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Hecate Enthroned : Dark Requiems… and Unsilent Massacre

Monday, July 11th, 2011

Hecate Enthroned : Dark Requiems... and Unsilent MassacreTout commence par une petite mélodie angoissante, quelques notes glauques et mystiques qui nous introduisent dans le monde sombre et violent d’Hecate Enthroned. Dès cette intro, on est happé dans l’antre sombre de la troupe de Manchester, envoûté, hypnotisé par la beauté terrifiante de la musique, et le black horrifique d’Hecate Enthroned déroule avec furie et raffinement ses harmonies infernales pour noircir à jamais notre âme. Car ce voyage est sans retour.

Trop souvent et injustement rabaissés au rang de simples imitateurs de Cradle of Filth (Jon, hurleur de son état et fondateur du groupe, est le bassiste originel de Cradle), les Anglais sont loin d’avoir connu le succès de leurs aînés et restent aujourd’hui encore un groupe largement méconnu et mésestimé qui a pourtant apporté à la fin des années 90 sa pierre noire, luisante et travaillée, au temple démoniaque dédié au black symphonique. Après une démo et un somptueux premier album qui, il faut bien l’avouer, est marqué au fer rouge par le sceau maudit de la bande à Dani, Hecate Enthroned s’affranchit de l’influence de son grand frère et, avec Dark Requiems and Unsilent Massacres, sort un album plus cru et direct, mais toujours aussi hypnotique.

Avant tout, mettons les choses au clair concernant les comparaisons incessantes entre les deux groupes : la musique d’Hecate Enthroned est bien plus sombre, violente, rapide et hystérique que celle de ses homologues britanniques, même si elle possède également ce côté grandiose, cette beauté singulière et cette profondeur quasi mystique qui pourrait lui valoir l’étiquette de black symphonique, voire gothique par moments, tant l’ambiance mystique et sombre est développée. Il est vrai que les deux combos présentent des similitudes évidentes que l’on ne peut s’empêcher de relever (cette voix suraigüe notamment, qui alterne aussi avec une voix abyssale pour poser une certaine ambiance, des guitares véloces et mélodiques ainsi que l’utilisation prédominante des claviers, et une musique très imagée et épique qui fait surgir des visions cauchemardesques dans l’inconscient de l’auditeur), mais les deux groupes possèdent leur propre univers, bien singulier, et finalement, celui d’Hecate est peut-être même plus marqué que celui de Cradle, car plus homogène, spontané et moins ouvert aux expérimentations.

Souvent, les compos commencent par une intro calme et plaintive, tout en arpèges et douces nappes de clavier, voix inquiétantes, chuchotements et autres grognements qui tissent une ambiance horrifique et mystérieuse, montant progressivement en puissance, avant de débouler sur un hurlement possédé appuyé par un riff véloce et une double apocalyptique (Forever in Ebony Drowning en est une superbe illustration). La recette est relativement simple, mais Hecate Enthroned excelle dans ce qu’il fait, et cette alternance d’ambiances mortifères et de pure sauvagerie musicale, toujours sur fond de claviers grandioses et envoûtants, plonge l’auditeur dans des abîmes insondables dont il ne reviendra que difficilement. Le monde musical de Dark Requiems… est onirique et violent, épique et terrifiant, et aussi attractif que malsain, sans cesse tiraillé entre les Ténèbres et la Lumière ( contradictions existentielles magnifiquement cristallisées dans le sublime Upon The Kingdom Throne).

Plus que la bande son de l’Apocalypse, cet album pourrait être la parfaite retranscription musicale de la lente et fatale descente de l’Homme aux Enfers : sombre, mystique, angoissante, violente et irrémédiable, malgré les quelques sursauts futiles d’une conscience douloureuse. Ici, la double n’arrête pas une seconde et martèle un rythme frénétique, assommant l’auditeur sous son martèlement hypnotique pour le rendre plus vulnérable à la perversion musicale vomie par les Anglais. Les guitares distillent des riffs rapides et mélodiques joués en une cadence infernale en d’incessants aller retours, sorte de mur épais au son caverneux et distordu, et les claviers, maîtres de cérémonie de cette symphonie macabre, donnent le ton, égrainant des mélodies à la fois hypnotiques et funèbres, grandiloquentes et tristes. Le tout s’imprime avec une facilité déconcertante dans la boîte crânienne lobotomisée de l’inconscient qui a entrepris de faire l’expérience Hecate Enthroned, sorte de mélopée d’outre-tombe sombre et envoûtante que l’on sait nocive, mais qui nous chavire et nous submerge, qui s’insinue par tous les pores de notre chair pourrissante et s’ancre à jamais dans notre âme damnée. Car la musique d’Hecate Enthroned, au-delà de sa violence débridée, est tout simplement belle, presque astrale. Ici, Le rythme ralentit rarement, et lorsque c’est le cas, lorsque l’on croit enfin avoir semé la bête cornue qui nous poursuit sans relâche de ses éructations haineuses et échappé à la morsure de son trident de feu, l’ambiance devient plus insidieuse, sourdement menaçante, et annonce un retour de la furie démoniaque sous forme d’un nouveau déchaînement de guitares hurlantes, de batterie inhumaine, de feulements déments et de claviers à la majesté lugubre.

Finalement, on est assez loin des groupes de black mélo à claviers habituels comme Old’s man Child ou Obtained Enslavement pour n’en citer que deux, sur cet album, l‘ambiance dégagée est bien plus sourde et angoissante, on se rapprocherait plus de la musique d’Apostasia par le côté glacial et impitoyable du tout. La musique oscille sans cesse entre ténèbres totales et soudains éclairs de lumière dans l’opacité suffocante des abysses, retranscrivant au mieux les mouvements extrêmes d’une âme vouée à la perdition, tantôt prostrée dans la résignation la plus amère et écrasée par le poids de la culpabilité, tantôt follement agitée par les bribes d’espoirs insensés d’une utopique rédemption (la fin magnifique et lumineuse de The Pagan Swords of Legend).

Alors, certes, Hecate Enthroned ne plaira pas à tout le monde, et il faut bien avouer qu’entre les trues qui reprocheront l’omniprésence des claviers et cette voix trop aigüe et criarde pour être totalement crédible, et les adeptes de sympho mélodique qui seront rebutés par la violence de sa musique, Dark Requiems and Unsilent Massacres aura du mal à trouver son public. Néanmoins, la musique des Anglais a une identité très forte, restant reconnaissable entre mille, et nul doute qu’elle a les atouts nécessaires pour séduire toutes les âmes noires que la beauté des Ténèbres n’effraye pas…