule écoute suffit pour mémoriser et fredonner la plupart des pistes, à ce titre, on peut véritablement parler de chansons. Il est difficile de détacher quelques titres tant l’ensemble forme un tout homogène, mais citons entre autres le première piste, You Run, avec sa mélodie enchanteresse égrainée à la guitare classique et au piano et ce pont onirique à 2,58 minutes, d’une beauté simple et touchante, ainsi que le morceau suivant, Maria Ana, bien plus rock et dansant, s’ouvrant sur un arpège de guitare sombre et grondant vite accompagné par une batterie à la frappe lourde. Le refrain fait la part belle aux grattes, rehaussées d’un sample électronique envoûtant. Une des particularités du son d’ACWL, c’est cet accordage très bas qui fait que guitares et basses se mêlent en un magma grave et tellurique, ce qui renforce l’aspect sombre et désespéré du tout. Il n’est d’ailleurs pas rare que les parties musicales flirtent avec le gothique, comme avec How long et cet arpège de guitare entêtant dans sa simplicité qui rappelle Just Waiting de The Silent Agony. L’enchaînement de ces deux titres illustre à lui-seul la dualité qui nourrit l’univers d’ACWL, toujours tiraillé entre compositions fragiles et touchantes d’une fausse candeur désabusée et rock plus dur, sombre et hypnotique. L’artwork et le titre de la galette illustrent parfaitement cette ambivalence, et ceux qui étaient déjà familiers de la musique des Parisiens ne seront pas dépaysés avec cet opus, qui ne fait que renforcer les contours déjà largement dessinés sur les albums précédents de l’art personnel et atypique du combo.

S’il y a quelque chose qu’on ne peut passer sous silence lorsque l‘on veut parler de L‘Etre Ange Démon, ce sont bien les voix, car elles expriment presque à elles seules l’âme sombre qui habite ACWL, servant des textes souvent désabusés et métaphoriques qui colorent de leurs clairs-obscurs les mélodies des Parisiens. La première qui nous est donnée d’entendre est celle de Céline, chaude et suave, marquant de son sceau unique l’entité ACWL. Polymorphe, tantôt éthérée et angélique, tantôt traînante et lascive, tantôt plaintive et douloureuse, tantôt mystique et lointaine, elle mène véritablement le bal et nous entraîne au détour de ses mille et unes modulations dans un kaléidoscope d’émotions brutes : rock, pop, heavenly voice, tous les registres y passent. Ceci dit, son impact ne serait pas d’une telle ampleur sans les interventions de Jean. Le bassiste prend le micro et une voix grave et ténébreuse, tantôt susurrée, tantôt plus rocailleuse (Someone Will Stay), qui fusionne avec la basse, vient agréablement contraster avec le chant plus aérien de Céline et donner plus de relief à l‘ensemble. La dualité vocale fonctionne à merveille, soufflant le chaud et le froid, allant parfois même jusqu’à rappeler une sorte de Lacrimosa en moins grandiloquent et symphonique, mais avec la même dimension dramatique ( Someone Will Stay me fait un peu penser à Allen Zu Zweit).

Certes, ACWL ne crée pas ici une révolution musicale, leurs onze complaintes douces-amères ne sont pas d’une complexité et d’une originalité à toutes épreuves (même si leur son est reconnaissable entre mille), et les grands connaisseurs de gothique ne seront pas bouleversés par la musique du combo, mais force est de constater que le tout est sacrément homogène et prenant, et surtout – chose ô combien rare et appréciable sur cette scène! – ne s’encombre pas des clichés mièvres et dégoulinants trop souvent inhérents au genre. Un rock onirique aux relents de ténèbres, une musique simple et hallucinée qui nous convie à des rêveries brumeuses et qui démontre, si besoin était, qu’il n’est nul besoin de rimmel dégoulinant, de longues robes noires et de pentacles pour faire de la musique sombre et mélancolique sincère et habitée.

Shredding Sanity : Modern Inertia

May 15th, 2013 by admin

Shredding Sanity : Modern InertiaShredding Sanity, ce nom ne vous dit sans doute rien, et pour cause. Petit groupe formé dans la région champenoise, le combo ne s’est pour l’instant fendu que d’un seul album, The Best Ennemy en 2009, et n’a pas eu beaucoup l’occasion de défendre ses compos sur les planches, de fait, il reste encore quasiment inconnu de la masse metalleuse.

Néanmoins, il y a fort à parier qu’avec la sortie de Modern Inertia, les choses risquent de changer en bien pour le combo. Avec leur death prog futuriste – oui, j’aime bien les étiquettes alambiquées! – les petits Rémois risquent de se faire rapidement un nom sur la scène française et de squatter pas mal de temps les platines de tous ceux qui attendent impatiemment le retour des grands frères hexagonaux de Kalisia et Symbyosis.

Fans de prog, avancez d’un pas, vous risquez d’être conquis : Shredding Sanity a clairement été biberonné au metal progressif et s’amuse à truffer ses compos de riffs complexes, de changements de rythmes déstabilisants et de longues parties instrumentales typiques du genre. Même si les compos excèdent rarement les 5 minutes, elles foisonnent de riffs, d’arrangements et de soli tous plus complexes les uns que les autres, l‘influence heavy prog est vraiment palpable, avec ces soli virtuoses de grattes et de claviers qui explosent dans tous les sens à chaque morceau (il n‘y a qu‘écouter l‘ouverture de Addicted, et suivre ce morceau le long de ces 6,15 minutes qui laisse une grande place aux claviers, rappelant les groupes de prog Italiens, et qui se permet même une petite incursion jazzy). Ici, ce sont les gratteux qui mènent la danse et qui se font visiblement plaisir, et même s’il leur arrive de nous perdre au détour d’un solo un peu trop long ou d’un enchaînement de riffs un peu trop alambiqués, le tout est d’une fluidité assez saisissante. Si vous êtes allergiques au genre et que vous recherchez de la brutalité pure, autant passer de suite votre chemin, Shredding Sanity ne fait pas dans le bas du front basique.

Ceci dit les amateurs de death mélo un peu plus rentre-dedans ne seront pas en reste non plus : riffs typés scandinaves, parties de batterie enlevées, lors des passages les plus véloces, le groupe peut faire penser à du Dark Tranquility ( c’est assez flagrant sur The Forgotten, même si ce morceau est plus calme) ou du Scar Symmetry (en moins sirupeux, dieu merci!), et quand les claviers envoient des nappes spatiales et futuristes, on sent parfois planer le spectre de Fractal Gates.

Néanmoins, on n’atteindra jamais la violence jouissive d’un Theory in Practice, et le metal des frenchies reste toujours très – trop? – mélodique. En fait, le plus souvent, on a plus l’impression d’écouter du power prog avec une voix bien gutturale qu’un véritable album de death. Les amateurs de sensations fortes déploreront d’ailleurs ce manque d’agressivité et un son trop compressé qui ne met pas assez les grattes en avant. Il faut le reconnaître, le tout manque un peu de puissance, et c‘est dommage, car avec un son plus adapté et une musique plus directe – où sont les blasts beats non de non? – les compos de Shredding Sanity auraient pu tout tabasser sur leur passage. D’autres pourront reprocher au groupe de se perdre parfois dans une complexité un peu stérile et de s’égarer à mi-chemin entre différents courants de metal, death, prog, power…

Ceci dit, rassurez-vous, certains excellents titres mettent tout le monde d’accord : le titre éponyme, véritable bombe en puissance, ouvre idéalement l’album, avec ses riffs entêtants aux leads de grattes virtuoses que vous ne parviendrez pas à déloger de votre boîte crânienne (aaaah, ce riff monstrueux à 55 secondes!). Un morceau à la structure alambiquée et complexe, mais parfaitement maîtrisée, avec une partie centrale progressive mais toujours très accrocheuse et entraînante qui, en 5,16 minutes à peine, déroule une véritable leçon de death progressif ultra accrocheur, un peu à la Perséphone.

Man Made Plague suit avec une ouverture au synthé un peu cheap qui ne laisse pas présager la tuerie qui va débouler : après 30 secondes de montée en puissance, c’est un riff monstrueux à la scandinave appuyé par un tapis de double qui nous scotche au fauteuil et qui laisse place un peu plus tard la place à des grattes blackisantes qui nous explosent à la gueule sur un gros blast furieux. Un véritable régal, surtout quand on constate que cette violence jouissive est toujours émaillée de soli virtuoses qui viennent aérer l’ensemble ( et vlan, voilà-t-il pas que je te cale une cavalcade guitare/synthé à la Symphony X, un autre grand groupe que les Rémois semblent avoir beaucoup écouté! ).

Certes plusieurs styles foisonnent et se côtoient au sein d‘un seul et même morceau, et dans sa virtuosité, il arrive au groupe de perdre un peu l’auditeur dans des transitions pas toujours bien amenées ou dans quelques sonorités un peu kitsh ou décalées, ceci dit, quand on aime on ne compte pas, et quand le tout est d’une telle homogénéité, pourquoi se plaindre? D’une manière générale, la maîtrise technique est parfaite, le feeling mélodique énorme, la voix death profonde et puissante et la batterie subtile et variée, que demander de plus?

Pour conclure, Modern Inertia est une excellente surprise qui s‘imposera sans difficulté à tous les fans de death technique, mélodique et progressif. La galette est certes encore perfectible, et le groupe gagnerait parfois à se concentrer sur l’efficacité et la puissance de sa musique, néanmoins, ces 10 titres, en plus de nous faire passer un excellent moment de metal, nous permettent de découvrir un groupe à l‘énorme potentiel qui risque fort d‘exploser s‘il parvient à gommer les petits défauts sus-cités sur son prochain album. Une chose est sûre, messieurs, nous serons au rendez-vous pour la sortie de la prochaine tuerie!

Shredding Sanity : Mordern Inertia

May 15th, 2013 by admin

Shredding Sanity : Mordern InertiaShredding Sanity, ce nom ne vous dit sans doute rien, et pour cause. Petit groupe formé dans la région champenoise, le combo ne s’est pour l’instant fendu que d’un seul album, The Best Ennemy en 2009, et n’a pas eu beaucoup l’occasion de défendre ses compos sur les planches, de fait, il reste encore quasiment inconnu de la masse metalleuse.

Néanmoins, il y a fort à parier qu’avec la sortie de Modern Inertia, les choses risquent de changer en bien pour le combo. Avec leur death prog futuriste – oui, j’aime bien les étiquettes alambiquées! – les petits Rémois risquent de se faire rapidement un nom sur la scène française et de squatter pas mal de temps les platines de tous ceux qui attendent impatiemment le retour des grands frères hexagonaux de Kalisia et Symbyosis.

Fans de prog, avancez d’un pas, vous risquez d’être conquis : Shredding Sanity a clairement été biberonné au metal progressif et s’amuse à truffer ses compos de riffs complexes, de changements de rythmes déstabilisants et de longues parties instrumentales typiques du genre. Même si les compos excèdent rarement les 5 minutes, elles foisonnent de riffs, d’arrangements et de soli tous plus complexes les uns que les autres, l‘influence heavy prog est vraiment palpable, avec ces soli virtuoses de grattes et de claviers qui explosent dans tous les sens à chaque morceau (il n‘y a qu‘écouter l‘ouverture de Addicted, et suivre ce morceau le long de ces 6,15 minutes qui laisse une grande place aux claviers, rappelant les groupes de prog Italiens, et qui se permet même une petite incursion jazzy). Ici, ce sont les gratteux qui mènent la danse et qui se font visiblement plaisir, et même s’il leur arrive de nous perdre au détour d’un solo un peu trop long ou d’un enchaînement de riffs un peu trop alambiqués, le tout est d’une fluidité assez saisissante. Si vous êtes allergiques au genre et que vous recherchez de la brutalité pure, autant passer de suite votre chemin, Shredding Sanity ne fait pas dans le bas du front basique.

Ceci dit les amateurs de death mélo un peu plus rentre-dedans ne seront pas en reste non plus : riffs typés scandinaves, parties de batterie enlevées, lors des passages les plus véloces, le groupe peut faire penser à du Dark Tranquility ( c’est assez flagrant sur The Forgotten, même si ce morceau est plus calme) ou du Scar Symmetry (en moins sirupeux, dieu merci!), et quand les claviers envoient des nappes spatiales et futuristes, on sent parfois planer le spectre de Fractal Gates.

Néanmoins, on n’atteindra jamais la violence jouissive d’un Theory in Practice, et le metal des frenchies reste toujours très – trop? – mélodique. En fait, le plus souvent, on a plus l’impression d’écouter du power prog avec une voix bien gutturale qu’un véritable album de death. Les amateurs de sensations fortes déploreront d’ailleurs ce manque d’agressivité et un son trop compressé qui ne met pas assez les grattes en avant. Il faut le reconnaître, le tout manque un peu de puissance, et c‘est dommage, car avec un son plus adapté et une musique plus directe – où sont les blasts beats non de non? – les compos de Shredding Sanity auraient pu tout tabasser sur leur passage. D’autres pourront reprocher au groupe de se perdre parfois dans une complexité un peu stérile et de s’égarer à mi-chemin entre différents courants de metal, death, prog, power…

Ceci dit, rassurez-vous, certains excellents titres mettent tout le monde d’accord : le titre éponyme, véritable bombe en puissance, ouvre idéalement l’album, avec ses riffs entêtants aux leads de grattes virtuoses que vous ne parviendrez pas à déloger de votre boîte crânienne (aaaah, ce riff monstrueux à 55 secondes!). Un morceau à la structure alambiquée et complexe, mais parfaitement maîtrisée, avec une partie centrale progressive mais toujours très accrocheuse et entraînante qui, en 5,16 minutes à peine, déroule une véritable leçon de death progressif ultra accrocheur, un peu à la Perséphone.

Man Made Plague suit avec une ouverture au synthé un peu cheap qui ne laisse pas présager la tuerie qui va débouler : après 30 secondes de montée en puissance, c’est un riff monstrueux à la scandinave appuyé par un tapis de double qui nous scotche au fauteuil et qui laisse place un peu plus tard la place à des grattes blackisantes qui nous explosent à la gueule sur un gros blast furieux. Un véritable régal, surtout quand on constate que cette violence jouissive est toujours émaillée de soli virtuoses qui viennent aérer l’ensemble ( et vlan, voilà-t-il pas que je te cale une cavalcade guitare/synthé à la Symphony X, un autre grand groupe que les Rémois semblent avoir beaucoup écouté! ).

Certes plusieurs styles foisonnent et se côtoient au sein d‘un seul et même morceau, et dans sa virtuosité, il arrive au groupe de perdre un peu l’auditeur dans des transitions pas toujours bien amenées ou dans quelques sonorités un peu kitsh ou décalées, ceci dit, quand on aime on ne compte pas, et quand le tout est d’une telle homogénéité, pourquoi se plaindre? D’une manière générale, la maîtrise technique est parfaite, le feeling mélodique énorme, la voix death profonde et puissante et la batterie subtile et variée, que demander de plus?

Pour conclure, Modern Inertia est une excellente surprise qui s‘imposera sans difficulté à tous les fans de death technique, mélodique et progressif. La galette est certes encore perfectible, et le groupe gagnerait parfois à se concentrer sur l’efficacité et la puissance de sa musique, néanmoins, ces 10 titres, en plus de nous faire passer un excellent moment de metal, nous permettent de découvrir un groupe à l‘énorme potentiel qui risque fort d‘exploser s‘il parvient à gommer les petits défauts sus-cités sur son prochain album. Une chose est sûre, messieurs, nous serons au rendez-vous pour la sortie de la prochaine tuerie!

Ov Hollowness : The World Ends

May 10th, 2013 by admin

Ov Hollowness : The World EndsOv Hollowness… Sur le papier, encore un de ces innombrables one man bands qui pullulent sur la scène black avec un nom cliché, une attitude probablement misanthropique et haineuse et une musique dépressive, lente et répétitive que l’on pourrait croire sortie de n’importe quel album de true black lambda…

Eh bien non, détrompez-vous. Je ne vous jouerai pas la carte du faux expert omniscient de l‘underground en m’étalant pendant des lustres sur la bio du groupe – que j’ai d’ailleurs découvert en recevant la promo de cet album – puisque mis à part que Ov Hollowness s’est formé en 2009 à Edmonton au Canada sous l’impulsion de son unique fondateur, M.R., et que The World Ends est déjà son troisième album – au passage, merci Spirit of Metal! -, il n’y a pas grand-chose à dire à son sujet. En effet, Ov Hollowness baigne dans le quasi anonymat de l’underground le plus profond, ce qui, somme toute, aide à se focaliser sur l’essentiel : la musique. Et là, belle surprise : même si on ne crie pas au génie et si on ne se pâme pas d‘admiration devant l‘originalité à toute épreuve de ces 10 titres, on prend beaucoup de plaisir à se laisser entraîner dans les méandres sombres de ce black metal certes classique mais pas dénué de cachet pour autant.

Ov Hollowness nous sert un black épique, mélodique et entraînant, certes simple et basique, mais bien foutu et terriblement prenant. Quelques maladresses, comme ces chants clairs irritants et désagréablement en décalage sur Abusive ou cette double grosse caisse un peu lourde et pataude qui plombe le rythme par son côté linéaire plus qu’il ne l’emballe, viennent parfois un peu casser la féérie de l‘ensemble, mais d‘une manière générale, le tout se tient très bien et la magie opère : au niveau des guitares, les riffs sont excellents, avec un grain agréable, et un feeling très nordique, rappelant parfois Immortal et Taake. La basse est audible, apportant un relief appréciable aux compos, et les mélodies sont parfaitement chiadées.

En plus, chose très appréciable, surtout quand on constate que World Ends s’étale quand même sur 75 minutes, les compositions sont très variées, certes principalement axées sur des mid tempi mélancoliques et majestueux, mais sachant aussi se montrer plus martiales et agressives, en témoigne ce blast beat lourd qui ouvre la deuxième piste de l’album, Grey.

Le long de ces 10 pistes, on sent planer l’ombre des grands, Bathory en tête, et des noms illustres tels que Mayhem, Immortal, Taake ou Darkthrone s’imposent à nos oreilles dévastées au fil des morceaux. Ceci dit, Ov Hollowness parvient à faire une excellente synthèse entre différents courants du black metal et à cristalliser sa propre vision de l’art noir sur ces 10 titres à l’entêtant parfum de Norvège : metal épique, ambiances païennes et guerrières, résonnances plus true black, réminiscences post black, riffs mélancoliques, passages majestueux et oniriques, toutes ces influences s’entremêlent habilement pour donner le son Ov Hollowness, certes peu original, mais d’une cohérence sans faille. Par ailleurs, la musique du Canadien est axée sur les riffs, les ambiances et la mélodie, et n’est jamais réellement violente ni haineuse, contrairement à l’art blasphématoire de bon nombre de ses illustres aînés Norvégiens : les sapins enneigés, les vallées venteuses et les champs de batailles, voilà ce que nous évoque The World Ends.

On peut donc passer d’un Grey, agressif et noir, à la rythmique guerrière, à un Hoarfrost, très doomy, aux ambiances mortifères et funeral, lent, mélancolique et dépressif.

An End, quant à lui, nous propulse dans l’univers tourmenté du true black et me fait beaucoup penser à du Nehemah, avec ces guitares bourdonnantes et cette voix grave et écorchée, The World Ends semble avoir été rédigé en hommage à Quorthon, tandis que Lost Resolve nous renvoie au dernier effort de Fen, avec ces riffs lancinants et ces chants clairs un peu fragiles et maladroits.

Concrètement, que reprocher à cet album? Sur la forme, pas grand chose. On pourra regretter un manque d’agressivité parfois, certains passages manquant un peu d’intensité pour vraiment transcender l‘auditeur, ceci dit, le tout reste prenant de bout en bout, et les 10 compos de M.R. parviennent à rester très immersives, exception faite du titre central Ov, qui n’apporte pas grand-chose au schmilblik et de End In View, un peu mollasson.

C’est donc sur le fond que les plus exigeants pourront réserver leurs critiques, on pourra notamment reprocher au one man band canadien un manque de personnalité assez évident, de même certains pourraient déplorer le côté un peu patchwork et easy listening du black de Ov Hollowness qui va piocher à droite à gauche les influences qui lui plaisent pour composer son propre son, assez formaté.

Ceci dit, les amateurs de belles mélodies et de mélancolie musicale ne pourront que saluer la performance du sikos et tomberont sans aucun doute sous le charme de ce The World Ends, qui reste quoi qu’on en dise une belle performance et un travail abouti et professionnel dans une scène underground dont la qualité laisse parfois à désirer. En un mot comme en cent, une formation à suivre de près et un album à recommander chaudement à tous les amateurs du genre.

AevLord : The Nomad’s Path

February 28th, 2013 by admin

AevLord : The Nomad's PathAevLord est un groupe de black parisien assez discret formé en 2003 qui, avec The Nomad’s Path, sort mine de rien son 3 eme album dans un registre black sympho mid tempo à l’ambiance sombre et aux mélodies accrocheuses. Les guitares, accordées grave et aux multiples effets déroutants, déroulent des riffs rampants et insidieux, très sombres, qui fusionnent parfaitement avec des synthés aux résonances étranges et mystiques. Le tout sonne très norvégien et rappelle immanquablement Old Mans Child ou Obtained Enslavement dans les sonorités et le riffing, mais les Parisiens ne se contentent pas de singer leurs illustres aînés et sont parvenus à développer leur propre style : les 10 pistes qui composent The Nomad’s Path ne se cantonnent pas docilement aux poncifs du genre, elles n’hésitent pas à mélanger différents styles extrêmes et diverses ambiances, un peu à l’image d’un combo comme Furia à sa période black. D’ailleurs, l’utilisation des claviers ainsi que l’alternance des chants black et death (très minoritaires) nous fait aussi penser aux premières œuvres des Mâconnais.

Assise largement black s’appuyant sur des riffs sombres et complexes, mid tempos envoûtants soutenus par une double implacable, quelques soupçons de death bien sentis qui viennent relever le tout et conférer une agressivité salvatrice à certains morceaux (The Marvelous Gems, au début fracassant qu’on croirait tout droit sorti d’un album de Behemoth, ou les parties saccadées de The Temple), ambiances religieuses et solennelles, soli spatiaux, parties acoustiques, le mélange pourrait sembler indigeste mais les Frenchies maîtrisent bien leur art et nous délivrent une musique d’une cohérence et d’une maturité étonnantes. Ici une plage de clavier à la Arcturus, plus loin une nappe d’orgue funèbre qu’on croirait échappée d’A la quête du Passé, là un riff typiquement galderien, là un autre typé Windir, ici, une ambiance sombre et théâtrale qui lorgne du côté de Diabolical Masquerade, plus loin un mélange baroque claviers/guitares qui rappelle à notre mémoire nostalgique les excellents confrères parisiens de Love Lies Bleeding, encore après un passage épique et oriental à la Stormlord époque Mare Nostrum… Le propos est varié, les compos, qui excèdent rarement les 5 minutes, sont suffisamment riches et évolutives pour rester intéressantes et assez courtes pour ne pas lasser, malgré une certaine redondance dans les structures et les riffs.

Directement, Wandering nous entraîne dans un monde de contrastes dominé par la fausse douceur d’une boîte à musique qui égraine une mélodie naïve, et contrebalancée par une rythmique syncopée et agressive servie par des guitares acérées et une batterie technique à souhait. Le tout est frais, original, et efficace, habile mélange de black et de death aux ambiances théâtrales et baroques, et annonce un album sortant des sentiers galvaudés du black sympho. Le deuxième titre, The Marvelous Gems, développe tout le talent d’AevLord sur un morceau hybride entrelaçant en une symbiose parfaite guitares hypnotiques aux effets cosmiques et claviers futuristes à la Arcturus avec des parties brutales et blastées résolument death, pour finir sur une partie acoustique de toute beauté. Imparable.

S’ensuit une série de titres plus lents, sombres et solennels sur lesquels le groupe s’essaye à développer diverses ambiances, et même s’ils sont à mon sens moins percutants que les deux tueries qui débutent l’album, c’est sur ces pistes plus calmes que les Parisiens vont s’efforcer de développer leur identité musicale : le son des guitares, souvent très grave, ainsi que l’omniprésence des claviers, aux résonnances lugubres et mélancoliques, donnent une aura particulière à ce The Nomad‘s Path. C’est indéniable, AevLord ne mise pas tout sur la brutalité ou la rapidité, le groupe essaye plus de développer des ambiances, et d’imposer un art mélodique complexe et torturé : la musique est raffinée, élégante, sombre sans jamais être dépressive, et d’une violence maîtrisée.

Lost in Despair avec son introduction aux sonorités d’orgue grandiloquent, Raging Storm, avec son riff principal délicieusement sombre et accrocheur, l’ouverture presque power metal de Soldier’s Willpower avec ses riffs entremêlés de clavecin, chaque morceau possède ses moments de bravoure et ses petites trouvailles qui épicent l’ensemble et lui confèrent un relief appréciable qui se laissera apprécier au fil d’écoutes répétées. His Majesty Pharao, en un peu plus de 4 minutes, résume bien le riche univers de The Nomad’s Path et parvient à nous transporter dans l‘Egypte antique, avec ses chœurs graves et sépulcraux à la monotonie liturgique, ses cordes pincées, ses quelques percussions ethniques, et ses parties écrasantes et solennelles aux guitares lourdes, quasiment doom death.

Sur le papier, tout cela semblerait presque idyllique, néanmoins, ce troisième album d’AevLord n’est pas parfait : le défaut le plus préjudiciable est le manque d’agressivité qui dessert certaines compositions. Le tout est bien chiadé, accrocheur, mélodique, mais parfois un peu trop mou et lisse, et le groupe est nettement plus convaincant dans ses morceaux les plus rapides et agressifs, comme les deux pistes qui ouvrent l’album. Si ces riffs lents et rampants à l’ambiance solennelle sont indéniablement une marque de fabrique d’AevLord, ils ne sont pas assez mis en relief car les accélérations qui pourraient les mettre en valeur se font trop rares, et un mid tempo léthargique domine mollement l’ensemble. On a du coup parfois l’impression que les riffs se répètent malgré la bonne tenue de l’ensemble (dans Northern Lights, Raging Storm et Purple Haze, ils sont très similaires), ce qui a pour conséquence qu’au fur et à mesure que les pistes défilent, on écoute d’une oreille plus distraite des titres qui mériteraient plus d’attention.

De même, pour un album qui mise plus sur les ambiances que sur la brutalité, The Nomad’s Path manque encore un peu de profondeur dans les atmosphères qu‘il tisse, comme si les Parisiens, trop timides, avaient bridé leur inventivité. Est-ce le format des morceaux ( plutôt courts pour le style, on a l’impression qu’AevLord se muselle et comprime trop ses élans créatifs qui gagneraient à être plus largement développés sur des pièces plus longues), est-ce un petit manque de folie, un refus de prendre des risques qui nuit à l‘intensité de l‘ensemble, toujours est-il que les idées sont là, mais parfois trop timidement exploitées, et qu’il manque un petit quelque chose pour que la musique nous envoûte totalement. Le tout est bon, propre, carré, intelligent, fouillé, prenant et varié, mais pour une faire une comparaison judicieuse par rapport au style et à la proximité des sorties, on est encore loin de l’excellence d’un Saille qui nous envoûte de bout en bout de ses compositions lumineuses et cauchemardesques.

En conclusion, The Nomad’s Path est une très bonne sortie qui devrait contenter sans problème tous les amateurs de black sympho mélodique mais à qui il manque encore un brin d’agressivité et d’épaisseur dans els ambiances pour qu’il parvienne à vraiment transcender le genre. Gageons que si Aevlord parvient à se surpasser sur son prochain essai, le successeur de la présente galette devrait être une vraie perle…

Fen (UK) : Dustwalker

February 8th, 2013 by admin

Fen (UK) : DustwalkerDepuis une dizaine d‘années, un courant s’est largement développé jusqu’à devenir un sous-genre à part entière dans une scène black de plus en plus ouverte aux expérimentations sonores et aux hybridations musicales de toutes sortes, il s’agit du post rock black metal, décrié par certains et adulé par d’autres, et initié par des groupes comme Agalloch ou Alcest au début des années 2000. Le côté lancinant et sombre du black couplé aux structures hypnotiques et lumineuses du post rock a conquis de nombreux metalleux avides d’émotions intenses et de mélancolie musicale, et influencé des groupes reconnus tels que AmeSœurs, Heretoir, Lantlôs, ou Svarti Loghin pour n’en citer que quelques uns.

C’est précisément dans ce créneau que les Anglais de Fen évoluent discrètement depuis 2006, et ils nous livrent aujourd’hui sur leur quatrième album, le bien nommé Dustwalker, un black onirique et introspectif, une sorte de voyage initiatique béat dans les méandres brumeuses des rêves et de l’intériorité. Ici, pas ou peu de violence, on est plus bercé par des arpèges lancinants et des riffs tanguant renforcés par les lignes hypnotiques de la basse, avec toujours ce tapis de grattes électriques profondes et limpides en toile de fond, le rythme coule paresseusement au fur et à mesure que les guitares déroulent leurs langueurs électriques et claires en une orgie post rock/black. Le tout est clame, reposé, halluciné, et de ce magma bouillonnant s’élèvent des vapeurs psychédéliques et acides aux doux relents de rêves et d’illusions et qui ne sont pas sans rappeler certains groupes des années 70, Pink Floyd en tête (le déroutant mais néanmoins très sympathique Spectre, entièrement interprété en chant clair).

Les guitares se font tour à tour claires ou plus saturées, souvent superposées en plusieurs couches sonores qui nous portent et élèvent notre âme dans des contrées nébuleuses et lointaines sur lesquelles règnent les voix désolées de The Watcher et Grungyn. Les Anglais aiment jouer sur les contrastes et s’amusent à nous perdre dans un dédale de plans clair obscur, au croisement sonore du rock 70’s entre psyché et prog, du post rock et d’un black calme et intimiste. Ici, il ne faut pas s’attendre à des riffs glacés typiques du black, et à de grosses branlées rythmiques propres au heabang, non. Dustwalker privilégie les émotions et prend son temps pour intensifier ses ambiances, il nous embarque pour un long voyage introspectif qui a plus pour but de nous faire atteindre la paix intérieure que de nous démonter les cervicales.

La basse est très présente, vraiment rock, et rajoute une profondeur bienvenue aux plaintes aigues et aux mélodies naïves des guitares, la batterie, lointaine, résonne d’un écho étouffé qui semble s’échapper de vapeurs languides et acides ainsi que ces voix claires et fragiles et ces chœurs litaniques qui surnagent dans le chaos d ‘effets des guitares. Shoegaze, black, postrock, psyché, prog, il y a un peu de tout ça chez Fen.

Appétissante description, n’est-il pas? Mais voyons voir, ça ne vous rappelle pas quelque chose, ou plutôt quelqu’un tout ça? Ce post rock black introspectif et solennel à la voix tantôt écorchée, tantôt naïve, avec cette petite touche folk presque mystique qui confère à la musique du combo une aura quasiment sacrée, ça ne vous dit rien? Aaaaah, si! Inutile de nier le rapprochement évident avec Agalloch tant les ressemblances avec le combo américain sont flagrantes (le début de Hands of Dust, Walking the Crowpath), on pourra aussi faire la comparaison avec les inévitables Anathema, rois du dark rock lancinant et atmosphérique, pour ces élans progressifs tout en douceur et cette ambiance tout en contrastes, tantôt sombre, tantôt lumineuse, confinant en de rares élans de génie au sublime.

Rares élans, car malheureusement, n’est pas Anathema ou Agalloch qui veut, et les jeunes Anglais, même s’ils ont un potentiel certain et qu’ils maîtrisent plutôt bien leur art musical, n’ont pas encore atteint la maturité de leurs aînés. Si sur certaines pistes, la magie opère (le premier titre Consequence, qui ouvre de manière grandiose l’album, parfaite osmose de tous ces éléments qui font un titre post rock black indispensable, quelque part entre Svarti Login, Lantlos et Alcest, l‘excellent Walking the Crowpath qui, du haut de ses 13 minutes, résume parfaitement l‘essence musicale et spirituelle de Fen), Dustwalker peine souvent à nous immerger complètement et bien que la musique reste toujours agréable et apaisante, elle ne parvient pas toujours à épouser l’hypnotisme sombre et torturé qui sublime toute œuvre de ce genre, si complexe dans sa simplicité apparente. Le groupe semble parfois se perdre au milieu de toutes ses influences, hésiter entre quelque chose de totalement onirique et calme et une musique plus rock et directe, et à trop se chercher, finit par s’égarer (Wolf Sun et The Black Sound, qui peinent à convaincre entièrement).

Le tout manque d’homogénéité, les transitions sont parfois malhabiles, le chant clair n’est pas toujours juste et pas franchement adapté aux parties musicales que, bien souvent, il dessert plutôt qu’il ne les transcende (The Black Sound et cette voix forcée irritante), et certains passages deviennent longuets par manque d’intensité, même si les compos fourmillent de bonnes trouvailles et s’écoutent bien. Disons simplement que même si Dustwalker est très bon dans son ensemble, l’approximation dans un style musical aussi épuré ne pardonne pas, et l’auditeur qui achète ce genre de musique qui joue plus sur l’émotion et l’ambiance que sur la technique instrumentale ou l’efficacité rythmique est en droit de s’attendre à palper la magie du bout des doigts.

Que conclure donc de ce troisième album de Fen? Une bonne réalisation qui devrait plaire sans problème aux amateurs du genre, mais qui ne risque pas de venir supplanter leurs références. Un bon moment en perspective avec quelques passages forts vraiment prenants et intenses, mais un arrière-goût amer de frustration et d’inachevé pour les auditeurs les plus exigeants qui sentent qu‘il ne manquait pas grand-chose aux Anglais pour magnifier leur musique et faire de ce Dustwalker un incontournable. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’avec cette galette, Fen nous met l’eau à la bouche et nous dévoile un énorme potentiel qui ne demande, espérons-le, qu’à être pleinement exploité et exploser à la face du monde sur un quatrième album…

The Prophecy (UK) : Salvation

January 31st, 2013 by admin

The Prophecy (UK) : SalvationTout commence par un doux bruit de ressac, quelques arpèges clairs et un violon aux plaintes poignantes. Cette ouverture, sobre et solennelle, semble nous convier dans les méandres d’un folk intimiste et calme, à la beauté mélancolique et acoustique. Et pourtant, quand on se penche sur le CV des Anglais, on s’aperçoit que The Prophecy joue du doom, et ce depuis déjà 12 ans, et que Salvation est leur 4eme album.

Oh, certes, le doom, c’est large. Entre Candelemass, Thergothon et My Dying Bride pour ne citer que 3 des piliers fondateurs du genre, il y a tout un monde. Ceci dit, si chacun de ces monstres sacrés évolue dans un registre propre et personnel dont il a en grande partie contribué à définir les codes, et si, à la première écoute, la filiation entre heavy doom traditionnel, funeral doom et doom death n’est pas toujours évidente, force est de constater que ces sous-genres ont des bases communes qui justifient leur regroupement sous une seule et même bannière : lent, lourd, triste, dépressif, cafardeux, morbide, voilà des adjectifs qui peuvent définir à merveille la musique doom en général.

Peut-on vraiment attribuer ces qualificatifs à The Prophecy? Oui et non, car si les Anglais empruntent de toute évidence certains éléments typiques du doom tels la lenteur rythmique, la mélancolie et une certaine lourdeur, ils ne se cantonnent pas qu’à ce style musical et nous proposent une mixture personnelle et bien pensée, un long voyage aux confins du dark rock, du doom, du gothique et du folk, au cours duquel vous pourrez tour à tour croiser les spectres d’Agalloch, Anathema, Opeth, The Silent Agony, The Old Dead Tree, Artesia, Primordial et Empyrium.

Lorsque au bout de presque deux minutes, la voix fait son apparition , un brin nasillarde, mélancolique et désabusée, lointaine, brumeuse, mais terriblement vraie, on sent réellement l’influence gothique de la musique, et on comprend que le groupe insiste plus sur le côté intimiste et mélancolique que sur la puissance ou la lourdeur à outrance. Matt Lawson semble vouloir exhumer de son sépulcre de poussière le fantôme d’une âme oubliée depuis des siècles et nous narrer ses misérables mésaventures passées. Cette litanie apaisée et poignante nous embarque, et le premier riff réellement metallique, lourd et distordu ne nous explose aux oreilles qu’au bout de 6 min11, parfaitement amené par cette montée progressive, et appuyé par un petit grunt des familles histoire de nous rappeler que l‘on a bien affaire ici à un skeud de metal.

Voilà comment fonctionne The Prophecy : de longues parties acoustiques et mélancoliques déroulent langoureusement leurs arpèges pour une montée en puissance progressive et paresseuse qui s‘empare lentement de nos sens, et au fur et à mesure que l‘instrumentation s‘intensifie, l’émotion monte.

Arrive ensuite la batterie, lourde et réverbérée, et la basse qui commence à appuyer de ses secousses sensuelles les lamentations mélodiques des guitares. Petit-à-petit, sans même que l’on s’en rende compte, le morceau décolle et nous happe et lorsque l’on arrive au refrain après de longues minutes calmes et solennelles, les grattes lâchent de gros accords lourds et mélancoliques qui achèvent de nous hypnotiser.

Les parties metalliques à proprement parler se font rares, la lourdeur propre au style est largement mise de côté pour une musique plus aérienne et plus lumineuse, les parties entièrement acoustiques sont majoritaires, même si quelques moments de bravoure subsistent, où murs de guitares et grunts sporadiques viennent nous tirer de notre douce torpeur (le court mais efficace Reflections). Il se dégage de la musique des Britanniques une légèreté et une candeur rafraîchissantes et loin des clichés inhérents au style, un je ne sais quoi d’apaisant et d’authentique, une sorte de force mystique et naturel1e, quelque chose de poignant et de fort qui vous touche en plein cœur et qui renvoie inévitablement au folk ou à la musique intemporelle de groupes comme Anathema ou Primordial.

Les introductions, toujours longues, travaillées et expressives, n’hésitent pas à mêler violons, pianos et arpèges pour nous plonger dans un spleen béat et contemplatif dans lequel on se perd avec complaisance. La voix apparaît, plus typée gothique que doom à proprement parler et rappelant les Bataves de The Wounded, sobre, pure et habitée, sans trop en faire, toujours juste et touchante, portant le morceau et ajoutant une dimension plus grave et solennelle à l‘ensemble.

Oui, la formule est simple, mais d’une efficacité redoutable: les structures, très longues à se mettre en place car s’étirant sur de longues minutes pour distiller pleinement le parfum délicieusement suranné de leurs ambiances (mis à part Reflections, tous les titres oscillent entre 10 et 14 minutes), jouent sur la répétition, et ce qui peut paraître longuet et mollasson lors d’une écoute distraite pour l’auditeur lambda qui n’attend que du gros riff, devient réellement envoûtant quand on prend la peine de s’ouvrir à ces sonorités intimistes et apaisées. Mieux encore, ces longueurs permettent de mieux apprécier les rares explosions metalliques qui viennent nous chatouiller les oreilles et de se concentrer davantage sur les variations du riffing, qui lorgne plus du côé du neo et du gothique que du doom à proprement parler (la ressemblance avec The Silent Agony est parfois frappante) et les changements de rythme. Car si la musique apparaît simple au premier abord, elle est loin d’être figée, et les subtiles variations (les parties de basse sur Salvation, la performance de la batterie sur Released) sont vraiment appréciables dans un style musical trop souvent monolithique et immobiliste.

Bon, et les défauts me direz-vous? Pour beaucoup, Salvation sera peut-être un peu mou, trop long à dévoiler ses charmes, et pas assez direct ni metallique.

D’autres déploreront l’absence de cette ambiance sombre et mortifère, de ces claviers lugubres aux mélodies morbides souvent nécessaires pour prétendre au statut de bon album doom ainsi que le manque de grunts qui réhausse souvent la violence et la lourdeur de la musique, certains encore s’offusqueront de cette audacieuse hybridation musicale qui n’hésite pas à bousculer les codes du genre. Effectivement, c’est sûr que si l’on veut du doom extrême, il vaut mieux se pencher sur Esoteric ou Wormphlegm que sur The Prophecy qui s‘évertue à proposer une musique plutôt calme, mélancolique et intimiste que réellement noire et suffocante.

Ceci dit, ce disque s’apprécie vraiment avec le temps, et à force d’écoutes, ce qui peut apparaître au début comme un album simplement sympathique et relaxant finit par devenir vraiment prenant et hypnotique. Nul doute que si vous laissez une chance aux Anglais et leur ouvrez votre âme et votre cœur, cette galette saura vous envoûter et finira par vous posséder à tel point que cette Salvation pourrait bien devenir votre perdition…

The Ocean : Fluxion

December 18th, 2012 by admin

The Ocean : FluxionAprès moult formations dans tous les styles de metal possibles et imaginables, c’est au tour de The Ocean, groupe de metal expérimental berlinois formé en 2001, d’exploiter le thème marin et de nous faire découvrir les abysses de l’océan à sa façon, après deux démos en à peine deux ans d‘existence. Cassons tout de suite le suspense et ne cherchons pas à nier plus longtemps l’évidence: sur ce premier album, les Allemands ont très visiblement été marqués par le Oceanic d‘Isis, sorti deux ans auparavant, et l‘influence des Américains est palpable à tous les niveaux, que ce soit dans le son gras des guitares, la lourdeur rythmique, l’alternance entre parties écrasantes et puissantes et passages plus aériens et introspectifs, jusque dans l’illustration de la pochette de l‘album. Le choix même du patronyme semblerait presque être un clin d’œil au chef-d’œuvre de la bande à Turner, ce qui est évidemment impossible puisque The Ocean s’est formé un an avant la sortie de Oceanic. Néanmoins, vu comme ça, on pourrait penser à un hommage simple et plat aux dieux du post hardcore, sans véritable personnalité ni inspiration, mais il n‘en est rien, et sans nier leurs influences plus qu’évidentes, les Teutons parviennent habilement à tirer leur épingle du jeu parmi une pléthore d‘imitateurs à la musique insipide qui, déjà en 2004 saturait la toute jeune scène post hardcore.

Dés Nazca, la piste d’introduction, le ton est donné : un son extrêmement lourd et dense, une basse chaude et claquante bien mise en avant, des riffs grondants et menaçants mais entraînants et hypnotiques, des arpèges lancinants et mélancoliques, et des parties hybrides où violons, claviers et flûtes s’accouplent à des grosses grattes en un maelstrom metallique extrêmement puissant, mélodique et addictif. Le tout fait indéniablement penser à Isis, mais la recette des Allemands est personnelle et savoureuse. La pub pour Opel ne vous a pas menti: deutsche Qualität, deutsche Zuverläissgkeit!

Les riffs sont à l‘image d‘une immense vague qui se dresserait avec majesté avant de retomber impitoyablement sur un frêle esquif, lourds, puissants et implacables, on ne les écoute pas, on les subit: on fixe la crête ourlée d’écume qui s‘élève toujours plus haut, muet et médusé, on contemple en silence, avec une frayeur mêlée de respect, la majesté de ces éléments déchaînés, on sait que la vague monstrueuse va s’abattre avec fracas et nous emmener par le fond, mais on ne peut s’empêcher de la contempler, admiratif, en attendant le choc inévitable… Cette impression de lourdeur est renforcée par un son énorme et titanesque, avec une basse grondante qui nous entraîne inévitablement dans les profondeurs noires de l’océan et une batterie à la frappe lourde et puissante et à la résonance amplifiée. La section rythmique est d’ailleurs à mon sens l’un des points forts de l’album, avec ce son de batterie si particulier et ce jeu complexe, propre et varié qui aident à instaurer l’ambiance changeante d’un océan versatile, et cette basse délectable qui apporte une profondeur non négligeable à l’ensemble et qui se plait parfois pendant les parties les plus calmes et mélodiques, à prendre les guitares à contre pied en nous servant des parties chaudes et dansantes. La voix, rarement présente, est profonde, puissante et impérieuse, pleine de rage et de fureur, un peu à l’image de celle de Aaron Turner, et vient appuyer la noirceur de la musique avec ses éructations graves et abyssales.

Lors d’une première écoute distraite, on pourrait penser avoir affaire à un bon cd de post hardcore parmi tant d’autres, mais les compositions, qui n’hésitent pas à s’étirer en longueur (3 titres s’étalent au-delà des 8 minutes, dont le très bon The Greatest Bane, du haut de son petit quart d‘heure), fourmillent de détails sonores intéressants et sont d’une richesse musicale et rythmique étonnantes que la compacité des riffs et la lourdeur du son ne nous laisseraient pas présager de prime abord. De la finesse et de la complexité sous un enrobage brut, voilà ce que développe minutieusement The Ocean le long de ces 9 compositions plus subtiles qu’elles n’y paraissent: telle l’entité aqueuse à qui ils empruntent leur nom, et qui n‘accepte de découvrir les mystères de ses profondeurs qu‘aux explorateurs les plus rigoureux et assidus, les Teutons nous offrent ici des plages qui ne dévoilent leurs richesses qu’après des écoutes répétées et attentives; l’océan est un élément farouche qui ne livre pas ses secrets au premier venu.

La musique est agréablement variée, et malgré la lourdeur de l’ensemble, il se dégage une certaine beauté mélancolique de ce mur du son. En fait, la musique de The Ocean est difficilement palpable, comme la mer qu’elle met en scène, elle file entre les doigts, protéiforme et insaisissable, tantôt déchaînée et colérique, tantôt fluide et légère, tantôt lourde et dansante. Si elle peut paraître monolithique au premier abord, il n’en est rien, les variations rythmiques et stylistiques sont nombreuses et peuvent même intervenir au sein d’un même morceau, de sorte que le groupe n’a pas usurpé son étiquette galvaudée de metal expérimental (même si cette facette sera bien plus développée sur les albums postérieurs et qu’ici, la base est très largement post hardcore). The Human Stain, deuxième titre de la galette, résume à lui seul l’essence musicale de The Ocean, évoluant entre parties violentes typiques du hardcore, riffs plus planants et mélodiques et un long passage central carrément cinématographique où l’instrumentation metal laisse place aux flûtes, violons, claviers et percussions pour un rendu tribal et exotique, avant de repartir sur une explosion metallique bien lourde et puissante.

Sur ce Fluxion, on passe donc allègrement d’une avalanche de riffs saccadés et lourds typés djent à des riffs bien gras et entraînants que ne renierait pas un groupe de stoner et qui nous font inévitablement secouer la crinière, et quand le groupe se lâche et envoie la sauce, on pourrait presque penser à un Meshuggah sous prozac (Comfort Zones ou Dead on the Whole avec ses parties lourdes et saccadées et cette basse sourde qui nous lamine les tympans pour notre plus grand plaisir), le tout avec un indéniable savoir faire, une très bonne maîtrise instrumentale et une cohérence musicale de tous les instants. Les Teutons sont capables d‘envoyer méchamment le bois – nul doute qu’ils doivent briser des nuques en concert s’ils sont capables de reproduire un mur du son aussi dense et compact! – mais à côté de ça, ils émaillent leur musique de parties oniriques et introspectives qui viennent bercer l’auditeur, sorte de calme après la tempête, invitant à la sérénité et à la contemplation. Le magnifique titre éponyme, entièrement instrumental, à la fois aérien, lourd et groovy, avec ce jeu de cordes subtil et léger, cette basse dansante, ces flûtes légères et lumineuses et ces guitares lourdes et hypnotiques, est un bel exemple de cette dualité entre ténèbres et lumières, entre lourdeur rythmique et envolées lyriques qui caractérise le groupe et entraîne l’auditeur dans les fonds sombres et fascinants de l’océan à la découverte de trésors perdus.

Fluxion est donc un album qui peut s’apprécier à plusieurs niveaux, tant en musique de fond sympathique pour boire des bières avec des potes, soit en album riche et complexe à écouter attentivement et à redécouvrir au fil des écoutes. Quoi qu’il en soit, si vous aimez la musique lourde et puissante, si vous avez un faible pour les albums complexes qui se dévoilent lentement, si vous appréciez les contrastes musicaux entre lourdeur et mélodies, entre ambiances sombres et envolées lumineuses, en un mot, si vous appréciez la musique fouillée et extrême aux forts relents post hardcore, il y a de fortes chances que vous ne soyez pas déçus, et je ne saurais que trop vous conseiller de vous pencher sur cette savoureuse galette. Décidément, l’océan recèle encore bien des perles et des mystères insoupçonnés…

Saille : Irreversible Decay

November 12th, 2012 by admin

Saille : Irreversible DecayOn ne peut pas dire que le Plat Pays soit un pays extrêmement réputé pour sa scène black. On connaît les vétérans d’Ancient Rites et les incontournables Enthroned, mais mis à part ces deux formations, rares sont les groupes belges qui sont parvenus à exporter leur metal noir au-delà de la scène nationale.

Eh bien mesdames et messieurs, désormais, il va falloir compter avec Saille. Ne me demandez pas de détails sur le combo, mis à part que le groupe s’est formé en 2008 et est originaire de Gand, je ne pourrais pas vous éclairer d‘avantage. Je vous avoue d’ailleurs qu’il y a encore quelques mois, j‘ignorais jusqu‘à l‘existence du monstre flamand.

Toujours est-il que ce Irreversible Decay, sorti en 2011 en toute discrétion sur Code666 Records, est une immense baffe dans la gueule qui nous tombe dessus sans crier gare, et qui impressionne par sa maturité, sa complexité et sa justesse. Nous avons sans aucun doute affaire à un grand album, un condensé de ce qui se fait de mieux dans le genre, un art noir et raffiné qui va sans doute marquer de son sceau maudit les années à venir : violent, rapide, sombre et envoûtant, riche en ambiances, épique et mélodique, Saille fait un sans faute sur ce premier album. Ici, tout est pro, du sublime artwork au son, limpide, qui aide à distinguer tous les instruments (bon, sauf la basse, mais ça, c’est une vilaine habitude à laquelle il faut se faire…) et qui fait la part belle aux guitares, tranchantes et véloces. De même, les compos sont extrêmement travaillées, peaufinées au millimètre, délicieusement ciselées et regorgeant de petits détails qui intensifient leur impact à chaque nouvelle écoute. Une chose est sûre, rien n’est laissé au hasard sur cette galette.

Qui dit black sympho ne dit pas nécessairement Emperor, et même si le souffle glacé de certains riffs peut rappeler les maîtres norvégiens, le tout est moins cru et agressif, plus varié et, osons le mot, progressif. La voix, véritable chef d’orchestre de cette symphonie macabre et majestueuse, est à la fois grave et écorchée, très expressive et variée, s’adaptant aux différentes exigences de la musique.

Les riffs sont excellents et complexes, très froids et envoûtants, typiques d’un black racé et furieux, rappelant parfois Seth, et Saille n‘hésite pas à s‘envoler dans de longues parties instrumentales et planantes, souvent en mid tempo, et parfois émaillées de superbes solos ( le passage à 2min32 de Passage of the Nemesis, excellent titre). Aux stridences électriques s’ajoutent quelques parties acoustiques du plus bel effet, plus calmes et intimistes, tout en arpèges touchants, comme si Opeth s’était mis subitement à jouer du black, et qui permettent de laisser respirer les morceaux et de leur offrir un nouveau souffle en explosant en des montées en puissance progressives mélodiques et émotionnelles. La batterie est excellente de technique et de feeling, sachant alterner passages plein de finesse et blasts écrasants lors de moments de bravoure qui nous explosent à la gueule en de magnifiques acme de violence purificatrice. Le groupe mêle au sein de ses compos furie, violence et noirceur avec mélancolie, onirisme symphonique et lenteur majestueuse et grandiose. Les claviers ne sont jamais envahissants et renforcent l’impact de la musique par des touches discrètes et judicieuses, ce sont les guitares qui mènent la danse la plupart du temps, ceci dit, Dries Gaerdelen reprend le dessus sur ses petits camarades de jeu lors de certains passages plus ambiancés ou de nombreuses parties entièrement symphoniques où cordes et cuivres se mêlent délicieusement en des complaintes poignantes (les intros de Maere ou Tremendous, la fin de Tephra).

De nombreux noms peuvent nous venir à l’esprit à l’écoute de ces 8 pépites (le premier titre n’étant qu’une intro acoustique), et en premier lieu, on pense à Taliandörögd époque Neverplace dans le traitement des guitares et cette sublime alternance entre parties furieuses sur fond de blasts et d’envolées plus aériennes, calmes et mélancoliques. On peut aussi voir un soupçon d’Orakle dans la forme, un black progressif et technique à la grande musicalité, mais contrairement aux Français, les Belges ne perdent jamais leur efficacité en route et ne s’égarent jamais dans des parties stériles et sans âme, de même, les enchaînements entre différentes parties sont toujours parfaitement amenés. Néanmoins, Saille ne se contente pas de copier ses illustres aînés, il pioche ce qui l’intéresse à droite à gauche, le pétrit dans ses mains d’orfèvre et accouche d’un black metal élégant, enivrant, violent, accrocheur et irrésistible, qui vient d’ailleurs insolemment supplanter celui de ses références.

L’un des nombreux exploits d’Irreversible Decay est de proposer une musique directement accrocheuse et accessible, malgré des compos complexes et fouillées qui fourmillent de détails. Pas besoin de mille écoutes pour se laisser posséder par la bombe Revelations qui, après une intro militaire et majestueuse aux cuivres guerriers, nous happe dans son univers sulfureux avec ce riff d’une beauté et d’une profondeur saisissantes. A l’instar d’un Mother North, on a affaire à un véritable hymne black metal, et l’addiction est immédiate et irréversible. De même, comment ne pas apprécier en véritable mélomane l’introduction symphonique qui ouvre Maere en toute simplicité, comment ne pas se délecter des parties d’Hammond et des touches de clavier baroques et folles qui émaillent un titre comme Plaigh Allias, lui conférant une ambiance délicieusement insane, décalée et futuriste? Comment ne pas se sentir transporté par l’intro solennelle et épique de The Orion Prophecy, et comment ne pas être instantanément conquis par la violence raffinée d’un Tephra dont le riff d‘ouverture, appuyé par un blast furieux, achève de nous chavirer l‘âme? Ne cherchez pas, cette galette ne recèle aucun point faible, aucun titre n’est à jeter, et chaque écoute vous jettera dans un ravissement hébété en vous révélant de nouveaux détails qui ne feront qu’exposer la musique du combo belge sous une nouvelle lumière, paradoxalement toujours plus noire et toujours plus brillante.

Vous l’aurez compris, avec cet album, Saille m’a littéralement conquis, et pour moi, Irreversible Decay est d’ores et déjà un incontournable du black metal, ni plus ni moins. Il est littéralement impossible que cet album vous laisse de glace si vous aimez le black metal raffiné, sombre, froid, envoûtant, mélodique et ambiancé. Leur prochain album est prévu pour janvier 2013, alors en attendant, (ré)écoutez-vous cette bombe pour patienter, cela devrait sans problème combler l’attente.

Vomitorial Corpulence : Skin Stripper

October 26th, 2012 by admin

Vomitorial Corpulence : Skin StripperY a pas à chier, parfois, la musique, ça fait du bien. Je ne parle pas des hymnes intemporels qui vous font voyager, les yeux clos et la tête dans les nuages, dans des contrées musicales oniriques, ou de ces mélopées bouleversantes de beauté qui vous chavirent l’âme et vous filent la larme à l’oeil, non. Je parle de musique brute, violente et directe, d’un exutoire jouissif sous forme de décibels, d’un défouloir bruitiste dans lequel noyer toutes vos haines et vos frustrations. Vous avez passé une journée de merde au boulot et votre patron vous a traité comme un moins-que-rien? La voisine vous a réveillé à 6h du mat’ un dimanche matin en passant l’aspirateur? Vous venez d’apprendre que votre belle mère venait manger à la maison ce soir? Votre femme fait sa crise de la quarantaine et refuse de se soumettre au rituel hebdomadaire de la petite gâterie que vous chérissez tant? Qu’à cela ne tienne, il y a Vomitorial Corpulence.

Vous vous doutez bien qu’avec un patronyme aussi raffiné, nos doux poètes australiens ne pratiquent pas du metal prog’ à claviers et ne font pas dans la dentelle. Comme on peut s’en douter ici, on macère allègrement dans le pus d’un grind bien gras et crade, et les 27 petites minutes de ce doux requiem sentent bon le mucus, le vomi, la tripaille et la bile.

N’y allons pas par quatre chemins: Vomitorial Corpulence, ou V. C. pour les intimes (ha ha!), c’est du grind de 3eme division tout ce qu’il y a de plus basique et bas-du -front, sans aucune originalité ni finesse, le fier représentant d’un style primaire qui se complait à s’auto-parodier et à s’engluer dans les mêmes clichés horrifico-gores éculés depuis les premiers Carcass et Cannibal Corpse. Ici, il n’y a rien à dire, tout y est, de la pochette craspec’ au nom de compos à coucher dehors (allez, au pif, je vous sers du Festering Insalubrious Bowel Hemorrhaging Of Cancerous Pustulosus And Abdominal Abscess Discharge Of The Intestinal Tract, merci le copier/coller!), en passant par les inévitables extraits de films gore histoire d‘empuantir encore cette ambiance putréfiée et cadavérique, et l’indispensable morceau de 6 secondes pour concurrencer le Dead de Napalm Death. Du classique de chez classique on vous dit.

Musicalement parlant, comme on peut s’en douter, il y a peu de mélodies, peu de variations, les musiciens sont loin d’être des virtuoses, et on ne distingue pas toujours très bien ce qui se passe: imaginez des guitares accordées très bas formant une bouillie sonore indistincte avec la basse et nous gratifiant de riffs pas toujours très compréhensibles, une batterie en carton pâte qui alterne rythmiques punk et blasts des familles et une alternance de voix délirante (ridicule?) entre un Donald Duck sous speed, des grognements porcins et les borborygmes d’un évier qu‘on débouche. On pourrait croire à un hybride bâtard entre Rompeprop, Mortician et Last Days of Humanity, et le tout ressemble furieusement à un Napalm Death putréfiépériode 88-89, mais en plus craspec’, décérébré et rudimentaire c’est vous dire le bon goût de l’objet!

Et pourtant, Vomitorial Corpulence possède ce petit quelque chose d’indéfinissable que je ne parviens pas à trouver dans la multitude de groupes de grind qui pullulent sur le marché actuel, et qui en fait un groupe attachant : je ne sais pas si c’est le côté délirant du tout (le groupe ne se prend clairement pas au sérieux,il n’y a qu’à voir le “Thanks God” à la fin du livret et la photo du groupe se recueillant devant une église, mais ne tombe pas au niveau de bouffonnerie un peu lassante d’un Gronibard ou d’un Ultra Vomit), l’alternance entre les voix qui donne une dynamique agréable et une certaine « fraîcheur » (ha ha!) aux compos, à moins que ce ne soit cet accordage si spécial, ce son si épais, qui donne un côté très groove n’ roll à l‘ensemble (parfois, on pense même à du Haemorrhage), mais Skin Stripper, malgré tous ses défauts qu’il assume pleinement, se laisse écouter avec une délectation jouissive ( mention spéciale pour le dernier titre, machine groovy imparable avec ses riffs gras qui vous file une gaule d’enfer et vous donne envie de tout péter dans votre baraque). Le tout est furieux, groovy, in your face et intense et, même si une impression de grand n’importe quoi et de confusion s’échappe souvent de ce joyeux bordel (les interludes au banjo désaccordé que constituent Hillbilly Heaven et Barnyard Grind), ces 27 minutes de grind déjanté et chaotique passent très vite et nous filent la banane. En cela, les Australiens réussissent largement leur pari, s’adresser à nos instincts les plus vils et primitifs pour faire ressortir l‘animal qu‘il y a en nous, et nous faire passer un bon moment de bestialité primaire sans prise de tête, et surtout sans aucune prétention.

En conclusion, si vous voulez un grind engagé et enragé à l‘intensité furieuse et aux riffs en béton armé, passez votre chemin, Vomitorial n’est pas Nasum. Si vous voulez des compos rouleau-compresseur au son massif et écrasant, circulez, Vomitorial ne fait pas du Mumakil. Si vous voulez du grind barré et schizophrène travaillé et technique, allez voir ailleurs, Vomitorial ne verse pas non plus dans le Cephalic Carnage. Non Vomitorial Corpulence c’est du crade, du décérébré, c’est presque du foutage de gueule tellement c’est minimaliste et anti-musical, mais finalement, c’est ça qui est jouissif, et on en redemande! Cheers guys, Vomitorial Corpulence rules!