Archive for March, 2011

Out Of The Lair : Psychotears

Friday, March 25th, 2011

Out Of The Lair : PsychotearsCette chronique a autant pour but de vous présenter (et si possible vous faire apprécier !) un petit groupe sympa et pas prise de tête, que de tenter de le réhabiliter dans l’esprit des quelques curieux ou amateurs potentiels qui seraient tombés par hasard sur cette page et auraient été freinés par la note scandaleuse qu’un somien a, du haut de son omnipotence d’internaute blasé et probablement sourd, décernée au combo.

Voilà donc Out of the Lair, petit groupe grec de heavy power quasiment inconnu au bataillon qui débarque en cette année 2006 avec un Psychotears, qui, s’il ne chamboulera pas le monde du metal, a au moins le mérite d’être un effort honnête, inspiré, et pourvu d’une certaine identité.

Maintenant que les compteurs sont remis à zéro, il ne s’agit pas non plus de transformer une note lapidaire et honteuse en un dithyrambe excessif, un juste milieu appuyé par une analyse objective s’impose : ce disque a quelques fâcheux défauts, on ne peut pas le nier, et la première impression est a priori négative ne serait-ce qu’à cause de cette pochette hideuse qui aurait tendance à faire fuir n’importe quel metalhead de bon goût.

Ceci dit, même si les choix artistiques de nos amis grecs sont plus que discutables, cela reste de l’ordre du détail lorsque l’on parle de musique, et c’est en effet bien le contenu qui nous intéresse ici plus que le contenant : Out Of The Lair font du power heavy metal, ils ne sont pas artistes peintres.

Autre point gênant qui pourra même être rédhibitoire pour beaucoup sur cet opus : la voix. Bon, ça y est, c’est lâché : le pauvre Spyros Vlahopoulos est bien plus à l’aise sur sa six cordes que devant le micro. On le sait, le style est très exigeant au niveau vocal, n’est pas Russel Allen qui veut, et notre brailleur hellène est la plupart du temps méchamment à la rue sur ses lignes de chant, voir carrément faux dans ses envolées aigües pas du tout maîtrisées ou lorsqu’il s’agit de descendre un peu plus bas que de coutume.

MAIS, car il y a un mais, pour peu que l’on ne soit pas en quête de la dernière grosse production heavy power bien léchée, parfaite techniquement et sans faille –ni âme ! – apparentes, cette faiblesse peut, dans une certaine mesure, se transformer en atout pour le groupe. Je m’explique : cette voix si « spéciale » dirons-nous rajoute un certain charme désuet et un cachet d’authenticité aux 9 compos de Psychotears et colle parfaitement à la musique.

Car Out Of The Lair, c’est avant tout du bon vieux heavy intègre et passionné, fait avec les tripes et sans fioritures. Ceux qui s’attendent à une musique sophistiquée et peaufinée à l’extrême avec un son aux petits oignons et à la petite power ballade larmoyante de rigueur peuvent d’ores et déjà passer leur chemin : les Grecs ne mangent pas de ce pain là.

POURTANT (car il, y a aussi un pourtant !), résumer la musique d’Out of The Lair à un heavy à papa ultra basique et bas du front serait faire offense à la créativité et à la personnalité du groupe. Car celui-ci, s’il n’invente rien (ceci dit, est-ce encore possible dans ce genre musical?), mélange habilement plusieurs influences pour proposer une musique finalement assez personnelle, aboutie et intéressante. Les zicos n’hésitent pas à puiser dans le NWOBHM autant que dans le power classique, variant les tempi et les plaisirs, et ajoutent un soupçon de metal extrême à leur mixture heavy (quelques vocaux agressifs plus convaincants que les clairs, d’ailleurs, quelques riffs blackisants, confer l’excellent refrain de Nosferatu), de sorte que même sans orchestrations grandiloquentes, claviers ambiancés ou breaks acoustiques épiques, leur musique reste accrocheuse de bout en bout. Si on devait comparer Out Of The Lair à d’autres groupes, je parlerais d’une sorte de mélange entre Running Wild, Firewind et Iced Earth, en plus brut, plus simple et moins virtuose.

Les compos de Psychotears ne se cantonnent pas à du heavy pur jus, donc, et la musique se nourrit de plusieurs styles différents pour un rendu nettement plus sombre et souvent plus violent qu’un album de power classique, en témoigne l’excellent G.O.D.

Ici, ce sont les guitares qui font le plus gros du travail, et elles le font bien : riffs prenants, accrocheurs et bien exécutés, parfois à consonance trash, chorus mélodiques remarquables d’une simplicité limpide et terriblement jouissive, quelques soli de temps à autre qui, s’ils ne sont pas ultra techniques, sont bourrés de feeling et ces dissonances si typiques qui contribuent à donner une certaine identité au groupe. Certes, les quatre Grecs ne sont pas les musiciens les plus virtuoses du style, loin s’en faut, on regrette d’ailleurs parfois une batterie un peu plate et manquant de variété et quelques transitions maladroites, mais force est de constater que l’ensemble tient diablement bien la route et peut sans problème faire headbanger plus d’un chevelu en quête de metal simple sans être basique, rentre-dedans sans être bêtement bourrin et linéaire, et mélodique sans être sirupeux.

En conclusion, voilà un bon album qui, à défaut d’être la révélation heavy de la décennie, s’écoute plutôt bien malgré quelques défauts majeurs. Certes, le groupe a encore pas mal de points à améliorer, mais sa marge de progression est intéressante, et il fait preuve avec cet album d’un réel potentiel, et témoigne d’une intégrité indubitable, d’un enthousiasme presque naïf et d’une envie d’en découdre palpable, choses de plus en plus rare sur une scène heavy power speed toujours plus aseptisée. Espérons qu’avec plus de moyens et un travail continu, Out of The Lair saura parvenir à stade supérieur et se hisser au niveau des illustres aînés qui les influencent … C’est du moins tout le mal qu’on lui souhaite.

Nephasth : Immortal Unholy Triumph

Friday, March 4th, 2011

Nephasth : Immortal Unholy TriumphUne fois n’est pas coutume, je vais chroniquer un album de death metal. Mais quand je parle de death, je ne fais pas allusion à la flopée de groupes qui mixent ce style sauvage avec d’autres plus accessibles, qui s’aventurent dans les sphères nébuleuses d’un death progressif ou qui essayent d’agrémenter leur musique d’un soupçon de mélodie pour mieux aguicher l’oreille de l’auditeur lambda, non. Nephasth est un groupe de brutal, de gros death qui tâche, et, avec Immortal Unholy Triumph, son seul et unique but semble être de répandre la parole du Grand Cornu sur cette terre insane et de mettre le plus grand nombre d’auditeurs littéralement à genoux, convertissant cette masse lobotomisée par ses riffs bulldozers et ses rythmiques marteau-pilon à leur Maître vénéré.

Présentations : Nephasth nous vient du Brésil, et comme nombre de ses compatriotes, il prend un Malin (ha ha !) plaisir à nous balancer un concentré de violence occulte et malsaine délicieusement jouissif. Du death de barbare venant du pays de la samba, pas sacrément original me direz-vous, et certes, pour le metalleux confirmé, il y a tout de suite quelques grands noms de la scène brésilienne qui viennent à l’esprit quand on fait allusion à la sauvagerie musicale.

Mais, pour donner une idée de la boucherie auditive que délivrent nos quatre zicos, on est assez loin ici du metal sauvage et primitif d’un Sarcofago, le death de la bande à Fabio Mentiano est autrement plus abouti et maîtrisé que le chaos sonore des vétérans de Belo Horizonte, et les influences du groupe seraient plus à chercher du côté des grands frères de chez Krisiun.

En fait, pour être précis, Nephasth pourrait être décrit comme un bon mix entre Krisiun, justement, pour le côté terriblement efficace, millimétré et destructeur des dix missiles que lâche Immortal Unholy Triumph, ainsi que pour le guttural d’outre-tombe proprement terrifiant du chanteur bassiste, et les doux poètes de Deicide période Once Upon the Cross pour ce riffing direct, diablement (ho ho !) efficace et entraînant ainsi que pour l’aura malsaine et profondément maléfique qui anime leur musique (le riff d’intro de False Pride qui sonne terriblement black en est une parfaite illustration).

Le mix est parfait, avec des guitares épaisses bien mises en avant qui nous servent des riffs complexes mais terriblement efficaces, se fendant de temps à autre d’un petit solo sympathique histoire d’aérer un peu ce charnier sonore, une basse bien présente qui apporte quelques petites touches groovy bien senties ( Screams for the Supreme Force, le début de Merciless Controler), et une batterie simplement excellente qui, sans en faire trop, remplit merveilleusement son rôle et apporte une bonne dynamique aux morceaux, alternant blast beats sauvages, parties de doubles épileptiques et mid tempi ravageurs, servie de plus, chose ô combien appréciable, par un son propre qui ne couvre pas le riffing des grattes comme c’est trop souvent le cas dans les groupes de death brutal.

Enfin, soulignons le, même si les oreilles vierges risqueraient d’être effarouchées par une telle débauche de brutalité, les compos sont bien travaillées, relativement variées, et les changements de rythme sont assez nombreux – même si les parties brutales et blastées prédominent largement : certes, pour les néophytes, l’album peut sembler au premier abord d’une compacité et d’une homogénéité effrayantes, mais chaque piste est construite avec soin et peut par conséquent s’apprécier à part et se distinguer des autres : une petite intro, une montée en puissance irrésistible, une accélération fulgurante ou un solo rafraîchissant par ci par là, sauvent l’album d’une linéarité rebutante et aident à garder l’album attractif d’un bout à l’autre de ses 31 minutes.

Alors certes, pour les deathsters les plus extrêmes et les plus exigeants qui ne jurent que par la surenchère technique, la rapidité supersonique et la violence sans commune mesure de groupes comme Hate Eternal ou Origin, ce disque risque de sonner un poil trop convenu et mou du genou. De même, ce serait un beau mensonge que d’affirmer que Nephasth est un groupe original, et que sa musique est résolument personnelle, la recette qu’ils nous servent ici a déjà été mille fois entendue. Mais que voulez-vous, comme le dit le proverbe, c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures confitures et, avec Immortal Unholy Triumph, les Brésiliens nous livrent un très bon album de death metal, sincère, direct, massif et sans fioritures, tout ce que l’on est en droit d’exiger de ce style musical,en somme.

En un mot comme en cent, si vous aussi vous avez parfois du mal avec tous ces nouveaux groupes ultra bourrins et techniques qui tapent dans tous les sens et dont la musique est indéchiffrable pour le commun des mortels, si vous avez envie de passer un bon moment à headbanger frénétiquement, le sourire aux lèvres, sans trop vous prendre la tête à essayer de déchiffrer des riffs trop alambiqués et à vous perdre dans des cassures rythmiques incessantes, et pour peu que le manque d’originalité ne vous rebute pas trop, vous savez ce qu’il vous reste à faire.