Archive for September, 2011

Divine Decay : Maximize the Misery

Sunday, September 18th, 2011

Divine Decay : Maximize the MiseryBrèves présentations: Divine Decay est un groupe Finlandais quasiment inconnu au bataillon et qui officie depuis 1999 dans un heavy thrash pas foncièrement original mais bien foutu et des plus efficaces.

Allons droit au but et ne nions pas l’évidence, Divine Decay est terriblement influencé par le Metallica old school (j‘entends avant le virage plus FM amorcé par Load), et l’ombre des Four Horsemen est omniprésente sur la musique des Finlandais. Ceci dit, Divine Decay possède un petit je ne sais quoi en plus qui le distingue de la masse de suiveurs, un côté catchy et accrocheur indéniable, qui fait de ce Maximize the Misery un album agréable et facilement accessible.

Ces refrains hymnesques par exemple, qui s’impriment directement dans votre cerveau malmené par les riffs après une simple écoute, ou ces chœurs hardcore qui viennent parfois ponctuer les refrains, confèrent une spontanéité et une énergie rafraîchissantes qui ne viennent nullement contredire le côté carré et lourd de la musique. De même, on constate que Divine Decay a une approche indéniablement plus moderne que la bande à Hetfield, et, même en gardant une base clairement thrash bay area, les Finlandais n’hésitent pas à aller lorgner du côté du death mélo scandinave ( le riff de Weave a web of Vanity), à inclure de petits chorus de guitare bien chiadés sur The Discomfort of Artificial Euphoria, ou un riff très typé metalcore sur Silence of Decay. Néanmoins, l’homogénéité du tout est surprenante, et l’auditeur se prend un bloc bien compact de thrash old school en acier trempé dans la gueule, et avec le sourire s’il vous plait.

Si certains morceaux se montrent résolument agressifs, en témoigne cette éructation gutturale qui ouvre l’énorme Weaver a web of Vanity, Maximize the Misery sait varier les rythmes et les émotions pour aérer sa musique: il y a de petites intros bien travaillées qui amènent progressivement la montée en puissance qui va réellement faire décoller le titre, du plan saccadé en veux-tu en voilà, de l‘aller retour en pagaille (lorgnant parfois plus du côté d’un Machine Head ou d’un Fear Factory, toutes proportions gardées, car en bien moins violent quand même), du riff tantôt écrasant et massif, tantôt explosif et in your face… Bref, les amateurs de guitares risquent d‘apprécier, car cet album est une véritable usine à riffs qui risque de vous condamner à headbanger sauvagement tout le long de ces 55 minutes.

Divine Decay ne fait pas dans l’originalité, et sa musique, sans être dénuée d’intérêt, est relativement simple et va à l’essentiel: les compos bastonnent, mais savent aussi se faire plus subtiles tout en restant puissantes. Ici, les rythmiques oscillent entre mid tempi plus ou moins enlevés et parties plus lourdes et grasses sans jamais vraiment décoller, mais la sauce prend bien, et a l’écoute des ces 11 morceaux, le verdict est sans appel: on secoue la crinière, on tape du pied, et on a une furieuse envie de s‘ouvrir une bonne bière bien fraîche. Les soli ne sont pas virtuoses et n’égrainent pas quinze notes à la seconde comme l’exigent les références du genre, mais ils accompagnent bien la musique, misant plus sur l’atmosphère et le rendu que la technicité à outrance (Killing Innocence). Et ça marche! Avec ce Maximize the Misery, on a un album relativement aéré, accrocheur tout en restant rentre dedans, puissant et entraînant à la fois, que demander de plus?

Alors, des défauts peut-être, me demanderez-vous? Rassurez-vous, il y en a: on regrettera notamment cette voix un peu monocorde et manquant de puissance aux intonations trop hetfieldiennes justement (tiens donc?) – quoiqu’un peu moins rugueuses-, et ce mid tempo en frappe lourde quasi constant certes typique du style mais assez monotone. Effectivement, on aurait apprécié un jeu de batterie un peu plus varié et subtil, qui aurait pu permettre de mieux mettre en valeur le bon travail des guitares et de réellement faire décoller la musique des Finlandais, un petit grain de folie supplémentaire qui aurait pu donner une tout autre dimension à l’ensemble…

De même, sur la longueur, l’album s’essouffle un peu et il faut bien reconnaître que la deuxième partie de l’album est un peu moins marquante et agressive que la première: si les titres, tous bons par ailleurs, s’enchaînent plutôt bien, force est de constater que l’on a dû mal à les différencier et à en retenir un plutôt qu’un autre…

Mais dans l’ensemble, Maximize the Misery est un album solide et homogène, une bonne pièce de heavy thrash bien lourd et rentre dedans qui devrait sans problème satisfaire tous les amateurs du genre. Si le manque d’originalité ne vous rebute pas et que vous avez envie de vous démonter les cervicales en éclusant un pack de 12, vous savez ce qu’il vous reste à faire!

Eis : Galeere

Thursday, September 15th, 2011

Eis : GaleereLe tout commence par une introduction sombre et lancinante, dans laquelle une pulsation lointaine et sourde raisonne, monotone, sur l’immensité grise de la mer. C’est le tambour du départ, le signal sonore qui met en branle le navire. Alors que la grande carcasse de bois se meut lentement, quittant le port pour un voyage sans retour, des guitares grésillantes et brumeuses s’enroulent autour de l’embarcation tandis que les pulsations s’accélèrent. Puis l’aventure commence, et les guitares, plus massives et immersives, accompagnent notre navire vers les profondeurs et les mystères du large. Le son est massif tout en restant limpide, mettant les guitares en avant et étouffant un peu la batterie dont les interventions brutales ne sont que plus appréciées car n’empiétant pas sur le reste de la musique. Geist, qui depuis a mué son nom en Eis, capitaine virtuose de cette fière Galeere, s’applique à nous faire naviguer sur des flots opaques et tumultueux et se plaît à nous faire découvrir la face secrète et sombre de l’océan, un peu comme un Ahab qui s’exprimerait dans un registre black épique, évolutif et ambiancé.

Ici, les rythmes sont variés, de même que les ambiances distillées par les guitares, qui font, au passage, un formidable travail tant sur le plan musical qu’épique, tissant une véritable narration aux nombreux rebondissements. Les compositions sont en effet de longues plages progressives dans lesquelles les sentiments semblent évoluer au gré de l’humeur de l‘océan : certains passages furieux blastent méchamment, supportés par des grattes lourdes et distordues et une voix grave terriblement écorchée (qui me rappelle, par moments, celle de Shagrath dans certaines intonations, les effets en moins), d’autres, sur lesquels la batterie retombe sur un mid tempo catatonique, sont d‘une lourdeur poisseuse et aliénante (confer la pièce de presque 16 minutes qui clôture l‘album, Unter toten Kapitänen), et certains moments sont carrément mélancoliques et intimistes, faisant la part belle aux arpèges et aux ambiances, renforcées par quelques bruitages marins qui achèvent de nous immerger dans le monde maritime de Eis.

Le tout reste pourtant d’une homogénéité saisissante, enchaînant intelligemment les moments forts et intenses et les accalmies salvatrices, de sorte que les 51 minutes de cet album captivent l’auditeur de bout en bout sans laisser place à l‘ennui. Mieux, une fois l’opus terminé, on a qu’une envie: se le repasser une nouvelle fois pour pouvoir se replonger dans ses ambiances sombres et envoûtantes.

Ceci dit, même s’il est indéniable que Galeere est une œuvre qui s’appréhende dans son ensemble pour un impact émotionnel multiplié, chaque titre conférant plus de cohérence au suivant et vice versa car les englobant dans un contexte commun, on peut tout de même noter quelques passages musicaux bouleversants qui ressortent avec force de cette épopée musicale sombre et progressive, imposant à nos yeux clos des images intemporelles: le magnifique titre Einen Winter auf See, débutant sur un ambiant fantomatique ponctué de mystérieux bruits de sonars avant d’éclater en un black metal furieux que ne renierait pas un groupe comme Endstille et de se fondre en arpèges inquiétants et dissonants qui semblent nous ouvrir, lugubres, les portes de Neptune sous les éructations de cette voix malsaine pour nous plonger dans les mystérieuses et insondables abysses de l’océan… De même à 5min 40 de cette même composition, cet accordéon triste à la beauté plaintive nous évoque avec une justesse poignante le calme fatal de la mer après la tempête, et l’épave de bois dans laquelle les survivants impuissants s’agitent pour secourir les blessés agonisants sur le pont et réparer leur vaisseau pour l’empêcher de sombrer à jamais dans l’immensité des flots noirs… Et cette fin, monumentale et imparable, montée en puissance dantesque incarnant irrésistiblement le dernier assaut furieux du grain: le vent qui était presque tombé se lève soudain, des nuages noirs obscurcissent la voûte déjà opaque du ciel, des éclairs aveuglants, mus par des forces impétueuses, déchirent les sombres nuées, et des bourrasques déferlent, furieuses, s’acharnant de toute leur puissance sur le frêle esquif en proie aux caprices des éléments, les vagues, terribles et mugissantes, se dressant en d’immenses lames prêtes à s‘abattre sur l‘Homme… Le rythme s’accélère en une folie baroque pour engloutir en un ultime sursaut les derniers débris de corps et de planches et anéantir cette insensée vanité humaine qui a osé défier les Dieux…

On a aussi ces relents post rock délectables sur Durch lichtlose Tiefe, légers et aériens, avec ce riff entêtant à 5min01 sur lequel on se surprend à surplomber fièrement l’océan, le vent du large gonflant les voiles de notre trois mats et venant caresser de son souffle salé notre visage ivre de bonheur et de liberté, ou ce riff épique et majestueux à la scandinave à 2min07 de Helike qu’on croirait droit sorti d’un album de Taake, et qui gorge notre cœur de marin d’un sentiment d’allégresse et d’invincibilité, nous redonnant courage et enthousiasme pour accomplir ce voyage jusqu’au bout du monde…

Bref, nul doute que chacun trouvera son compte dans cette superbe pièce de black metal épique qui bercera chacun d’entre vous de moments magiques et d’images saisissantes. Eis signe ici avec ce Galeere, passé injustement trop inaperçu, une œuvre d’une maturité musicale et d’une richesse émotionnelle inouïes, et il serait vraiment dommage de passer à côté. A conseiller à tous les aventuriers au cœur sombre qui n’ont pas peur de sombrer pour toujours dans les mystérieuses abysses de l’océan…

Memories Of A Lost Soul : 7 Steps to Nothingness

Friday, September 9th, 2011

Memories Of A Lost Soul : 7 Steps to NothingnessMemories of a Lost Soul, ce nom ne vous dira sans doute rien, et je suis mal placé pour vous jeter la pierre, car je dois vous avouer qu’avant d’être tombé complètement par hasard sur 7 Steps to Nothingness dans un magasin non spécialisé, je n’avais strictement jamais entendu parler de ce groupe. Vous m’excuserez donc de ne pas vous proposer la présentation de rigueur, car mis à part que ce groupe nous vient d’Italie, est signé sur le label montpelliérain Deadsun Records et pratique sur ce dernier album en date un death mélodique d’excellente facture et aux influences multiples, frais, racé, entraînant, et d‘une originalité et d‘une profondeur rares, je ne peux pas vous dire grand-chose.

Voilà pour les préambules, maintenant que vous en savez un peu plus, il est grand temps de se pencher sur cette excellente galette. Et c’est qu’il y a à en dire, ce qui, vous en conviendrez, dénote notablement vu le style pratiqué ici…

Par où commencer? Et bien par le commencement, essayons tout d’abord de définir le style complexe et personnel des Italiens afin de donner quelques repères au lecteur venu s’égarer sur cette page: la base musicale de cet effort est incontestablement death mélodique, avec des guitares saccadées et véloces distillant des riffs à la fois mélodiques et mordants, accords qui peuvent parfois plus lorgner vers le black ( les refrains de The Art of Never et de Seeds of Chaos pour ne citer que deux exemples). Les grattes sont justement l’un des nombreux points forts de cet album, alternant riffs lourds et hachés avec d’autres plus fluides et agressifs quand ce ne sont pas des moments d’accalmie majestueux où arpèges et soli nous plongent dans une torpeur onirique( le sublime passage dès 2min50 de The Art of Never ou celui à 2min37 de Religion of the End).

Les claviers jouent également un rôle important, pas comme dans la majorité des groupes de death mélo scandinaves où ils ne sont là que pour rehausser une ligne de guitare ou appuyer une ambiance, mais tissant leur propre trame musicale et épique, et créant des atmosphères très variées, de la traditionnelle partie de piano parfaitement chiadée et mélancolique à la mélodie angoissante et horrifique (confer Love Damned Story, instrumentale amère et contemplative aux forts relents de nostalgie, uniquement égrainée au clavier). Le rythme change sans arrêt (à ce niveau, le batteur fait un bon boulot, imposant sa présence et son savoir-faire sans en faire trop, et insufflant une dynamique appréciable à l’ensemble des morceaux), on passe aisément de passages blastés et jouissifs à d’autres bien plus intimistes et mélancoliques suivant le ton des guitares et l’ambiance que le groupe tente d’imprimer. Les voix elles-mêmes suivent habilement ce schéma, le chanteur officiant dans un style écorché et grave à mi chemin entre le death et le black, mais sachant aussi passer en voix claire ou murmurée lorsque la musique l’exige (comme sur le somptueux The Art of Never ou Seeds of Chaos, moins réussi au niveau des vocaux…). De même, une chanteuse vient faire son apparition à la fin de Sleeping Bad Consciousness et pousse la chansonnette sur Nekroantimateria, et même si son timbre n’est pas très assuré, elle apporte une petite touche de variation et de lumière dans un univers musical suffocant de tristesse et de mélancolie.

La musique de Memories of a Lost Soul est incontestablement sombre et travaillée, possédant même si sa musique s‘en éloigne, une âme résolument gothique, mais ne se perd jamais dans une débauche de violence ou de technique gratuite. Ici, tous les éléments ont leur place pour servir l’ensemble cohérent et poignant que composent les 9 chansons de l’album, et malgré une musique très riche qui n‘hésite pas à aller piocher ses idées à droite à gauche, il n’y a aucun élément superflu.

En fait, les Italiens mélangent habilement les influences et les styles pour créer leur propre musique, identifiable immédiatement tant elle reste homogène et personnelle. On peut par exemple citer Nekroantimateria avec son intro que ne renierait pas un groupe de prog’ et son refrain à la mélancolie poignante sur fond de synthé gorgé de spleen, le riff et la rythmique très power débutant The Curse of Eternity ou les allers retours black qui parsèment régulièrement l’album, surtout lors de refrains blastés.

Alors certes, tout n’est pas parfait sur cet album, à commencer par un son qui manque de puissance sur les guitares, des vocaux parfois un peu approximatifs et irritants, quelques parties de clavier frôlant le kitsch ou certains passages un peu mièvres et détonnant parfois dans un ensemble étonnamment compact.

Mais on ne peut pas nier ici que la musique est de qualité, très pro, que les zicos maîtrisent leurs instruments sur le bout des ongles et que le tout est sincère, fouillé et patiemment travaillé (il n’y a qu’à jeter un œil à la superbe pochette de l’album, complexe, sombre et mystérieuse comme la musique du groupe, pour s‘en persuader).

Pour conclure, on pourrait dire que 7 Steps to Nothingness est un très bon album de musique extrême difficilement classable et d’autant plus délectable, oscillant entre death mélo, black et prog’ pour le plus grand plaisir de l’auditeur, une sorte de dark metal très mélodique à forts relents gothiques. Une musique originale, sombre, envoûtante, puissante et au fort impact émotionnel, que demander de plus? Un album à écouter au plus vite si ce n’est déjà fait!

Sargeist : Satanic Black Devotion

Thursday, September 8th, 2011

Sargeist : Satanic Black DevotionUn nom bien méchant comme Sargeist, (le cercueil de l’esprit), un titre d’album d’une originalité et d’une finesse à toute épreuve comme Satanic Black Devotion (est-il seulement besoin de traduire?) et une pochette en noir et blanc stéréotypée au possible arborant inévitablement un affreux peinturluré à l’air pas content du tout faisant la causette à son pote la tête de mort…

Y’a pas à dire, à première vue, ça part mal pour les Finlandais, qui parviennent semble-t-il à réunir tous les clichés les plus ridicules inhérents à un style à la recherche d’un second – disons plutôt troisième… – souffle pour ne pas étouffer dans son propre marasme créatif, victime de ses règles élitistes et castratrices.

Dans ces conditions, comment aurait-on pu s’attendre à l’impact, glacial et impitoyable, du souffle démoniaque qui va glacer notre être tout entier à l’écoute de ce petit bijou de l’Art Noir? Pourtant, le nom de Shatraug en tant que guitariste, leader de la célèbre formation Horna, aurait dû nous mettre sur la piste. Car Satanic Black Devotion ne se limite pas à une suite de gimmicks clownesques et convenus, au contraire: les Finlandais vivent pour leur musique, l’habitent et lui insufflent une âme. Noire et définitivement vouée au Mal.

Tout commence par une petite intro lugubre, des choeurs désincarnés épousant les bêlements graves et résignés d‘une horde de boucs, un tambour de mort qui pulse un battement catatonique et sourd et des plaintes et hurlements de souffrance se mêlant en un lancinant magma à un semblant de mélodie lointaine. Pas de doutes, nous sommes bien aux portes de l’Enfer.

« Vous qui entrez ici, abandonnez tout espoir » écrit Dante dans La Divine Comédie. Voilà une phrase simple et percutante qui pourrait résumer à merveille l’offrande maudite des Finlandais; car c’est bien directement dans les abysses que nous propulse l’œuvre noire de Sargeist, et dès le deuxième titre éponyme, furieux et d’une majesté glaciale et entêtante, la descente dans les fonds de l’abîme commence: ce riff d’outre tombe, froid, obsédant et brumeux, mais d’une pureté à couper le souffle, déboule furieusement et s‘empare sans attendre de notre âme décharnée, appuyé par la furie implacable de la batterie qui déroule, inhumaine, ses pulsations aliénantes à un tempo infernal. Et sur ce chaos sonore au magnétisme insoutenable vient se greffer cette voix morte et pourrie, émanation sèche et putride d’un au-delà où l’air vicié étouffe toute forme de vie et d’espoir. Le son est caverneux, poisseux, prend à la gorge, l‘accordage des guitares est très bas, et le grain épais, tout pour étourdir les sens de l‘auditeur et le transformer en une poupée de chair lymphatique et soumise. Là, au milieu d’âcres relents de souffre et d‘exhalaisons méphitiques, la vie nous quitte, nos émotions s’envolent, nous laissant seuls avec nos angoisses dans le vide des Ténèbres. Et quand, à 3min14, jaillit ce riff magnifique et poignant, nos yeux englués ne peuvent même plus verser de larmes car notre cœur est irrémédiablement flétri. Et c’est dans cette vulnérabilité totale que la musique, tour à tour hystérique et rampante, directe et insidieuse, s’insinue par tous les pores de notre être vidé de toute humanité.

Satanic Black Devotion n’est qu’une litanie morbide et infernale, une sorte de messe noire dont les riffs liturgiques roulent sans fin et se répercutent dans nos veines taries à chaque battement de notre cœur à l’agonie. On ne distingue plus les chansons, cet enchevêtrement de riffs démoniaques, cette batterie sourde et implacable, les hurlements glaçants de cette entité moribonde, mais, paradoxalement, on ne vit, ne respire, n’entend plus que par la musique, Sa musique. Car, et on peut le dire sans risques, jamais un album n’aura aussi bien porté son nom que cette offrande au Grand Bouc: violente, rapide, malsaine, mais également séduisante et hypnotique, la musique de Sargeist est une incarnation parfaite du Malin.

C’est d’ailleurs dans les rares moments où le tempo ralentit un peu que les riffs se font plus lumineux et d’autant plus torturants, dévoilant une beauté mélancolique proprement irrésistible, et laissant l’espace d’un instant l’auditeur assommé reprendre son souffle, rouvrir les yeux et chercher, égaré et confus, l’air pur de la surface (ce somptueux riff à 1min 39 de Sargeist ou cette décélération moribonde à la mélancolie poisseuse à 2min03 de la bien nommée Retrun to Misery and Comfort qui clôt magistralement l’album). Mais si Sargeist se plaît par moments à ressusciter vos espoirs, ce n’est que pour mieux les anéantir par la suite, froid, cruel et inhumain. Alors, il ne vous reste qu’à vous incliner, courber l’échine, et obéir. Vos pas se greffent sur ces percussions belliqueuses qui reprennent de plus belle et raisonnent dans votre boîte crânienne vide, vos oreilles bourdonnent du feu lancinant des guitares, et votre carcasse possédée par l’esprit du Mal se met mécaniquement en route dans le froid des Ténèbres pour venir grossir Ses cohortes.

Certes, musicalement, Satanic Black Devotion n’innove pas beaucoup, et on ne peut pas dire que la musique des Finlandais soit foncièrement originale. Beaucoup n’y verront peut être même qu’un simple groupe de true black très influencé par le Darkthrone première époque, mais en ce qui me concerne, là où les Norvégiens se contentent de vomir, implacables, une musique froide, haineuse et misanthrope, la propagande de Sargeist est plus envoûtante, hypnotique et, n’ayons pas peur des mots, maladivement belle. L’ambiance funèbre qui se dégage de cette galette prend littéralement à la gorge et l’auditeur ne peut que se perdre dans les relents opaques qui émanent de cette offrande.

Vous l’aurez certainement compris, ce Satanic Black Devotion est pour moi un pur chef-d’œuvre de black metal, une page indélébile et immarcescible écrite en lettres de feu et de sang dans le Grand Grimoire de l’Art Noir. Et si cette conclusion vous donnait envie de vous plonger dans les méandres obscurs de la Bête, sachez simplement que le voyage que vous offre Sargeist pourrait bien être sans retour…