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The Provenance : Still at Arms Length

Thursday, June 2nd, 2011

The Provenance : Still at Arms LengthThe Provenance est un nom qui ne dira probablement pas grand-chose à la majeure partie des lecteurs spiritiens. Si, comme une flopée de formations internationalement reconnues, il est originaire de Göteborg, force est de constater que le groupe n’a pas connu le même succès phénoménal que nombre de ses illustres voisins et que son split en 2008 n’a pas provoqué de réaction particulière chez la communauté métallique.

Pourtant, à l’écoute de cet excellent Still at Arms Length, on peut regretter que le groupe ait décidé de jeter l’éponge si tôt, car les 7 compos présentées sur cet opus développent un style résolument personnel et intéressant à bien des points de vue.

The Provenance pratique une musique lourde, mélancolique et racée qu’il serait bien difficile de définir précisément en matière de style : mélangeant habilement de nombreuses influences et s’inspirant notamment du death, du doom et du gothique, les musiciens prennent le temps de développer leurs ambiances sur des pistes longues (entre 5 et 8 minutes) et évolutives. Pour donner quelques repères aux lecteurs, on pourrait décrire leur musique comme un mix improbable entre Opeth, The Ocean période Fluxion, et, pourquoi pas, Penumbra -sans le côté symphonique- pour l’ambiance sombre et mystique et la versatilité des compos. Ici, les émotions sont variées, mais quel que soit le registre, l’interprétation est toujours étonnamment juste et touchante, et malgré une grande richesse musicale et des pistes qui fourmillent de détails, la galette est d’une accessibilité et d’une homogénéité étonnantes, et on se laisse facilement entraîner d’un bout à l’autre de ce voyage musical de presque cinquante minutes.

Pour ne pas lasser l’auditeur, les Suédois appuient assez largement leur propos sur les effets de contraste : Carousel of Descent, du haut de ses 7 minutes 35, en est l’illustration parfaite, s’ouvrant sur une partie aux consonances orientales, avec flûte et chant féminin éthéré, se poursuivant par une instrumentation bien plus lourde et agressive portée par le guttural de Tobias Martinson avant de retomber sur une plage purement acoustique où cordes, flûte et voix féminine offrent un instant de calme et de méditation à l’auditeur balloté, qui achèvera finalement ce long périple sur un passage sombre et puissante magnifiée par un chant masculin d’une sobriété et d’une justesse émouvantes.

Les voix, parlons-en, car ici, elles sont toutes irréprochables et apportent une profondeur émotionnelle non négligeable à la musique : le chanteur excelle tant dans les registres clairs qu’agressifs, et son timbre grave et dramatique colle parfaitement à la musique sans en faire trop, quant à Emma Hellström, sa voix tantôt puissante et rugueuse, tantôt plus éthérée, contrebalance à merveille la profondeur sépulcrale et l’agressivité haineuse de celle de son homologue masculin.

Si le groupe évolue majoritairement dans un mid tempo propice à éveiller la mélancolie et la tristesse, le rythme peut se faire encore plus lourd et écrasant (la fin de Tearful, bitter, broken, et son ralentissement suffocant annihilant toutes émotions positives, ou bien la lourdeur doom du passage à 2,24 minutes de At Random Choose), ou plus aérien, selon que les flutes, les claviers ou la voix légère de la chanteuse prennent le pas sur les guitares ( comme sur le touchant instrumental à l’onirisme amer et résigné, The Arberg Experience). Ici, les grattes jouent effectivement un rôle central, distillant la plupart du temps des riffs poisseux et rampants suintant le malaise qui épousent parfois des lignes de claviers lugubres résonnant comme des orgues Hammond et des chœurs masculins, mais elles peuvent aussi se montrer plus subtiles, en attestent les arpèges de World of Hurt qui ne sont pas sans rappeler le fameux The Drapery Falls de vous savez qui, ou dans les parties plus calmes et contemplatives, purement instrumentales, qui émaillent l’album entre deux passages plus lourds et agressifs.

Ainsi, on peut aisément déceler plusieurs influences chez les Suédois, et le premier nom qui viendra en tête sera probablement Opeth, tant pour le riffing et les arpèges que pour la mélancolie sombre qui se dégage de certains passages, mais il est important de souligner que The Provenance ne se contente pas de pomper sans vergogne ses talentueux aînés et parvient à créer une musique atypique et personnelle qui, si elle ne révolutionnera probablement pas le monde du metal, distille assez d’émotions et de puissance pour faire vibrer et headbanger tout métalleux un tant soit peu sensible à la mélancolie musicale.

En bref, une belle réussite passée injustement inaperçue, et que je ne saurais que trop vous conseiller de découvrir, surtout quand on sait que sur ses réalisations suivantes, The Provenance s’éloignera définitivement de ce style unique qui fait toute la particularité et le charme de cet album…