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Apostasia : Martyrs of God

Saturday, January 29th, 2011

Apostasia : Martyrs of GodApostasia est un groupe de black français assez méconnu qui a pourtant sorti en 2002 une perle de violence glaciale, maladive et hypnotique, malheureusement passée relativement inaperçue dans la masse des sorties anonymes et médiocres qui pullulent sur le marché du métal. Dans d’autres conditions, et avec une meilleure promotion, ce Martyrs of Gods aurait sans nul doute explosé à la face de tous les amateurs de brutalité symphonique et d’ambiances froides, dérangeantes et cosmiques.

Difficile de comparer ce groupe à un autre tant leur musique est unique et identifiable (chose assez rare et appréciable pour un premier – et malheureusement dernier! – album!). Le premier groupe qui vient à l’esprit est Darkspace, pour le côté incroyablement froid, mécanique et prenant du tout, cette violence raffinée mais néanmoins à la limite du supportable, ces riffs envoûtants qui vous glacent et vous élèvent l’âme en même temps, rehaussés par ces claviers lunaires aux mélodies cosmiques et par les roulements inhumains que martèle la boîte à rythme pour mieux assommer l’auditeur et le maintenir enfermé dans son carcan de glace et d’étoile.

On peut aussi penser à Hecate Enthroned pour l’utilisation incessante de ces claviers en premier plan qui tissent une ambiance réellement sombre et glaciale, mais néanmoins majestueuse, ainsi que pour la voix black, stridente et tourmentée au possible, qui domine largement sur l’ensemble des compos, et se marie à merveille avec ce magma sonore de clavier et de double pédale (synthétique!), étoffant la musique d’une dimension de violence et de terreur supplémentaire. La voix death, profonde et sépulcrale, se veut plus apaisante et intervient sur les passages les plus calmes, contrastant agréablement avec la première. En tout cas, même si ce n’est pas foncièrement original, l’alternance des deux voix est ici bien exploitée et sublime encore les compos, leur donnant plus de corps et de justesse.

Un autre bon point pour nos Français, c’est que les guitares ne sont pas pour autant en reste, formant un impitoyable mur sonore à l’insondable profondeur et distillant des riffs saccadés avec une précision chirurgicale, tantôt typiquement black, tantôt plus teintés death. Car c’est l’une des forces de cet album, malgré le côté très (peut-être trop pour certains?) mécanique et déshumanisé de l’ensemble avec une prédominance évidente de ces claviers possédés et de cette boîte à rythme démente, quelques changements de rythmes salvateurs interviennent (des accalmies bienvenues et apaisantes, comme le passage à 3min30 de From Mortalitas to Anthéa, ou ce passage plus lourd et solennel à 0min50 de Anthéa, Anti-Théos Witch pour n’en citer que deux…), qui donnent un certain dynamisme et plus de profondeur à l’ensemble, et qui permettent surtout de mieux mettre en valeur les parties les plus ultimes où claviers, guitares et percussions électroniques fusionnent en des envolées mélodiques et cosmiques d’une furieuse intensité qui nous aspirent – excitation mêlée d’effroi – dans un monde inconnu, vide, silencieux et noir où le simple mortel n’a pas sa place.

En définitive, il est vraiment difficile de rester hermétique à la musique d’ Apostasia: le groupe nous happe rapidement dans son univers insane, nous force à sortir de nous-mêmes, propulse notre âme vers de sombres et lointains cosmos, terrifiant voyage initiatique d’une insignifiante poussière d’humain, et l’errance parmi les étoiles pour trouver la paix intérieure et les réponses aux questions originelles est longue, angoissante et douloureuse.

Mais à la fin, on sort grandi et apaisé de ce périple (où a-t-on flotté au juste, était-on plongé dans les limbes profondes de son subconscient torturé ou était-on en train de voguer dans l’univers glacial et désolé parmi des milliers d’étoiles et de planètes moribondes?), en témoigne la magnifique dernière piste Back to Orion, à l’ouverture grave et solennelle et à la montée en puissance progressive et proprement envoûtante dès 4min37, mais je ne vous en dirai pas plus…, et on est prêt à réaborder notre petit monde terrestre, vide et creux avec plus de sérénité et de volonté que jamais. Une expérience sonore dérangeante et intense que je ne saurais que conseiller aux plus aguerris d’entre vous…