Opeth : Blackwater Park

Opeth : Blackwater Park

Ou comment chroniquer un chef-d’oeuvre…

Comment retranscrire ici un voyage musical et onirique, si puissamment riche et évocateur, cette évasion dans les marécages brumeux et fantomatiques suggérés par ces harmonies décharnées, cette sorte d’alchimie fusionnelle et magique entre la noirceur plombée et massive des guitares, inquiétante et sourde, et la douce et lancinante fragilité acoustique, époustouflante de beauté et de sobriété…

Car oui, vous l’avez compris, c’est bien à un album d’Opeth qu’on a affaire ici, donc à une oeuvre intemporelle et sacrée, empreinte d’une sorte de majesté mystique, une ode à la Nature, à ses lacs glacés et placides, à ses étendues neigeuses et désolées, à ses forêts venteuses et millénaires.

Mais ici, les zicos poussent les contrastes à leur paroxysme, laissent leur talent narratif épouser leur génie musical, les riffs d’une profondeur abyssale, roulants et hypnotiques, copulent en une parfaite harmonie ac les plaintes désespérées de la guitare sèche, la voix caverneuse et terrifiante d’Ackerfeldt se mue en un chant clair et limpide qui semble s’évaporer dans la gris désespéré du ciel.

Les structures labyrinthiques s’enchaînent avec une logique implacable, les ponts, les breaks, les interludes acoustiques, tout se fond en un magma musical, en une symbiose fatalement parfaite pour transcender l’auditeur.

A l’écoute de ces neuf comptes magiques, tour à tour sombres et violents, subtils et mélancoliques, on se surprend à rêver, à entreprendre un voyage initiatique dans les tréfonds de son âme torturée, à la recherche du Vrai, du Pur du Beau.

Seul reproche que l’on pourrait faire à ce disque (je ne mettrai pas de 20/20, car la perfection n’est pas de ce monde, n’est-ce pas?), c’est la sensation qu’il se complaît à nous toiser d’un oeil condescendant du haut de sa toute magnificence, et qu’il nous défie de nous plonger corps et âme dans son écoute, afin de gagner le droit de l’appréhender, de le comprendre , de le vivre.

Un album très difficile d’accès, donc, qui demande un réel engagement de l’auditeur, mais qui, une fois l’effort consenti, devient tout bonnement indispensable.

Et c’est justement là que le bât finit à la longue par blesser, une fois que la beauté vénéneuse s’est insidieusement écoulée dans vos veines et a définitivement marqué votre âme de ses hymnes froids et gris, une fois que chaque break, chaque pont, chaque note et chaque infime modulation de voix se sont à jamais imprégnés dans votre esprit embrumé, la dépendance vous happe, avant même que vous ne l’ayez sentie approcher, et la magie, réduite à une pulsion mécanique, finit par légèrement s’émousser.

Au final, le seul défaut qu’a ce disque est de réussir à se rendre indispensable…

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