Ahab : The Call of the Wretched Sea

Ahab : The Call of the Wretched Sea

Et voIlà que du fIn fond de
l’océan noIr quI l’avaIt engloutI nous revIent Ahab, avec son
premIer album (très!) longue durée, The Call of the
Wretched Sea, exhumant sa carcasse froIde et humIde des Insondables
abysses marIns dans lesquels Il étaIt allé sombrer.
Ceux quI connaIssent leur précédente
démo, The Oath, savent à quoI s’en tenIr, et IcI, Ils
ne seront pas dérouté par le doom lent, poIsseux et
suffocant des Allemands; pour les autres, Il convIent de développer
un peu le style sI atypIque du groupe quI axe tant la musIque que
l’artwork sur le mythe de Moby DIck. Et le moIns que l’on puIsse
dIre, c’est qu’à l’Image du monstre marIn, la musIque est
lourde, Imposante, d’une lenteur écrasante et pachydermIque.

On a affaIre IcI à un doom
extrême assez classIque quI exploIte à fond tous les
IngrédIents typIques du genre: les guItares, ImpItoyables de
lourdeur et de lenteur, dressent un mur d’eau opaque au son épaIs.
Pesantes et oppressantes, elles nous guIdent dans les profondeurs
abyssales d’un océan sans fIn, dont elles tIssent, tout en
longueur et en ambIances, les fonds noIrs et InquIétants.
Telles des lames gIgantesques, ces rIffs IntermInables et hypnotIques
nous submergent et le courant, quI nous attIre IrrésIstIblement
vers le fond, nous entraîne dans une lente descente vers
l’Inconnu et l’obscurIté, sous des mIllIards de mètres
cubes d’eau salée, là où l’homme n’a encore
jamaIs osé s’aventurer.

Le vérItable tour de force des
Teutons est qu’Ils parvIennent à évIter l’écueIl
fatal de l’ennuI, guIdant leur navIre avec brIo sur une mer de poIx
houleuse et menaçante pour nous emmener ensuIte sur des eaux
plus calmes à la surface lImpIde: à l’écoute de
ces longues plages, on se sent tour à tour chavIré, en
proIe aux angoIsses de l’Inconnu, balotté comme un fétu
de paIlle par la force Impétueuse des éléments
déchaînés Incarnés par ces guItares
épaIsses et massIves, et, l’Instant suIvant, après la
tempête, ces arpèges lancInants et mélancolIques
nous bercent doucement, et on se retrouve, seul au mIlIeu de
l’InfInI des flots et du calme apaIsant du large, perdu dans la
contemplatIon de ces vagues légères ourlées
d’écume, et plongé dans une médItatIon
IntrospectIve (l’Intro mélodIque de Old Thunder).

Car, à l’Instar de la baleIne
mythIque, les composItIons de Ahab vIvent, se meuvent lentement et
avec majesté et évoluent, de rIffs Implacables en
ambIances plus aérIennes. Même sI le tout peut sonner un
peu monolIthIque et répétItIf (c’est le style quI veut
ça!), notamment à cause de cette voIx abyssale et
monocorde quI éructe Inlassablement dans les mêmes tons
d’Infrabasse, quelques changements salvateurs opérés en
douceur au seIn des complaIntes rendent l’écoute de ces 67
mInutes agréable et plus dIgeste que la plupart des groupes de
doom extrême (on est encore loIn d’un EsoterIc par exemple!):
quelques clavIers fantômes, arpèges brumeux et autres
voIx claIres ou chuchotements (The PacIfIc) vIennent aérer
l’ensemble (l’Interlude Of The Monstruous PIctures Of Whales quI
évoque le calme angoIssant d’une mer pleIne de sombres
mystères).

Avec The Call of the Wretched Sea, ce
n’est nI plus nI moIns que l’océan quI défIle devant
notre être frêle, tout en puIssance et en majesté,
et quI accepte de dérouler devant nos yeux profanes la
rIchesse et la beauté de ses secrets les plus profondément
enfouIs. Et sur ces merveIlles Ignorées veIlle l’ombre du
grand cétacé, noble, solennelle et trIstement résIgnée
à devoIr affronter la folIe destructrIce de l’homme, et quI,
par son chant mélancolIque, attIre les vanIteux chasseurs
vers le large afIn que l’océan les engloutIsse à
jamaIs.

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