Morgion : Among Majestic Ruin

Morgion : Among Majestic RuinN’y allons pas par quatre chemins: avec Among the Majestic Ruins, Morgion, superbe groupe américain de doom injustement méconnu, nous offre un chef-d’oeuvre implacable, lourd, majestueux et mélancolique.

Ceux qui ne jurent que par My Dying Bride ou Mourning Beloveth feraient bien de se pencher sur cet excellent groupe qui n’a rien à envier aux poids lourds du genre et qui délivre ici un véritable must-have pour tout amateur de doom qui se respecte.

Ici, on a cinq compositions majestueuses, lourdes et racées, aux mélodies épiques et intenses. On est assez loin des poncifs du genre grâce à une musique qui sait jouer la carte de la diversité, un riffing intelligent et varié, des changements de rythme bienvenus (certaines parties un peu plus rapides aux relents de death old school qui donnent une dynamique agréable à l’ensemble, confer les riffs groovy et la batterie plus mid-tempo de Relic of a Darkened Past ou de Invalid Progeny), et des atmosphères très prenantes. Certes, le tout reste lent, lourd et austère, mais Morgion parvient à nous communiquer des sentiments de grandeur, de magnificence et de solennité plutôt que les habituelles émanations de malaise, de dépression et de noirceur inhérentes au style. De même, l’ensemble ne faisant que 34 minutes et la chanson la plus longue ne dépassant pas les 8,25 minutes – ce qui, soit dit en passant, n’est pas énorme pour le style!- on ne tombe jamais dans l’ennui. En fait, le groupe américain exhume les morts glorieux de la poussière du temps plutôt que les cadavres putrescents des démons maladifs et insanes qui le tourmentent.

Cette variété et cette richesse évocatrices s’axent principalement sur l’alternance et la fusion omniprésentes et très réussies des guitares, à la lourdeur rythmique typique et au grain épais, et de ces nappes de claviers brumeuses et flottantes aux sonorités lointaines qui confèrent une aura quasi surnaturelle au tout, encore renforcée par l’apparition ponctuelle d’une deuxième guitare aux accords plus lumineux qui aère agréablement l’ensemble.

La batterie tient de même également bien son rôle, succèdant les inévitables coups de grosse caisse pachydermique à une double pédale discrète intelligemment distillée, et sait tour à tour rendre le tout plus écrasant, ou au contraire, aider les compositions à s’envoler, à prendre un tour plus onirique pour aller caresser de leurs ailes le soleil blanc et lointain des dieux oubliés.

Cette alliance de puissance massive et de mélodies fantastiques s’incarne à merveille dans le majestueux et épique Travesty sur lequel le chant résigné et nostalgique des claviers enlace le corps lourd des guitares, lentes et désespérées, le tout se mêlant au martèlement solennel et implacable de la batterie en une osmose parfaite et grandiloquente de grandeur, de puissance, de mélancolie, et de fatalité.

Ainsi, à l’écoute de ces cinq titres grandioses et spirituels, on se sent comme enveloppé dans une sorte de sérenité noble, apaisé par cette aura de grandeur sacrée qui se déroule lentement, au grès du mur épais des guitares, et qui nous pénètre d’un sentiment de sagesse et de puissance à la limite du divin. La musique est profonde, habitée, étonnament évocatrice pour un genre aussi minimaliste que le doom, et rappelle par moments les grands que sont Sceptic Flesh ou Nile dans le développement de leurs ambiances à la solennité quasi religieuse.

Among The Majstic Ruins nous plonge dans une sorte de transe mystique et fait défiler devant nos yeux profanes les ruines du temps dans toute leur splendeur : en se laissant aller à la musique, on a l’impression de se promener au milieu d’un vaste champ de ruines silencieuses et désertes brûlées par les furieux rayons du soleil, vestiges silencieux d’un majestueux passé ignoré par la folie des hommes, et on croit entendre dans les modulations magiques et fantomatiques de ces claviers désolés la voix des anciens qui témoigne de la grandeur d’un âge d’or révolu, à jamais enfoui sous la poussière terne de l’oubli.

Avec Among the Majestic Ruins, ce sont ces temps anciens, ces ruines désertes et ces voix oubliées que Morgion s’efforce avec talent et conviction de ressuciter à la coquille vide de nos âmes, rappelant aux sceptiques que, si la vie passe et le temps s’efface, la grandeur et la beauté, elles, restent immortelles.

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