Archive for December, 2009

Morgion : Among Majestic Ruin

Friday, December 25th, 2009

Morgion : Among Majestic RuinN’y allons pas par quatre chemins: avec Among the Majestic Ruins, Morgion, superbe groupe américain de doom injustement méconnu, nous offre un chef-d’oeuvre implacable, lourd, majestueux et mélancolique.

Ceux qui ne jurent que par My Dying Bride ou Mourning Beloveth feraient bien de se pencher sur cet excellent groupe qui n’a rien à envier aux poids lourds du genre et qui délivre ici un véritable must-have pour tout amateur de doom qui se respecte.

Ici, on a cinq compositions majestueuses, lourdes et racées, aux mélodies épiques et intenses. On est assez loin des poncifs du genre grâce à une musique qui sait jouer la carte de la diversité, un riffing intelligent et varié, des changements de rythme bienvenus (certaines parties un peu plus rapides aux relents de death old school qui donnent une dynamique agréable à l’ensemble, confer les riffs groovy et la batterie plus mid-tempo de Relic of a Darkened Past ou de Invalid Progeny), et des atmosphères très prenantes. Certes, le tout reste lent, lourd et austère, mais Morgion parvient à nous communiquer des sentiments de grandeur, de magnificence et de solennité plutôt que les habituelles émanations de malaise, de dépression et de noirceur inhérentes au style. De même, l’ensemble ne faisant que 34 minutes et la chanson la plus longue ne dépassant pas les 8,25 minutes – ce qui, soit dit en passant, n’est pas énorme pour le style!- on ne tombe jamais dans l’ennui. En fait, le groupe américain exhume les morts glorieux de la poussière du temps plutôt que les cadavres putrescents des démons maladifs et insanes qui le tourmentent.

Cette variété et cette richesse évocatrices s’axent principalement sur l’alternance et la fusion omniprésentes et très réussies des guitares, à la lourdeur rythmique typique et au grain épais, et de ces nappes de claviers brumeuses et flottantes aux sonorités lointaines qui confèrent une aura quasi surnaturelle au tout, encore renforcée par l’apparition ponctuelle d’une deuxième guitare aux accords plus lumineux qui aère agréablement l’ensemble.

La batterie tient de même également bien son rôle, succèdant les inévitables coups de grosse caisse pachydermique à une double pédale discrète intelligemment distillée, et sait tour à tour rendre le tout plus écrasant, ou au contraire, aider les compositions à s’envoler, à prendre un tour plus onirique pour aller caresser de leurs ailes le soleil blanc et lointain des dieux oubliés.

Cette alliance de puissance massive et de mélodies fantastiques s’incarne à merveille dans le majestueux et épique Travesty sur lequel le chant résigné et nostalgique des claviers enlace le corps lourd des guitares, lentes et désespérées, le tout se mêlant au martèlement solennel et implacable de la batterie en une osmose parfaite et grandiloquente de grandeur, de puissance, de mélancolie, et de fatalité.

Ainsi, à l’écoute de ces cinq titres grandioses et spirituels, on se sent comme enveloppé dans une sorte de sérenité noble, apaisé par cette aura de grandeur sacrée qui se déroule lentement, au grès du mur épais des guitares, et qui nous pénètre d’un sentiment de sagesse et de puissance à la limite du divin. La musique est profonde, habitée, étonnament évocatrice pour un genre aussi minimaliste que le doom, et rappelle par moments les grands que sont Sceptic Flesh ou Nile dans le développement de leurs ambiances à la solennité quasi religieuse.

Among The Majstic Ruins nous plonge dans une sorte de transe mystique et fait défiler devant nos yeux profanes les ruines du temps dans toute leur splendeur : en se laissant aller à la musique, on a l’impression de se promener au milieu d’un vaste champ de ruines silencieuses et désertes brûlées par les furieux rayons du soleil, vestiges silencieux d’un majestueux passé ignoré par la folie des hommes, et on croit entendre dans les modulations magiques et fantomatiques de ces claviers désolés la voix des anciens qui témoigne de la grandeur d’un âge d’or révolu, à jamais enfoui sous la poussière terne de l’oubli.

Avec Among the Majestic Ruins, ce sont ces temps anciens, ces ruines désertes et ces voix oubliées que Morgion s’efforce avec talent et conviction de ressuciter à la coquille vide de nos âmes, rappelant aux sceptiques que, si la vie passe et le temps s’efface, la grandeur et la beauté, elles, restent immortelles.

Faerghail : Where Angels Dwell No More

Friday, December 25th, 2009

Faerghail : Where Angels Dwell No MorePour un amateur, la rédaction d’une chronique peut présenter plusieurs intérêts assez appréciables et gratifiants: outre le fait d’avoir la satisfaction de pouvoir donner son avis et de décrire ses sensations profondes et intimes à l’écoute d’une musique qui nous transporte, cela donne aussi et surtout la possibilité de partager des coups de coeur et de donner fièrement à connaître à la plèbe spiritienne ses découvertes métalliques, les vieux trésors enfouis au plus profond de sa culture de l’extrême, résultant bien souvent de longues et hasardeuses pérégrinations musicales.

Dans le cas présent, il s’agit bien plus de la deuxième option, et le groupe que j’ai l’honneur de vous présenter aujourd’hui est une formation finlandaise quasiment inconnue qui évolue dans une sorte de heavy black death épique ultra mélodique et très accrocheur.

Pas très original m’objecterez-vous peut-être, et on ne peut effectivement pas nier que le groupe vient d’un pays où le métal est aussi populaire que l’est chez nous la variété, et officie de plus dans un registre saturé et souvent décrédibilisé par différents clones sans personnalité musicale. Mais avant de condamner définitivement Faerghail, il est essentiel de lui donner sa chance, et à l’écoute de ce très bon Where Angels Dwell No More, beaucoup d’entre vous pourraient bien changer leurs a priori négatifs!

Car le moins que l’on puisse dire, c’est que l’anonymat dans lequel Faerghail stagne depuis la date de sa création est tout sauf mérité! J’en veux pour preuve ce très bon album sur lequel les Finlandais jouent un métal solide, frais et vigoureux, à l’énergie brute et communicative et aux mélodies envoûtantes et épiques.

Ici, pas d’ingrédient miracle : la recette est simple et basique, une bonne dose d’énergie, des riffs bien heavy implacables et entraînants, une rythmique efficace et accrocheuse, et un sens mélodique imparable sublimé par des claviers inspirés, le tout boosté par un feeling rock’n roll indéniable et irrésistible ( confer les soli très rock sur Horizons Fall et Dying Memories). Les guitares enchaînent des riffs tous plus excellents les uns que les autres qui restent gravés dans votre esprit, tantôt franchement directs, tantôt plus apaisés, tissant avec les claviers une toile de fond sonore épique et fantastique. La voix, écorchée et expressive à la manière d’un Chuck Schuldiner, et parfois doublée d’une seconde voix plus gutturale et narrative, vient épouser ces rythmiques héroïques et leur insuffler le soupçon d’agressivité qui leur manquait pour en faire le mix parfait entre énergie et mélodie: la musique de Faerghail est entraînante et rythmée sans jamais être vraiment violente, onirique et touchante sans pour autant verser dans le mièvre, enjouée et prenante sans tomber dans la caricature du happy metal, et puissamment épique en évitant habilement l’écueil du kitsch.

Le tout, bien que d’une simplicité et d’une évidence extrêmes, s’écoute très agréablement d’une traite et pourrait se définir comme l’improbable et jouissif mélange entre un Iron Maiden extrême pour le côté heavy et l’efficacité du riffing , un Children of Bodom mid-tempo pour les mélodies entêtantes du clavier et des guitares, un Diabolical Masquerade gentillet pour le côté parfois sombre et progressif des compos ( toutes proportions gardées!), et, soyons fous, un Thyrfing en ce qui concerne l’ensemble, bougrement épique et entraînant!

Un cocktail pas foncièrement novateur, donc, mais un ensemble d’influences plutôt bien digérées qui aboutit à une musique somme toute assez personnelle et, dans tous les cas, diablement efficace et convaincante.

C’est simple, à l’écoute des 10 titres de Where Angels Dwell No More, on se prend à taper furieusement du pied, à secouer la tête en souriant béatement, et à empoigner n’importe quel objet qui pourrait faire office de guitare pour plaquer les accords irrésistibles que distille le groupe tout le long de l’album. Et, pour peu que l’on fasse l’effort de se laisser vraiment emporter par la musique, on voit défiler devant nos yeux des chateaux enneigés émergeant des brumes vaporeuses de la nuit, d’immenses plaines venteuses jonchées par les corps des guerriers tombés au combat et toutes sortes de créatures fantastiques qui s’affrontent en une bataille cosmique.

Alors certes, l’album souffre de quelques faiblesses assez évidentes: cette batterie programmée tout d’abord, au son complètement synthétique et bien trop mise en avant qui, à la longue, devient lassante et qui casse le côté organique et spontané du tout. Ensuite, directement liée, cette linéarité dans le rythme, ce mid tempo basique et binaire qui se répète presque d’un bout à l’autre de l’abum avec ce son de batterie vraiment trop froid et mécanique. Certes, la rythmique s’adapte bien aux titres, collant la plupart du temps justement aux riffs, mais un peu plus de technique et de diversité au niveau des percussions aurait donné un second souffle et un relief appréciable aux compos.

Car enfin, ce que l’on peut aussi reprocher à Faerghail est que, même si la sauce prend bien, les 10 chansons qui composent Where Angels Dwell No More, bien que toutes de bonne facture, ne se distinguent pas vraiment les unes des autres: les structures sont trop identiques, la rythmique trop linéaire, et les riffs, certes excellents, se ressemblent beaucoup dans leur exécution, jouant principalement sur la dimension épique apparement si chère au groupe, de sorte que dans le lot, aucune chanson ne ressort réellement.

Mais, même s’il est regrettable d’avoir à relever ces grossières imperfections qui entâchent quelque peu la bonne qualité de cet album, il serait dommage de passer à côté de Where Angels Dwell No More, et de bouder définitivement Faerghail! Car il y a fort à parier que s’ils parviennent à rectifier leurs erreurs en concentrant leur effort sur la qualité de la production et la diversité de leurs morceaux, les Finlandais pourraient très bien se hisser à un tout autre niveau, et connaître le succès qu’ils méritent, car ils possèdent indubitablement le petit je-ne-sais-quoi capble de faire la différence!

A suivre de très près, donc, et, en attendant la suite, rien n’empêche de (re)jeter une oreille sur cet opus qui saura probablement satisfaire les fans de heavy comme les amateurs de metal extrême mélodique!