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Arch Enemy : Burning Bridges

Monday, November 7th, 2011

Arch Enemy : Burning BridgesPour les plus jeunes ayant découvert Arch Enemy à partir du très bon Wages of Sin, il convient de rappeler que la carrière du groupe était déjà bien entamée avant l’arrivée de la plantureuse et explosive Angela Gossow, et que la troupe suédoise, menée de main de maître par la mythique et géniale paire de guitaristes que sont les frères Amott (l’ami Michael est quand même co-fondateur du cultissime Carcass, excusez du peu!), s’était déjà fendue de trois albums dont ce Burning Bridges qui reste pour moi la pièce maitresse de leur discographie encore 12 ans après sa sortie.

Qu’est-ce que cet album a de plus que les autres du groupe, et, soyons fous, du style en général me demanderez-vous, car, après tout, de nos jours, Arch Enemy peut être considéré comme un groupe de death mélodique résolument moderne, certes excellent, mais à la musique un poil trop propre et convenue… Difficile de répondre concrètement, et pourtant… l’écoute de cette galette est édifiante, et s’il se retrouve toujours, bien que largement dilué, sur les plus récentes sorties des Suédois, ce feeling typique d’Arch Enemy, cette marque de fabrique unique distillant en un savant mélange brutalité et mélodies, se retrouve ici à l’état brut, enrobé par une musique plus rugueuse, plus âpre, et moins aseptisée. Ici, on sent aisément la furie qui guide un jeune groupe aux dents longues et qui, après un Stigmata plutôt moyen, a encore tout à prouver.

D’entrée de jeu, Immortal attaque fort, et dés que le premier riff déboule, renforcé par une basse bien audible, l’opacité et la lourdeur du son nous explosent à la gueule. Le mur de guitares est incroyablement dense et puissant et Arch Enemy ne semble avoir qu’une envie, nous écraser impitoyablement sous la lourdeur de ses grattes. Les choses se confirment méchamment, quand, à la 33eme seconde, la rythmique s’emballe et épouse sans vergogne la vélocité d’un thrash furibard, avec une puissance de feu et une profondeur décuplée. Le ton est donné, et on comprend très rapidement qu’on risque de s‘en prendre plein la tronche durant les 35 minutes que dure cet album. Dans ce premier titre, tout ce qui fait la magie d’Arch Enemy est là: des riffs propres au headbang, une section rythmique emballée et des soli virtuoses et vibrants de mélodicité qui, loin de se contenter d’être une simple suite de notes démonstratives et vides plaquées sur des riffs bétons, font vraiment vivre le morceau et lui confèrent une atmosphère lumineuse. Violente, entraînante, rapide, mais extrêmement mélodique et irrésistiblement accrocheuse sans jamais tomber dans le mièvre, la musique des Suédois peut difficilement laisser de marbre pour peu que l’on ne soit pas réfractaire à ce style de death un peu moins sombre et extrême que celui pratiqué par les cadors du genre.

En fait, on pourrait presque dire qu’Arch Enemy crée son propre style, piochant ce qui leur semble le meilleur dans différentes scène pour créer un bloc compact d‘une homogénéité étonnante, le son Arch Enemy: la lourdeur et l’agressivité du death scandinave, la mélodicité et la sensibilité de la scène de Göteborg, l’agressivité et le côté direct du hardcore (les vocaux de Johan Liiva en témoignent, sortes de grognements hargneux et rauques à mi-chemin entre le death et le hardcore, un peu déroutants au début, mais donnant un surplus d‘âme à la musique), le tout saupoudré d‘une bonne pincée de heavy qui transparaît dans le feeling de certains solos (Dead Inside par exemple). Inutile de préciser que l’ensemble est maîtrisé de main de maître grâce à une science du riffing absolument imparable et que la musique d’Arch Enemy en devient une arme de destruction massive, tout bonnement irrésistible. Les perles s’enchaînent, chaque titre possède un passage dévastateur, une montée en puissance entêtante ou des plages carrément virtuoses et hypnotiques (putain, ces chorus de guitare sur Silverwing, juste magnifiques, on caresse du doigt l’émotion pure! De même que dire du final mélancolique et poignant suintant de feeling qui clôture Demonic Science, titre pourtant un peu long à décoller?). Pour un album de cette trempe, il conviendrait presque de faire une description track by track tant chaque piste regorge de merveilles, mais en plus des pépites citées ci-dessus, contentons-nous de parler encore du refrain ultra accrocheur de Angelclaw et de la dernière chanson, Burning Bridges, dénotant étonnamment d’avec le reste de l’album, une piste lente, mélancolique et désolée à la teinte résolument doom, afin de ne pas gâcher l’effet de surprise de l’auditeur qui viendrait à découvrir ce skeud grâce à ces modestes lignes. En bref, on ne peut s’empêcher de headbanger violemment et d’agripper tout ce qui pourrait faire office de guitare pour s’essayer à reproduire ce déluge de notes, on saute dans tous les sens, on hurle à s‘en péter les cordes vocales, on secoue la tête et la violence jouissive de la musique s’empare de notre être ravi. C’est simple, les Suédois nous délivrent ici l’alliance parfaite entre brutalité contrôlée, rapidité et mélodicité addictive pour un résultat explosif débordant d’une énergie communicative et positive. Car oui, la musique d’Arch Enemy est résolument positive, lumineuse, pleine d’espoir, le genre de musique, qui, même si violente, vous file une patate d’enfer et vous laisse avec un sourire béat aux lèvres, la B.O. parfaite pour accompagner le combat quotidien du pantin humain cherchant à se soustraire de l’étau de la société qui cherche à le broyer impitoyablement.

Avec ce Burning Bridges, Arch Enemy démontre brillamment qu’il n’y a pas besoin d’alternances chant clair/voix gutturale, de moult breakdowns brise-nuque et de blasts à 200bpm pour faire une musique qui tue, et s’impose comme l’un des maîtres d’un style musical périlleux qu’il a très largement contribué à rendre populaire, un death moderne, lourd et ultra mélodique totalement jouissif et inspiré. Un classique indémodable à écouter sans modération!