Archive for July, 2010

War Of Ages : Arise and Conquer

Monday, July 19th, 2010

War Of Ages : Arise and ConquerBien l’bonjour spiritiens de tout poils (et allez, ne faisons pas de discrimination, salut aussi aux imberbes). Aujourd’hui, une fois n’est pas coutume, je vais chroniquer un album de… metalcore. Eh ouais!

Ok, je vois déjà une grande partie de la plèbe chevelue avide de haine, de sang et de noirceur faire la gueule et traîner avec dépit ses news rocks vers la porte de sortie et les “die-hard-true-fans” à la recherche de metal old school et authentique esquisser un rictus moqueur et méprisant sous leur tignasse bouclée et leur veste cloutée à patchs.

Mais attendez un peu avant de bougonner, que diable! Car, même si je suis loin d’être un spécialiste en matière de metalcore – pas même non plus un simple amateur, c’est dire – autant vous l’avouer tout de suite et mettre les choses au clair: cet album est une petite bombe.

Voilà, c’est lâché. Que les ronchons sceptiques et irrécupérables passent définitivement leur chemin et que ceux qui ont un minimum de curiosité et/ou d’ouverture d’esprit metallique s’attardent encore quelque temps sur ces modestes lignes, ils pourraient, qui sait, faire une belle découverte.

Alors oui, comme je vous le disais cet album est bon, très bon, même. Et pourtant, a priori, sur le papier, War of Ages a tout du groupe propre à méchamment irriter. Tout jeune groupe (à peine formé en 2002) avec déjà cinq albums à son actif (soit quasiment un par an depuis 2005), et un style particulièrement en vogue depuis ces cinq dernières années, j’ai nommé le metalcore, on pourrait aisément taxer ces jeunes loups aux dents longues de vilains opportunistes qui dénatureraient l’âme authentique et l’esprit originel du metal (mode vieux true blasé off). Oui, sauf que… Ben, que voulez-vous ma p’tite dame, la musique est excellente. Puissante, violente, racée, entraînante, groovy, entêtante et mélodique. Tout ça? Et ouais. Pas mal hein?

Allez, rentrons plus en détail dans ce Rise and Conquer: d’entrée de jeu, une voie furieuse nous scande rageusement « All Consuming Fire », et c’est parti pour dix titres de haute volée: des guitares saccadées et lourdes à la rythmique implacable, puis vient le riff lead, monstrueux de mélodie et de vélocité. C’est rapide, propre, entraînant, ultra efficace, carré… Cette voix hurlée convaincante, ces chorus de guitares délicieusement mélodiques pour porter l’émotion à son paroxysme sur les refrains, ces parties lourdes à se déboîter les cervicales…

Tous les ingrédients sont là pour faire un très bon album de metalcore… ou de metal tout court.

Certes on n’a rien de très original ici, et cela saute immédiatement aux oreilles que War of Ages n’a pas inventé le fil à couper le beurre. Ceci dit, le ton est donné, et ce qui suit est de même facture: When Faith Turns to Ashes, avec un riff très At The Gates-ien et une batterie furibarde qui met l’auditeur à genoux, ces vocaux toujours aussi excellents, rageurs et intenses, ces moshs parts ravageurs, Through the Flames qui débute sur un riff lumineux et entêtant soutenu par une double millimétrée, le tout déboulant sur ce refrain fédérateur aux choeurs scandés très typés hardcore… Je ne vais pas faire de titre par titre, mais il n’y a pas à chier, War of Ages a le don d’allier brutalité et mélodie dans des compos parfaitement maîtrisées et super accrocheuses. Le son est tout simplement parfait, le tout ultra entraînant, il n’y a rien à jeter, les titres s’enchaînent sans répit, alternant violence et harmonie, lourdeur et rapidité, et parvenant à jouer avec une facilité déconcertante tant sur le côté direct, intense et brut de décoffrage qu’avec des passages plus mélancoliques et émotionnels.

Les p’tits gars de Erie savent intelligemment varier les rythmes et possèdent la technique et le sens inné de la composition pour faire de chaque titre un hit potentiel (confer ces chorus et soli de guitares lumineux distillés tout au long de l’album, ces montées en puissance progressives amenées par une voix narrée et débouchant immanquablement sur des parties saccadées irrésistiblement contagieuses sur lesquelles ne pas secouer la crinière est tout bonnement impossible, ces refrains toujours entêtants…), mais si ceci est un atout indéniable, c’est peut-être également aussi ce qui fait finalement un peu tourner l’album en rond: en effet, si tout est parfaitement huilé et calibré pour faire mouche, et si chaque chanson, séparément, est une tuerie totale, les structures ont vite tendance à se répéter d’une chanson sur l’autre, rendant le tout très prévisible. Et, irrémédiablement, l’ensemble deviendra assez vite répétitif, et pourra même finir par sembler plat, les mêmes – excellentes ! – formules étant usées jusqu’à la moëlle sur les 10 titres qui composent cet album. De sorte qu’arrivé au 6ème titre, on commence un peu à décrocher et à écouter cette déferlante sonore d’une oreille plus distraite, ce qui est fort dommage, car, à peu de choses prêt, les titres sont aussi excellents les uns que les autres…

Pas de grande originalité, donc, et un album qui pourra sonner un brin répétitif, lisse et formaté pour les auditeurs les plus exigeants, mais une musique qui n’en reste pas moins excellente, techniquement irréprochable, entraînante et efficace en diable. Dans une scène metal de plus en plus saturée et discréditée par des clones sans personnalité, que demander de plus? Pour moi, le choix est fait, et je préfère me réenfiler ce très bon Arise and Conquer plutôt que n’importe quel nouveau groupe sans âme se bornant à singer sans vergogne la sacro-sainte scène de Göteborg. Et toc!