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Kromlek : Strange Rumours… Distant Tremors

Friday, August 20th, 2010

Kromlek : Strange Rumours... Distant TremorsJe pourrais entamer ma chronique avec une phrase lapidaire et cynique du style: « Oh tiens, chouette, un nouvel album de pagan folk, comme c’est original! ».

Je pourrais également poursuivre avec cette même ironie mordante et continuer à étaler mon amertume sur des lignes et des lignes, engluant ces pauvres Teutons dans les flots acerbes de ma frustration et de ma mauvaise humeur, et ce sans même prendre la peine de parler de leur musique, car effectivement, depuis l’explosion de groupes comme Finntroll ou Amon Amarth, les pseudos groupes de pagan viking foresto folk trollesques poussent comme de la mauvaise herbe et n’en finissent plus de nous irriter les oreilles à coups de cornemuses, binious, autres flutes et accords de grattes mous du genou et pas toujours inspirés.

Pourtant, je n’en ferai rien. Et pourquoi donc, me demanderez-vous? Tout simplement parce que cet album est excellent et que son écoute, au départ un peu sceptique, a rapidement eu raison de ma mauvaise foi, et a définitivement étouffé mes tendances au taillage de costards gratuit dans l’oeuf.

Alors, à quoi faut-il donc s’attendre avec ce fameux Strange Rumours… Distant Tremors de nos Bavarois? Eh bien, à première oreille, à rien de foncièrement original, le terme de folk métal étant ici assez représentatif du son que ces sept Allemands nous proposent: une musique épique teintée de passages festifs ou plus intimistes, et utilisant de nombreux instruments folkloriques pour étayer son propos (merci le clavier!), des compos bien foutues et entraînantes aux différents changements de tons et de rythmes, bref, une musique apparemment assez simple, variée et accrocheuse pour rester plaisante de bout en bout. Mais Kromlek ne se limite pas à cela, et réduire cette galette à un album gentillet de folk métal parmi tant d’autres serait une regrettable erreur que je vais tâcher de vous faire éviter.

Hum, par où commencer pour rendre hommage à ce très bon Strange Rumors… Distant Tremors? En premier lieu, on peut déjà constater la richesse musicale qui distingue le combo germanique de bon nombre de groupes officiant dans le même style: en effet, une écoute attentive nous permet de distinguer des compos riches et complexes, admirablement travaillées, et au propos varié, en témoigne une piste comme Grim Omens du haut de ses 8,40 minutes, véritable point d’orgue de l’album. La variété, un autre point fort de cet opus, qui évite à l’auditeur de tomber dans l’ennui: influences médiévales très prononcées, notamment sur certaines intros, feeling heavy indéniable et puissant, notamment sur certains leads et chorus de guitares parfaitement chiadés, mélodies entêtantes et imparables contrastant agréablement avec les voix black et death…

La musique n’est jamais foncièrement violente, toujours agréable d’écoute et accrocheuse, parfois plus mélancolique et intimiste, voire carrément onirique (confer cette mélodie à 4,10 minutes de Grim Omens, simplissime mais tellement magique, renforcée ensuite par le feulement black, le roulement de batterie et l’assise rythmique de la deuxième guitare, de totue beauté!), parfois vraiment festive et entraînante ( Folkthing et Svartmetall, qui fleurent bon le Finntroll des familles). Mais, point fort indéniable, les chansons restent toujours expressives, imagées et épiques grâce à des claviers judicieusement utilisés en intro, en accompagnement ou en remplacement de certains instruments (outre le violon qui est joué par un instrumentiste, on entend pèle-mêle des cuivres, de l’accordéon et de la flûte sur cet album).

Ce qui est également agréable à constater, c’est que dans tous les styles auxquels il emprunte, Kromlek excelle. Les références sont très nombreuses et parfois évidentes (mais on peut en déceler tellement et d’horizons si différents, jugez plutôt, j’ai retrouvé autant de Finntroll, d’Amon Amarth ou de Raventhrone que de Bal Sagoth pour le côté résolument épique et l’utilisation des cuivres, ou encore de Vanitas pour la patte plus symphonique et mélodique, les choeurs féminins et le grain des guitares!), néanmoins, elles sont toujours bien digérées et habilement intégrées à l’ensemble pour aboutir finalement à un style résolument personnel et convaincant.

De même, si la musique de Kromlek est parfois prévisible, cela ne gâche en rien le plaisir de l’écoute. On se laisse très facilement transporter par ces 10 titres, et on se prend souvent à fredonner/beugler/siffloter selon les passages de la chanson. Alors,oui, certes, l’album s’essouffle un peu sur la fin (je trouve notamment la trilogie Strandhagg moins convaincante que le reste de l’album), et certains réfractaires pourront rétorquer que Kromlek est un groupe d’opportunistes qui joue de la musique easy-listening.

Oui, peut-être. N’empêche que la magie opère et que c’est bien ça qui compte.

Maintenant, à vous de juger…